Pratique | Identification
Observation et identification d’un Plongeon du Pacifique en Bretagne en janvier 2026, une première ou seconde donnée française
Plongeon du Pacifique (Gavia pacifica) adulte en plumage internuptial près de Penvénan (Côtes-d’Armor) en janvier 2026.
Photographie : Yves Blat
Introduction
La Bretagne est à l’honneur au sein de la communauté ornithologique française durant cet hiver 2025-2026 : après l’observation en décembre 2025 du premier Martin-pêcheur d’Amérique (Megaceryle alcyon) pour l’hexagone, le probable (sous-réserve d’homologation) premier Plongeon du Pacifique (Gavia pacifica) a été découvert le 17 janvier 2026 près de Penvénan (Côtes-d’Armor), même si un individu aurait été photographié à Logonna-Daoulas (Finistère) le 6 décembre 2015.
Cette espèce, qui niche dans la toundra côtière dans le nord du continent américain et en Sibérie orientale et qui hiverne dans l’océan Pacifique Nord, est accidentelle et rare en Europe, avec environ 70 mentions. Il est très proche du Plongeon arctique (G. arctica), auquel il était rattaché jusqu’en 1985, avant d’être élevé au rang d’espèce à part entière. Il s’en distingue toutefois par plusieurs critères, notamment une taille inférieure, un bec plus court, des flancs entièrement sombres et la présence fréquente d’une jugulaire sombre dans les plumages internuptial et juvénile.
Après avoir présenté le Plongeon du Pacifique et fait un point sur son statut en Europe, nous vous proposons une synthèse des éléments permettant de le différencier du Plongeon arctique. Nous remercions les photographes qui nous ont aidés à illustrer notre article.
Abstract
Brittany has been in the spotlight within the French ornithological community during the winter of 2025–2026: following the observation in December 2025 of the first-ever Belted Kingfisher (Megaceryle alcyon) recorded in mainland France, the probable (subject to acceptance by the relevant records committee) first record of Pacific Diver (Gavia pacifica) was discovered on 17 January 2026 near Penvénan (Côtes-d’Armor), even though an individual was reportedly photographed in Logonna-Daoulas (Finistère) on December 6, 2015.
This bird species, which breeds in coastal tundra in the north of the America continent and in eastern Siberia and winters at sea in the North Pacific Ocean, is an accidental and rare visitor to Europe, with approximately 70 records. It is very similar to the Arctic Diver (G. arctica), with which it was formerly lumped until 1985, before being recognised as a distinct species. It can, however, be separated by several criteria, notably its smaller size, shorter bill, entirely dark flanks, and, in non-breeding and juvenile plumages, the frequent presence of a dark chinstrap.
After presenting the Pacific Loon and reviewing its status in Europe, we provide a synthesis of the features allowing it to be distinguished from the Arctic Diver. We would like to thank the photographers who helped illustrate this article.
Description du Plongeon du Pacifique (Gavia pacifica)
Longueur : 58 à 74 cm.
Envergure : 110 à 128 cm.
Description : plongeon très semblable au Plongeon arctique (Gavia arctica). D’ailleurs, jusqu’à récemment, il était considéré comme une sous-espèce de ce dernier (voir plus bas).
L’adulte en plumage nuptial a la tête gris pâle, le cou et le dos noir avec des stries et des taches blanches, et une gorge noire aux reflets violets.
L’adulte en plumage d’hiver (internuptial) a le plumage noirâtre dessus, blanchâtre dessous, et il présente la plupart du temps une jugulaire sombre.
Le juvénile ressemble à l’adulte en plumage internuptial, mais son plumage est davantage brunâtre, avec les liserés clairs des plumes des parties supérieures formant un dessin d’aspect écailleux, et il possède également généralement une jugulaire sombre.
Dans tous les plumages, il manque la zone blanche visible à l’arrière des flancs typique du Plongeon arctique posé sur sur l’eau.
Il est aussi un peu plus petit, avec notamment un corps plus court, son cou est plus épais et plus massif, et son bec est un peu moins long.
Cris : gémissements aigus, mornes et modulés (« woueuuuh »).
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Habitats et biologie : le Plongeon du Pacifique niche sur les rives des lacs dans la toundra arctique côtière et il hiverne en mer, où il passe la majeure partie de l’année. Il est plus sociable que les autres plongeons : on l’observe ainsi souvent en groupes en migration et sur les sites d’hivernage. Il peut effectuer de grands déplacements pendant la saison de nidification entre ses zones de nidification et de nourrissage.
Aires de répartition des Plongeons du Pacifique (Gavia pacifica) (A), arctique (G. a. arctica) (B) et à gorge verte (G. a. viridigularis). En bleu sombre, les zones d’hivernage. |
Aire de répartition : le Plongeon du Pacifique niche dans le nord du continent américain, des îles Aléoutiennes (Alaska) à l’île de Baffin au Canada, ainsi qu’en Sibérie orientale, à l’est du fleuve Léna. il pourrait également être un nicheur rare à régulier dans l’ouest du Groenland, mais son statut y est incertain. Il hiverne le long des côtes de l’océan Pacifique, du sud de l’Alaska au Mexique (Basse-Californie) et du Kamtchatka (Russie) à la Chine orientale.
Taxonomie : une espèce à part entière depuis peu
Jusqu’en 1985, les Plongeons arctique et du Pacifique étaient considérés comme appartenant à la même espèce (= conspécifiques) G. arctica, qui était alors divisée en trois sous-espèces, aux aires de répartition formant un anneau morcelé dans la zone arctique : G. a. arctica du nord de l’Europe à l’ouest de la Sibérie, G. a. virdigularis de l’est de la Sibérie et localement dans l’ouest de l’Alaska, et G. a. pacifca au nord-ouest de l’Amérique du Nord (à l’ouest de la baie d’Hudson) et au nord-est de la Sibérie. Bailey (1943), qui a étudié les sous-espèces viridigularis et pacifica dans l’ouest de l’Alaska, a pu observer deux individus non typiques, peut-être intermédiaires.
Une espèce accidentelle rare en Europe, surtout observée en hiver
Le Plongeon du Pacifique n’avait jamais été observé dans le Paléarctique occidental (lire Qu’est-ce que le Paléarctique occidental ?) avant janvier 2007, quand un juvénile a été découvert sur les gravières de Farnham (Yorkshire) en Grande-Bretagne. Sur son blog Post-Ornithos, Marc Duquet précise qu’il a déjà fait l’objet de près de 70 mentions en Europe, pour l’essentiel dans les îles britanniques (19 mentions en Irlande et 32 en Grande-Bretagne) (lire Observations de Plongeons du Pacifique au Royaume-Uni), mais aussi en Scandinavie (cinq en Norvège, trois au Danemark, deux en Suède et un en Finlande), aux Pays-Bas (un), en Espagne (trois), en Pologne (un) et en Suisse (un).
Les données européennes sont concentrées entre la mi-novembre et la fin mars, un pic secondaire d’observation apparaissant dans les deux premières décades de mai et concernant des oiseaux en plumage nuptial. Les données automnales et hivernales se rapportent essentiellement à des oiseaux en plumage juvénile.
Certains individus seraient fidèles à leur site d’hivernage : les 19 mentions irlandaises seraient ainsi le fait de neuf individus différents seulement, et les 32 données britanniques concerneraient 14 oiseaux.
Une première donnée française en Bretagne en janvier 2026
Situation de Penvénan (Côtes-d’Armor). |
La découverte le 17 janvier 2026 par Adrien Mauss d’un Plongeon du Pacifique à Penvénan (Côtes-d’Armor) a été publiée sur la plateforme collaborative Faune-france.org. Depuis, il a été vu et photographié par plusieurs observateurs entre Port Blanc et Buguélès, au large de l’ïle Balanec, et il était encore présent le 28 janvier au moins (voir une synthèse des observations récentes). Les observateurs l’ont vu se toiletter et pêcher activement, parfois à proximité de Plongeons arctiques et imbrins (G. immer) (lire Identifier les quatre plongeons « européens » en hiver), permettant d’utiles comparaisons.
Différents critères d’identification ont été notés : une silhouette plus courte et plus ramassée que le Plongeon arctique et un bec plus court, l’absence de blanc à l’arrière des flancs et la présence d’une jugulaire sombre notée lorsque l’oiseau était un peu moins éloigné.
Sous réserve de validation par le Comité d’Homologation National, cette donnée constituerait une première pour la France continentale. Toutefois, sur le blog Post-Ornithos, on apprend qu’un individu typique avait été photographié à Logonna-Daoulas (Finistère) le 6 décembre 2015.
Les critères pour distinguer les Plongeons du Pacifique et arctique
Les dimensions
Le Plongeon du Pacifique est en moyenne plus petit (environ 10 %) que le Plongeon arctique, mais il existe des chevauchements. La taille est un critère peu facile à évaluer sur le terrain, mais, la présence simultanée d’oiseaux des deux espèces est utile pour les comparer.
La silhouette
Plongeon du Pacifique (Gavia pacifica) adulte en plumage internuptial près de Penvénan (Côtes-d’Armor) en janvier 2026. Notez (1) la tête arrondie, (2) le bec court, (3) la jugulaire sombre et (4) les flancs entièrement sombres. |
La tête du Plongeon arctique a tendance à être plus plate que celle du Plongeon du Pacifique, plus arrondie. Ce critère est toutefois « circonstanciel », car dépendant de l’activité de l’individu (par exemple, soulèvement du cou avant la plongée), mais il peut être utile.
Le Plongeon du Pacifique est un peu plus petit que le Plongeon arctique, avec notamment un corps plus court, un cou plus épais et plus massif, et son bec est un peu moins long.
Le bec
Le bec du Plongeon du Pacifique est un peu plus court. Terry Walsh (1988) avait mesuré que la dimension moyenne du culmen (arrête supérieure du bec) était de 52,7 mm pour G. pacifica, contre 64 mm pour G. artica (de la sous-espèce viridigularis).
Le plumage de la tête
Chez l’adulte en plumage internuptial (hivernal) et chez le juvénile, la couronne et la nuque du Plongeon du Pacifique apparaissent gris argenté et donc plus pâles que chez le Plongeon arctique, mais ce critère est discuté.
Chez le Plongeon du Pacifique adulte en plumage nuptial, la gorge a des reflets violacés, alors qu’ils sont verdâtres chez le Plongeon arctique, mais ce critère peut dépendre de l’angle de vue et de la lumière. Les bandes latérales du cou sont également plus fines et moins prononcées chez le Plongeon du Pacifique, alors que les bandes blanches sont plus larges et descendantes chez le Plongeon arctique.
Le dessin des parties supérieures
Les liserés pâles des parties supérieures sont plus épais et donc plus visibles que chez le Plongeon arctique en plumage juvénile neuf que chez le Plongeon du Pacifique du même âge.
Chez le Plongeon du Pacifique adulte en plumage nuptial, « l’échiquier » noir et blanc des parties supérieures est bien marqué mais un peu moins contrasté que chez le Plongeon arctique.
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Le critère le plus sûr : l’absence de tache blanche à l’arrière des flancs
Le critère le plus sûr pour distinguer les deux espèce dans tous les plumages est l’étendue et la pureté du blanc visible sur les flancs : dans des positions comparables, le Plongeon arctique présente beaucoup plus de blanc que le Plongeon du Pacifique. Un Plongeon du Pacifique glissant sur l’eau ou faisant sa toilette pourra montrer un peu de blanc au dessus de la ligne des eaux, mais ses flancs sont surtout brun sombre, contrastant avec les flancs blancs purs du Plongeon arctique, chez qui le blanc va jusqu’à la limite des ailes fermées. Toutefois, l’absence de tache blanche n’est pas toujours déterminant, car dans certaines positions, un Plongeon arctique peut également sembler avoir les flancs entièrement sombres : il est donc nécessaire d’observer l’oiseau suffisamment longtemps.
On note aussi une zone blanche à l’arrière du Plongeon arctique, mais la posture de l’oiseau est également à prendre en compte.
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La présence d’une jugulaire et d’une bande sombre ventrale sombres
Un autre critère important permettant de distinguer les deux espèces est la jugulaire sombre, visible chez la plupart des Plongeons du Pacifique et dans tous les plumages, alors qu’elle est faible ou absente chez le Plongeon arctique. Terry Walsh (1988) a estimé que 91 % des Plongeons du Pacifique en plumage internuptial et 54 % des juvéniles présentaient des jugulaires nettes ou moins nettes.
La présence d’une bande sombre ventrale (difficile à voir !) est aussi utile à noter : Terry Walsh avait constaté que tous les Plongeons du Pacifique étudiés avaient au moins une bande ventrale complète ou partielle, et 90 % une bande ventrale complète. Il a noté qu’elle était présente chez 93,5 % des juvéniles, et que 69,5 % des adultes avaient une bande sombre ventrale complète. Alors qu’aucun Plongeon arctique n’avait même une jugulaire incomplète, cinq sur six présentaient une bande sombre ventrale partielle.
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Vidéo d’un Plongeon du Pacifique aux Pays-Bas en janvier 2025
Plongeon du pacifique (Gavia pacifica) adulte en plumage internuptial à Mattenhaven (Pays-Bas) en janvier 2025.
Source : Édouard Dansette
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Compléments
Dans la rubrique Observations d’Ornithomedia.com
Plongeon du Pacifique (Gavia pacifica)
Dans la galerie d’Ornithomedia.com
- Plongeon arctique (Gavia arctica)
- Plongeon catmarin (Gavia stellata)
- Plongeon imbrin (Gavia immer)
- Plongeon à bec blanc (Gavia adamsii)
Ouvrage recommandé
Flight Identification of European Seabirds de Anders Blomdahl, Bertil Breife et Niklas Holmstrom (31 mai 2007)
Sources
- Marc Duquet (2026). Notes d’ornithologie française (NOF 5) : partie 1. Post-Ornithos. marcduquet.com
- Philippe Jourde (2026). American first ! www.faune-france.org
- Marc Duquet (2025). Le Plongeon du Pacifique : où et quand ? Post-Ornithos. marcduquet.com
- Niels Peter Ammitzboell et Stefan Werner (2017). Pacific Loon at Silvaplanersee, Switzerland, in December 2015, with notes on genetics, identification and WP records. Dutch Birding. Volume : 39. Pages : 228-238. Janvier. www.researchgate.net
- Terry Walsh (1988). Identifying Pacific Loons – Some Old and New Problems. Birding. February. www.aba.org



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