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La Grèces des zones humides et des montagnes
| Emplacements
des spots visités par Gabriel RASSON et Marie WINANDY en avril 2004 |
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La Grèce du Nord
et de l'Est ne correspond pas réellement à l'image que l'on se fait
habituellement de ce pays : ici, les hautes montagnes, les lacs, les deltas et
les riches plaines remplacent les collines pelées et les champs d'oliviers
que l'on rencontre sur les îles de la Mer Egée, aux environs d'Athènes
ou dans le Péloponnèse.
Les habitats naturels des provinces de Thrace, de Macédoine et du nord
de la Thessalie sont en effet variés, depuis les dunes
de sable du delta de Nestos et des lagunes de l'embouchure de l'Evros aux forêts
de hêtres et de conifères des Monts Rhodope, en passant par les habitats
alpins du Mont Olympe.
Quatre des plus grandes zones humides grecques sont par exemple situées
en Thrace: le delta de l'Evros à la frontière turque, le lac Ismaris
(Mitrikou), le lac Vistonis et les lagunes côtières autour de Porto
Lagos et le delta du Nestos. La forêt de Dadia, dans les montagnes au nord
du delta de l'Evros, constitue l'une des zone les plus riches d'Europe pour les
rapaces.
Gabriel Rasson et Marie Winandy ont effectué du 16 au 25 avril 2004 un
circuit de quelque 2 000 kilomètres en voiture, depuis la Thessalie jusqu'en
Thrace en passant par la Macédoine. Ce sera pour nous l'occasion de présenter
quelques spots à ne pas manquer : les deltas de l'Axios, du Loudias et
de l'Aliakmon, le Mont Olympe, les Météores, les lacs Prespas, le
lac Kerkini, la forêt de Dadia et le delta du Nestos.
Toutes les photos présentées ici sont (sauf précision) de
Gabriel Rasson (Nikon Coolpix 4500 + Swarovski ATS 80 + oculaire 30 sw) et de
Marie Winandy (Canon Eos 300 N argentique).
Remarque : les effectifs nicheurs des espèces sont tirés de l'ouvrage
Important Bird Areas of Greece, édité par l'Hellenic Ornithological
Society (édition antérieure à 2000).
Abstract
The North and East of Greece (provinces of Thrace, Macedoine and the North of
Thessalonia) are very different from the dry and hot countrysides around Athens,
of the Egean Islands or in the Peloponnesus : in thes regions the visitor will
encounter a wide range of habitats, from the sand dunes of the Nestos delta and
the salt marshes of Evros to the cold, humid beech and conifer forests of Rodopi,
through the alpine habitats of the Mount Olympus.
For instance, four of the largest Greek wetlands are in Thrace; from east to west
the Evros delta, lake Ismaris or Mitrikou, lake Vistonis and the complex of coastal
lagoons around Porto Lagos and the Nestos delta. The Dadia-Soufli Forest, near
the Turkish border, is one of the most important areas in Europe for birds of
prey.
Gabriel Rasson and Marie Winandy have travelled from Thessalia to Thrace through
Macedonia from the 16th to the 25th of April 2004, and they have transmitted us
their trip report.
In this article, we propose you to present several important birds areas they've
visited : the Axios-Loudias-Aliakmon Deltas, the Mount Olympus, the Meteora, the
Prespas Lakes, the Kerkini Lake, the Dadia-Soufli Forest, and the Nestos Delta.
See our map
of Greece with the geographical situation of several good birding spots.
La Thrace, une région
à découvrir
Voir notre carte
de la Grèce.
Une province aux mille richesses naturelles
A l'extrémité
Nord-est de la Grèce, entre les fleuves Evros à l'est et Nestos
à l'ouest, limitée au nord par le massif imposant de Rhodope et
au sud par la Mer Égée se trouve la Thrace.
Dans cette région méconnue, l'observateur aura la possibilité
d'observer une vaste palette d'habitats, depuis les dunes du delta de Nestos jusqu'aux
froides forêts de montagne à la frontière bulgare. Ces habitats
accueillent une grande diversité biologique unique au niveau européen.
La région présente quatre des plus grandes zones humides grecques
: d'est en ouest, nous trouvons ainsi le fantastique delta d'Evros (qui fera certainement
l'objet d'un article à part sur Ornithomedia.com), le lac Ismaris ou Mitrikou,
le lac Vistonis et les lagunes côtières autour de Porto Lagos, ainsi
que le delta du Nestos qui sera décrit dans ce rapport. Ces quatre secteurs
sont protégés par la convention de Ramsar sur les zones humides
d'importance internationale.
La forêt de Dadia, près de la ville de Soufli, est l'une des zones
d'Europe les plus riches en rapaces nicheurs Europe, avec la présence entre
autres de tous les vautours européens, de la Buse féroce (Buteo
rufinus) et de l'Épervier à pieds courts (Accipiter brevipes). Le
défilé du Nestos, à l'ouest de Xanthi, et la vallée
de Kompsatos près de Komotini (commune de Rodopi) sont également
très riches en rapaces.
Tous ces sites sont inscrits dans le réseau européen Natura 2000.
Des nicheurs
prestigieux
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La Thrace abrite
les derniers couples grecs de Pygargues à queue blanche (Haliaeetus albicilla)
Photo : Fabrice Croset |
Les trois ou quatre couples
nicheurs grecs de Pygargues à queue blanche (Haliaeetus albicilla) nichent
en Thrace, ainsi que la dernière population de Vautours moines (Aegypius
monachus), qui est présente dans les forêts de pins de Dadia. Le
vanneau éperonné (Hoplopterus spinosus), le limicole nicheur le
plus rare du pays, n'est présent presque exclusivement que dans le delta
de Nestos, quelques autres couples étant visibles près d'Ismaris
et dans le delta de l'Evros.
Les plus grandes populations grecques de Pies-grièches masquées
(Lanius nubicus) et de Traquets isabelles (Oenanthe isabellina) se trouvent en
Thrace, et un grand nombre de Flamants roses (Phoenicopterus ruber) sont observables
toute l'année sur la côte (la lagune de Mesi près de Porto
Lagos est le seul endroit de Grèce où l'espèce a essayé
de se reproduire).
Les forêts denses du Rhodope hébergent plusieurs espèces que
l'on ne trouve qu'ici dans le pays, comme le Grand Tétras (Tetrao urogallus),
la Gélinotte des bois (Bonasa bonasia), la Chouette de Tengmalm (Aegolius
funereus), la Chevêchette d'Europe (Glacidium passerinum), le Pic tridactyle
(Picoides tridactylus), le Merle à plastron (Turdus torquatus), et le Casse-noix
moucheté (Nucifraga caryocatactes).
Le delta de l'Evros
Le grand delta de l'Evros à la frontière turque est l'un des rares
spots européens où le Courlis à bec grêle (Numenius
tenuirostris), probablement l'espèce la plus en danger du Paléarctique,
est "régulièrement" enregistré et c'est aussi le
seul endroit en Grèce où des Bernaches à cou roux (Branta
ruficollis), des Oies naines (Anser erythropus) et des Cygnes de Bewick (Cygnus
colombianus), trois visiteurs irréguliers venus du Nord de l'Europe, sont
fréquemment observés. La plupart des observations des espèces
accidentelles en Grèce ont été réalisées en
Thrace.
Des montagnes boréales
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Pentes montagnardes
boisées au nord du pays, près du lac Kerkini
Photo : Marie Winandy |
Les seules forêts
grecques de type boréal poussent dans la chaîne du Rhodope, à
la frontière bulgare. Ces montagnes sont d'ailleurs parmi les secteurs
les plus riches en Grèce pour la flore. Plusieurs espèces endémiques,
comme le rare Lilium rhodopaeum jaune, et de nombreuses espèces à
répartition réduite (dont des douzaines d'orchidées) atteignent
ici la limite la plus septentrionale de leur aire de distribution.
Ces montagnes boisées fournissent un abri pour l'une des deux plus grandes
populations grecques d'Ours brun (l'autre est présente dans le massif de
Pinde ou Monts Pindos).
Une région riche en mammifères et en reptiles
Des populations remarquables de loups, de Cerfs élaphes, de daims et de
sangliers sont vivent dans la région, et les derniers chacals du pays se
reproduisent dans les deltas du Nestos et de l'Evros.
Le Suslik (un grand rongeur terrestre) n'est présent que dans les vallées
de l'Evros et de l'Axios. Beaucoup de mammifères atteignent en Thrace leur
limite méridionale de répartition, comme le Campagnol de Gunther.
40 espèces de reptiles et d'amphibiens ont été notés
dans la région de l'Evros, soit le nombre le plus élevé d'Europe.
Des facteurs de diversité
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Les milieux
naturels thraces sont variés, des hautes montagnes jusqu'aux dunes du delta
du Nestos
Source : www.ramsar.org |
Cette diversité biologique
résulte de la combinaison de divers
facteurs :
- Existence d'une grande variété d'habitats sur un petit secteur
géographique : la distance entre les champs sous-marins de posidonies du
delta de Nestos et les forêts primitives du Rhodope central n'excède
ainsi pas 80 kilomètres. Cette zonation des habitats est unique en Europe
où l'interférence humaine a généralement radicalement
changé le paysage en créant de vastes biotopes homogènes.
- Des particularités climatiques : on note une influence continentale forte
sur le climat subméditerranéen de la région, ce qui crée
des conditions favorables pour une faune et une flore habituellement présente
plus au nord ou à des altitudes beaucoup plus élevées.
- Une situation géographique unique : située entre l'Europe et l'Asie,
elle constitue la limite méridionale de distribution de beaucoup d'espèces
européennes nordiques et la limite occidentale de beaucoup d'espèces
asiatiques. S'étendant au nord de la Mer Égée, le long d'un
des principaux axes de migration pour les oiseaux, la Thrace attire un grand nombre
d'espèces qui n'apparaissent pas ailleurs en Grèce.
- Un impact humain limité : la population thrace, est, depuis la période
antique, faible et limitée aux villes et aux villages. L'utilisation de
la terre
est restée équilibrée et limitée, et les méthodes
traditionnelles d'agriculture, n'ont pas causé un épuisement des
ressources que l'on a constaté ailleurs dans le bassin méditerranéen.
Le manque des routes et de l'inaccessibilité relative, ainsi qu'une présence
militaire forte sur des vastes zones ont réduit l'empiétement humain
et le paysage de Thrace est souvent resté intact jusqu'aux années
50-60. Jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale, les loups, les cerfs, les sangliers,
et peut-être même les ours, étaient encore présents
dans la grande forêt de Kotza Orman qui a couvert plus de 7 000 hectares
le long du fleuve Nestos. Une forêt dense riveraine a également couvert
la majeure partie du delta de l'Evros, formant une véritable jungle où
seuls quelques chasseurs et pêcheurs s'aventuraient. Des chasseurs racontent
que dans les années 30 une hyène avait atteint le delta du côté
turque.
Vers la fin des années 60, des ornithologistes allemands parcourant la
région de l'Evros ont été étonné par l'abondance
de la faune comptant par exemple plus de dix couples de Pygargues à queue
blanche.
D'inquiétantes dégradations
Malheureusement, après la Deuxième Guerre, les interventions humaines
ont radicalement changé le paysage thrace, et particulièrement durant
les années 70 où le développement économique de grands
secteurs a été accéléré. Des forêts riveraines
des cours d'eau ont été défrichées et drainées
pour fournir des terres arables. Vers la fin des années 50, la forêt
de Kotza Orman a été détruite à 50%, et aujourd'hui
il n'en reste que quelques centaines d'hectares protégés.
L'exemple le plus récent est le drainage de la lagune de Drana au début
des années 80. Aujourd'hui, la zone asséchées ne peut pas
être cultivée en raison de la salinité élevée
et ainsi devenue inutile pour l'homme et la faune.
De nouveaux chemins forestiers ont été tracés dans les forêts
primitives, et de grandes étendues de forêts à feuilles caduques,
considérées comme moins productives, ont été éliminées
et remplacées par les plantations commerciales, la plupart du temps des
monocultures de pins.
L'intensification de l'agriculture a entraînés des drainages de près
humides, des arrachages d'arbres et une augmentation de l'utilisation des pesticides
et engrais. La construction de barrages dans les pays voisins a réduit
le débit des fleuves Nestos et Evros, créant des problèmes
de manque de l'eau.
Les interventions à grande échelle continuent actuellement. Au cours
des dernières années, des routes ont été ouvertes
dans le delta de l'Evros et maintenant des véhicules peuvent facilement
atteindre le canal central et tous les secteurs sont devenus accessibles. Lors
de la construction de la route nationale entre Xanthi et Komotini, de grandes
surfaces de dunes côtières
et de marais salants près de Porto Lagos ont été détruits
et les travaux ont transformé le côté oriental du lac Vistonis
en une friche sans intérêt.
Des exemples encourageants
Toutefois, il existe également des exemples de gestion adaptée et
de spectaculaires succès de conservation. La population de Vautours moines
de Dadia a augmenté de 26 individus en 1979 plus de à 100 en 1997,
dont au moins 20 couples reproducteurs, et la plupart des autres populations de
rapaces du secteur sont stables ou en augmentation.
Le centre d'information et les équipements écotouristiques contrôlés
par la communauté de Dadia permettent à 40 000 visiteurs annuels
d'apprécier la beauté des forêts de pins. Dans le delta du
Nestos, environ 1 000 hectares de plantations de peupliers entourant les derniers
vestiges de ripisylve ont été clôturés et laissés
vieillir naturellement. Cette forêt protégée a déjà
attiré lune grande partie de la faune du delta et plusieurs espèces
d'oiseaux qui avaient cessé de nicher sont de retour.
Un nouveau centre d'information géré en partie par les municipalités
locales a été ouvert dans le delta de l'Evros, et plusieurs projets
en cours doivent améliorer la qualité de la zone humide pour empêcher
les apports d'eau salée
qui dégrade des habitats.
Un autre centre d'information
ouvrira bientôt dans la région de Vistonis-Porto Lagos.
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