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  São Tomé, un joyau méconnu


Date de mise en ligne : 01/05/2010 - Visé par le Comité de lecture

Situation de l'île de São Tomé
Situation de l'île de São Tomé

L'archipel de São Tomé et Príncipe, ancienne possession portugaise, est situé dans le golfe de Guinée à environ 300 km des côtes du Gabon. Il est formé de deux îles principales, Sao Tomé et Principe, et d'une quinzaine d'îlots. L'ensemble du territoire couvre une superficie d'environ 1 000 km². Le relief volcanique culmine à plus de 2 000 m, le climat est de type équatorial.
Cet archipel est largement ignoré des naturalistes alors qu'il abrite une flore et une faune endémiques d'un très grand intérêt scientifique. On y trouve 27 espèces uniques au monde, un chiffre proche de celui des célèbres Galápagos sur une superficie bien inférieure. On peut ainsi rencontrer sur Sao Tomé le plus grand Souimanga et le plus grand tisserin du monde, ainsi que le plus petit ibis.
Alex et Marie Beauquenne (site web : www.voyageschezlesoiseaux.eu)
ont visité São Tomé du 10 au 24 décembre 2009, observant la plupart des "spécialités" et ils nous ont transmis leurs notes. Nous les avons complétées par une évocation des phénomènes évolutifs expliquant le caractère unique de la faune de l'archipel, une présentation des différents habitats et une liste des bons spots de l'île.
Nous remercions Alexandra Fonseca (voir sa galerie) et Joaquim Muchaxo (voir sa galerie) pour leurs photos.


Cet article a été soumis à notre Comité de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous contacter.

Abstract

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São Tomé and Príncipe is a Portuguese-speaking island nation in the Gulf of Guinea, off the western equatorial coast of Africa.
It consists of two islands: São Tomé and Príncipe, located about 300 kilometres off the northwestern coast of Gabon. Both are part of the Cameroon volcanic mountain line, which also includes the islands of Annobón to the southwest, Bioko to the northeast and Mount Cameroon on the African west coast.
This archipelago has been virtually ignored by birders, and this is surprising given that they are home to a large number of endemic plants and birds. One can find here 27 (26 to 28) endemics birds, including the world's smallest ibis (the São Tomé Ibis) and the world's largest sunbird and weaver (the Giant Sunbird).
Sao Tome Island has 21 endemic species by itself. This is an extraordinary number because islands with the similar dimensions usually have 1 to 2 endemic bird species.
Alex and Marie Beauquenne visited São Tomé in December 2009, watching most of the endemic species: they sent us their notes and several photos of birds and habitats. We added some elements presenting the natural habitats of the island, the reasons why such a high level of endemism occurs here, and a list of the good birding spots.
See our map of São Tomé.

Introduction

Carte

Voir notre carte de l'île de São Tomé où figurent des secteurs ornithologiques importants, les zones de forêts humides primaires et de savanes.

Présentation physique

L'archipel de São Tomé et Príncipe fait partie d'un alignement volcanique débutant par Annobón au sud-ouest et se poursuivant sur le continent par le Mont Cameroun
Carte : Ornithomedia.com
Carte du Golfe de Guinée

L'archipel de São Tomé et Príncipe fait partie d'un alignement volcanique débutant par Annobón au sud-ouest et se poursuivant sur le continent au nord-est par le Mont Cameroun.
Bioko est la plus grande île du Golfe de Guinée, tandis qu'Annobón est la plus petite et la plus inaccessible.
Ces volcans datent de l'Ère Tertiaire et sont considérés comme inactifs.
Príncipe occupe une surface de 128 km² et São Tomé couvre environ 836 km². L'altitude maximum est de 948 m sur Príncipe et de 2 024 m sur São Tomé. Les sols volcaniques de basaltes et de phonolites sont relativement fertiles.
Le climat de l'archipel est humide et chaud. Les températures annuelles moyennes varient entre 22 et 33°c et les précipitations annuelles moyennes sont de l'ordre de 7 000 mm à Sao Tomé et de 5 000 mm à Principe.

Histoire

Les îles étaient inhabitées au XVe siècle quand les Portugais les ont découvert. La colonisation a débuté au début du XVIe siècle et São Tomé est devenue le plus grand producteur de sucre au monde, entraînant la destruction de larges secteurs de forêts sèches dans le nord. Après le déclin de cette activité, une partie de la forêt a repoussé et l'île est devenue un important centre d'approvisionnement en esclaves.
Au XIXe siècle, des plantations de café et de cacao ont été créées sur São Tomé et sur Príncipe, et des Africains y ont été transférés pour y travailler.
Le pays est devenu indépendant en 1975.

Les oiseaux endémiques de l'archipel

Souimanga de Newton (Anabathmis newtonii)
Souimanga de Newton (Anabathmis newtonii)
Photo : Alex et Marie Beauquenne

L'archipel abrite 95 espèces d'oiseaux dont 26 (à 28 selon les sources) sont endémiques. Sao Tomé en compte 21 à elle seule.
Ce chiffre est impressionnant pour une surface si réduite.
Il existe également un certain nombre de sous-espèces endémiques.
Ces espèces sont essentiellement forestières.
Voici la liste des oiseaux endémiques de l'archipel : Ibis de São Tomé (Bostrychia bocagei) - parfois considéré comme une sous-espèce de l'Ibis olive -, Colombar de São Tomé (Treron sanctithomae), Pigeon de São Tomé (Columba thomensis), Petit-duc de São Tomé (Otus hartlaubi), Martinet de São Tomé (Zoonavena thomensis), Martin-pêcheur de Príncipe (Alcedo nais), Martin-pêcheur de São Tomé (Alcedo thomensis), Merle de São Tomé (Turdus olivaceofuscus), Nasique de São Tomé (Amaurocichla bocagei), Prinia de São Tomé (Prinia molleri), Tchitrec de São Tomé (Terpsiphone atrochalybeia), Cratérope de Príncipe (Horizorhinus dohrni), Souimanga de Hartlaub (Anabathmis hartlaubii), Souimanga de Newton (Anabathmis newtonii), Souimanga de São Tomé (Dreptes thomensis), Zostérops becfigue (Zosterops ficedulinus), Pie-grièche de São Tomé (Lanius newtoni), Zostérops de São Tomé (Speirops lugubris), Speirops de Príncipe (Speirops leucophaeus), Loriot de São Tomé (Oriolus crassirostris), Choucador de Príncipe (Lamprotornis ornatus), Tisserin de Príncipe (Ploceus princeps), Tisserin géant (Ploceus grandis), Tisserin de São Tomé (Ploceus sanctithomae), Serin roux (Serinus rufobrunneus), Néospize de São Tomé (Neospiza concolor).

L'Ibis de São Tomé, la Pie-grièche de São Tomé, le Néospize de São Tomé et le Nasique de São Tomé ont été récemment redécouverts, après avoir "disparu" depuis plus de 20 ans (lire l'article sur la redécouverte du néospize par Martim Melo).

Endémisme et évolution

Tisserin géant (Ploceus grandis)
Le Tisserin géant (Ploceus grandis), un exemple de gigantisme
Photo : Alex et Marie Beauquenne

Les îles du Golfe de Guinée constituent l'un des principaux centres d'endémisme dans le monde. L'archipel de São Tomé et Príncipe en compte de 26 à 28 sur 1000 km² , contre 22 pour les Galápagos qui couvrent 8 000 km².
On rencontre sur São Tomé et Príncipe différents types d'évolution comme le gigantisme, le nanisme ou des adaptations écologiques, physiologiques et comportementales étonnantes.
Le gigantisme se rencontre chez le Pigeon de São Tomé, le Souimanga de São Tomé ou le Tisserin géant, mais aussi chez des plantes (bégonias Bégonia crateris et B. baccata) : tous sont bien plus grands que les espèces continentales du même genre.

Ibis de Sao Tomé (Bostrychia bocagei)
L'Ibis de São Tomé (Bostrychia bocagei), un exemple de nanisme
Photo : Joaquim Muchaxo

L'Ibis de São Tomé est par contre un exemple de nanisme : c'est le plus petit ibis du monde, avec une longueur de 45 cm, contre de 60 à 65 cm pour l'Ibis olive (Bostrychia olivacea), son "parent" continental.
Des adaptations étranges, physiologiques et comportementales sont aussi notées : le Tisserin de São Tomé est une espèce forestière grimpante, un comportement inhabituel pour cette famille d'oiseaux, les plocéidés.

Souimaga de Sao Tomé (Dreptes thomensis)
Souimanga de São Tomé (Dreptes thomensis)
Photo :
Alexandra Fonseca

Toutes ces espèces ont colonisé l'archipel à partir du continent africain. Elles ont ensuite subit une spéciation ou sont devenues relictuelles quand leurs ancêtres ont disparu sur le continent. Le Souimanga de São Tomé semble être plus ancien que le Souimanga de Newton, qui ressemble davantage aux espèces du continent (ce qui signifie qu'il a subi un isolement moins long).
Le statut taxonomique de beaucoup d'espèces reste à débattre, car
les chercheurs ont peu étudié ces îles, probablement du fait de l'absence de radiations évolutives spectaculaires comme chez les fameux pinsons des Galápagos (lire Les pinsons de Darwin). Une radiation évolutive ou radiation adaptative est une évolution rapide à partir d'un ancêtre commun d'un ensemble d'espèces caractérisées par une grande diversité écologique et morphologique. Chaque nouvelle espèce est adaptée à une niche particulière.
La faible distance du continent a permis à un grand nombre d'espèces de coloniser ces îles, créant une forte compétition interspécifique qui pourrait avoir empêché l'occurrence de ces radiations. Cela explique aussi que l'endémisme soit réparti dans différentes familles plutôt qu'au sein d'un seul genre.

Spéciation chez les zostérops dans le Golfe de Guinée : 1) Zostérops jaune (Zosterops senegalensis), 2) Zostérops du Cameroun (Speirops melanocephalus), 3) Zostérops de Fernando Po (Speirops brunneus), 4) Speirops de Príncipe (Speirops leucophaeus), 5) Zostérops becfigue (Zosterops ficedulinus), 6) Zostérops de São Tomé (Speirops lugubris), 7) Zostérops d'Annobon (Zosterops griseovirescens)
Schéma : Ornithomedia.com
Spéciation chez les zostérops dans le Golfe de Guinée

Une expédition financée par la Genetics Society a été menée sur les îles du Golfe de Guinée de novembre 2003 à février 2004.
Des séquençages de l'ADN mitochondrial et nucléaire ont alors été réalisés chez différents groupes d'oiseaux (turdidés, Souimangas, zostérops, néospizes) afin de réaliser leur généalogie, de comprendre les modèles de spéciation, l'origine géographique des taxa, les routes et les périodes de colonisation des îles, et d'identifier les principaux facteurs responsables du fort niveau d'endémisme.

Zostérops de Sao Tomé  (Speirops lugubris)
Zostérops de São Tomé (Speirops lugubris)
Photo : Alex et Marie Beauquenne

Les résultats préliminaires ont été publiés en ligne sur le site web du Gulf of Guinea Conservation Group (www.ggcg.st/melo) pour les zostérops, de petits passereaux insectivores connus pour se disperser sur les îles et s'y différencier. Il existe huit zostérops endémiques dans le golfe de Guinée.
Sur São Tomé, Príncipe, Bioko et sur le Mont Cameroun, on a même créé un genre à part, Speirops, pour regrouper certaines espèces nettement différentes des zostérops typiques. Les speirops forment un genre bien distinct des zostérops du genre Zosterops et se distinguent par leur plus grande taille, la forte à très forte pigmentation sombre du plumage, à l'exception de l'espèce de Príncipe, remarquablement dépigmentée et paraissant presque blanche et grise. Le genre Speirops est endémique à l'Afrique centrale et ne déborde, au-delà de trois îles du golfe de Guinée (São Tomé, Príncipe et Bioko), que sur le Mont Cameroun.

Zostérops becfigue (Zosterops ficedulinus feae)
Zostérops becfigue (Zosterops ficedulinus feae), São Tomé
Photo :
Alexandra Fonseca

La phylogénie moléculaire montre que les speirops ne forment pas un groupe monophylétique, et donc que ce genre doit être invalidé. Elle a aussi révélé que les zostérops du Golfe de Guinée étaient séparés en un clade (= groupe ayant un "ancêtre commun") continental (qui comprend l'île de Bioko) et un clade océanique. Cela suggère que dans le passé la dispersion entre îles a été plus fréquente que celle entre le continent et les îles.
Les deux espèces de Speirops présentes dans le clade continental (Zostérops de Fernando Po et Zostérops du Cameroun) sont à la base de l'arbre phylogénétique et constituent sûrement des reliques de la dernière période glaciaire, tandis que le Zostérops de São Tomé et le Speirops de Príncipe sont plus récents. Ce schéma unique au monde suggère que l'apparition d'un phénotype inhabituel n'a pas forcément les mêmes causes.

  Suite de l'article
 
Introduction
Habitats et conservation
Quelques bons secteurs
Notes de voyage du 10 au 24 décembre 2009
Informations pratiques
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