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Date de mise en ligne: 04/04/08 - Soumis au Comité de lecture
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Situation de la province d'Esmeraldas (Equateur) |
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La province d'Esmeraldas,
au nord-ouest de l'Équateur, est une région bien peu connue: en
effet, en dépit des intitulés parfois trompeurs des rapports d'observation
mis en ligne, très peu d'ornithologues visitent cette zone frontalière
avec la Colombie, et la rareté des données disponibles sur l'avifaune
régionale le confirme.
Cette situation semble injustifiée étant donné la variété
des habitats et des espèces de la province: outre les endémiques
du Chaco (nom donné aux forêts humides qui poussent le long du Pacifique),
l'observateur pourra rechercher plusieurs espèces remarquables comme le
Tinamou de Berlepsch, le Colin ceinturé, le Colibri d'Équateur,
le Râle de Colombie, la Colombe de Veragua
Benoît Forget et Robert Langhendries ont effectué un séjour
dans le nord de l'Équateur du 10 au 28 mai 2007. Benoît évoque
dans cet article les richesses de la province d'Esmeraldas.
Nous remercions Gilles Willem et Steve Blain (site web: www.tropicalbirding.com)
pour nous avoir aidé à illustrer cet article.
Abstract
In the North of Ecuador,
near the Colombia border, the Province of Esmeraldas is really poor known by birders;
it's a pity, as this region has a lot to offer to birders.
Besides the especially important and uncommon lowland Chocó endemics, one
can discover numerous specialities from the mangroves on the Pacific coast to
the forests on the foothills of Western Cordillera.
Specialties include: Plumbeous Hawk, Plumbeous Forest-Falcon, Rufous-fronted Wood-Quail,
Tawny-faced Quail, Brown Wood-Rail, Olive-backed Quail-Dove, Rose-faced Parrot,
Red-lored Amazon, Bronzy Hermit, White-tipped Sicklebill, Tooth-billed Hummingbird,
Purple-chested Hummingbird, Bronze-tailed Plumeleteer, Orange-fronted Barbet,
Five-colored Barbet, Stripe-billed Araçari, Lita Woodpecker, Cinnamon Woodpecker,
Star-chested Treerunner, Western Woodhaunter, Griscom's Antwren, Ocellated Antbird,
Rufous-crowned Antpitta, Speckled Mourner, Black-tipped Cotinga, Long-wattled
Umbrellabird, Red-capped Manakin, Green Manakin, Gray-mantled Wren, Scarlet-thighed
Dacnis, Scarlet-breasted Dacnis, Scarlet-and-white Tanager, Gray-and-gold Tanager,
Emerald Tanager, Silver-throated Tanager, Blue-whiskered Tanager, Rufous-winged
Tanager, Golden-chested Tanager, Lemon-spectacled Tanager, Tawny-crested Tanager,
Scarlet-browed Tanager, Yellow-green Bush-Tanager, and much much more
Benoît Forget Robert Langhendries visited the North of Ecuador from the
10th to the 28th of May 2007, and Benoît proposes us a presentation of the
province of Esmeraldas.
Une région au
coeur de l'ensemble
"Tumbes-Chocó-Magdalena"
Le Tumbes-Chocó-Magdalena
Carte de l'éco-région Tumbes-Chocó-Magdalena, qui va du Panama
au Pérou. La province d'Esmeraldas est située au coeur de ce vaste
ensemble
Carte: Ornithomedia.com, d'après Conservation International |
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La région d'Esmeraldas
est située au cur de l'éco-région appelée "Tumbes-Chocó-Magdalena".
Cette vaste zone, qui s'étend du Panama au nord du Pérou, constitue
une zone très importante (un "hotspot" selon Conservation international)
pour la biodiversité mondiale, avec plus de 1500 plantes vasculaires endémiques.
Mais elle est extrêmement menacée, 70% de l'habitat originel ayant
été détruit.
L'ensemble Tumbes-Chocó-Magdalena mesure 1 500 kilomètres de long
et couvre 274 597 km² le long du versant ouest des Andes. Appelé anciennement
"Chocó-Darién-Western", on lui a adjoint différents
secteurs liés d'un point de vue écologique, notamment la Vallée
de la Magdalena dans le nord de la Colombie.
Cette région écologique englobe entre autres les forêts humides
de la Province de Darién au Panama et de la région du Chocó
à l'ouest de la Colombie, les forêts humides le long de la côte
ouest de l'Équateur et les forêts sèches de l'ouest de l'Équateur
et du nord-ouest du Pérou. Elle comprend aussi vers l'Est plusieurs régions
colombiennes: le Nord des Cordillères occidentale et centrale, les forêts
sèches de la côte Caraïbes, la Sierra Nevada de Santa Marta,
et les vallées de la Cauca et de la Magdalena.
L'île de Malpelo sur la côte de la Colombie et les îles Galápagos
au large de l'Équateur sont aussi inclus dans la région.
L'ensemble est limité à l'Ouest par l'Océan Pacifique et
à l'Est par le niveau des 1000 m de la Cordillère des Andes, où
commence l'éco-région des Andes tropicales. On y trouve une grande
variété d'habitats, des mangroves, des plages et des côtes
rocheuses du Pacifique aux forêts tropicales humides du Chocó colombien.
Le hotspot peut être divisé en deux secteurs botaniques majeurs,
le Chocó/Darién et ses forêts humides, et la région
de Tumbes et ses forêts sèches en Équateur et au Pérou.
Le long de la côte plutôt basse le long du Pacifique, plusieurs petits
massifs montagneux isolés sont en partie à l'origine du fort taux
d'endémisme de l'éco-région. Parmi elles, la Coracine casquée
(Cephalopterus penduliger) et les petites grenouilles colorées et
vénéneuses du genre Dendrobates font partie des symboles
de la région.
Une zone menacée
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Forêt
sèche typique à Jatunpamba, à l'ouest de l'Equateur, près
de la frontière avec le Pérou
Photo: Fundación
Jocotoco / www.worldlandtrust.org |
De nombreuses espèces
et sous-espèces d'oiseaux de la région sont menacées d'extinction,
du fait de la destruction d'une grande partie des habitats naturels. Par exemple,
les forêts côtières de l'Équateur ont été
réduites à seulement 2% de leur surface initiale pour être
converties en cultures, et il ne reste pratiquement plus que deux grandes zones
forestières ininterrompues, la Reserva Ecológica Cotacachi-Cayapas
et la Reserva Etnica y Forestal Awa. Il existe aussi des portions forestières
dans le parc national de Machalilla, dans la réserve écologique
Manglares-Churute Ecological, dans les Bosques Protectores Cerro Blanco et dans
la réserve Molleturo e Arenillas.
Pourtant ces forêts de l'ouest du pays sont d'une grande importance écologique,
avec un fort taux d'endémisme: sur les 6 300 espèces de plantes
vasculaires, 20% seraient uniques. 40 espèces et 140 sous-espèces
d'oiseaux sont localisées dans les forêts sèches du sud-ouest
de l'Équateur et du nord-ouest du Pérou. 30 espèces sont
confinées aux forêts humides du nord-ouest de l'Équateur et
du sud-ouest de la Colombie.
Un fort taux d'endémisme
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Le Cotinga
écaillé (Ampelioides tschudii), une espèce typique
de l'ensemble Tumbes-Chocó-Magdalena
Photo: Gilles Willem |
Les forêts du Tumbes-Chocó-Magdalena
comprennent presque 900 espèces d'oiseaux, dont environ 110 sont endémiques.
14 genres sont uniques, dont 10 représentés par une seule espèce.
Les régions du Tumbes et du Chocó sont considérés
comme étant parmi plus importantes et des plus menacées du monde
pour les oiseaux. La région de Tumbes avec 17 espèces d'oiseaux
endémiques menacées de disparition comme la Pénélope
à ailes blanches (Penelope albipennis) et le Rara du Pérou
(Phytotoma raimondii), est considérée comme l'une des trois
au monde nécessitant la protection la plus urgente.
Le Chocó présente un total de 51 espèces endémiques,
soit le nombre le plus important au monde après l'éco-région
de la forêt atlantique du Brésil et de l'Uruguay.
Les îles Galápagos constituent une zone à part entière,
avec 22 espèces terrestres endémiques, dont les 12 pinsons de Darwin
à l'origine de la Théorie de l'Évolution.
Pourquoi la province
d'Esmeraldas est-elle négligée?
Le scénario classique d'un voyage ornithologique "efficace" s'encombre
peu d'escapades en dehors des sentiers battus. Et il est vrai que, après
avoir lu les quelques rapports récents mis en ligne et avoir acheté
des guides sonores (comme le DVD Aves de Ecuador de Niels Krabbe et de Jonas Nilsson),
on prend peu de risques en suivant un circuit de deux à trois semaines
en Équateur en visitant des spots bien connus, et pratiquement qu'elle
que soit la saison. En général, on se contente de découvrir
des "spécialités" des collines du Chocó dans des
secteurs classiques, essentiellement suivant l'axe Mindo -Tandayapa.
Trop de zones détruites
Les raisons de ne pas visiter la province excentrée d'Esmeraldas sont nombreuses.
Tout d'abord, si l'Équateur à l'avantage d'être de petite
taille, le potentiel gigantesque d'espèces à "contacter"
et le temps réduit imposent souvent des choix.
Le degré de destruction de la plupart des zones forestières sur
la côte a par ailleurs de quoi faire baisser les bras. L'industrie de l'huile
de palme y a de beaux jours devant elle et les contingences alimentaires poussent
le plus souvent les populations locales à reléguer bien loin au
second plan les "idéaux occidentaux" de protection de l'environnement.
Dans la province d'Esmeraldas, les emplois sont rares et l'on pense d'abord à
nourrir sa famille. "Estomac vide n'a point d'oreille" dit-on. Et si
les populations locales connaissent bien certaines espèces d'oiseaux, c'est
d'avantage pour leur goût que pour leurs couleurs
Une situation sécuritaire
précaire
La seconde raison, liée à la première, tient à la
situation sécuritaire, systématiquement présentée
en Esmeraldas comme aléatoire. Si cette réputation n'est malheureusement
pas complètement inexacte, il convient d'actualiser les choses. La proximité
avec la frontière colombienne ne semble plus poser de problème particulier
actuellement. S'il reste utile de poser les "bonnes questions" dans
la région afin d'éviter les mauvaises surprises, les problèmes
d'insécurité sont davantage le fruit du taux élevé
de chômage chez les jeunes et des tensions entre les communautés
hispaniques et l'importante communauté noire reléguée dans
cette zone frontalière désargentée.
Peu de guides
Une troisième raison souvent avancée pour délaisser la province
d'Esmeraldas concerne l'absence de guides locaux de qualité. Il est vrai
que la plupart des (quelques) vrais bons guides ornithologiques professionnels
écuadoriens sont stratégiquement basés à Quito. Souvent
grassement payés par rapport aux salaires moyens locaux, ils accompagnent
les groupes organisés pour revenir ensuite dans la capitale.
Un nombre croissant d'ornithologues indépendants tend cependant à
aller de pair avec un développement de l'ornithologie professionnelle.
Les choses semblent donc évoluer dans le bon sens, et l'on découvre
parfois de vrais "cracks" au hasard du terrain.
Peu de moyens de transport
La quatrième raison de la désaffection pour le Nord-ouest de l'Équateur
tient à la rareté des moyens logistiques permettant une réelle
prospection de terrain. A moins de disposer d'un véhicule privé
ou d'un taxi loué à la journée, il est a priori difficile
d'atteindre certaines zones, parfois relativement éloignées les
unes des autres, traditionnellement connues pour abriter les spécialités
ornithologiques recherchées. C'est effectivement partiellement vrai; toutefois,
outre les travaux de rénovation de la jonction routière Quito -
San Lorenzo, des initiatives hôtelières méconnues sont susceptibles
d'aider considérablement les ornithologues, équipés ou non
d'un véhicule, désireux de mieux découvrir l'avifaune de
la région.
Et pourtant, une si
grande richesse ornithologique!
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La discrète
Grallaire bicolore (Grallaria rufocinerea)
Photo: Steve Blain |
Les richesses ornithologiques
du Nord-ouest de l'Équateur ont pourtant de quoi éveiller l'intérêt
du visiteur, et le rapport de prospection de Robert Jonsson et de Jonas Nilsson
intitulé "Northern Ecuador - November 3-12, 1999" était
déjà éloquent (disponible sur www.avestravel.com).
Ces deux ornithologues étaient à l'origine des premières
observation en Équateur de la Grallaire bicolore (Grallaria rufocinerea)
en 1999.
Une rapide lecture du
guide de terrain The
Birds of Ecuador de Robert S. Ridgely et de Paul J. Greenfield (Cornell University
Press, 2001, Vol. II, 740 pages) permet de confirmer ce potentiel ornithologique
exceptionnel; outre les nombreux endémiques des forêts du Chocó",
les espèces remarquables sont légion: Tinamou de Berlepsch (Crypturellus
berlepschi), Colin ceinturé (Rhynchortyx cinctus), Colibri d'Equateur
(Androdon aequatorialis), Râle de Colombie (Neocrex colombianus),
Râle tacheté (Pardirallus maculatus), Colombe de Veragua (Geotrygon
veraguensis), Ariane de Rosenberg (Amazilia rosenbergi), Colibri à
queue bronze (Chalybura urochrysia), Trogon de Massena (Trogon Massena),
Tamatia à plastron (Notharchus pectoralis), Cabézon à
cinq couleurs (Capito quinticolor), Araçari à bec maculé
(Pteroglossus sanguineus), Pic de Lita (Piculus litae), Myrmidon
de Griscom (Myrmotherula ignota), Alapi à queue courte (Sipia
berlepschi), Cotinga blanc (Carpodectes hopkei), Cotinga bleu (Cotinga
nattererii), Sapayoa à bec large (Sapayoa aenigma), Solitaire
roux (Cichlopsis leucogenys), Tangara rouge (Chrysothlypis salmoni),
Organiste cul-roux (Euphonia fulvicrissa), Calliste à ailes rousses
(Tangara lavinia), Tangara de Rothschild (Bangsia rothschildii),
Tangara à lunettes (Chlorothraupis olivacea), Sporophile petit-louis
(Sporophila minuta)..
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Colibri de Berlepsch
(Acestrura berlepschi)
Photo: Steve Blain |
A cette liste s'ajoutent
quelques espèces particulièrement convoitées, classées
vulnérables ou en danger par Birdlife international, dont l'Ortalide à
tête rousse (Ortalis erythroptera), la Pénélope d'Orton
(Penelope ortoni), le Tocro à dos noir (Odontophorus melanonotus),
le Carnifex plombé (Micrastur plumbeus), la Buse à dos gris
(Leucopternis occidentalis), le Râle de Wolf (Aramides wolfi),
le Colibri de Berlepsch (Acestrura berlepschi), la Bécarde ardoisée
(Pachyramphus spodiurus), la Coracine casquée (Cephalopterus
penduliger), la Moucherolle à poitrine grise (Empidonax griseipectus),
l'Attila ocré (Attila torridus), la Dacnis à poitrine rouge
(Dacnis berlepschi), le Tangara jaune-vert (Chlorospingus flavovirens)
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