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Par Guillaume Bouteloup
| Situation de
l'archipel de la Pointe Géologie : la base Dumont d'Urville est toute proche
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Vaste comme 20 fois la
France, l'Antarctique est le plus venté, le plus froid et le plus sec des
continents du globe. Rares sont les roches qui émergent de la glace qui
recouvre plus de 99% du continent. Ces rochers et îlots constituent des
sites privilégiés pour la reproduction de plusieurs dizaines de
milliers d'oiseaux tout au long de l'année.
La base Française Dumont d'Urville est implantée sur l'un de ces
archipels, celui de Pointe-Géologie, composé d'une quarantaine d'îles.
Il s'agit de la première base Française permanente construite en
Antarctique (1956). Cet article, écrit par Guillaume Bouteloup (guillaume.bouteloup@wanadoo.fr)
qui a passé un an en terre Adélie en tant que biologiste, se propose
de dresser un petit inventaire et une brève présentation des populations
animales qui fréquentent l'archipel de Pointe-Géologie, puis d'élargir
à l'ensemble des 300 km du linéaire côtier Adélien.
Les enjeux et pressions anthropiques seront également évoqués.
Abstract
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As large as 20th times France,
Antarctica is the windiest, coldest and driest continent on earth. 99% of the
surface is an ice field, less than 1% is emerging rocks. Those rocks and islands
are sites of special interest for thousands of breeding birds all year around.
The French base Dumont d'Urville is situated on one of those archipelagos (called
Pointe Géologie). It is the first permanent French base built in Antarctica.
This article draw up a brief inventory and presentation of the animal species
observable on the archipelago, an overview of the 300km coastline is discussed
and ends up on human pressures and conservation purposes affecting Adélie
land.
See our map
of the Pointe-Geologie Archipelago, with the presentation of the birds populations.
La faune de l'archipel de Pointe-Géologie
Introduction
Carte réduite
(agrandir
la carte) de l'Archipel de pointe-Géologie, avec la présentation
des populations d'oiseaux
Carte : Ornithomedia.com, d'après Guillaume Bouteloup. |
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L'archipel de Pointe-Geologie
est un petit archipel composé d'une quarantaine d'îles et îlots
et situé en bordure de la Terre Adélie (continent Antarctique).
Ces îles rocheuses, ourlées de moraines, sont entourées par
la banquise durant la moitié de l'année. Des études de suivi
des populations d'oiseaux y sont menées de longue date (depuis 1952 ou
1964 selon les espèces).
La colonie de Manchots empereurs y est particulièrement étudiée.Elle
est inclue dans une Aires Spécialement Protégées de l'Antarctique
(ASPA). Sa situation entre les principales îles de l'archipel s'explique
par
la protection que procurent les îlots et le glacier de l'Astrolabe face
aux
mers démontées et aux vents catabatiques. Les effets conjugués
de ces 2
phénomènes météorologiques peuvent potentiellement
engendrer des débâcles
précoces.
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Vue
générale de la pistedu Lion dans l'archipel de Pointe-Géologie
: rendue inutilisable pour les avions, elle sert aujourd'hui de quai et de dépôt
de matériel.
Photo : Guillaume Bouteloup |
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Piste
abandonnée dans l'archipel de Pointe-Géologie: détail
Photo : Guillaume Bouteloup |
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Piste
abandonnée dans l'archipel de Pointe-Géologie: détail d'une
installation
Photo : Guillaume Bouteloup |
Manchot empereur (Aptenodytes forsteri)
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Manchot
empereur (Aptenodytes forsteri) adulte
Photo : Guillaume Bouteloup |
L'effectif actuel de Manchots
empereur fluctue entre 2500 et 3000 couples reproducteurs. Il s'agit de la seule
espèce qui se reproduise au cur de l'hiver Antarctique. Les premiers
individus arrivent vers la mi-mars. Une fois les couples formés, ce sont
les mâles qui prendront en charge l'incubation de l'uf, accusant alors
un jeune de 3 à 4 mois, face à des températures frôlant
les -30°C, parfois accompagnées de vents pouvant dépasser les
200km/h. C'est dans ce contexte que naîtront les poussins en juillet. Mâles
et femelles se relaieront alors pour assurer la couvaison (jusqu'en octobre) et
l'élevage du poussin. Ces derniers s'émanciperont alors courant
décembre. Il s'agit de la seule forme de vie vertébrée terrestre
au monde capable de se reproduire dans les conditions que sont celles de l'hiver
antarctique.
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Poussins
de Manchot empereur (Aptenodytes forsteri)
Photo : Guillaume Bouteloup |
L'effectif reproducteur
est stable depuis une dizaine d'années. Cette stabilité fait suite
à une période difficile pour l'espèce. Durant les années
70, le nombre de couples reproducteurs a quasiment été divisé
par deux en moins d'une décennie.
Barbraud & al. (2001) ont montré que cette chute d'effectif était
probablement liée au changement climatique (influence sur la ressource
et l'extension de la banquise hivernale). C'est sur cette même colonie qu'a
été tournée la Marche
de l'Empereur en 2002/2003.
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Poussin
de Manchot empereur (Aptenodytes forsteri) et Labbe de McCormick (Catharacta maccormicki)
: le succès reproducteur de ce dernier dépend notamment des populations
de Manchots Adélie
Photo : Guillaume Bouteloup |
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Détail
de la tête d'un Manchot empereur (Aptenodytes forsteri)
Photo : Guillaume Bouteloup |
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Poussin
de Manchot empereur (Aptenodytes forsteri)
Photo : Guillaume Bouteloup |
Manchot Adélie
(Pygoscelis adeliae)
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Manchot
Adélie (Pygoscelis adeliae) couvant
Photo : Guillaume Bouteloup |
Il s'agit de la seule autre
espèce de manchot de l'archipel. Les premiers individus arrivent en octobre,
les pontes s'étalent ensuite courant novembre. Les femelles pondent en
moyenne 2 ufs. Contrairement aux Manchots empereurs qui n'ont aucune notion
de territorialité, les Manchots Adélies ont besoin d'un substrat
rocheux pour leur nid afin de protéger leurs ufs des écoulements
dus à la fonte des neiges, lors de l'été Antarctique. La
qualité d'un cycle reproducteur dépendra essentiellement de la disponibilité
en krill (ndlr : un crustacé) au large et de l'étendue de la glace
à parcourir pour l'atteindre.
35 000 couples peuplent
l'archipel, la plupart concentrés sur l'île des Pétrels. La
tendance est à l'augmentation. La cohabitation avec les activités
humaines n'a pas impliqué de modification majeure pour la conservation
de l'espèce sur l'archipel, malgré de nombreux points noirs.
Pétrel des
neiges (Pagodroma nivea)
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Pétrel
des neiges (Pagodroma nivea)
Photo : Guillaume Bouteloup |
Deux sous espèces
caractérisent le Pétrel des neiges : la petite forme (nivea)
est plus svelte et possède un bec plus fin, contrairement à la grande
forme (confusa ), plus robuste (base des ailes plus large notamment) et
dont la structure est plus charpentée. Les deux sous espèces cohabitent
sur l'archipel, la seule colonie uniquement composée de la ssp. confusa
se trouve aux îles Balleny (66°50'S - 162°50'E) à plus
de 1000km à l'est.
L'espèce niche dans les cavités rocheuses, parfois de manière
plus exposée, sur des replats. La ponte et l'élevage débutent
après un exode préposital d'environ 2 semaines et s'étalent
jusqu'à l'envol du poussin, durant la première quinzaine de mars.
L'effectif reproducteur est désormais stable, après la destruction
de plusieurs centaines de nids dans les années 1990 (construction d'une
piste d'aviation). La population oscille entre 600 et 800 couples reproducteurs
sur l'ensemble de l'archipel, la plupart concentrés sur l'île des
Pétrels, constituée d'un agrégat de micro-colonies.
Damier du Cap (Daption
capense)
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Damier
du Cap (Daption capense)
Photo : Guillaume Bouteloup |
La biologie du Damier est
très proche de celle du Pétrel des neiges, les nids sont généralement
plus exposés, sur de grandes plates-formes rocheuses, les colonies des
2 espèces sont souvent mélangées. Comme de nombreux procélariformes,
les damiers sont capables de vomir une huile stomacale répulsive pour effaroucher
d'éventuels prédateurs.
A l'instar du Pétrel
des neiges, les effectifs de Damier ont également soufferts de la construction
de la piste dans les années 1990.
L'effectif reproducteur varie désormais entre 400 et 600 couples.
Océanite de
Wilson (Oceanites oceanicus)
45 grammes, c'est le poids
de la plus petite espèce de l'archipel. Son cycle reproducteur est phénologiquement
très proche de celui des 2 espèces précédentes, mais
se termine un peu plus tard. Le nid est au fond d'une anfractuosité. Une
fois la période de reproduction achevée, la plupart des individus
rejoindra les océans de l'hémisphère nord.
Le succès reproducteur
de l'espèce à Pointe Géologie est très faible (20%
de succès à l'envol). L'effectif est estimé à environ
1500 couples mais il est toutefois assez difficile d'évaluer précisément
l'effectif reproducteur à cause du caractère inaccessible des nids.
Une nouvelle méthode de suivi fine et sans dérangement est envisageable.
Pétrel géant
(Macronectes giganteus)
C'est l'espèce qui
possède la plus grande envergure sur l'archipel (un peu moins de 2m). Très
proche du Pétrel géant subantarctique Macronectes halli, il s'en
distingue par un crochet terminal orangé à l'extrémité
du bec et un faciès plus blanchâtre. Certains individus sont de forme
blanche (forme inexistante chez halli), qu'il faut bien différencier de
l'albinisme.
Une douzaine de couples
se reproduit sur l'archipel. Dans les années 50 l'effectif était
de 70 couples environ. Les Pétrels géants sont très sensibles
au dérangement anthropique, l'implantation de l'homme à pointe géologie
n'a pas favorisé la conservation de l'espèce. La seule colonie de
l'archipel se trouve sur l'île Jean Rostand et bénéficie de
mesures de protection particulièrement strictes.
Fulmar antarctique
(Fulmarus glacialoides)
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Fulmar
antarctique (Fulmarus glacialoides)
Photo : Guillaume Bouteloup |
Avec le Fulmar boréal
(cantonné à l'Atlantique nord), Il s'agit de la seule autre espèce
du genre Fulmarus. L'unique poussin est élevé durant l'été
antarctique et s'envolera vers la mi-Mars. La seule colonie de l'archipel se trouve
sur l'île des Pétrels et compte en moyenne une quarantaine de nids.
La population est stable
avec une légère tendance à l'augmentation. Malgré
un taux de recrutement intra colonie relativement élevé, la colonie
ne peut pas se renouveler et bénéficie alors d'un afflux d'immigrants.
Ces derniers viennent probablement des colonies des îles Stilwell, situées
à une centaine de km, et qui totalisent plus de 2 000 couples (Barbraud
& al., 1999).
Labbe de McCormick
(Catharacta maccormicki)
Localement appelé Skua antarctique, le Labbe de McCormick est un charognard
doublé d'un prédateur opportuniste. Certains couples arrivent à
mener à bien l'élevage de leurs deux poussins mais la plupart n'auront
qu'un seul poussin à l'envol. 95% des Labbes de McCormick se reproduisant
en Antarctique dépendent de la proximité de colonies de Manchots
Adélie.
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Labbe
de McCormick (Catharacta maccormicki)
Photo : Guillaume Bouteloup |
Les ufs et poussins
de Manchots constituent une part importante du régime alimentaire de l'espèce.
Toutefois il s'agit aussi d'un excellent pêcheur capable de rayonner à
20 km de son territoire afin de trouver sa nourriture.
Une soixantaine de couples
se partagent les grandes îles de l'archipel, la plupart sur l'île
des Pétrels (environ 25 nids). Les Labbes ont beaucoup soufferts de l'implantation
de l'homme dans les années 50 (destruction systématique de l'espèce).
Toutefois, l'effectif actuel a dépassé celui de la moitié
du siècle dernier. Cette augmentation est probablement corrélée
à celle des populations de Manchots Adélie.
Phoque de Weddell (Leptonychotes weddellii)
Réputé paisible
sur la banquise, le Phoque de Weddell est un pinnipède plutôt agressif
sous l'eau, surtout lorsqu'il s'agit pour un mâle de défendre son
harem. Les Weddell se nourrissent essentiellement sur les grands fonds et peuvent
plonger à 600 m pour se nourrir principalement de poissons, notamment la
Légine (Dissostichus mawsonii).
Les effectifs reproducteurs
de Phoques de Weddell sont plutôt stables et une moyenne de 120 naissances
est enregistrée chaque année.
Visiteurs rares et
occasionnels
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Manchot
à jugulaire (Pygoscelis antarctica), accidentel à Pointe-Géologie
Photo : Guillaume Bouteloup |
L'avifaune Antarctique compte
aussi ses raretés ! Les plus réguliers de l'archipel de Pointe Géologie
sont les Manchots à jugulaire (Pygoscelis antarctica) (se reproduit essentiellement
en péninsule Antarctique) et les Pétrels antarctique Thalassoica
antarctica. Le Manchot royal (Aptenodytes forsteri) et le Gorfou de Schlegel (Eudyptes
schlegeli) sont aussi des occasionnels. La Sterne subantarctique (Sterna vittata)
et l'Albatros fuligineux à dos clair (Phoebetria palpebrata) sont par contre
beaucoup plus rares.
Le Phoque crabier (Lobodon
carcinophaga) se reproduit parfois sur la banquise hivernale, mais ces évènements
restent irréguliers.
Le Léopard de mer (Hydrurga leptonyx) est surtout visible en Février,
lors de l'émancipation des poussins de Manchot Adélie. Il guette
alors d'éventuelles proies qui se jettent à l'eau pour un premier
bain.
L'Eléphant de mer austral (Mirounga leonina) est, lui, beaucoup plus rare
et ce sont la plupart du temps de jeunes mâles qui sont observés.
Les cétacés
sont bien représentés sur l'archipel, et quelques observations sont
notées chaque année, l'Orque (Orcinus orca) et le petit Rorqual
(Balaenoptera acutorostrata) sont les plus communs. Sont parfois notés
des Dauphins à bec austraux (Hyperoodon planifrons) ou encore des Baleines
à bosse (Megaptera novaeangliae).
Ces visiteurs ne sont
visibles que pendant l'été austral, la banquise hivernale ne leur
permet pas de s'approcher de la côte rocheuse.
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