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Identifier le Gobemouche gris "corse"

Les critères d'identification de la sous-espèce tyrrhenica du Gobemouche gris, endémique de Corse, de Sardaigne et de l'archipel toscan et parfois visible en migration au printemps le long du littoral provençal.

| Validé par le comité de lecture

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Identifier le Gobemouche gris "corse"

Gobemouche gris "corse" (Muscicapa striata tyrrhenica), Villasimius Cagliari, Sardaigne (Italie), mai 2011.
Photographie : Andrea Corso / Michele Viganò

La Corse compte une espèce d'oiseau endémique "stricte", la Sittelle corse, tandis que le Venturon corse et la Fauvette sarde sont également présents en Sardaigne. Ces deux îles se "partagent" également des sous-espèces endémiques de l'Autour des palombes, de l'Épervier d'Europe, du Chardonneret élégant, du Grimpereau des bois, du Rougegorge familier, de quatre espèces de mésanges, du Troglodyte mignon, du Pic épeiche, de la Corneille mantelée, de la Grive draine et du Gobemouche gris. Le Gobemouche gris "corse" (Muscicapa striata tyrrhenica), considéré comme une espèce distincte par certains ornithologues, ressemble étroitement aux oiseaux qui nichent dans une grande partie de l'Europe continentale, mais il s'en distingue par plusieurs différences morphologiques et de plumage. Lors de la migration prénuptiale, en particulier en mai, des individus de cette sous-espèce peuvent être vus le long du littoral méditerranéen français, par exemple en Camargue, mais ils passent souvent inaperçus car ils sont difficiles à identifier, les risques de confusion avec la sous-espèce nominale étant élevés.
Dans cet article, nous recensons les critères d'identification pouvant être utilisés sur le terrain. Nous remercions Michele Viganò et Andrea Corso pour leur aide.

Abstract

Corsica has one strict endemic bird species, the Corsican Nuthatch, while the Corsican Finch and the Marmora's Warbler are also present in Sardinia. These two islands "share" endemic subspecies of the Northern Goshawk, of the Eurasian Sparrowhawk, of the Eurasian Robin, of four Tits species, of the Winter Wren, of the Greater Spotted Woodpecker, of the Hooded Crow, of the Mistle Thrush and of the Spotted Flycatcher. The "Corsican" Spotted Flycatcher (Muscicapa striata tyrrhenica), considered as a distinct species by some ornithologists, closely looks like the birds that breeds in much of France, but it can be distinguished by several morphological and plumage criteria.
During the Spring migration, and in particular in May, some birds of this subspecies can be watched along the French Mediterranean coast, for example in Camargue, but they are often unnoticed because they are difficult to identify, the risks of confusion with the nominal subspecies being high. In this article, we present the identification tips that can be used in the field. We thank Michele Viganò and Andrea Corso for their help.

Le Gobemouche gris (Muscicapa striata)

Gobemouche gris (Muscicapa striata striata)

Gobemouche gris (Muscicapa striata striata) (sous-espèce nominale), Ventotene, Latium (Italie), avril 2011. Notez (1) les stries bien visibles sur le front, (2) les stries nettes sur la poitrine et (3) un manteau plus gris que brun.
Photographie : Andrea Corso / Michele Viganò

Longueur : 13 - 15 cm.

Description : le Gobemouche gris est un passereau assez élancé, brun grisâtre dessus et plus clair dessous. Sa tête est relativement grosse. Les yeux sont sombres et entourés d'un vague cercle oculaire étroit et pâle. Le bec est noirâtre et assez fort. Les pattes sont noires et courtes. Les ailes et la queue sont plutôt longues. La gorge et la poitrine sont blanchâtres et striées de sombre. Le front est aussi strié de sombre, et le Gobemouche gris dresse parfois les plumes de sa calotte. Il n’y a pas de dimorphisme sexuel.
Le juvénile ressemble à l'adulte mais il s'en distingue par la présence de taches pâles sur les couvertures alaires et le dos.

Voix : son cri est fin et à peine audible à distance. Le chant, peu puissant, est une série de notes assez espacées les unes des autres.

Écoutez ci-dessous un enregistrement des cris d'un Gobemouche gris corse (Muscicapa striata tyrrhenica) (qui sont identiques à celui du Gobemouche gris nominal) réalisé par Hans Schekkerman à Piana en Corse-du-Sud (France) le 21/05/2011 (source : Xeno-Canto) :

Écoutez ci-dessous un enregistrement du chant d'un Gobemouche gris nominal (Muscicapa striata striata) réalisé par Tero Linjama à Gmina Białowieża (Pologne)  le 26/07/2017 (source : Xeno-Canto) :

Comportement : le Gobemouche gris se tient souvent perché assez droit et à découvert. Il hoche fréquemment la queue. Il est insectivore, ses principales proies étant les diptères et les hyménoptères, la plupart étant capturées au vol (surtout lorsque le temps est calme et par forte chaleur), les autres étant saisies soit au sol soit sur les branches. Il poursuit les insectes d'un vol rapide et se repose ensuite au même endroit ou à proximité. Il fait parfois du vol sur place. Il est assez peu farouche.
Cette espèce est migratrice et hiverne en Afrique au sud du Sahara. La migration postnuptiale commence dès le début d’août et se termine à la fin du mois d’octobre, avec un maximum durant le mois de septembre, quelques rares individus restant jusqu’à la fin du mois de novembre. Les premiers hivernants sont observés en Afrique dès les premiers jours d’octobre. En France, les premiers retours printaniers sont notés dès la fin du mois de mars (en Corse), mais le plus souvent au cours de la seconde décade d’avril, le pic de passage se situant aux environs de la mi-mai. Le nid peut être construit dans une cavité à large ouverture, parfois dans un nichoir (lire Installer un nichoir : les dix commandements à respecter) ou sous une plante grimpante (lierre).

Répartition et taxonomie : le Gobemouche gris est présent du nord-ouest de l’Afrique du Nord à la Mongolie. Sept sous-espèces sont reconnues :

  • M. striata striata qui niche en Europe continentale, de la péninsule ibérique aux monts Oural, mais aussi dans le nord-ouest de l'Afrique du Nord. Elle hiverne en Afrique tropicale
  • M. striata balearica qui niche dans l'archipel des Baléares. Elle hiverne au sud-ouest de l'Afrique
  • M. striata tyrrhenica, parfois appelée Gobemouche gris corse, qui niche en Corse, en Sardaigne, dans l'archipel toscan (un groupe d'îles situées entre la Corse et la Toscane, dont la plus grande est l'île d'Elbe) et peut-être aussi le long de la côte continentale italienne. Elle hiverne probablement en Afrique
  • M. striata inexpectata qui niche en Crimée. Elle hiverne en Afrique
  • M. striata neumanni qui niche des îles de la mer Égée au Caucase et au nord de l'Iran, sur l'île de Chypre, et du Levant à la Sibérie centrale. Elle hiverne en Afrique de l'Est et australe
  • M. striata sarudnyi qui niche de l'est de L'Iran au nord et à l'ouest du Pakistan. Hiverne probablement en Afrique de l'Est et australe
  • M. striata mongola qui niche du sud-est des monts Altaï au nord de la Mongolie. Hiverne probablement en Afrique de l'Est et australe.

Habitats : le Gobemouche gris niche dans les boisements clairs et âgés, surtout de feuillus (futaies de chênes et de hêtres, ripisylves, châtaigneraies, vieux parcs urbains et périurbains, grands jardins, vergers...) riches en sites de reproduction (arbres creux, lierre, vieux murs...). Il peut nicher près des habitations.
Le Gobemouche gris est peu abondant, sa densité de population étant généralement faible, de l’ordre de 1 à 20 couples pour 100 hectares, mais elle est parfois nettement plus élevée (jusqu’à sept couples pour dix hectares) dans les parcs, les cimetières et les vieux jardins arborés.

Le Gobemouche gris "corse" (M. striata tyrrhenica), une possible espèce distincte

Aire de répartition du Gobemouche gris (Muscicapa striata)

Aires de répartition en France et dans les pays voisins du Gobemouche gris (Muscicapa striata) de la sous-espèce nominale M. striata striata (en rouge), (A) de la sous-espèce M. striata tyrrhenica et (B) la sous-espèce M. striata balearica.
Carte : Ornithomedia.com d'après Michele Viganò et Andrea Corso

Cette sous-espèce est endémique de Corse, de Sardaigne, de l'archipel toscan et peut-être aussi d'une étroite bande littorale en Italie, le long de la mer Tyrrhénienne (voir notre carte). Son aire de répartition est très similaire à celle de la Fauvette de Moltoni (Sylvia subalpina) (lire Distinguer les mâles des Fauvettes passerinette, de Moltoni et des Balkans au printemps).
Selon une étude publiée en 2016 dans le Biodiversity Journal, le Gobemouche gris "corse" devrait être considéré comme une espèce polytypique, Muscicapa tyrrhenica, différant de M. striata au niveau morphologique, comportementale (voie migratoire distincte) et génétique (ADN mitochondrial et nucléaire). Selon cette même étude, la sous-espèce balearica nichant dans les Baléares serait en fait une sous-espèce de Muscicapa tyrrhenica ayant divergé récemment de la sous-espèce nominale Muscicapa t. tyrrhenica au niveau phénotypique et de l'ADN mitochondrial mais partageant avec elle le même ADN nucléaire.
Le Gobemouche gris corse se reproduit dans des milieux très variés, depuis les îlots côtiers jusqu’aux limites de la zone alpine. Sa densité de population atteint parfois deux couples pour dix hectares dans les chênaies ou les pinèdes, et elle atteint jusqu’à six couples pour dix hectares dans certains villages. Lors du retour de printemps, des oiseaux de la sous-espèce M. striata tyrrhenica peuvent être observés sur le littoral continental méditerranéen français (par exemple en Camargue), surtout en mai, mais sa ressemblance avec la sous-espèce nominale fait qu'ils passent souvent inaperçus.

Comment identifier le Gobemouche gris "corse" ?

La sous-espèce Muscicapa striata tyrrhenica est très proche de la sous-espèce nominale qui niche dans la plus grande partie de l'Europe, mais elle s'en distingue par les points suivants :

  • un bec un peu plus court
  • un manteau brun pâle plutôt que gris, donc d'une teinte un peu plus "chaude"
  • des stries sur la poitrine sont moins bien définies, moins sombres, plus larges, ressemblant plus à des tâches qu'à des stries
  • des stries sur le front sont moins bien définies ou contrastant moins
  • quand l'aile est fermée, une projection primaire plus courte, égale au maximum à la longueur des rémiges tertiaires, ce qui donne l'impression que sa queue est plus longue.
Gobemouche gris corse (Muscicapa striata tyrrhenica)

Gobemouche gris "corse" (Muscicapa striata tyrrhenica), Villasimius Cagliari, Sardaigne (Italie), mai 2011. Notez (1) le bec un peu plus court que celui de la sous-espèce nominale, (2) un front moins nettement strié (ou aux stries contrastant moins), (3) des stries sur la poitrine moins nettes et (4) un manteau plus brun que gris.
Photographie : Andrea Corso / Michele Viganò
Gobemouche gris corse (Muscicapa striata tyrrhenica)

Gobemouche gris "corse" (Muscicapa striata tyrrhenica), Villasimius Cagliari, Sardaigne (Italie), mai 2011. Notez (1) le bec un peu plus court que celui de la sous-espèce nominale, (2) un front moins nettement strié (ou des stries contrastant moins), (3) des stries sur la poitrine moins nettes, (4) un manteau plus brun que gris et (5) une projection primaire plus courte que (6) la longueur des tertiaires.
Photographie : Andrea Corso / Michele Viganò
Gobemouche gris (Muscicapa striata striata)

Gobemouche gris (Muscicapa striata striata) (sous-espèce nominale) adulte, Rodellar, Sierra de Guara (Espagne), le 14/07/2014. Notez (1) les stries bien visibles sur le front, (2) un manteau plus gris que brun, (3) des stries sur la poitrine plus nettes et (4) des ailes plus longues.
Photographie : Jean Morillon
Gobemouche gris (Muscicapa striata striata)

Gobemouche gris (Muscicapa striata striata), Ventotene, Latium (Italie), avril 2011. Notez (1) le bec un peu plus long que celui de la sous-espèce tyrrhenica, (2) des stries bien visibles sur le front, (3) des stries sur la poitrine plus nettes (non visibles sur cette photo), (4) un manteau plus gris que brun, et (5) une projection primaire plus longue que (6) la longueur des tertiaires.
Photographie : Andrea Corso / Michele Viganò

Les résultats d'une intéressante étude italienne

Gobemouches gris (Muscicapa striata striata) adulte et juvénile

Gobemouches gris (Muscicapa striata striata) (sous-espèce nominale) adulte et juvénile, Rodellar, Sierra de Guara (Espagne), le 14/07/2014. Notez (1) le front très strié de sombre, (2) le manteau grisâtre, (3) la poitrine striée de sombre, (4) la projection primaire assez longue, assez proche de (5) la longueur des tertiaires et (6) les taches blanches sur le manteau (juvénile).
Photographie : Jean Morillon

Dans un article publié en 2015 dans le Biodiversity Journal, Michele Viganò et Andrea Corso ont présenté les résultats de leur étude de la sous-espèce Muscicapa striata tyrrhenica menée sur le terrain (en Corse, en Sardaigne et sur l'île d'Elbe) et sur des oiseaux naturalisés détenus dans des collections de différents musées. Ils ont mesuré la corde de l'aile (= la distance entre le bord d'attaque et le bord de fuite), la longueur de la rémige primaire la plus grande (la P3), la longueur du bec à partir des narines, la hauteur du bec et sa largeur au niveau des narines de plusieurs spécimens. Les couleurs du manteau et du croupion ont été évaluées avec un spectromètre. Les stries sur le front et la poitrine ont été comparées visuellement puis classées de 0 (aucune strie) à 6 (stries fortes). 
Les deux auteurs ont constaté que la sous-espèce M. s. tyrrhenica avait des ailes plus courtes et plus arrondies que la sous-espèce nominale, la longueur de la rémige primaire P3 étant comprise entre 58 et 63 mm contre de 60 à 67 mm pour les oiseaux continentaux. La longueur de la corde de l'aile des oiseaux de cette sous-espèce était comprise entre 79 et 84 mm contre de 83 à 90 mm pour les oiseaux nominaux. Selon la loi de Seebhom, les oiseaux qui migrent plus loin ont des ailes plus pointues (primaires internes plus courtes et externes plus longues), ce qui suppose que les oiseaux de la sous-espèce tyrrhenica migreraient sur une distance moindre que les oiseaux continentaux : toutefois, on n'a pas encore pu définir les zones d'hivernage exactes des oiseaux corses ou sardes.
Les deux biologistes ont aussi noté qu'en moyenne, la sous-espèce nominale tyrrhenica avait un bec plus court ainsi qu'une poitrine et un front moins nettement striés que la sous-espèce nominale. La méthode utilisée pour évaluer la couleur du manteau n'a pas permis de détecter de différence significative avec la sous-espèce nominale M. s. striata, mais ce manque de résultat est peut-être lié à une inadéquation de la technique retenue (qui a toutefois réussi à déceler les différences de nuances du plumage entre les oiseaux naturalisés avant et après 1960).

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Commentaires postés :

JMP

Bonjour,
Merci pour cet intéressant article. Pour ceux que cela intéresse, vous trouverez au bas de ce message la référence de l'étude génétique que nous avons publié sur le gobemouche gris insulaire. Nous pensons effectivement qu'il s'agit d'une espèce à part car en plus des différences morphologiques mentionnées ici, il existe des différences génétiques marquées entre les insulaires et les continentaux. De plus, les populations insulaire et continentale sont en contact au printemps quand les oiseaux continentaux font une halte migratoire en Corse et ne se mélangent pas. Cela suggère fortement qu'il existe des barrières à la reproduction.
Jean-Marc Pons

Pons, J. M., Thibault, J. C., Aymí, R., Grussu, M., Muntaner, J., Olioso, G., J. R. Sunyer J.R. , M. Touihri M. & Fuchs, J. (2016). The role of western Mediterranean islands in the evolutionary diversification of the spotted flycatcher Muscicapa striata, a long‐distance migratory passerine species. Journal of Avian Biology 47: 386–398.

13/05/2017

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