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  Identifier le Corbeau freux juvénile et la Corneille noire d'après leurs
  têtes
 
Date de mise en ligne: 02/01/08 - Soumis au Comité de Lecture

La distinction entre une Corneille noire (Corvus corone corone) et un juvénile de Corbeau freux (C. frugilegus) peut parfois se révéler étonnamment difficile. La plupart des critères sur le terrain sont variables, et identifier certains oiseaux en se basant uniquement sur les formes de leur bec et de leur tête, ainsi que sur leur jizz (allure générale) est difficile.
Dans beaucoup de pays européens, ces deux espèces sont si communes que peu d'observateurs portent un réel intérêt à leur identification. Mais dans certains pays, dont la Finlande, le Corbeau freux est peu commun et la Corneille noire est une rareté dont le statut est mal défini suite aux problèmes d'identification. Un article sur l'identification de la Corneille noire a été publié en finnois (Lindholm & Luoto 2003) et il a servi en partie de base au texte présenté ici dessous rédigé par Jarmo Pirhonen et publié en anglais en 2007 dans le Magazine Alula (vol. 13, no. 3, 2007).
L'article de Lindholm & Luoto abordait les critères visibles de la tête et s'appuyait sur des études de terrain, sur des éléments de littérature ainsi que sur des photographies et des spécimens naturalisés. Jarmo Pirhonen propose une nouvelle approche utilisant des différences structurales.



Cet article a été soumis à notre Comité de Lecture virtuel (En savoir plus)

Abstract

Publicité

Identifying juvenile Rook and Carrion Crow based on characters of the head Introduction, written by Jarmo Pirhonen (Magazine Alula, vol. 13, no. 3, 2007).
Separating juvenile Carrion Crows Corvus corone corone from juvenile Rooks C. frugilegus has proved to be surprisingly difficult. A major part of the classic field marks are variable and identifying some birds solely based on the shape of bill and head, as well as the general jizz, is difficult. In many European countries these species are so common, that the interest in their identification is sadly low. But in some countries, including Finland, Rook is uncommon in most of the country and Carrion Crow a rarity, with the status of the latter still not fully clear because of identification problems. There is an article in Finnish about the identification and distribution of Carrion Crow (Lindholm & Luoto 2003), which this article is partly based on. This article concentrates on the features of the head area, and is based on field and literature studies as well as photographs and skins. In this article, Jramo will also introduce a new approach to identification, using structural differences, for separating these species.


Distinguer un Corbeau freux juvénile d'une Corneille noire d'après leurs têtes

Le bec

Critères de la tête
Synthèse des critères évoqués par Jarmo Pirhonen Inssinkuja pour distinguer une Corneille noire (gauche) d'un Corbeau freux juvénile (droite).
A- Corneille noire (Corvus corone corone):
1- Crochet au bout du bec, 2- Sillon (bords tranchants) net tout le long du bec, 3- zones emplumées de la mandibule inférieure et supérieure de la même longueur, 4- Forme de la tête ronde et tête sombre contrastant avec les ailes
B- Corbeau freux (C. frugilegus) juvénile:
5- Bec pointu, 6- Sillon (bods tranchants) semblant s'interrompre approx. au niveau de la limite de la zone emplumée, 7- Zone emplumée inférieure souvent moins dense, 8- Zone pâle à la base du bec, 9- Tête dont la couleur ne contraste pas avec celle des ailes, 10- Tête pointue
Schéma: Ornithomedia.com

Le bec d'un Corbeau freux juvénile est décrit comme étant plus long que celui de la Corneille noire, plus droit et plus pointu à son extrémité. Le bec de la Corneille noire est décrit comme étant plus recourbé, plus épais et avec un petit crochet plus distinct à son extrémité (Cramp & Perrins 1994).
Le bec du Corbeau freux mesure de 56.5 à 70 mm (chez le mâle, mesuré sur des spécimens de musées) et de 51,5 à 62,2 mm chez la femelle. Les mesures correspondantes chez la Corneille noire sont de 47 à 58 mm et de 42 à 52,5 mm (Svensson 1992). Chez les deux sexes, ces mesures se chevauchent légèrement.
La forme du bec semble varier aussi, comme la présence du crochet ou de la pointe à l'extrémité du bec. La pointe du bec du Corbeau freux serait plutôt droite, tandis que la Corneille noire présenterait un crochet plus courbé. Cependant, ce dernier est parfois indistinct (Musée d'Histoire Naturelle de Tring - NHM). La variation entre les sexes chez les deux espèces influence aussi la structure du bec.

Zone pâle à la base du bec

Corneille mantelée et Corbeau freux juvénile
Corneille mantelée et Corbeau freux juvénile: notez la base pâle du bec chez ce dernier, la base de la mandibule inférieure sans plumes (qui tombent très tôt), et le sommet de la tête pointue (plus rond chez la Corneille noire)
Photo: Jarmo Pirhonen

La base du bec du Corbeau freux a été décrite comme palissant avec l'âge. Chez les juvéniles "frais", elle est toujours sombre. Évaluer la pâleur est parfois difficile à cause de la brillance du bec, et la base du bec de la Corneille noire peut dans certains cas paraître également pâle à cause des reflets (Lindholm & Luoto 2003). Le bec devrait donc être étudié avec soin sous des angles différents, et l'effet de la lumière devrait être pris en compte.
La taille et le rythme de développement de la zone pâle du bec sont variables: mais quand elle est visible, c'est un critère d'identification. La saleté limite parfois l'utilité de cet élément.

La forme de la tête

La tête du Corbeau freux est également décrite comme étant plus petite en moyenne que celle de la Corneille noire, et son sommet serait plus "pointu". Mais la forme de la tête est très influencée par la température, l'état psychologique et la forme physique de l'oiseau, et elle ne peut donc pas être utilisée comme un critère de base (Lindholm et Luoto 2003).

Longueurs des zones emplumées à la base du bec

Corbeau freux juvénile
Corbeau freux (C. frugilegus) juvénile. La zone emplumée de la base de la mandibule supérieure est beaucoup plus dense qu'à la base de la mandibule inférieure, qui perd ses plumes plus tôt
Photo: Joël Bruezière / www.eyesonsky.com

Les différences concerneraient aussi les zones emplumées à la base du bec. Chez le Corbeau freux, la base de la mandibule supérieure montrerait une zone emplumée plus dense. Toutefois, ce critère est difficilement utilisable sur le terrain.
La distance entre l'extrémité de la zone emplumée la base du bec a été considérée comme un critère chez le Corbeau freux visible sur les photos (Lindholm et Luoto 2003). La longueur de la zone emplumée ne semble pas varier beaucoup au sein de l'espèce selon mes propres mesures, et la différence de longueur pourrait être causée par l'absence de plumes à la base du bec chez le Corbeau freux: en effet, cette base devient nue avec l'âge, à partir du mois de février (dans la deuxième année civile, Svensson 1997) et quand cela arrive, cela devient un élément d'identification. Selon la littérature, cette période est très variable, pouvant arriver dès novembre pour certains oiseaux, ou beaucoup plus tard. Les premières zones à devenir nues sont les côtés et le dessous du bec (Cramp & Perrins 1998, NHM).

Densité de la zone emplumée

Corneille noire (Corvus corone corone)
Corneille noire (Corvus corone corone) juvénile. Les zones emplumées à la base des mandibules supérieure et inférieure sont également denses et ont sensiblement la même longueur
Photo: Alain Fossé / www.digimages.info

La densité de la zone emplumée peut être étudiée sur les côtés du bec, et l'on peut noter en particulier l'étendue de la zone nue à la base du bec.
On peut aussi comparer la densité des plumes à la base des deux mandibules. Chez la Corneille noire, elle est identique sur les deux mandibules et atteignent la même longueur.
Chez les Corbeau freux chez lesquels la mandibule inférieure a commencé à devenir nue, la densité est moindre et il ne reste parfois quelques soies. Je n'ai pas remarqué de différences dans la longueur des soies entre les deux espèces (NHM).
La forme et l'épaisseur de la zone emplumée à la base du bec sont affectées par la propreté et l'humidité de celui-ci, le gonflement des plumes, la mue et l'état physique de l'oiseau.

L'iridescence du plumage

Corneille noire (Corvus corone corone)
Corneille noire (Corvus corone corone): la tête est souvent plus sombre que les ailes (critère moyennement fiable)
Photo: Joël Bruezière / www.eyesonsky.com

L'iridescence a aussi été mentionnée comme constituant un critère. Des reflets plus nets, métalliques et bleuâtres peuvent être notés chez le Corbeau freux, surtout sur la nuque. Une Corneille noire en plumage frais peut aussi présenter de tels reflets (Lindholm & Luoto 2003). Mais les conditions de lumière peuvent avoir un effet sur ces reflets. Selon mes propres observations, la tête de la Corneille noire est souvent d'un noir profond contrastant avec les ailes plus brillantes. La tête du Corbeau freux peut être tout à fait brillante, bleue métallique, et il n'y a pas de contraste avec les ailes, qui sont dans la même tonalité.

Bords tranchants du bec

Corbeau freux juvénile
Corbeau freux (C. frugilegus) juvénile (seconde année calendaire). Sur cette photo, on note la structure du bec, ainsi que le jizz de l'oiseau. Le bec est droit, comme une dague. On voit (1) que le sillon entre les deux mandibules s'interrompt avant la pointe
La base du bec est un peu plus pâle, ce qui peut être difficile à voir de loin
Photo: Annika Forsten

D'après les spécimens du NHM analysés et les photographies, il existe une différence dans la forme du sillon séparant les deux mandibules quand le bec est fermé entre le Corbeau freux et de la Corneille noire. Chez cette dernière, c'est une ligne large qui atteint la pointe du bec (quelques individus présentent une zone plus étroite vers le milieu du bec). Chez le Corbeau freux, cette ligne est moins distincte, plus large à la base, plus fine vers la pointe, discontinue (quelques oiseaux présente une courte zone fine au milieu du bec), qui n'atteint pas la pointe du bec. On observe la différence la plus nette au niveau de l'extrémité du bec.
Cette différence est due au fait que chez la Corneille noire, la mandibule inférieure s'emboîte dans la mandibule supérieure jusqu'à la pointe. En outre, les bords tranchants de la mandibule supérieure sont distinctement convexes tout le long du bec.
Chez le Corbeau freux, la mandibule inférieure touche l'intérieur de la mandibule supérieure au niveau de la pointe. Le sillon est plus large entre la base du bec et la pointe de la zone emplumée (ce qui donne l'impression d'un "sourire" chez certains oiseaux) et il se réduit ensuite jusqu'à la pointe. A l'extrémité de la zone emplumée, les bords tranchants sont plus proches et le sillon donne l'impression d'être interrompu. Mais le forme de cette ligne varie un peu, ce qui rend parfois difficile l'évaluation de ces caractéristiques sur le terrain. La structure de l'extrémité du bec ne varie par contre pas beaucoup entre chaque individu. Le sillon est clairement interrompu à environ 1 cm de la pointe du bec (mesuré sur 17 spécimens naturalisés, avec une moyenne de 11,5 mm et jusqu'à 19 mm). L'interruption du sillon est liée à la faible convexité du bord tranchant de la mandibule supérieure et au fait que la mandibule inférieure n'atteint pas la mandibule supérieure. De loin, le trait peut même sembler absent (à comparer avec le sillon large régulier atteignant la pointe du bec de la Corneille noire).
L'utilité d'une observation attentive du bec est limitée par de nombreux facteurs: le bec du Corbeau freux pâlit parfois significativement et la forme du sillon devient alors difficile à voir; mais dans ce cas, l'identification est rendue plus facile du fait justement de la présence de la zone pâle. Le même problème s'applique pour des becs sales, endommagés ou déformés.
Ce critère est plus difficile à utiliser si le bec est ouvert.
Il est nécessaire que l'oiseau soit vu dans de bonnes conditions, sous des angles différents et sous une bonne lumière. Il est souvent facile de voir ce critère sur des photographies, mais il est aussi parfois possible de l'utiliser sur le terrain.

Sous-espèces

Au NHM, j'ai également étudié des spécimens du taxon orientalis de la Corneille noire, qui peut parfois atteindre l'Europe de l'Ouest. Cette sous-espèce serait plus grande (Svensson 1997). Le bec ou la tête ne semblent pas présenter de critères distincts par rapport à la Corneille noire de la sous-espèce nominale. Je n'ai également noté aucune différence concernant la projection primaire ou le ratio longueur de l'aile/longueur de la queue.
A noter que la différence de forme de la pointe du bec est également présente chez la sous-espèce orientalis de la Corneille noire et pastinator du Corbeau freux.

Conclusion

Je pense qu'il est plus difficile qu'on ne le pense généralement de distinguer la Corneille noire du Corbeau freux juvénile. Une observation attentive, des photographies et la combinaison des critères de terrain devaient toutefois permettre de les identifier les oiseaux "litigieux". Les éléments présentés dans cet article sont surtout utiles dans des situations où l'oiseau est proche.

Contact

Jarmo Pirhonen Inssinkuja
Imatra - Finlande
E-mail jarmo.pirhonen AT ovako.com

Bibliographie

- Cramp, S. and Perrins, C. M. (eds.) 1994: The Birds of the Western Palearctic. Vol. VIII.-Oxford University Press, Oxford.
- Lindholm, A. & Luoto, H. 2003: Nokivariksen määrittäminen. Linnut 1 (2003) 30-34
- Stumpner, A. 2006: Zur Unterscheidung des Grossegefieders von Rabenkrähe Corvus corone und Saatkrähe C. frugilegus. Limicola 20(2006): 15-25
- Svensson, L 1992: Identification Guide to European Passerines. Stockholm.

Découvrir Alula

Découvrez la revue finlandaise d'ornithologie Alula sur www.alula.fi

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- Eyesonsky: www.eyesonsky.com
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