La taxonomie
Un sujet taxonomique complexe
L'ouvrage
'Handbook of North American Birds' de Ralph Palmer nous donne une idée
de la complexité de l'identification des sous-espèces de l'Eider
à duvet.
Le nombre de sous-espèces listées, le manque de données disponibles
sur certaines zones de reproduction isolées, les avis différents
sur les noms à donner sus aux différentes populations, et les intergradations
entre pratiquement toutes les sous-espèces en font un sujet déroutant
pour l'ornithologue.
L'étude remarquable de Livezey (1995) propose que l'Eider à duvet
soit divisé en quatre sous-espèces : l'Eider du Pacifique (S. v-nigrum),
l'Eider nordique (S. borealis), l'Eider du Canada (S. dresseri) et l'Eider d'Europe
(S. mollissima).
Repartitions
Répartition
des différentes sous-espèces de l'Eider à duvet :
a) S. m. mollissima, b) S. m. faereoeensis (non reconnue par tous les auteurs),
c) S. m. islandica (non reconnue par tous les auteurs), d) S. m. dresseri, e)
S. m. borealis, f) S. m. sedentaria, g) S. m. v-nigra
Schéma : Ornithomedia.com, d'après The Sibley Guide to Birds et
Le Guide Ornitho |
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La
vaste aire de répartition de l'Eider à duvet est occupée
par différentes populations (BWP) :
- Eider à duvet (ssp mollissima) niche le long des côtes nord-ouest
de l'Europe, de la Russie et au nord (dont la Nouvelle-Zemble et la Terre de Franz
Joseph, où d'autres études sont nécessaires).
- Eider des Féroé (ssp faeroeensis). Les oiseaux des Shetland et
des Orcades sont inclus dans cette sous-espèce, qui ne peut être
identifiée que sur des éléments de biométrie et qui
n'est pas considérée comme un taxon valide par le BOU).
Il est important de noter que tout en ne montrant jamais de longues tertiaires
blanches, les lobes frontaux peuvent changer dans la forme et la couleur. Il est
particulièrement important de noter que beaucoup d'oiseaux présentent
un bec de couleur moutarde, d'où un risque de confusion avec des eiders
de la sous-espèce borealis au bec orangé. La connaissance de l'aire
de répartition normale de mollissima et de faeroeensis est
donc un point très important pour la recherche des eiders nordiques.
- L'Eider nordique (S. m. borealis) niche dans des régions arctiques du
nord de l'Océan Atlantique, de l'île de Baffin et du Nord-Est du
Canada, au Groenland, à l' Islande et au Svalbard (des oiseaux de la terre
de Franz Joseph peuvent également être inclus dans cette sous-espèce
mais nous n'avons aucune donnée sur leur aspect).
- Eider
islandais (S. m. islandica). Les eiders nichant en Islande sont parfois considérés
comme appartenant à une sous-espèce distincte, bien qu'ils soit
probablement préférable de les inclure dans borealis, sachant
que certains borealis de l'est du Groenland estivent et nichent occasionnellement
en Islande.
- Eider du Canada (S. m. dresseri). Cette sous-espèce niche le long des
côtes du nord-est du Canada et des États-Unis, du Labrador au Maine.
- Eider de la Baie d'Hudson (S. m. sedentaria). La sous-espèce de la Baie
d'Hudson Eider niche uniquement sur les côtes de la baie.
- Eider du Pacifique (S. m. v-nigra) : se reproduit le long des côtes de
l'Arctique et du Pacifique du nord-est de Sibérie et du nord-ouest du Canada
et de l'Alaska.
Pour simplifier les choses
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Eider à
duvet borealis, Svalbard. Cet oiseau borealis, originaire de l'est de l'aire de
répartition de la sous-espèce, présente des "voiles"
blanches typiques, mais la couleur du bec est olivâtre sans tonalité
orange
Photo : Dick Newell |
Pour
essayer de simplifier les choses, nous considérerons que tous les oiseaux
de la région arctique de l'Atlantique nord (Svalbard, Islande, Groenland
et nord-est du Canada) sont des borealis, les longues tertiaires blanches
étant visibles sur le dos de tous les mâles adultes, ce qui les distingue
des populations du sud de l'Atlantique nord (mollissima et faeroeensis).
Il est important de se rendre compte cependant que la sous-espèces borealis
n'est pas uniforme sur toute son aire de répartition, ce rend difficile
la mise en avant de critères simples permettant d'identifier à coup
sûr les oiseaux accidentels.
A propos des longues tertiaires blanches
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Eider à
duvet borealis présentant des "voiles" (1) (longues tertiaires)
blanches, Tory Island, Co.Donegal, octobre 2004
Photo : Paul Kelly / www.irishbirdimages.com/
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Tous
les eiders mâles ont deux longues tertiaires allongées (NDLR : surnommées
'sails" ou voiles par les auteurs de l'article original). Il s'agît
des mêmes plumes qui sont à l'origine de l'éperon noir de
l'Eider à tête grise (Somateria spectabilis).
Chez les sous-espèces méridionales mollissima et faeroeensis,
elles ne sont visibles que sous la forme de légers renflements au-dessus
du dos blanc, mais chez les autres sous-espèces, elles peuvent être
surélevées et dépasser clairement au-dessus du dos comme
de véritables "voiles" blanches.
Elles peuvent apparaître triangulaires, faisant penser un peu à l'aileron
dorsal d'un dauphin, mais parfois, ils ne sont peu visibles. Elles sont souvent
dressées lors de la parade nuptiale ou lors d'affrontements entre mâles.
Il est possible que certains mâles n'en possèdent pas.
Le plus remarquable est que ces plumes ne sont pas facilement discernables sur
des dépouilles, ce qui explique pourquoi ce critère n'avait pas
été retenu comme élément d'identification des différentes
populations.
Dans cet article, nous considérerons que tout eider mâle avec des
"voiles" blanches évidentes observé en Grande-Bretagne
ou en Irlande appartiendra à la sous-espèce borealis.
A propos des tertiaires des femelles
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Eider à
duvet Eider à duvet femelle avec des" voiles" (1). Une femelle
S. m. dresseri peut également être identifiée par ce critère
Photo : Paul Kelly / www.irishbirdimages.com/
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Certaines femelles adultes
d'Eiders à tête grise sont faciles à repérer dans des
groupes d'Eiders à duvet femelles grâce à leurs petites "
voiles" brunes, qui sont l'équivalent des voiles noires des mâles.
Une excellente série de photographies prises par Paul Kelly, au large de
Tory Island, co. Donegal, Iralnde, en octobre 2004, montre sept eiders mâles
avec les caractères de borealis et au moins un eider femelle avec
des voiles brunes. Il est également visible que certaines femelles de S.
m. dresseri puissent présenter des tertiaires visibles, ce qui pourrait
être utile pour distinguer d'une manière générale les
femelles appartenant à des formes rares occasionnelles.
A propos du
bec et des lobes frontaux
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Mâles
des différentes sous-espèces de l'Eider à duvet. Les lobes
frontaux (1), la présence de longues tertiaires (2) et la forme de la calotte
sombre (3) doivent être observés avec attention.
A) S. m. mollissima, B) S. m. dresseri C) S. m. borealis, D) S. m. sedentaria,
E) S. m. v-nigra
Schéma : Ornithomedia.com, d'après The Sibley Guide to Birds et
Le Guide Ornitho |
C'est un sujet complexe
! Il est important de préciser que chez S. m. mollissima, la couleur
du bec peut varier considérablement, de l'olive-gris au jaune brillant
(avec habituellement une teinte jaune moutarde).
De même, la forme des lobes frontaux varie, pouvant être fins et pointus
ou plus larges et arrondis. En outre, leur aspect change selon l'angle d'observation:
ils semblent davantage arrondis de devant et d'en haut et plus pointus de profil
et selon d'autres angles d'observation obliques.
Etrangement, la forme et la couleur du bec change également chez borealis
selon un cline (une gradation) d'est vers l'ouest; olive-gris à l'est
(oiseaux du Svalbard et certains individus en Islande) et de plus en plus à
lumineux et orangé au Groenland et au Nord-est du Canada.
Les lobes frontaux varient aussi chez les populations de borealis : ils
sont fins et pointus à l'est, et larges et arrondis à l'ouest (les
oiseaux islandais présentent probablement une variation plus prononcée).
Les pattes sont habituellement de la même couleur que le bec.
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