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Date
de mise en ligne : 11/10/11 - Visé par le Comité de
Lecture
Il existe plusieurs
croyances populaires, transmises de génération en génération et souvent
héritées du monde paysan, expliquant que le temps à venir peut
être prévu en observant le comportement des animaux. On connaît
par exemple les dictons : "les hirondelles volent bas avant l'orage"
ou "des pigeons claquant fortement des ailes en volant indiquent qu'il
y aura du vent".
Il existe des pays où ces croyances sont bien plus répandues, comme
en Inde. Sandeep Acharya, du département de botanique de l'université
de Tripura, au nord-est du pays, en a recensé un grand nombre, et
certaines sont tout à fait intéressantes. Nous vous proposons
une synthèse de son étude en ne retenant que les croyances qui concernent
les oiseaux.
Cet
article a été soumis à notre Comité
de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous
contacter.
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Abstract
| Publicité |
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In local communauties,
notably among farmers, fishers and hunters, weather forecasting often
combines empirical observations and weather predictions through the
phenological patterns of plants and the behaviour of birds and other
animals. For example, in France, we ofthen say "when swallows
fly near the ground, that means it will rain". The production
and application of local forecasts are localized and derived from
an interaction with an environment rythmed by the cycles of
seasonal changes. For the traditional weather forecasters, the phenology
of certain plants and behaviours of some animals is a reliable indicator
of a wet or dry year, or for the onset of the rainy season or adverse
weather conditions.
Sandeep Acharya, from the department of Botany, Tripura University
(India), describes in his article "Presage biology: lessons from
nature in weather forecasting" several bio-indicators used to
predict weather and explains why.
Prévoir la météo en observant les oiseaux
Une pratique répandue
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Le
vol bas des Hirondelles rustiques (Hirundo rustica) annoncerait
le mauvais temps ...
Photo : Joël Bruezière / www.eyesonsky.com |
Au sein des
sociétés rurales, parmi les utilisateurs de la nature
(chasseurs, pêcheurs) ou dans les tribus indigènes,
la prévision empirique de la météo à
partir de l'observation des plantes (fructification, floraison,
...) et/ou du comportement des animaux est encore assez répandue.
Elle s'explique par la forte interaction de ces personnes avec la
nature et le cycle des saisons, et tout déséquilibre
(sécheresse, inondation, ouragan) des conditions météorologiques
a un effet important sur leurs ressources.
Ces communautés ont appris à utiliser ces "bio-indicateurs"
pour pêcher, chasser, cueillir ou planifier leurs cultures,
notamment quand d'autres informations ne sont pas disponibles. En
dépit de l'apparition de nouvelles techniques, notamment
satellitaires pour faire des prévisions à court et
moyen terme, l'approche empirique reste répandue dans de
nombreuses régions du monde, et elle est même parfois
utilisée en complément des bulletins météo
classiques.
Quelques dictons en Europe
En Europe,
il existe plusieurs dictons ou croyances populaires relatifs à
la prévision du temps à venir.
Le plus connu est certainement que le vol des hirondelles, s'il
est bas, indique ou annonce le mauvais temps. Mais il en existe
d'autres, souvent oubliés :
- les merles en sifflant, annoncent le mauvais temps
- les merles qui galopent en criant le long des haies annoncent
le froid
- c'est un signe de beau temps, si les ramiers se poursuivent en
roucoulant
- pie dans la ferme, neige à court terme
- le rossignol chante clair toute la nuit, beau temps proche
- lorsque le rouge-gorge s'approche des maisons, c'est signe de
froid
- quand les corneilles s'assemblent, du bois pour ton hiver assemble
- autant l'alouette chante à la Chandeleur, autant elle se tait
après ...
D'autres sont visibles sur le site web Prévoir
le temps à l'aide des dictons.
Les dictons concernent aussi les plantes, les reptiles, les batraciens,
les insectes, les araignées ou les mammifères, sauvages
ou domestiques. On dit par exemple au Royaume-Uni que "si un
chat nettoie sa face ou ses oreilles, c'est le signe que le temps
sera beau".
Et l'on connaît tous l'expérience qui consiste à
placer une Rainette verte (Hyla arborea) dans un récipient
en verre couvert par un linge avec une petite échelle : si le batracien
reste dans le fond, c'est que la pluie est imminente, mais si elle
grimpe, c'est que le temps va s'améliorer.
En Inde
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En
Inde, les Mainates religieux (Gracula religiosa) émettraient
des sons inhabituels et auraient un comportement agressif à
l'approche d'un ouragan
Photo : Beos / Wikipedia |
Sandeep Acharya
a interrogé des habitants de plus de 35 ans dans des communautés
tribales dans l'état de Tripura, au nord-est de l'Inde afin
de connaître les bio-indicateurs qu'ils utilisent pour prévoir
l'arrivée de la pluie, de la saison humide ou de fortes intempéries
(ouragan, inondation, ...) et les a divisés en plusieurs
catégories : phénologie des plantes et des champignons,
comportement des oiseaux, activité des autres animaux, mais
aussi prévision à court terme (pluie proche dans les
quelques jours à venir), à moyen terme (quelques mois
ou arrivée de la saison des pluies), et arrivée de
catastrophes (ouragan ou inondation).
Les indicateurs concernant les plantes sont nombreux : par exemple,
une floraison plus importante des arbres Erythrina abussinica,
Brachustegia speciformis et Prunus persa entre juillet
et novembre serait un signe que la saison suivante sera pluvieuse,
tandis qu'une fructification importante de Uapaca kirkiana
annoncerait une sécheresse prochaine.
Nous allons nous limiter aux indicateurs concernant les oiseaux.
La venue prochaine de la pluie ou le début de la saison humide
se signaleraient en effet par le comportement inhabituel de certaines
espèces. Le tableau ci-dessous en présente quelques
exemples
| Nom |
Activité |
Type
de prévision |
| Souimanga
sombre (Aethopyga saturata) |
Sons
inhabituels |
Arrivée
de la saison des pluies |
| Bulbul
flavéole (Alophoixus flaveolus) |
Sons
inhabituels et bains de sable |
Pluie
imminente |
| Torquéole
à joues blanches (Arborophila atrogularis) |
Sons
inhabituels et vol haut dans le ciel |
Fortes
intempéries (ouragan ou inondation) |
| Verdin
de Hardwick (Chloropsis hardwickii) |
Sons
inhabituels et vol bas pour chasser les insectes |
Arrivée
de la saison des pluies |
| Shama
à croupion blanc (Copsychus malabaricus) |
Sons
inhabituels |
Arrivée
de la saison des pluies |
| Carpophage
à manteau brun (Ducula badia) |
Mouvements
inhabituels pour chercher un abri sous le feuillage |
Fortes
intempéries (ouragan ou inondation) |
| Chevêchette
à collier (Glaucidium brodiei) |
Sons
inhabituels graves et étalement des ailes sur le sol |
Fortes
intempéries (ouragan ou inondation) |
| Mainate
religieux (Gracula religiosa) |
Sons
inhabituels et comportement agressif |
Fortes
intempéries (ouragan ou inondation) |
| Couturière
à col noir (Orthotomus atrogularis) |
Sons inhabituels
et mouvements très rapides |
Pluie imminente |
| Tourterelle
tigrine (Streptopelia chinensis) |
Sons
inhabituels, déplacements en couple et recherche d'un
abri sous le feuillage |
Pluie
imminente |
Les explications
La plupart de ces indices ont une explication. Les animaux sont
très sensibles aux changements de la pression atmosphérique, et
cela déclenche chez eux des comportements de survie. Les ouragans
s'accompagnent ainsi d'une baisse de la pression atmosphérique
et hydrique, et les animaux ressentent ces fluctuations. Leur système
nerveux devient plus actif quand les conditions sont anormales.
Des chercheurs l'ont par exemple observé chez des requins, lors
d'orages tropicaux : quand la pression a baissé de quelques millibars,
plusieurs de ces prédateurs ont nagé vers des eaux plus profondes
qui leur apportaient une meilleure protection contre les intempéries.
Les oiseaux (et les abeilles) réagissent aussi à de faibles baisses
de la pression atmosphérique et ils recherchent instinctivement
un abri. Ils utiliseraient aussi leur sensibilité à la pression
pour déterminer s'il est possible de migrer sans danger. L'arrivée
de la pluie entraîne l'apparition de comportements particuliers
: certains poussent des chants ou des sons inhabituels ou prennent
des bains de sable.
A l'approche d'une tempête, les oiseaux volent plus bas à cause
d'une pression atmosphérique plus forte qui rend le vol plus
fatigant et qui pourrait leur faire mal aux oreilles. A noter toutefois
que pour certains auteurs, les oiseaux ne voleraient pas moins haut
par mauvais temps (Biedermann PHW et Kärcher, MH, 2009). Plus sûrement,
certains oiseaux volent plus bas car ils chassent les insectes qui
restent près du sol. Quand les nuages chargés de pluie approchent,
les courants d'air descendants qui les accompagnent les poussent
vers le sol. Les oiseaux qui attrapent normalement les insectes
haut dans le ciel doivent donc les suivre à basse altitude.
Les goélands arrêtent de voler avant un orage, choisissant
de se rassembler sur la côte jusqu'à la fin des intempéries pour
des raisons de sécurité.
Quelques analyses de comportements permettant de prévoir
la pluie
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A
l'approche de la pluie, le Bec-ouvert indien (Anastomus oscitans)
exécuterait un vol de forme parabolique
Photo : Alnus / Common Wikimedia |
- Prévision
à court terme : les poules (Gallus gallus domesticus)
qui plongent leurs plumes dans le sol profitent de l'humidité accrue
du sol pour diminuer leur chaleur corporelle en y enfonçant leurs
ailes.
- Prévision à court terme : les oiseaux qui volent
haut dans le ciel (au-dessus de 500 m) et qui poussent des chants
ou des sons inhabituels sont stimulés par l'air plus frais.
Les nuages qui transportent la pluie se forment en effet à des hauteurs
comprises entre 0,5 et 2,5 km de haut et sont accompagnés
de vents. En les repérant, les fermiers peuvent semble-t-il
prédire efficacement la pluie. Certains affirment aussi que si ces
oiseaux volent en rang après la pluie, la possibilité de nouvelles
fortes précipitations est très élevée.
- Prévision à court terme : le vol parabolique du
Bec-ouvert indien (Anastomus oscitans) serait provoqué
par un changement de l'intensité des vents à haute altitude
(autour de 600 m).
- Prévision à court terme : le Paon bleu (Pavo
cristatus) qui chante tôt le matin ou tard le soir serait stimulé
par la brise fraîche qui accompagne l'air saturé en humidité. Il
en profite souvent pour parader et effectuer des mouvements rythmiques.
- Prévision à court terme : le fait que les Effraies
des clochers (Tyto alba) poussent des cris perçants et s'agitent
quand la pluie est imminente s'expliquerait par leur grande sensibilité
à l'humidité.
- Prévision à court terme : les mouvements Nord-Sud
des Perruches à collier (Psittacula krameri manillensis)
seraient provoqués par l'augmentation de humidité.
- Prévision à court terme : le chant du Coucou criard
(Cuculus clamosus) serait stimulé par la formation
de vapeur d'eau.
- Prévision à long terme : la position des nids des
Tisserins baya (Ploceus philippinus) dans les puits serait
également un signe. S'ils sont construits bas, c'est que
la mousson sera mauvaise. A l'inverse, s'ils sont édifiés
plus haut, c'est que la mousson sera bonne. Les oiseaux anticiperaient
en effet les bonnes pluies et chercheraient à mettre leurs
petits à l'abri.
Chat et rainette
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Le
Chat domestique (Felis silvestris catus) se lécherait
pour se débarrasser de l'électricité statique
par temps sec
Photo : Sylvain Brunerie / Wikipedia |
Le dicton anglais
"si un chat nettoie sa face ou ses oreilles, c'est le signe
que le temps sera beau" s'explique par la physique : quand
il fait beau et que le taux d'humidité est faible, le chat a tendance
à s'électriser quand il touche d'autres objets (à cause de
l'électricité statique). Il perd en effet facilement des électrons
et il se charge positivement. Quand il se lèche, l'humidité rend
sa fourrure plus conductrice et il peut donc se décharger plus facilement.
D'autre part, beaucoup de chats n'aiment pas être caressés en hiver
quand l'humidité est faible car l'électricité statique crée alors
des étincelles qui les irritent.
L'utilisation des rainettes comme baromètre est sûrement
basée sur l'observation de leur comportement dans la nature
: on a par exemple noté que la Rainette du Pacifique (Hyla
regilla) avait tendance à grimper aux branches quand
la température augmentait.
Quelle
utilité ?
Les indicateurs locaux et les connaissances traditionnelles sont
souvent oubliés voire méprisés par les sociétés
modernes, mais ils restent toujours très utilisés
dans certaines régions. En effet, ils ne peuvent pas toujours
être remplacés par l'approche scientifique car sont
holistiques (= ils prennent en compte la complexité de la
nature) et spécifiques aux conditions locales, fournissant
aux agriculteurs et autres utilisateurs de la nature des éléments
utiles pour prendre des décisions. Des expériences
ont été faites et ont d'ailleurs montré leur
efficacité dans certains cas. Il serait donc urgent d'identifier
certains éléments de cette approche, utilisés
notamment dans la prévision des précipitations et
d'autres phénomènes comme les inondations, les cyclones,
...
Il serait alors peut-être possible d'intégrer ces connaissances
empiriques pour améliorer les prévisions météorologiques à court,
moyen ou long terme, notamment dans les pays où l'agriculture
est prédominante. Une approche synthétique pourrait
ainsi augmenter l'acuité des prévisions.
Source
Sandeep Acharya (2011). Presage biology : Lessons from nature in
weather forcasting. Janvier. Indian Journal of Traditionnal Knowledge.
Volume 10. http://nopr.niscair.res.in
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