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Comment éviter les collisions ?

Lignes à haute tension
Les collisions d'oiseaux avec les lignes électriques sont fréquentes, surtout pour les grands oiseaux
Photo : Ornithomedia.com

De nombreuses espèces d'oiseaux ont tendance à entrer en collision avec des objets de grande taille (fenêtres, lignes électriques, pylônes, éoliennes ...), des obstacles qui nous semblent pourtant faciles à éviter.
Une étude de Graham R. Martin, publiée en 2011 dans la revue IBIS, propose une nouvelle approche pour diminuer cette cause de mortalité qui peut menacer la survie de certaines espèces. Par exemple, en Europe, sur une période de 16 ans, on a ainsi estimé qu'environ 25% des juvéniles et 6% des adultes de Cigognes blanches (Ciconia ciconia) mouraient chaque année suite à des collisions avec des lignes électriques.

Voir les choses du point de vue des oiseaux

Graham Martin explique : "d'un point de vue humain, il semble très étrange que des oiseaux puissent entrer en collision avec des objets qui sont parfois de grande taille, comme s'ils ne les voyaient pas. Mais s'il est largement admis que le vol des oiseaux est principalement contrôlé par la vision, il faut préciser qu'ils ne voient pas comme nous".
Pour mieux comprendre comment les oiseaux percevaient le monde, Graham Martin s'est tourné vers l'écologie sensorielle, un champ d'étude qui étudie la façon dont l'information sensorielle sous-tend le comportement d'un animal et ses interactions avec l'environnement. Il ajoute : "auparavant, la plupart des solutions proposées pour limiter les collisions étaient imaginées d'un point de vue humain, et non pas des oiseaux".
Cette étude révèle qu'il existe un ensemble subtil de relations entre les capacités visuelles d'un oiseau, l'interprétation des informations sensorielles perçues et le comportement des oiseaux en vol.

Temporairement aveugles

Graham ajoute : "En vol, les oiseaux peuvent baisser la tête pour regarder vers le bas, soit avec une vision stéréoscopique soit en utilisant leur vision latérale détaillée. Un tel comportement explique que certaines espèces peuvent être temporairement aveugles dans le sens du vol, avec un angle mort devant eux".
Il a aussi étudié comment la vision frontale des oiseaux leur servait davantage à détecter les mouvements dans leur environnement, par une analyse du flot optique, plutôt qu'à percevoir des détails. Ainsi, même s'ils regardent vers l'avant, leur vision n'est pas en haute résolution.
En général, seule leur vision latérale est détaillée, et leur vision frontale stéréoscopique peut même être désactivée pour favoriser la détection des mouvements qui ne nécessite pas une grande précision. Et lors de la chasse, cette forme d'analyse peut être plus importante et utile qu'une observation de l'espace aérien.
Même s’ils regardent vers l’avant, ils risquent de ne pas voir un obstacle car tout simplement ils ne prévoient ni n'imaginent l’existence de constructions humaines telles que les bâtiments, les fils électriques ou les éoliennes. Ils peuvent penser que leur espace est dépourvu de tels dangers.
Les oiseaux ont aussi une gamme limitée de vitesses de vol, et pour de nombreuses espèces, il leur est tout simplement impossible de voler lentement, et il leur est donc difficile de réagir devant un obstacle imprévu quand la visibilité est réduite par la pluie, le brouillard ou plus généralement quand la luminosité est faible.


Des solutions plus adaptées

Pour éviter les collisions
Pour éviter les collisions, une combinaison d'éléments, comme un stimulus très contrasté et en mouvement ou une source de nourriture pour détourner les oiseaux de leur trajet habituel, peut être imaginée
Schéma : Ornithomedia.com

Graham ajoute : "fort de cette compréhension de la perception visuelle des oiseaux, il est possible d'envisager des solutions plus adaptées au problème des collisions, peut-être même espèce par espèce".

Utiliser des marqueurs contrastés et en mouvement


Bien que les oiseaux ne puissent pas toujours repérer les obstacles qui se présentent dans l'espace aérien, il est toujours utile d'utiliser des marqueurs pour augmenter la visibilité de ces dangers dans des contextes où les taux de collisions sont particulièrement élevés. Les stimuli qui seront utilisés pour attirer l'attention de l'oiseau sur l'obstacle doivent être très contrastés, être en mouvement et de grande taille, bien au-delà des dimensions calculées pour être détectables à une distance donnée en se basant seulement sur des mesures d'acuité théoriques; en effet, la vision frontale stéréoscopique des oiseaux peut être "shuntée" au profit d'une analyse du flot optique, et des estimations de l'acuité font généralement référence à une vision en haute résolution qui n’est pratiquement utilisée que latéralement.
Bien que les oiseaux aient un spectre de vision plus large que celui de l’Homme, il semble peu probable que des stimuli réfléchissant les longueurs d'ondes courtes (U.V.) soient particulièrement visibles. L'obstacle doit être visible dans toutes les conditions et être simplement contrasté (noir et blanc) afin de réfléchir ou d’absorber tout le spectre de la lumière naturelle. En effet, la visibilité d’une couleur dépend des caractéristiques spectrales et de l'éclairage de fond, et ces éléments peuvent varier considérablement selon la situation, les conditions météorologiques et la couverture nuageuse.

Placer des avertisseurs avant l'obstacle

Les collisions avec des obstacles est à la fois un problème visuel, de perception ou d'attention. Par conséquent, il faut pouvoir alerter et attirer l’attention des oiseaux suffisamment à l'avance. Cependant, ces stimuli d'avertissement ou d'alerte peuvent être difficiles à imaginer et peuvent varier selon les espèces. Il est également important de rappeler que les oiseaux sont plus susceptibles de regarder vers le bas et latéralement plutôt que vers l'avant : ainsi, les avertisseurs ou les marqueurs peuvent ne pas être vus.
Dans les endroits où le nombre de collisions est élevé, il pourrait être plus efficace de détourner ou de distraire les oiseaux de leur trajectoire plutôt que de tenter de rendre l'obstacle plus visible. Des points d’alimentation, des leurres ou des alarmes sonores placés à une distance appropriée pourraient être intéressants.

Une combinaison de solutions


Il est peu probable qu’un seul moyen soit efficace pour réduire les collisions pour toutes les espèces sur un site donné. Les solutions d'alarme, de détournement et de distraction doivent au besoin être adaptées à certaines espèces. Les solutions devront aussi tenir compte de l'écologie, des techniques d'alimentation, du comportement social de l'espèce et de ses capacités visuelles pour comprendre pourquoi il survole certains secteurs.

Sources

- Robert Bleiweiss (2004). Ultraviolet plumage reflectance distinguishes sibling bird species. PNAS. http://www.pnas.org/content/101/47/16561.full
- David McFarland (2009). Le comportement animal: psychobiologie, éthologie et évolution. De Boeck
- J. Rajchard (2009). Ultraviolet (UV) light perception by birds : a review. Veterinarni Medicina; 54. http://www.vri.cz/docs/vetmed/54-8-351.pdf
- GRAHAM R. MARTIN (2011). Understanding bird collisions with man-made objects: a sensory ecology approach. Ibis. British Ornithologists’ Union, 153, 239–254. http://dx.doi.org/10.1111/j.1474-919X.2011.01117.x
- Sciencedaily (2011). Not So Eagle Eyed: New Study Reveals Why Birds Collide With Human-Made Objects. Date de mise en ligne : 17/03. http://www.sciencedaily.com/releases/2011/03/110316222022.htm
- Wikipedia (2011). Birds vision.
- Peter Mullen (2006). Spectrophotometric Studies of Avian Plumage Coloration with Special Emphasis on the Ultraviolet Range. Angefertigt mit Genehmigung der Mathematisch-Naturwissenschaftlichen Fakultät der Rheinischen Friedrich-Wilhelms-Universität Bonn. http://deposit.ddb.de
- Jean-François Savard, Jason Keagy, Gerald Borgia (2011). Blue, not UV, plumage color is important in satin bowerbird Ptilonorhynchus violaceus display. Journal of Avian Biology. Volume 42, Issue 1, pages 80–84. http://onlinelibrary.wiley.com

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