Date de mise en ligne : 06/07/11 - Rédigé par Ornithomedia.com
- Visé par le Comité de Lecture
S'il existe
des rapaces qui nichent au sol, comme les busards, la plupart des
faucons installent leurs nids sur des parois rocheuses ou des structures
à l'abri des prédateurs terrestres. Mais il existe
de rares exceptions, comme le Faucon de Nouvelle-Zélande
qui nidifie la plupart du temps au sol. Même des Falconidés
généralement rupicoles peuvent occasionnellement déposer
leurs oeufs à même le sol : lors d'un voyage en Mauritanie
en avril 2004, Volker Salewski et Veronika Martignoli ont découvert
une femelle de Faucon lanier (Falco biarmicus) couvant ses
oeufs sur le sable. Cette observation remarquable a été
décrite dans le numéro 27 de la revue Malimbus. Cette revue,
publiée par la Société
d’Ornithologie de l’Ouest Africain (SOOA), a été
lancée en 1979. Elle est bilingue et exclusivement consacrée
à l'ornithologie en Afrique de l'Ouest, une double originalité.
Cet
article a été soumis à notre
Comité de Lecture virtuel.
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Abstract
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All Accipitrids
build a nest of sticks lined with softer material. Nest sites are
usually in a commanding position on a cliff or in a tree, but a
few species such as the harriers nest on the ground. Falcons typically
nest on cliff walls or artificial structures. But there are a few
exceptions, such as the the New Zealand Falcon that breeds on the
ground within the forests of the archipelago : this is indeed the
perfect environment for rearing chicks, but it does make them highly
vulnerable to introduced predators and forestry operations. But
even cliffs-dwelling species like Lanner (Falco biamicus)
can install their nest on the ground when other substrates are scarce
: during a trip in Mauritania in early April 2004, Volker
Salewski and Veronika Martignoli found a Lanner on its nest
that was a shallow bowl scraped in the sand. The description of
this unusual sight was published in the issue 27 of Malimbus, a
bilingual, biannual publication published by the West
African Ornithological Society. Its object is to promote scientific
interest in the birds of West Africa and to further the region’s
ornithology.
Quand les faucons nichent au sol
L'observation d'un Faucon lanier nichant sur le sable en
Mauritanie
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Femelle
de Faucon lanier (Falco biarmicus) simulant une aile
cassée en s'éloignant de son nid, Mauritanie
(agrandir
la photo)
Photo : Volker Salewski / Malimbus |
Bien que le
Faucon lanier (Falco biarmicus) soit l'un des rares rapaces
vivant dans les déserts d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient,
on ne connaît pratiquement aucun cas de nidification au
sol.
Il niche généralement sur des collines rocheuses,
y compris au sommet de falaises facilement accessibles (Jany 1960,
McLachlan & Liversidge 1978, Newby 1981, J.-M. Thiollay com. pers.).
En Afrique, l'espèce pond dans des anfractuosités des falaises
ou dans de vieux nids de grands rapaces, de corvidés ou de hérons
(Brown et al. 1982, Kemp 1993). Une seule référence (Hoyo et al.
(1994)) mentionne le cas d'une nidification au sol, mais sans
donner de détails.
Dans le numéro 27 de la revue Malimbus, Volker Salewski
et Veronika Martignoli, du Swiss Ornithological Institute, ont
observé une femelle sur son nid installé sur le
sable dans une plaine du désert mauritanien.
Les deux ornithologues voyageaient entre Ouadane (20 ° 54'N, 11
° 35'O) et Bir Amrane (22 ° 47'N, 8 ° 43'W) au début du mois d'avril
2004. Au nord d'El Ghallâouîya (21 ° 35'N, 10 ° 35'O), la piste
traversait d'abord une zone rocheuse avec des buissons dispersés
puis une plaine sablonneuse. Elle était délimitée par des
tas de pierres épars atteignant 1,5 m de haut.
Des migrateurs du Paléarctique, comme la Pie-grièche à tête rousse
(Lanius senator) ou le Traquet motteux (Oenanthe oenanthe)
étaient souvent posés sur ces tas. Un Rossignol philomèle
(Luscinia megarhynchos) se reposait à l'ombre d'un de ces
tas. Des amas de branches sèches étaient parfois visibles sur
ces piles, ce qui laissait supposer l'existence de nids de Corbeaux
bruns (Corvus ruficollis) bien que l'espèce n'ait pas été
observée au cours du voyage. Le Faucon lanier s'en servait aussi
comme perchoir.
Le 3 avril 2004, à proximité d'un de ces tas (22
° 20'N, 9 ° 6'W), le guide de Volker et de Veronika leur a signalé
la présence d'un Faucon lanier posé à côté de leur voiture.
Alors qu'ils étaient encore assis, le rapace a commencé à mimer
une "aile cassée" en s'éloignant. Après avoir avancé sur
quelques mètres, il s'est finalement envolé.
Son "nid" était installé sur le sol : il contenait un
uf et deux poussins de quelques jours. Il s'agissait d'une
simple dépression peu profonde creusée dans le sable,
sans aucune délimitation. Il y avait quelques morceaux de bois
et des pelotes qui a priori n'avaient pas été disposés
de façon organisée.
Le secteur était un désert de sable sans arbres ni falaises
à proximité. La seule structure où
le faucon aurait pu nicher était un tas de pierres situé à environ
3-4 mètres. Quelques brindilles, sûrement transportées par des
oiseaux sur une longue distance, avaient été placées
au-dessus et à côté.
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Nid
de Faucon lanier (Falco biarmicus) dans un acacia,
Mauritanie
Photo : Volker Salewski / Malimbus |
Le 6 avril,
Volker et Veronika ont trouvé une autre couvée de Faucon lanier
à environ 15 km au nord-ouest de Bir Amrane, dans un peuplement
isolé d'Acacia tortilis (22 ° 55'N, 8 ° 48'W).
Un ancien nid installé dans un arbre contenait trois poussins,
ce qui montre bien la diversité des sites de reproduction
utilisés par l'espèce dans un environnement désertique.
Les Faucons laniers sont connus pour chasser les migrateurs au
printemps dans le Sahara, et leur calendrier de nidification est
d'ailleurs calqué sur la phénologie de la migration (Jany 1960,
Heu 1961, Newby 1981, J.-M. Thiollay comm. pers.). Les deux observateurs
n'ont pas cherché de vestiges de repas près du nid pour ne pas
perturber davantage l'oiseau, mais ils ont tout de même
trouvé plusieurs queues de lézards du genre Uromastix.
Les migrateurs étaient abondants dans la région, et donc le site
et la date de nidification n'étaient pas inhabituels.
L'abondance des passereaux migrateurs dans le désert durant la
migration printanière et la rareté relative des prédateurs terrestres
pourraient inciter le Faucon lanier à nicher sur des sites apparemment
peu favorables.
D'autres faucons peuvent nicher occasionnellement sur le
sol
D'autres faucons du genre Falco peuvent nicher au sol
quand les supports disponibles sont rares ou absents. Ainsi le
Faucon concolore (Falco concolor), une espèce du
Moyen-Orient, niche parfois sur le sol dans les mangroves (Jennigs
et Sadler 2006).
Le Faucon d'Éléonore (Falco eleonorae) dépose
fréquemment ses ufs sur des cailloux dans de petites
îles isolées pauvres en végétation.
Le Faucon pèlerin (Falco peregrinus) se reproduit rarement
sur le sol : un cas a été noté près
de San Diego en Californie. Ce comportement est plus répandu
au sein des populations arctiques de Faucons pèlerins,
et les poussins sont alors parfois mangés par les ours
et les renards.
Un cas de nidification de Faucon sacre (Falco cherrug)
sur le sol avait été constaté dans les années 1970 en Mongolie
orientale : l'oiseau occupait un ancien nid de Buse de Chine (Buteo
hemilasius) posé sur le sol.
Un comportement par défaut contrarié par les
conditions environnementales ?
Certains
Faucons nichent occasionnellement sur le sol comme le Faucon
pèlerin (surtout les populations nordiques), le Faucon
d'Eléonore ou le Faucon concolore. Le Faucon de Nouvelle-Zélande
niche lui très majoritairement au sol
Schéma : Ornithomedia.com |
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La nidification
terrestre des rapaces serait certainement plus répandue
si les conditions le permettaient, et le cas des îles Hawaii dans
le Pacifique est à ce titre très significatif.
Une seule espèce de rapace a survécu à l'arrivée de l'Homme, la
Buse d'Hawaii (Buteo solitarius). Trois genres étaient
représentés dans l'archipel : un busard du genre
Circus, un aigle du genre Haliaeetus et au moins
quatre chouettes d'un genre disparu, Grallistrix.
Ces espèces n'étaient pas aptères, mais elles ont pourtant disparu.
La plupart d'entre elles nichaient au sol : en effet, dans un
environnement où aucun mammifère prédateur terrestre n'existait,
il y avait peu d'avantages à construire un nid en hauteur
ou même à le dissimuler au sol. Mais ce comportement
aurait conduit à leur disparition quand les humains et les mammifères
introduits, notamment les rongeurs, sont arrivés.
Le Faucon de Nouvelle-Zélande (Falco novaeseelandiae)
est endémique de l'archipel du même nom : il est
aujourd'hui très rare, avec une population estimée
à 4000 couples. Il niche généralement sous
des troncs, dans des dépressions ou au pied des arbres,
mais aussi parfois sur des branches.
Il craint peu l'Homme, et n'hésite pas à l'attaquer
pour défendre son nid. Il est extrêmement audacieux
et peut pénétrer dans les exploitations agricoles
pour tuer des oiseaux de basse-cour.
Sur le site www.nzbirds.com
a été publiée l'histoire d'un faucon qui
a été battu à mort car il ne voulait pas
lâcher le poulet qu'il tenait entre ses serres. Un fermier
de la région d'Otago a décrit un individu qui plongeait
en piqué sur ses chiens : un garde du Department of Conservation
lui avait conseillé de dérober ses ufs (alors
qu'il s'agit d'une espèce protégée) afin
de le pousser à abandonner son nid...
Mais peu à peu les mentalités changent : il existe
un programme intitulé "Falcons for grapes" qui
consiste à utiliser le Faucon de Nouvelle-Zélande
pour contrôler le nombre d'oiseaux qui mangent les grappes
de raisin : des ufs de rapaces sont prélevés
dans des nids au sol, ils sont couvés artificiellement,
et les oiseaux sont relâchés dans des exploitations
vinicoles. Auparavant, on leur a appris à s'installer et
à pondre dans des nichoirs placés en hauteur, à
l'abri des prédateurs.
Sources
- Volker Salewski et Veronika Martignoli, (2005). A ground nest
of the Lanner Falcon Falco biarmicus in Mauritania. Malimbus
27. pages 113-116
- Joel E. Pagel, Robert T. Patton et Brian Latta (2010). Ground
Nesting of Peregrine Falcons (Falco peregrinus) Near San
Diego, California. Journal of Raptor Research 44(4):323-325. http://www.bioone.org/doi/abs/10.3356/JRR-10-03.1
- Department of Conservation. Threats to New Zealand falcon/karearea
http://www.doc.govt.nz/conservation/native-animals/birds/land-birds/nz-falcon-karearea/threats/
- US Fish and Wildlife Service. Frequently Asked Questions
Regarding Peregrine Falcons. http://www.fws.gov/endangered/what-we-do/peregrine-falcon.html
- Potapov et al. (2001). Nest site selection in Mongolian Sakers.
Proceedings of the II International Conference on the Saker Falcon
and Houbara Bustard, Mongolia, 1-4 July 2000. 132-137. http://www.falcons.co.uk/mefrg/PDF/potapov1.pdf
- E. Alison Kay (1994). A Natural history of the Hawaiian Islands:
selected readings II
- Richard Seaton, Edward O. Minot et John D. Holland (2010). Nest-site
selection of New Zealand Falcons (Falco novaeseelandiae)
in plantation forests and the implications of this to forestry
management. Birds Australia. http://www.publish.csiro.au/paper/MU09050.htm
- Badassbees.com (2004). Karearea The New Zealand Falcon. http://www.badassbees.com/karearea/karearea.html
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