Date de
mise en ligne: 02/02/09 - Visé par le Comité de Lecture
Par une
froide journée d'hiver, en regardant des canards ou des mouettes
posés sur la glace ou dormant dans l'eau glacée, vous
vous êtes peut-être déjà demandé:
mais comment font-ils pour supporter cela? Comment conservent-ils
leur chaleur? Comment leurs pattes ne gèlent-elles pas? Les
oiseaux, notamment aquatiques, ont développé un ensemble
de mécanismes physiques et métaboliques qui leur permettent
de résister, dans certaines limites, à des températures
très froides.
Abstract
In Winter,
when it's very cold, we often wonder how do ducks, gulls, geese
and others birds can bear roosting or sleeping on ice or on snow-covered
ground in winter? How do they keep warm? How do they keep those
bare feet and legs from suffering frostbite? Birds, and in particular
Waterfowl, have evolved physical and metabolic mechanisms that
allow them to withstand, within limits, very cold temperatures.
In this article, we present you these mechanisms.
Les adaptations des oiseaux pour supporter le froid
Les plumes
 |
Une plume du duvet
Schéma: Ornithomedia.com |
La protection
physique la plus évidente qu'ont les oiseaux pour se protéger
du froid est leur manteau isolant de plumes. Les plumes sont inertes
et ne contiennent ni peau ni vaisseaux sanguins, et ainsi ne dispersent
pas la chaleur du corps dans l'environnement. Au contraire, elles
retiennent la chaleur du corps en piégeant l'air chaud
près de la peau.
Le nombre de plumes varie selon les saisons, et sont plus nombreuses
en hiver qu'en été.
Outre les plumes du vol des ailes et les plumes couvrant leurs
corps, les oiseaux aquatiques possèdent des couches épaisses
de duvet, surtout sur leur poitrine et sur leur ventre (lire Les
plumes).
Les plumes duveteuses sont spécialisées: elles sont
petites, légères et leurs barbes ne sont pas enchevêtrées.
Leur fonction principale est la conservation de la chaleur. Les
plumes de duvet sont très abondantes chez certaines espèces
(canards, oies...); elles sont parfois arrachées par l'oiseau
sur son propre corps afin de garnir le nid. Quiconque a déjà
porté un manteau manteau doublé de plumes duveteuses
sait à quel point elles sont efficaces en hiver et isolent
bien du froid.
La graisse
sous-épidermique
Sous les plumes
on trouve la peau, qui joue aussi un rôle important dans le
contrôle de la perte de chaleur. La peau est irriguée
par des vaisseaux sanguins qui transportent le sang chaud du corps
vers les surfaces extérieures. En outre, le derme, la couche
de peau située immédiatement sous la couche extérieure
mince de la peau (l'épiderme), constitue un site de stockage
des graisses. Le stockage sous-épidermique des graisses est
notamment important chez les canards qui vivent dans des environements
aquatiques froids.
Ces réserves de graisses ont deux fonctions: elles fournissent
une isolation supplémentaire par rapport aux plumes, et elles
servent de réserve d'énergie qui peut être mobilisée
par temps froid quand les demandes métaboliques sont élevées
et que la nourriture disponible est faible.
Rappel: métabolisme et température du corps
Le métabolisme est l'ensemble des réactions physiques
et chimiques (enzymatiques) qui se produisent au sein d'un être
vivant et plus spécifiquement dans ses cellules et son milieu
intérieur (sang et lymphe).
Le métabolisme de base (ou basal) (chez l'Homme) est la quantité
de chaleur libérée par un être non endormi,
au repos physique (allongé) et intellectuel, à une
température ambiante de 25°C et à jeun depuis
12 heures (c'est-à-dire n'effectuant pas d'activité
digestive) (source: www.medicopedia.net).
Les oiseaux ont un métabolisme basal élevé
et donc ont besoin de beaucoup de ressources énergétiques.
Proportionnellement, les grands oiseaux consomment moins d'énergie
par unité de surface que les petits oiseaux.
En même temps que le métabolisme, les oiseaux ont tendance
à avoir une température corporelle plus élevée
que les mammifères. Elle est généralement comprise
selon les espèces entre 38 et 42 degrés. Celle des
grands oiseaux aptères comme les autruches et certains oiseaux
aquatiques comme les manchots ont une température corporelle
inférieure à celle des autres oiseaux. Les
oiseaux enfin sont globalement plus grands dans les milieux froids
que dans les zones tropicales, car ils présentent proportionnellement
une surface corporelle moindre.
Un échangeur
de chaleur à contre-courant
 |
Le système de l'échangeur de chaleur à
contre-courant dans les pattes des oiseaux aquatiques
Schéma: Ornithomedia.com d'après Ecology.botany.ufl.edu/
|
Les oiseaux
vivant dans des environnements froids doivent conserver la chaleur
de leur corps pour éviter l'hypothermie. Cependant, le
sang, qui coule du centre du corps (cur) vers la périphérie
(comme les pattes et les pieds) peut facilement entraîner
une perte de chaleur par dissipation dans l'atmosphère
au niveau de la peau.
Pour empêcher une telle perte, les oiseaux possèdent
une véritable échangeur de chaleur à contre-courant
constitué des vaisseaux sanguins (artères et veines)
situés dans les pattes et qui permet à la chaleur
d'être récupérée et sauvegardée.
Ce principe d'échange de chaleur à contre-courant
est si efficace et si ingénieux qu'il a été
aussi adapté par l'Homme pour chauffer de façon
optimale les bâtiments en limitant les gaspillages d'énergie
en hiver!
L'échangeur de chaleur à contre-courant des oiseaux
est constitué des artères et des veines adjacents
et dont les courants sanguins vont dans des sens opposés.
L'artère amène du sang chaud dans les pattes, et
la chaleur du sang dans l'artère est transférée
à celui circulant sang dans la veine (bien sûr, l'oxygène
et les nutriments continuent de nourrir les cellules des pattes).
Suite à cet échange de chaleur, le sang dans les
pattes de l'oiseau est relativement frais et peu de chaleur est
perdue. Ainsi, un canard se tenant sur la glace perd une faible
quantité de chaleur par ses pattes.
 |
Cygnes de Bewick et canards de surface sur la glace
Photo: Fabrice Croset |
Alors que
la température fondamentale du corps d'un canard se tenant
sur la glace est d'environ 37,8°C, la température des
pattes de l'oiseau peut être juste au-dessus de 0°C.
Pour préserver leur chaleur par temps froid, les oiseaux
aquatiques réduisent en outre le volume de sang qui coule
vers leurs pattes en contractant les vaisseaux sanguins dans leurs
pattes. Des expériences ont montré que des canards
réduisent peu à peu le flux de sang vers leurs pattes
au fur et à mesure que la température de l'air tombe
à 0 degré. Toutefois, quand les températures
tombent au dessous de 0°c, les oiseaux ré-augmentant
le flux de sang vers leurs pattes pour empêcher une dégradation
des tissus.
 |
Cygnes de Bewick et canards de surface (colvert et pilet)
sur la glace: notez que l'un des cygnes se tient sur une seule
patte, pour protéger l'autre du froid
Photo: Fabrice Croset |
Les oiseaux
protègent aussi leurs pattes en les rentrant dans les plumes
de leurs flancs et près de leur corps. Pour minimiser l'exposition
par temps froid, les oiseaux aquatiques se placent souvent sur
une seule patte, plaçant de temps en temps l'autre patte
dans les plumes de leur corps pour la protéger du froid.
Une adaptation au froid des cellules des tissus des pattes
Chez la plupart des oiseaux, une partie des pattes est sans plumes.
La plus longue partie sans plume est cosntituée du tarso-métatarse
(l'os de l'avant-jambe). Cet os correspondant à une soudure
du tarse et du métatarse et est l'équivalent de
l'os de notre pied. Le tibia et le fémur sont eux généralement
couverts de plumes.
Ainsi, une partie de la patte et les doigts ne sont pas isolés.
Pour conserver leurs pattes aussi chaudes que le reste du corps,
les oiseaux devraient envoyer une grande quantité de sang
chaud vers ces secteurs exposés. Mais au contraire, ils
laissent leurs pattes se refroidir afin de n'avoir à leur
fournir qu'une petite quantité de sang. Chez les Goélands
argentés par exemple, la partie de la patte exposée
aux éléments peut avoir une température de
seulement 4°C, et le dessous de la patte est juste au-dessus
de O°C!
 |
Structure typique d'une membrane cellulaire, composée
d'une bicouche phospholipidique. Chaque phospholipide est
composé d'une tête hydrophile (1) et de deux
chaînes hydrophobes (2)
Schéma: Ornithomedia.com d'après Wikimedia Commons |
Pour que les
tissus de la patte inférieure supportent des températures
si basses, leurs cellules ont du s'adapter. Chaque cellule vivante
est entourée d'une membrane semi-perméable constituée
principalement d'une bicouche de phospholipides.
Chaque phospholipide est composé de deux chaînes
hydrophobes d'atomes de carbone appelées acides gras pointant
vers le centre de la membrane. Pour fonctionner convenablement,
le phospholipide de la membrane a besoin de pouvoir se mouvoir
dans le plan de la membrane: celle-ci doit donc être assez
fluide pour permettre aux petites molécules comme l'oxygène
de rentrer dans la cellule et au dioxyde de carbone d'en sortir.
La membrane peut adopter différents états en fonction
de la température et de la pression. Par exemple, une membrane
de phospholipides purs forme une phase liquide-cristalline à
20°C et 1 bar de pression tandis qu'à -20°C elle
forme plutôt une phase gel. Ainsi, quand la membrane est
exposée à des températures froides, celle-ci
forme un ensemble plus rigide. L'oxygène ne peut alors
plus diffuser dans la cellule, et le gel entraîne souvent
la mort de celle-ci.
Chaque atome de carbone des acides gras d'un phospholipide a quatre
points d'attache. Généralement, deux d'entre eux
servent à adhérer aux deux atomes de carbone de
l'acide gras adjacent. Les deux autres points d'attache se lient
généralement à un atome d'hydrogène.
Cependant, il est possible que deux atomes adjacents de carbone
perdent l'un de leurs atomes d'hydrogène et établissent
une double liaison entre eux, formant des acides gras trans. On
les appelle alors acides gras insaturés (en hydrogène),
c'est à dire comprenant au moins une double liaison C=C
entre deux atomes de carbone.
Les acides gras insaturés ont tendance à rester
à l'état liquide à température ambiante.
Ainsi, en créant des doubles liaisons entre leurs atomes
de carbone, les acides gras de la membrane cytoplasmique des pattes
des oiseaux permettent à la membrane de rester liquide
même sous des températures froides, et ainsi de continuer
à fonctionner normalement.
Pourquoi la plupart des oiseaux n'ont-ils pas de plumes
aux pattes?
Ceci est lié au fait que le métabolisme de l'oiseau
est élevé pour fournir suffisament d'énergie
pour le vol. La chaleur supplémentaire excessive produite
doit alors être éliminée, même sous
les climats les plus froids, pour éviter une surchauffe.
Les pattes sans plumes sont le lieu où cette chaleur est
évacuée. la présence de plumes empêcherait
cette évacuation.
Sources
- BIO 554/754 - Ornithology: Avian Energy Balance & Thermoregulation:
http://people.eku.edu/ritchisong/ornitholsyl.htm
- www.ducks.org
- http://mainebirds.blogspot.com
Réagissez à cet article sur nos forums
ou par e-mail à david.bismuth@ornithomedia.com.
Vous pouvez soutenir
Ornithomedia.com