Date de mise en ligne :
25/04/08 - Soumis au Comité de Lecture
Une nouvelle découverte
confirme encore un peu plus la parenté entre les dinosaures et les oiseaux
modernes: l'analyse moléculaire d'une protéine de collagène
datant de 68 millions d'années extraite du fémur d'un fossile de
Tyrannosaure confirme que ce dinosaure avait une ascendance commune avec les poulets,
les autruches, et dans une moindre mesure, les Crocodiliens.
Les résultats de cettte étude menée par des chercheurs de
l'Harvard Medical School et du Beth Israel Deaconess Medical Center ont été
publiés en avril 2008 dans la revue Science.
Cet article
a été soumis à notre Comité de Lecture
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Abstract
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Molecular analysis, or genetic
sequencing, of a 68-million-year-old Tyrannosaurus rex protein from the dinosaur's
femur confirms that T. rex shares a common ancestry with chickens, ostriches,
and to a lesser extent, alligators.
The dinosaur protein was wrested from a fossil T. rex femur discovered
in 2003..
The new research results, published in April 2008 theweek in the journal Science,
represent the first use of molecular data to place a non-avian dinosaur in a phylogenetic
tree.
These results match predictions made from skeletal anatomy, providing the first
molecular evidence for the evolutionary relationships of a non-avian dinosaur.
Le séquençage d'une protéine de tyrannosaure confirme
la parenté entre dinosaures et oiseaux
Une preuve de
plus
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Le séquençage d'une protéine de collagène extraite
de tissu résiduel d'un fémur d'un Tyrannosaure de 68 millions d'années
a permis de démontrer la parenté de ce prédateur avec les
oiseaux
Schéma: Ornithomedia.com |
Une nouvelle étude
confirme encore un peu plus la parenté entre les dinosaures et les oiseaux
modernes: l'analyse moléculaire d'une protéine de collagène
extraite du fémur d'un fossile de Tyrannosaure (Tyrannosaurus rex)
datant de 68 millions d'années confirme que ce prédateur avait une
ascendance commune avec les poulets, les autruches, et dans une plus faible mesure,
les crocodiliens. Ce fossile avait été découvert en 2003
par le paléontologue John Horner, du Museum of the Rockies, dans un gisement
s'étalant du Wyoming au Montana.
L'étude, financée par la National Science Foundation, la Paul F.
Glenn Foundation, et le Beth Israel Deaconess Medical Center, constitue le premier
exemple de l'utilisation de données moléculaires pour situer un
dinosaure sur un arbre phylogénétique (=un schéma qui représente
les liens évolutifs entre les espèces).
Ces résultats complètent ceux issus d'analyses anatomiques et qui
relevaient les nombreux points communs entre dinosaures et oiseaux (lire Certains
coelurosaures respiraient comme les oiseaux aquatiques).
Une grande proximité avec le collagène de poulet!
Les chercheurs de l'Harvard Medical School (HMS) et du Beth Israel Deaconess Medical
Center (BIDMC), en collaboration avec des scientifiques de l'Université
de Caroline du Nord, ont extrait et ont séquencé de petits morceaux
de protéine de collagène issu de vestiges de tissu souple découvert
sur le fémur fossile.
Le séquençage d'une protéine est la détermination
de l'ordre dans lequel se trouvent les acides aminés, qui constituent les
"maillons" de base des protéines.
Le collagène est une protéine constituant une substance intercellulaire
du tissu conjonctif (tissu constitué par une substance fondamentale contenant
des cellules et des fibres qui joue le role de remplissage, de soutien et de protection).
Les séquences d'acides aminés des sept fragments isolés étaient
très proches de celles du collagène des poulets actuels, constituant
ainsi une preuve supplémentaire de la proximité évolutive
des oiseaux et des dinosaures.
Pour John Asara, spécialiste en spectrométrie de masse au BIDMC,
qui a séquencé la protéine de Tyrannosaure, on peut donc
désormais affirmer que les dinosaures sont apparentés aux oiseaux
car leurs séquences protéiques sont proches, même si ce lien
n'ait été établi qu'à partir de 89 acides aminés
de T. rex. Il précise: "nous n'avons pas obtenu assez de séquences
pour l'affirmer de façon définitive, mais les séquences dont
nous disposons confortent cette idée".
Les travaux précédents
de Marie Schweitzer
Marie Schweitzer et ses collègues
de l'Université de Caroline du Nord avaient annoncé en 2005 avoir
trouvé des vestiges de tissu dans le fémur fossilisé du Tyrannosaure
trouvé en 2003.
Ces chercheurs avaient en outre découvert que des extraits d'os de T.
rex réagissaient avec des anticorps de collagène de poulets,
suggérant la présence de protéines apparentées à
celles des oiseaux dans les os des dinosaures.
Marie Ssweitzer précise: "on a cru pendant des siècles que
le processus de fossilisation détruisait le matériel génétique,
donc personne n'examinait les os très anciens".
Mais cela pourrait changer selon Lewis Cantley, professeur de systèmes
biologique à l'HMS: "fondamentalement, les résultats publiés
en avril 2008 constituent la preuve qu'il est possible d'obtenir des séquences
à partir de protéines de plus d'un million d'années.
Lewis Cantley fait remarquer que désormais les paléontologues devront
immédiatement envelopper les fossiles découverts pour limiter les
contaminations et assurer la meilleure conservation possible.
Le rôle de John Asara
Après avoir lu dans le New York Times les travaux de Marie Schweitzer,
Lewis Cantley a contacté John Asara qui avait déjà séquencé
en 2002 des fragments de collagène âgés de 100 000 à
300 000 ans. Lewis avait développé de son côté des
techniques de spectrométrie de masse capables de séquencer d'infimes
quantités de protéines dans des tumeurs humaines.
La méthode de séquençage
Tout d'abord, John Asara
devait rassembler suffisamment de protéines pour pouvoir les séquencer.
L'extrait de fémur de Tyrannosaure a été transmis par Marie
Schweitzer sous forme d'une poudre brune débarrassée de tout contaminant.
Asara a purifié la protéine présente, l'a identifié
comme étant du collagène, et, avec une enzyme (la trypsine), il
l'a découpé en fragments (ou peptides) constitués de 10 à
20 acides aminés. Les peptides ont été analysés par
la technique de la chromatographie en phase liquide grâce à laquelle
ils ont été séparés.
La chromatographie en phase liquide (CPL)
La chromatographie en phase liquide (CPL) ou Liquid chromatography (LC) est une
technique d'analyse quantitative, qualitative et séparative.
Ce type de chromatographie repose sur la séparation de composés
dans un liquide (phase mobile) qui progresse dans un tube (colonne) contenant
un matériau appelé phase stationnaire, ou sur une surface contenant
cette phase stationnaire. La séparation s'opère suivant les interactions
chimiques ou physiques des molécules avec la phase mobile ainsi qu'avec
la phase stationnaire.
La spectrométrie de masse
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Spectre de masse d'une protéine de collagène de T. rex, permettant
de déterminer les séquences en acides aminés
Source: HMS/BIDMC |
La spectrométrie
de masse est une technique d'analyse chimique permettant de détecter et
d'identifier des molécules par mesure de leur masse mono-isotopique. En
outre, elle permet de caractériser la structure chimique des molécules
en les fragmentant.
Son principe réside dans la séparation en phase gazeuse de molécules
chargées (ions) en fonction de leur rapport masse/charge (m/z).
Le résultat obtenu est un spectre de masse représentant les rapports
m/z des ions détectés selon l'axe des abscisses et l'abondance relative
de ces ions selon l'axe de ordonnées.
Les peptides de collagène de Tyrannosaure séparés par chromatographie
en phase liquide ont ensuite été vaporisés à un débit
extrêmement faible (pour une sensibilité optimale) dans un spectromètre
de masse. John Asara a utilisé un appareil équipé d'un piège
à ions qui capture et retient les peptides au fur et à mesure. Les
masses des peptides ont d'abord été calculées, puis les peptides
ont été isolés et fragmentés pour déterminer
leur séquence en acides aminés. En utilisant cette technique à
deux étapes, dite "en tandem" (MS/MS), Asara a identifié
sept chaînes distinctes d'acides aminés.
Interpréter les séquences d'acides aminés
John Asara devait ensuite interpréter les séquences d'acides aminés
isolées. Normalement, quand une séquence sort d'un spectromètre
de masse, elle est comparée à une base de données de séquences
d'acides aminés existantes. Le collagène étant une protéine
extrêmement stable, il était très probable que certaines des
séquences de peptides de Tyrannosaure soient similaires à celles
d'espèces existantes. Sur les sept peptides trouvés de T. rex,
cinq appartenaient à une classe particulière de collagène,
l'Alpha I. La majorité de ces séquences étaient identiques
à celles du poulet, tandis que les autres correspondaient à celles
du triton et de la grenouille.
Pour les espèces éteintes, le vrai objectif est de découvrir
les séquences d'acides aminés propres à cet organisme. John
Asara avait déterminé une série de séquences théoriques
de collagène de T. rex. Mais sans surprise, aucune des sept séquences
ne correspondait à la série théorique.
Mais le chercheur estime qu'avec l'amélioration des techniques d'extraction
et la sensibilité accrue des instruments, il sera possible d'obtenir des
séquences plus longues qui permettront de déterminer plus précisément
les liens entre les espèces disparues et les espèces actuelles.
Sources
- Beth Israel Deaconess Medical Center : www.bidmc.harvard.edu
- National Science Foundation: www.nsf.gov
- Wikipédia
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