Le rôle des glaciations
La réserve botanique de Silkosia
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Vue de la réserve botanique de Silkosia et de ses beaux peuplements de
Hêtres orientaux, avec en sous-bois des Rhodododendrons pontiques
Photo: Ornithomedia.com |
Le Pic à dos blanc
(sous-espèce lilfordi) est rare et local en Bulgarie, et il est
présent dans les vieilles forêts de hêtres de certains massifs
montagneux (Massif du Balkan Central, Monts Strandja, Monts Rhodope). Le massif
du Balkan Central accueille la plus grande population de l'espèce dans
le pays.
La réserve botanique de Silkosia, dans les Monts Strandja, est un bon spot
pour chercher l'espèce.
La réserve botanique de Silkosia (396 ha), la plus ancienne de Bulgarie,
est située dans les Monts Strandzha (Strandja), entre les villages de Balgari
et de Kosti, non loin de la frontière turque. Elle fait partie du parc
naturel de Strandja (116 000 ha), la plus grande zone protégée de
Bulgarie.
La réserve botanique présente une flore très variée
et très originale pour la Bulgarie, grâce à son climat chaud
et humide en été et aux influences orientales (du Caucase, de la
côte d'Asie Mineure de la Mer Noire) marquées. On y trouve en effet
des plantes typiques que l'on retrouve plus à l'Est, comme le Rhododendron
pontique (Rhododendron ponticum), mais aussi Daphne pontica, Ilex
colchica, Laurocerasus officinalis...
Le Hêtre oriental (Fagus orientalis) occupe les zones les plus élevées
et les plus humides, tandis que des chênes poussent dans les zones mieux
exposées.
Chercher le Pic à dos blanc dans la réserve de Silkosia
Carte de la réserve botanique de Silkosia, dans les Monts Strandja: en
rouge, la route forestière qui permet de rechercher le Pic à dos
blanc
Carte: Ornithomedia.com |
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Pour accéder à
la réserve botanique de Silkosia depuis la côte (Burgas), il faut
suivre la E 87 vers la frontière turque. Peu avant Gramatikovo, au niveau
du village de Balgari, il faut prendre la route forestière qui rejoint
Kosti: vous traversez alors la réserve forestière (panneau à
l'entrée).
Lors de notre recherche du Pic à dos blanc en février 2008, nous
avons noté que celui-ci affectionnait particulièrement les secteurs
où les Rhododendrons pontiques étaient plus abondants, cet arbuste
étant un indice d'une humidité supérieure à la moyenne.
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La route forestière qui traverse la réserve botanique de Silkosia,
et qui permet de chercher "confortablement" le Pic à dos blanc
(Dendrocopos leucotos lilfordi)
Photo: Ornithomedia.com |
Pour rechercher le Pic à
dos blanc, il vous suffit d'emprunter la seule route qui traverse la réserve,
et de s'arrêter dans les plus beaux secteurs de hêtraies, en particulier
là où le sous-bois est riche en rhododendrons.
Nous en avons repéré un après environ 30 min.
La fin de l'hiver (de février à avril) est la meilleure période.
Le pic en effet commence à tambouriner et à appeler dès février.
Le pic d'activité est le mois de mars. Au cours de la journée, le
maximum d'activité se constate deux heures après le lever du soleil.
Dans l'après-midi, l'activité acoustique est très faible.
Le reste de l'année, l'espèce est très discrète.
Attention, la secteur peut encore être enneigé en février
(c'était le cas en février 2008). L'espèce est rare (2-3
couples dans la réserve), mais les conditions d'observation sont bonnes.
Il n'est pas nécessaire de marcher dans le sous-bois pour le chercher:
restez sur la route, marchez doucement, et observez sur les versants en contrebas.
Le rôle des glaciations
Carte 1- Répartition de la végétation en Europe au cours
de la dernière glaciation (Pléistocène) en Europe. Les forêts
de feuillus (hêtres notamment) occupaient alors tout le Sud de l'Europe,
et le Pic à dos blanc, venu de Sibérie via le Caucase (flèches
jaunes), a alors pu atteindre les Balkans, l'Italie et les Pyrénées,
évoluant progressivement vers la sous-espèce lilfordi
Limite rouge: aire de répartition optimale possible du Pic à dos
blanc à cette période
Carte: Ornithomedia.com |
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Le Pic à dos blanc
est une relique glaciaire, à savoir une espèce d'origine nordique
amenée par les glaciations dans des régions plus méridionales,
et qui a trouvé refuge lors des phases de réchauffement dans des
milieux froids ou humides (montagnes,
).
En effet, les cycles climatiques, composés de périodes glaciaires
et interglaciaires, ont un grand impact sur la distribution et l'évolution
des espèces.
Au plus fort de la dernière glaciation, lors du Pleistocène supérieur,
il y a environ 20 000 ans, les glaciers recouvraient les îles britanniques,
le nord de l'Europe jusqu'au Danemark, et les Alpes étaient couvertes de
glaces. De nombreuses espèces, qui ont vu leur habitat être repoussé
vers le Sud ou fortement régresser ont pu survivre dans des zones "refuges",
où les conditions écologiques leur restaient favorables. A partir
de ces points de peuplement, ils ont pu (parfois), à la fin de la dernière
glaciation (il y a 10 000 ans), reconquérir des territoires anciennement
occupés.
C'est le cas du Pic à dos blanc: cette espèce a une aire de répartition
essentiellement asiatique, et l'origine de l'espèce s'y trouve certainement,
en Sibérie centrale ou orientale.
On estimait autrefois que la colonisation postglaciaire de l'Europe par ces espèces
orientales s'était uniquement faite à partir de ces refuges d'Asie
orientale. Mais dans le cas du Pic à dos blanc (et de d'autres espèces
du genre Dendrocopos), l'espèce était déjà
sûrement présente lors de la glaciation dans le sud de l'Europe,
où de vastes forêts s'étendaient alors. Le Caucase a pu servir
de centre de dispersion idéalement situé entre la Sibérie
et l'Europe (carte 1). Les populations qui ont atteint l'Europe ont pu commencer
à diverger lentement de celles présentes en Sibérie. Ce processus
donnera naissance à la sous-espèce lilfordi.
On a découvert par ailleurs des ossements de cette espèce datant
de la dernière glaciation du Pléistocène dans la grotte du
Lazaret à Nice, dans les Alpes-Maritimes (MOURER-CHAUVIRE, 1975), ce qui
prouve que des forêts favorables s'étendaient sur de vastes zones.
Répartition de la végétation en Europe après la dernière
glaciation en Europe: c'est la situation contemporaine, avant l'intervention humaine.
Les forêts de hêtres du Sud de l'Europe se sont retrouvées
isolées dans un environnement méditerranéen sec et chaud,
et l'aire du Pic à dos blanc dans le Sud de l'Europe d'avant la glaciation
s'est fragmentée. Les populations nordiques (sous-espèce leucotos)
sont elles revenues dans le Nord et l'Est de l'Europe à partir de la Sibérie.
Limite rouge: aire de répartition optimale possible du Pic à dos
blanc à cette période
Carte: Ornithomedia.com |
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Avec le réchauffement
et l'assèchement climatique postglaciaire, ainsi que du fait des activités
humaines croissantes en Europe dans les plaines (déboisement), le Pic à
dos blanc s'est retrouvé "coincé" dans le Sud de l'Europe
dans des refuges isolés. Ces populations vestiges, séparées
des unes des autres, n'ont pas eu assez de temps pour diverger les unes des autres,
et toutes ont encore les caractéristiques de la sous-espèce lilfordi.
Les populations nordiques (D. l. leucotos), qui ont conservé une
connexion plus ou moins continue avec les oiseaux sibériens, sont revenus
en Europe à partir de la Sibérie centrale. On estime que la pénétration
de D. l. leucotos en Scandinavie a eu lieu après la fonte de la
calotte scandinave (7000 ans avant Jésus-Christ).
A lire
- Notre article A
quoi ressemblent nos oiseaux communs au Japon, où nous mettons aussi
en avant le rôle des glaciations dans la répartition actuelle du
Bouvreuil pivoine
- Notre article
sur le Parc National des Abruzzes (où niche le pic à dos blanc):
- Notre article Où
voir le Pic à dos blanc dans les Pyrénées ?
A visiter
- woodpeckersofeurope.info
- woodpeckersofeurope.blogspot.com
Partir en Bulgarie
Pour partir observer le Pic à dos blanc en Bulgarie et bien d'autres espèces,
nous vous conseillons la compagnie locale Branta-Tours (www.branta-tours.com):
une partie des recettes est consacrée à des actions de protection.
Bibliographie
- Allan Carlson, Territory Quality and Feather Growth in the White-Backed Woodpecker
Dendrocopos leucotos, Journal of Avian Biology, Vol. 29, No. 2 (Jun., 1998),
pp. 205-207
- Grangé, J.-L., J.-C. Auria, C. André & P. Navarre - Biologie
de reproduction du Pic à dos blanc Dendrocopos leucotos lilfordi dans les
Pyrénées occidentales (France)
- Thomas Schmitt, Molecular biogeography of Europe: Pleistocene cycles and postglacial
trends
- Forest Management Considerations for Conservation of Black Woodpecker Dryocopus
martius and White-backed Woodpecker Dendrocopos leucotos Populations
in Quinto Real (Spanish Western Pyrenees), Revue Biodiversity and Conservation
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