Date de mise en ligne :
01/04/08 - Soumis au Comité de Lecture
| Situation
de la réserve botanique de Silkosia en Bulgarie |
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Au cours d'un séjour
en Bulgarie en février 2008 organisé par la société
Branta
Tours, nous avons eu la possibilité d'effectuer une visite de la réserve
botanique de Silkosia, située dans les Monts Strandzha (Strandja), non
loin de la frontière turque.
La "spécialité ornithologique" de ce spot unique, recouvert
de Hêtres orientaux et au sous-bois à Rhododendrons pontiques est
le Pic à dos blanc (Dendrocopos leucotos), de la sous-espèce
lilfordi.
Mais comment cette espèce, plus répandue dans les forêts de
feuillus du Nord-est de l'Europe et de Sibérie centrale jusqu'au Japon,
a-t-elle pu arriver dans différents massifs montagneux isolés du
sud de l'Europe, des Pyrénées au Caucase, en passant par les Monts
Strandja, où elle a évolué séparément?
Après une présentation de l'espèce et de ses exigences écologiques,
nous retracerons l'influence des glaciations sur la répartition du Pic
à dos blanc, une espèce que l'on peut qualifier de "relique
glaciaire".
Nous remercions Pavel Simeonov et Bernard Tilly de nous avoir transmis leurs photos.
Cet article
a été soumis à notre Comité de Lecture
virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous contacter.
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Abstract
Silkosia reserve is situated
in the Strandja Mountains, southern Bulgaria, between the villages of Balgari
and Kosti. It protects Eastern Beech (Fagus orientalis) forests which hold
a shrub floor of Rhododendron ponticum, Daphne pontica, Ilex
colchica, Laurocerasus officinalis, typical from the Caucasus, Colchis
and the Asia Minor Black Sea coast areas.
These humid forests are inhabited by the rare White-backed Woodpecker (Dendrocopos
leucotis lilfordi), that we watched during a birding trip in February 2008
organized by the local company Branta tours.
But how does this species, typical from boreal forests of North-eastern Europe,
Russia, Central Siberia, China, Korea and Japan, have reached the isolated beech
forests of Strandja?
After a presentation of the species and his ecology, we show how glacial and interglacial
periods can explain the present distribution of this relict bird.
Le Pic à
dos blanc: présentation et écologie
Présentation
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Pic
à dos blanc (Dendrocopos leucotos lilfordi) femelle, réserve
botanique de Silkosia, Monts Strandja (Bulgarie)
Photo: Pavel Simeonov / Branta Tours |
Longueur : 25-28 cm.
Le Pic à dos blanc est le plus grand des pics européens au plumage
noir et blanc. Il ressemble superficiellement au Pic épeiche (Dendrocopos
major), mais des barres blanches remplacent les taches et les points blancs
sur les ailes, rappelant ainsi un Pic épeichette (Dendrocopos minor)
"géant".
Le bas du dos est blanc (rayé de noir chez la sous-espèce lilfordi).
Son bec est plus long que celui du Pic épeiche.
Le mâle à une couronne rouge, la femelle a une calotte noire. La
longueur du bec est différente entre les deux sexes, mais ce critère
est peu visible sur le terrain. Chez certains mâles; le rose des couvertures
sous-caudales et du bas du ventre atteint le bas de la poitrine.
Les juvéniles sont plus ternes que les adultes, les parties blanches sont
plus sales. Les rayures des parties inférieures sont plus diffuses. La
couronne est rouge.
10 sous-espèces
Répartition
du Pic à dos blanc en Europe: en jaune, la sous-espèce nominale
leucotos, en orange, la sous-espèce lilfordi
Carte: Ornithomedia.com |
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Le pic à dos blanc
est réparti de l'Europe au Japon en passant par le Caucase, la Sibérie
centrale et orientale, le Kamchatka, la Chine et la péninsule coréenne.
Il y a dix sous-espèces (J. del Hoyo et al (2002) dans "Handbook of
the Birds of the World", Vol. 7) réparties sur cette vaste surface,
dont deux sont présentes en Europe: la sous-espèce nominale leucotos,
et la sous-espèce lilfordi, dispersée dans certains massifs
montagneux du sud de l'Europe (Pyrénées occidentales, center et
sud de l'Italie, Balkans, Monts Strandja, Turquie et Caucase).
En Europe, jusqu'au moyen-Age, l'espèce était probablement répandue
dans toutes les vielles forêts de hêtres jusqu'aux îles britanniques,
mais l'espèce est aujourd'hui très rare et locale, suite aux déboisements
et à une gestion forestière inadaptée.
La sous-espèce lilfordi
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Pic
à dos blanc (Dendrocopos leucotos lilfordi) femelle, réserve
botanique de Silkosia, Monts Strandja (Bulgarie)
Photo: Bernard Tilly |
Il existe un certain nombre
de différences(plumage, voix, longueur du bec et des ailes, habitat et
distribution) entre la sous-espèce nominale leucotos et la sous-espèce
lilfordi, parfois considérée par certains auteurs comme une
espèce à part entière (Pic de Lilford).
D. l. lilfordi est légèrement plus grande que la sous-espèce
nominale nordique, et curieusement elle ne respecte pas la règle de Bergmann;
cette règle stipule que les individus d'une espèce particulière,
dans les climats froids, tendent à avoir une masse corporelle plus importante
que ceux qui sont natifs d'une contrée plus chaude. Cette règle
empirique s'explique par le fait que les plus grands animaux ont un ratio entre
la surface et le volume du corps plus petit et donc irradient moins de chaleur
corporelle.
D. l. lilfordi est globalement plus sombre que D. l. leucotos et
plus fortement striée de noir, avec des rayures noires sur les flancs,
la poitrine et le ventre. Outre ces rayures verticales, on note aussi quelques
barres d'horizontale sur les flancs, absentes chez la sous-espèce nominale.
La zone ventrale rose s'étend plus haut que chez leucotos, atteignant
souvent le bas de la poitrine. Le dessous est blanchâtre crème à
jaunâtre, souvent assez sombre (plus sombre et plus marquée que chez
leucotos).
Le front, les lores, les joues et la gorge sont aussi plus jaunes. Le trait post-auriculaire
et le trait malaire sont plus larges et ils se joignent pour former un large T.
Les dessins de la tête peuvent varier légèrement d'un oiseau
à l'autre, mais chez tous, le trait post-auriculaire traverse la zone auriculaire
et s'approche ou parfois touche la zone noire de la nuque. Chez leucotos,
ce n'est jamais le cas et on note un espace blanc net.
Les ailes ont des barres blanches plus étroites que chez la sous-espèce
nominale. Mais surtout, chez lilfordi, le bas du dos n'est pas blanc pur,
il est barré de noir: ce n'est donc pas vraiment un Pic "à
dos blanc". Le croupion est noir.
Le tambourinage est très grave. les cris comprennent un "kiuk!"
doux et un "kweek!" plus long.
Ecologie
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Habitat du Pic à dos blanc (Dendrocopos leucotos lilfordi) dans
la réserve botanique de Silkosia, Monts Strandja (Bulgarie), février
2008
Photo: Ornithomedia.com |
Le Pic à dos blanc
affectionne les vieilles forêts de feuillus riches en arbres morts, et il
est très sensible à une gestion forestière inadaptée
(arbres morts éliminés, plantation de jeunes arbres,...). Pendant
la saison de nidification, il creuse un trou d'environ 7 cm de large et de 30
cm de profondeur dans un tronc pourrissant. Une étude de la biologie de
reproduction du Pic à dos blanc dans les Pyrénées occidentales
qui a porté sur 43 nids a permis de définir les paramètres
reproducteurs de l'espèce: l'arbre de nid est un Hêtre Fagus sylvatica
dans 97% des cas, avec une hauteur moyenne de 19,6 m pour un diamètre de
42 cm. La phénologie de reproduction se caractérise par une précocité
remarquable, avec dépôt des pontes le 21 avril en moyenne et un envol
le 29 mai, à mettre en relation avec le régime alimentaire à
forte composant de larves d'insectes xylophages. La durée totale du cycle
reproducteur est de 38-40 jours (Grangé, J.-L., J.-C. Auria, C. André
& P. Navarre ).
Le Pic à dos blanc se reproduit deux semaines avant les autres espèces
de pics dans le même milieu (HBW).
La femelle pond de cinq à huit ufs, et les couve de 10 à 11
jours. Le Pic à dos blanc se nourrit principalement d'insectes xylophages,
mais aussi d'autres insectes, de graines et de fruits.
Statut
Le Pic à dos blanc est l'un des pics les plus rares d'Europe, et ses populations
ont fortement décliné depuis un siècle. Mais à l'échelle
mondiale, il n'est pas menacé, et c'est même l'espèce de pic
la plus commune dans certaines
régions de Sibérie.
Les modifications dans la gestion des forêts sont à l'origine de
ce déclin européen. Dans une étude menée en Italie
centrale dans des forêts de hêtres (Fagus sylvatica) par M.
Meletti et V. Penteriani, il a été démontré que la
densité en Pics à dos blanc était fortement corrélée
avec la maturité des arbres. La gestion forestière doit donc augmenter
la rotation des coupes, préserver des arbres morts, favoriser peut-être
la mort de certains arbres, limiter les plantations de conifères et limiter
une trop grande fragmentation des territoires mâtures.
Une étude menée sur 3000 ha de forêts de hêtres du Quinto
Real en Navarre (Espagne) et publiée en 2006 dans la revue Revue Biodiversity
and Conservation a montré également que la présence régulière
de vieux arbres, une surface minimum de portions de forêts mâtures
et une nombre minimum de tronc morts étaient nécessaires.
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