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Birds of New Guinea
de Bruce M. Beehler (Auteur), Dale A. Zimmerman (Auteur), Thane K. Pratt (Auteur)

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  Les paradisiers

Date de mise en ligne : 30/11/07 - Soumis au Comité de Lecture

Paradisier royal (Cicinnurus regius)
Paradisier royal (Cicinnurus regius)
Photo: Tamás Zalai
Les oiseaux de paradis font partie de la famille des Paradisaeidés et de l'ordre des Passeriformes. Ils sont distribués principalement en Nouvelle-Guinée et sur certaines îles proches, dans l'archipel des Moluques (Indonésie), et au nord et à l'est de l'Australie.
La famille comprend 43 espèces, dont 38 sont présentes en Nouvelle-Guinée, et elle est divisée en une dizaine de genres: Paradisaea, Lophorina, Parotia, Cicinnurus, …
Leur taille est variable, allant de 15 cm pour le Paradisier royal (Cicinnurus regius) à 110 cm pour le Paradisier fastueux (Epimachus fastuosus).
Cette famille est l'une des plus fascinantes du monde, et les mâles de plusieurs espèces sont connus pour leur spectaculaire plumage et leur parade nuptiale élaborée, combinant parfois poses, danses et chants. Et pourtant, les paradisiers sont apparentés aux Corvidés!
Dans cet article, nous allons essayer de mieux vous faire découvrir ces oiseaux, en abordant leur évolution, leur répartition, leur régime alimentaire, leur habitat, et surtout leur comportement nuptial si complexe. Nous nous attarderons en particulier sur les parades de trois espèces.
Nous remercions Chris Lodge (www.birdingart.com), Tamás Zalai, Ian Merrill et Charles Davies pour nous avoir permis d'utiliser leurs photos.


Cet article a été soumis à notre Comité de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous contacter.


Abstract

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The birds of paradise are members of the family Paradisaeidae which probably evolved on the island of New Guinea. The family is comprised of 43 species, 38 of which are found mainly or entirely on New Guinea. Two species are found only in the Moluccan Islands to the west of New Guinea, and four others are found mainly or entirely in northeastern Australia.
Included within the family are such birds as astrapias, manucodes, paradisaeas, parotias, riflebirds, and sicklebills.
The members of this family are perhaps best known for the plumage of the males of most species, and their elaborate mating rituals. Some genus such as Paradisaea have a lek-type mating system, while others, such as Cicinnurus and Parotia, have highly ritualized mating dances. Males are polygamous in the sexually dimorphic species. Hybridization is frequent in these birds.
In this article, we propose you a presentation of this family, describing their evolution, feeding habits, distribution, habitat and their mating rituals; we will focus on the courtship behaviour of three species: Superb Bird-of-Paradise Lophorina superba, Greater Birds of Paradise Paradisaea apoda apoda and Carola's Parotia bird-of-paradise Parotia carolae.



Répartition et évolution

Quelques définitions

- Un taxon (au pluriel, des taxa) est une unité taxinomique ayant des caractères communs qui la différencient d'autres unités comparables.
- La taxonomie (ou taxinomie) est la science qui étudie la classification des êtres vivants et fossiles.
- En taxonomie, un clade (en grec clados = branche) est une partie d'un cladogramme: c'est une branche contenant un ancêtre et tous ses descendants. Un cladogramme est un "arbre" illustrant les liens de parenté.
- Un taxon peut correspondre à un clade, c'est alors un taxon monophylétique (ancêtre commun).
- La vicariance: on dit d'un taxon qu'il est le vicariant d'un autre lorsqu'on le trouve dans un habitat naturel similaire mais séparé géographiquement, et qu'il occupe un rôle écologique similaire.
- Une analyse phylogénétique examine les petites différences des gènes de séquences d'ADN (par exemple mitochondrial), en utilisant des méthodes calculatoires pour établir la distance génétique (= degré de parenté) entre les souches analysées.
- Une mitochondrie est un élément contenu dans une cellule et qui produit son énergie.
- Un orogène est un type de chaîne de montagnes résultant du rapprochement de deux masses continentales issu du mouvement des plaques terrestres, dans lequel les structures des roches apparaissent plissées.
- Un craton est un élément ancien de la croûte continentale terrestre qui a "survécu" à la fusion et à la séparation des continents et des supercontinents.
- Un terrane est le résultat d'une accrétion (constitution) de roches suite au phénomène de subduction (processus d'enfoncement) d'une plaque tectonique sous une autre.

Répartition

Figure 1- Répartition (en rouge) de la famille des Paradisaeidés
Carte: Ornithomedia.com
Répartition de la famille des Paradisaeidés
La famille des Paradisaeidés est typique de la zone australienne, limitée à l'ouest par la fameuse ligne de Wallace (figure 1).
Cette ligne est une frontière invisible imaginée par Alfred Russel Wallace, un naturaliste du 19ème siècle qui a pu constater au cours de différentes expéditions dans la région de grandes différences dans la composition de la faune entre des terres parfois très proches.
La famille comprend 43 espèces, dont 38 sont présentes en Nouvelle-Guinée.
Les autres espèces sont distribuées sur certaines îles proches du Détroit de Torrès au sud, dans l'archipel des Moluques (Indonésie), et au nord et à l'est de l'Australie.


L'influence de la tectonique sur l'évolution des paradisiers

Figure 2- La Nouvelle-Guinée est située à la rencontre des plaques Australienne et Pacifique, la première plongeant sous la seconde, formant un orogène (une chaîne de montagnes) au centre de l'île.
Ces mouvements tectoniques auraient entraîné la fragmentation des aires de répartition des paradisiers, certaines espèces proches (comme Astrapia nigra et A. rothschildi)
se retrouvant séparées par 1500 km, entre le Voglekop (1) et la péninsule Huon (2)
En vert sombre, zone centrale de collision (corerspondant +/- à l'orogène), et en vert clair, zones d'accrétion (terranes)
Carte: Ornithomedia.com
Mouvements tectoniques et évolution des paradisiers
Les paradisiers sont des oiseaux forestiers sédentaires vivant dans de petits territoires et sont peu sensibles au dérangement.
Ils ont subi, comme d'autres familles d'oiseaux, l'activité tectonique intense (soulèvements et abaissements de terrain) qui a touché la Nouvelle-Guinée depuis des millions d'années.
Ces mouvements de la croûte terrestre ont entraîné un morcellement et une juxtaposition des aires de répartition des différentes espèces, et ont déterminé la répartition altitudinale des taxa (y compris les "anomalies" altitudinales).
En Nouvelle-Guinée, de vastes secteurs ont été recouverts par des champs de lave au cours des différents épisodes volcaniques, mais les communautés aviaires existantes, y compris endémiques, on pu se maintenir en colonisant constamment de nouvelles zones d'accrétion (figure 2).
Ainsi, des espèces "primitives" ont pu coloniser des terrains récents. Au moins cinq, probablement six des quinze genres de la famille des paradisiers vivent dans la mangrove.
Les ancêtres des paradisiers et d'autres familles de Nouvelle-Guinée, comme les Ptilonorhynchidés, vivaient probablement dans la mangrove, la forêt côtière et l'arrière-pays côtier et ils ont été poussés vers l'Australie suite à des transgressions marines (cas des Ptilonorhynchidés) et ont atteint les hautes-terres de Nouvelle-Guinée pendant l'orogenèse du Tertiaire (Ptilonorhynchidés et paradisiers).
La famille des paradisiers a évolué originellement dans l'orogène de Nouvelle-Guinée, se répandant ensuite au nord des Moluques et dans plusieurs îles de la Milne Bay. Mais on constate des anomalies étonnantes (discontinuité, absences) dans l'aire de répartition de certaines espèces.
Ainsi, les genres Pteridophora et Loboparadisaea sont absents des péninsules du Vogelkop, Huon et Papuan, des terranes situées au nord et à l'est de la Nouvelle-Guinée (figure 2).
En outre, des taxas très proches des genres Astrapia, Parotia et Paradisaea sont présents dans deux secteurs très éloignés (de 1500 km), le Vogelkop et la péninsule Huon: c'est le cas d'Astrapia nigra (Vogelkop) et d'A. rothschildi (Huon), de Parotia sefilata (Vogelkop) et de P. wahnesi (Huon), et de Paradisaea rubra (Western Papuan Islands près du Vogelkop) et P. guilielmi (Huon) (figure 2).
Les modèles classiques de dispersion biogéographique (par "sauts" notamment) des espèces en Nouvelle-Guinée ne peuvent expliquer cette situation. Par contre, un modèle d'expansion des terres émergées résultant de l'activité tectonique en Nouvelle-Guinée fournit des scénarios plausibles.
Les paradisiers étant des oiseaux forestiers sédentaires aux aires de répartition de faible surface et tolérantes aux perturbations, il est donc probable que leurs populations aient connu les mouvements géologiques latéraux et verticaux qui ont affecté différentes régions de Nouvelle-Guinée et qui ont conduit à la fragmentation et la juxtaposition actuelle des aires des espèces et aux anomalies altitudinales de répartition.
Le modèle tectonique expliquerait également de nombreux aspects de la distribution des Paradiseidés sur les hautes-terres de Nouvelle-Guinée ainsi que les trous dans la répartition du genre Artamus entre Sulawesi et l'Archipel de Bismarck.

Un corbeau comme ancêtre?

Paradisier républicain (Cicinnurus respublica)
Il est difficile d'imaginer que des oiseaux aussi colorés que le Paradisier républicain (Cicinnurus respublica) aient pour ancêtre un Corvidé!
Photo: Charles Davies
La plupart des paradisiers sont endémiques des forêts de Nouvelle-Guinée, et sont sédentaires.
Les jardiniers (famille des Ptilonorhynchidés) sont principalement présents en Nouvelle-Guinée, mais sont plus communs en Australie. Les deux familles sont souvent considérées comme voisines, mais des études récentes ont révélé que les Paradisaeidés étaient plus proches des Corvidés, une famille peu représentée en Nouvelle-Guinée et en Australie.
Ceci indique la vicariance d'un ancêtre mondial, et non pas une colonisation de la Nouvelle-Guinée. Les autres familles de la super-famille des Corvidés incluent les Ptilonorhynchidés (Nouvelle-Guinée et Australie), les Campephagidés (de l'Afrique à la Nouvelle-Guinée et aux Fidji), et les Cracticidés (Australie et Nouvelle-Guinée).
Les niveaux de diversité biologique des Paradisaeidés et des Ptilonorhynchidés ont été évalués en comptant le nombre d'espèces observées dans les carrés définis par la latitude et la longitude. Le nombre d'espèces est aussi élevé dans le carré comprenant le secteur de Mendi que dans celui comprenant le Mont Hagen, la Vallée de Wahgi et celle de Jimi.
Le nombre d'espèces de jardiniers est plus important dans le deuxième secteur, situé sur l'une des principales frontières tectoniques de Nouvelle-Guinée, l'ancienne marge du craton australien (figure 2), qui se caractérise géologiquement par ses terranes juxtaposés composés d'un complexe d'ophiolites. Il comprend aussi les pentes de l'ouest du Mont Wilhelm, l'une des plus hautes montagnes de l'orogène de Nouvelle-Guinée.
Les Paradisaeidés ont des centres secondaires de diversité dans la partie méridionale de l'orogène de Nouvelle-Guinée (au sud de l'ancienne marge du craton), tandis que les centres secondaires de diversité des Ptilonorhynchidés sont répartis au nord de la marge de craton, sur des terranes ainsi que dans l'est de l'Australie.
En Nouvelle-Guinée, les deux distributions sont cohérentes avec l'interprétation géologique selon laquelle l'orogène inclut des composants méridionaux (craton) et septentrionaux (terranes). En Australie, les Paradisaeidés sont représentés par deux fois plus d'espèces par carré dans le nord de la Péninsule de York (sur le vieux craton australien) qu'en Australie orientale, tandis que les Ptilonorhynchidés sont davantage présents dans le sud du Queensland, sur les terranes de l'orogène tasmanien.

Les résultats des analyses génétiques

Des analyses génétiques peuvent permettre de mieux comprendre le processus d'évolution à l'origine de la diversité actuelle des paradisiers. Dans une étude menée en 1995 par Gary B. Nunn et Joel Cracraft de l'American Museum of Natural History, on a déterminé les séquences mitochondriales complètes de gènes du cytochrome b (intervenant dans le métabolisme de la respiration) chez 12 espèces de paradisiers appartenant à neuf genres.
Paradisier multifil  (Seleucidis melanoleuca)
Les paradisiers du genre monotypique Seleucidis, comme ce Paradisier multifil (Seleucidis melanoleuca), sont apparentés aux genres Cicinnurus, Diphyllodes, Ptilorisa et Lophorina
Photo: Tamás Zalai
L'analyse phylogenétique de ces oiseaux et de cinq séquences précédemment étudiées révèlent un éclatement des principales lignées sur une période relativement courte.
Le genre originel de la famille serait Manucodia, dont les représentants ressemblent à des corbeaux.
Le genre Parotia serait à l'origine d'autres genres, mais il ne serait pas lié à Ptiloris ni à Lophorina, dont les membres ont pourtant un aspect similaire.
Les trois clades (= groupement de plusieurs embranchements d'espèces qui ont une origine commune) majeurs sont:
1) Cicinnurus et Diphyllodes
(2) Ptilorisa et Lophorina
(3) Paradisaea.
Le genre monotypique Seleucidisis serait à priori apparenté à (1) et (2).
L'étude des séquences du cytochrome b n'a pas fourni de preuve de la monophylie des genres Epimachus et Drepanornis.

L'arbre phylogénétique des Paradisaeidés

L'arbre phylogénétique ci-dessous de la famille des paradisiers a été établi par Mikko Haaramo (site web: www.fmnh.helsinki.fi/users/haaramo) d'après Sibley & Monroe (1990):

o Paradisaeidae
   |--o Cnemophilinae ()?
      | |-- Loboparadisea sericea
            | `--o Cnemophilus
      | |-- C. macgregorii
            | `-- C. loriae `
    |--o Paradisaeinae
       |-- Macgregoria pulchra
       |-- Lycocorax pyrrhopterus
    |--o Manucodia
       | |-- M. atra
       | |-- M. chalybata
       | |-- M. jobiensis
       | |-- M. comrii
     |--o M. keraudrenii
        | |-- M. k. keraudrenii
        | |-- M. k. hunstein
i
     |--o Ptiloris
        | |-- P. paradiseus
        | |-- P. victoriae
        | |-- P. magnificus
        | |-- P. intercedens
     |-- Semioptera wallacii
     |-- Seleucidis melanoleuca
     |--o Paradigalla
        | |-- P. carunculata
        | |-- P. brevicauda
     |--o Epimachus
        | |-- E. fastuosus
        | |-- E. meyeri
        | |-- E. albertisi
        | |-- E. bruijnii
     |--o Astrapia
         | |-- A. nigra
         | |-- A. splendidissima
         | |-- A. mayeri
         | |-- A. stephaniae
         | |-- A. rothschildi
     |-- Lophorina superba

     |--o Parotia
         | |-- P. sefilata
         | |-- P. carolae
         | |-- P. lawesii
         | |-- P. helenae
         | |-- P. wahnesi
      |-- Pteridophora alberti
      |--o Cicinnurus
         | |-- C. magnificus
         | |-- C. respublica
         | |-- C. regius

      |--o Paradisaea
         |-- P. apoda
         |-- P. raggiana
         |-- P. minor
         |-- P. decora
         |-- P. rubra
         |-- P. guilielmi
         |-- P. rudolphi

  Suite de l'article
 
Répartition et évolution
Habitat et régime alimentaire
Polygamie, monogamie
La parade du Paradisier superbe
La parade du Paradisier grand-émeraude
La parade du Paradisier de Carole


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