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| Comment arrivent les oiseaux rares? | Migrations "speciales" |
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Migrations "spéciales"
Abmigration
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Un Fuligule nyroca (Athya nyroca) peut parfois être vu dans une troupe de fuligules plus communs
Photo: Hubert Pottiau |
Ce phénomène concerne deux oiseaux qui effectuent un "échange" de voies de migration car ils sont en couple avec une autre espèce ou bien avec un oiseau de la même espèce venant d'une région différente.
C'est assez fréquent chez les anatidés, par exemple chez le Fuligule nyroca (Aythya nyroca); on peut parfois voir l'un de ces beaux canards orientaux sur un lac d'Europe de l'ouest avec des milliers de Fuligules milouins (Aythya ferina).
Sur le même principe, il est possible qu'un Fuligule morillon (Aythya fuligula) européen qui s'est appareillé avec un Fuligule à bec cerclé (Aythya collaris) (une espèce américaine) en Amérique du Nord retourne avec ce dernier en Europe, son continent de naissance. Ces situations s'expliquent par l'extrême promiscuité notée dans les grandes troupes de canards en hiver.
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Le Goéland à bec cerclé (Larus delawarensis), une espèce américaine de plus en plus fréquente en Europe de l'Ouest
Photo: Alexandre Vinot |
Les laridés pourraient effectuer le même type de mouvement: c'est sûrement le cas du Goéland à bec cerclé (Larus delawarensis), une espèce américaine dont le nombre en hiver a fortement augmenté en Europe de l'Ouest depuis les années 1970 (par exemple, en France, plusieurs oiseaux fréquentent chaque hiver le Bassin d'Arcachon en Gironde). On a constaté que l'augmentation du nombre d'oiseaux en Europe était corrélée avec la croissance de la population en Amérique du Nord.
Il semble exister un véritable mouvement de cette espèce entre l'Amérique du Nord et le Nord-ouest de l'Europe; on a noté par exemple un jeune goéland bagué au Lake Champlain, dans l'État de New York, en juin 1980 puis trouvé mort en Irlande en décembre 1981, tandis que deux oiseaux bagués en Norvège ont été contrôlés dans l'autre sens, l'un au Canada et l'autre tué en migration en Islande (Grantham, 2004).
L'Islande jouerait d'ailleurs probablement le rôle de "plaque tournante" entre les deux continents. L'espèce nichera sûrement un jour en Europe de l'Ouest.
En orange (B), trajets possibles de Faucons de l'Amour (Falco amurensis) observés au printemps en migration avec des Faucons kobez au dessus du Détroit de Messine (Italie), après avoir hiverné ensemble quelque part en Afrique australe; En noir (A), route normale de migration du Faucon de l'Amour
Carte: Ornithomedia.com d'après A. Corso
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On le constate aussi pour des espèces hivernants dans les mêmes régions, expliquant par exemple les quelques Faucons de l'Amour (Falco amurenis) vus au printemps dans le Détroit de Messine au printemps, qui ont pu suivre des Faucons kobez (Falco vespertinus) en route vers leurs zones de nidification. Des Faucons de l'Amour isolés se sont sûrement laissés entraînés dans un troupe de Faucons kobez et les ont suivi vers l'Europe.
Le même phénomène peut expliquer les données de Buses de Russie/des steppes (Buteo buteo vulpinus) vues chaque printemps en Sicile, ou plus rarement à Gibraltar.
Migration inverse
En jaune, zone d'apparition possible du Pouillot de Pallas (Phylloscopus proregulus) à la fin de l'automne et en hiver dans le cadre d'une migration inverse (l'espèce hiverne normalement dans le sud de la Chine)
Carte: Ornithomedia.com d'après A. Corso
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L'arrivée d'un oiseau à des milliers de km de son aire normale ne peut pas toujours être expliquée par des conditions atmosphériques exceptionnelles. Certains oiseaux migrent délibérément dans une mauvaise direction.
La théorie de la migration inversée (Reverse Migration ou Puts out-angle Misorientation), avancée pour la première fois par Robol (1969), se caractérise par une rotation de 180° par rapport à la route normale de migration.
Un petit pourcentage d'individus ont en effet leur "compas interne" inversé (dans l'hypothèse d'une orientation magnétique), confondant le Nord et le Sud.
Plusieurs chercheurs, qui pensent que les oiseaux sont sensibles au champ magnétique grâce aux particules de magnétites présentes dans leur cerveau, estiment que ces individus pourraient avoir la polarité de ces particules inversée.
On peut alors définir une "zone d'apparition en négatif" (reverse migration shadow) située à l'opposé (à 180 °) des zones de migration et d'hivernage principales, dans laquelle des oiseaux ocacsionnels sont suceptibles d'apparaître (voir notre carte ci-dessus dans le cas du Pouillot de Pallas).
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Les Pouillots à grands sourcils (Phylloscopus inornatus) passant chaque automne par la Bretagne pourraient effectuer une migration inverse
Photo: Jean-Pierre Jordan |
Le nombre relativement important et régulier de Pouillots à grands sourcils (Phylloscopus inornatus) observés chaque automne dans le Nord-ouest de l'Europe (et notamment en France, Grande-Bretagne, Espagne) pourrait ainsi s'expliquer par le phénomène de la migration inversée, l'espèce hivernant principalement en Chine. La route vers l'Ouest suivie par une petite partie de la population ouest-sibérienne de ce pouillot pourrait avoir été découverte par un groupe d'oiseaux dont le sens d'orientation est inversé, puis transmis génétiquement à plusieurs générations, qui ont ainsi pu découvrir de nouvelles zones d'hivernage (montagnes d'Espagne, d'Afrique du Nord ?).
De nombreuses études (Thorup 1998; Ullman 1989; Van Impe & Derasse 1994; Phillips 2000) semblent confirmer cette possibilité.
Toutefois, le concept de la migration inversée, s'il est populaire, a été remis en cause par certains auteurs, comme James J. Gilroy et Alexander C. Lees
(British Birds, vol. 96, no. 9, 2003). Pour ces derniers, qui ont étudié le phénomène sur plusieurs espèces (dont le Gobemouche nain, le Pouillot à grands sourcils ou le Gobemouche à collier), le pattern d'apparition des oiseaux accidentels ne se limite pas à la zone prévue, à 180° de la route normale; il serait en fait possible de voir ces oiseaux partout en automne, car ils ne choisiraient pas de direction privilégiée, et c'est uniquement la pression d'observation (le nombre d'ornithologues) qui mettrait en avant certaines zones (par exemple l'Île d'Ouessant en Bretagne, ou les îles Scilly en Grande-Bretagne). Ce serait ainsi une dispersion automnale sur une grande échelle qui expliquerait les observations de certains oiseaux rares en automne, et ces derniers se dirigeraient ensuite vers des zones d'hivernage encore inconnues en Europe et en Afrique par exemple.
Migration miroir
Migration miroir chez la Rousserolle isabelle (Acrocephalus agricola): quelques cas d'hivernage de cette espèce ont été notés dans le sud de la Sardaigne (B), alors que la route normale de migration va vers l'Inde (A)
Carte: Ornithomedia.com d'après A. Corso
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La migration miroir, définie par DeSante (1983), concerne des oiseaux dont la route de migration est symétrique à celle qui est normale pour l'espèce; par exemple, des oiseaux migrant habituellement vers le Sud-est vont vers le Sud-ouest. Les adultes, s'ils se reproduisent, apprendront cette nouvelle route à leurs petits.
L'observation de quelques Rousserolles isabelles (Acrocephalus agricola) qui hivernent dans le sud de la Sardaigne au lieu de partir en Inde, pourrait être liée au phénomène de la migration miroir.
Migration "accidentelle" ou "erronée"
Certains trajets de migrations sont simplement des erreurs, des accidents, sans raison spécifique, liées aux variations intraspécifiques (Berthold 1984, 1995; Wiltshko 1982; Wiltshko & Wiltshko 1972): des oiseaux arrivent au mauvais endroit, mais à la bonne période.
Invasions
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Les invasions de Jaseurs boréaux (Bombycilla garrulus) sont bien connues
Photo: Cédric Denis |
De nombreuses espèces sont concernées par de vrais "exodes", poussées par le manque de nourriture (mauvaise fructification dans les aires de nidification ou d'hivernage habituelles, sécheresse, excès de naissances…).
Un exemple connu sont les vagues passées de Syrrhaptes paradoxaux (Syrrhaptes paradoxus)) notées en Europe en 1863, 1888, 1908,…
Le cas de l'afflux d'Etourneaux roselins (Sturnus roseus) dans le sud de l'Europe (dont le sud de la France) durant les étés 2001-2002 est aussi typique. Les invasions de Jaseurs boréaux (Bombycilla garrulus) suivent le même modèle, mais sont plus cycliques.
Il existe des cas plus exceptionnels, comme les arrivées de Vanneaux à queue blanche (Vanellus leucurus) dans le sud-est de l'Europe, qui seraient liées notamment à des épisodes de sécheresse dans leur aire de reproduction orientale, les forçant à coloniser de nouvelles zones (Kiss Botond & Szabò, 2000).
Les arrivées provoquées par l'homme
Certaines espèces arrivent dans des régions grâce à l'Homme: c'est par exemple le cas de l'Étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris), qui n'est pas un oiseau rare, mais qui était inconnu sur le continent américain avant que 160 oiseaux ne soient relâchés à Central Park (New York) en 1880: l'espèce s'est ensuite répandue du Maine au Mississippi, et du sud du Canada et du Michigan au Golfe du Mexique. Ne connaissant pas le continent, il a développé de nouvelles habitudes d'hivernage, découvrant de nouvelles zones de nidification. L'espèce est en outre très prolifique, pouvant élever de trois à six petits par an, et n'est pas territoriale, plusieurs couples pouvant se reproduire dans un espace réduit.
Le cas du Corbeau familier (Corvus splendens) qui à partir de l'Inde est arrivé dans plusieurs ports à travers le monde (Eilat en Israël, plusieurs villes côtières d'Afrique orientale, ...) grâce aux navires, est aussi intéressant.
Sources
- Andrea Corso, "Ucceli accidentali: perché arrivano ed a cosa servono? Un'analisi critica dell' annosa questione", Quaderni di Birdwatching, Anno V - vol. 9 (aprile 2003): www.ebnitalia.it/QB/QB009/accidentali.htm
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James J. Gilroy, Alexander C. Lees, "Vagrancy theories: are autumn vagrants really reverse migrants?", Magazine British Birds, vol. 96, no. 9, 2003
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Scarce migrant birds in Britain in 2003, British Birds, février 2006
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