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  Comment arrivent les oiseaux rares?

Date de mise en ligne : 01/10/07 - Modif: 03/10/07

L'observation d'une espèce rare est toujours un grand moment; par exemple, le souvenir du premier Pouillot à grands sourcils dans un buisson en octobre quelque part dans le Nord-ouest de l'Europe reste souvent à jamais gravé dans la mémoire de l'observateur... Mais comment un oiseau a-t-il pu se retrouver si loin de sa voie de migration habituelle, entre la Sibérie et le Sud-est de l'Asie ? De même, comment expliquer les observations en mai d'espèces désertiques dans le sud de l'Europe?
Toutes ces apparitions d'oiseaux rares ou inhabituels sont liées à plusieurs phénomènes: dispersion post-juvénile, overshooting printanier ou automnal, abmigration, migration inverse, … Dans cet article, basé sur une excellente analyse publiée en 2003 par Andre Corso dans la revue en ligne Quaderni di Birdwatching, nous vous proposons une présentation de tous ces types de mouvements.


Abstract

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The observation of a rare bird is always is a great moment; for example, the sighting of the first Yellow-browed Warbler, in a scrub in october somewhere in North-western Europe remains often forever engraved in the memory of a birder. But how a bird can be found so far from its normal migrating way from Siberia to South-eastern Asia? How can we explain the sightings of desert birds in Spring in Southern Europe?
All these sightings are related with different phenomena: post-juvénile dispersion, spring and autumnal overshooting, reverse migration, …
In this article, based on an excellent analysis written by Andrea Corso in 2003 in the online magazine Quaderni di Birdwatching, we propose you a presentation of all these movements.



Dispersions, overshooting, mouvements hivernaux

Dispersion post-juvénile

Ce phénomène concerne de nombreuses espèces. Des oiseaux en plumage juvénile ou après la première mue (avant la période normale de migration) se dispersent aléatoirement dans l'aire de nidification de l'espèce. Certains arrivent dans des secteurs au-delà des limites normales de cette aire, parfois de quelques km, parfois de centaines de km.
Une explication possible de ces mouvements "irrationnels" de la part d'oiseaux inexpérimentés serait qu'ils leur permettraient de découvrir les limites de l'aire de répartition de l'espèce et du territoire, ce qui leur sera utile plus tard lors des migrations ultérieures. Ces mouvements sont aussi l'occasion de découvrir de nouveaux territoires favorables pour l'espèce, ou de limiter la concurrence avec les adultes. Cet erratisme a été constaté chez des migrateurs, mais aussi chez des espèces sédentaires Les résultats de ces mouvements sont les observations en automne d'espèces inhabituelles ou rares (l'Ibis falcinelle dans le sud de la France, la Locustelle fluviatile dans le nord de l'Italie, l'Aigle pomarin dans l'ouest de l'Allemagne, …) en plumage juvénile ou de premier hiver.

Dispersion post-juvénile sur de grandes distances

Certains mouvements de ce type peuvent entraîner des oiseaux à des milliers de km de leur aire normale, pour différentes raisons (climatiques, physiologiques …). Un exemple bien connu en Italie est le cas d'un Traquet du désert capturé au stade juvénile en Sicile en juin 1980 puis recapturé en août à Ferrare, à 1000 km plus au nord (Lapichino & Mass 1989).
De tels déplacements peuvent expliquer les observations automnales en Italie du Sirli du Dupont (Chersophilus duponti), l'Outarde houbara (Chlamydotis undata), de la Fauvette du désert (Sylvia nana nana), …

Overshooting printanier

Overshooting du Traquet du désert (Oenanthe deserti) vers l'Italie. Flèches orange: trajets possibles d'arrivée printanière des oiseaux poussés par des vents du désert (vert: zones de nidification, bleu, zones d'hivernage)
Carte: Ornithomedia.com d'après A. Corso
Overshooting du Traquet du désert
Il n'est pas étonnant que des individus appartenant à des espèces migratrices de retour de leurs quartiers d'hivernage d'Afrique tropicale continuent leur trajet plus au au nord que la limite septentrionale de leur aire normale, souvent aidés par des vents favorables (par exemple le sirocco qui souffle du Sahara vers la Méditerranée). Mais la plupart des oiseaux réussissent à corriger le cap à temps. Les oiseaux concernés sont souvent des individus inexpérimentés, qui en sont à leur première migration de retour printanière (oiseaux de deuxième année calendaire). Ce type de mouvements explique les observations en avril-mai de Roselins githagines (Rhodopechys sanguinea) dans le sud de l'Europe (lire Réflexion sur le petit afflux de Roselins githagines en avril-mai 2005), de Traquets du désert (Oenanthe deserti) et d'Agrobates roux (Cercotrichas galactotes) en Sicile, …

Overshooting printanier sur de grandes distances

Bruant mélanocéphale (Emberiza melanocephala)
La colonisation du sud de la France par quelques couples de Bruants mélanocéphales (Emberiza melanocephala) peut s'expliquer par un phénomène d'overshooting
Photo : Vincent de Boem
Certains individus peuvent continuer leur route sur des centaines de km dans la "mauvaise" direction lors de leur dépassement d'aire printanier jusqu'à qu'ils soient obliger de s'arrêter (limites physiologiques, barrières géographiques, …).
Une explication possible de ces comportements "jusqu'au-boutistes" est que ces oiseaux ne parviennent pas à restreindre leur instinct de reproduction: en effet, la migration de printemps est liée à l'instinct sexuel, celle d'automne à l'instinct de survie. Une fois qu'ils ont atteint des zones très éloignées, ils peuvent y rester longtemps et parfois s'accoupler avec des individus d'une autre espèce, ou avec des oiseaux ayant eu le même comportement (il faut néanmoins beaucoup de chance pour que deux oiseaux de la même espèce se retrouvent au même endroit loin de leur aire normale).
Ces mouvements peuvent expliquer la nidification d'espèces rares dans des régions inhabituelles; Certains couples survivent et retournent dans la même zone la saison suivante. La colonisation de nouvelles régions d'Europe de l'Ouest par la Locustelle fluviatile (Locustella fluviatilis) ou du Bruant mélanocéphale (Emberiza melanocephala) dans le sud de la France pourraient avoir comme origine ce phénomène.

Overshooting automnal

Le phénomène d'overshooting peut aussi se noter en automne: des oiseaux, se retrouvent alors, du fait des conditions météorologiques ou à cause de leur manque d'expérience, dans des régions inhabituelles d'hivernage.
Cela pourrait expliquer les observations hivernales de Bruants lapons (Calcarius lapponicus) dans le Nord de l'Italie, qui ne concernent pas seulement des jeunes et qui ne sont pas précédées de conditions hivernales particulièrement rigoureuses; Ce phénomène pourrait permettre à l'espèce de découvrir de nouvelles zones d'hivernage, qui sont alors apprises de génération en génération. Ainsi, les récentes observations de Linottes à bec jaune (Carduelis flavirostris) dans le sud-est de la Sicile (janvier 2002) pourraient être attribuées à des individus arrivés de Turquie suite à un phénomène d'overshooting automnal, et qui reviendraient d'hiver en hiver.

Mouvements hivernaux

Certains hivers, quelques Bruants des neiges (Plectrophenax nivalis) dépassent les limites de leur aire d'hivernage normale (en bleu) et arrivent en Italie (flèche orange)
Carte: Ornithomedia.com d'après A. Corso

Certains individus, arrivés dans leurs quartiers d'hivernage, sont susceptibles de continuer leurs trajets parfois de quelques dizaines à quelques centaines de km plus au sud, dans le cas d'hivers très rigoureux.
Ces comportements peuvent expliquer par exemple l'arrivée d'un nombre inhabituel de Cygnes chanteurs (Cygnus cygnus) ou de Bruants des neiges (Plectrophenax nivalis) dans le nord et l'est de la France, ou dans le nord de l'Italie.
La promiscuité de milliers d'oiseaux aquatiques dans certaines régions où la nourriture est insuffisante pour de telles concentrations peuvent aussi expliquer ces déplacements.

Mouvements hivernaux sur de longues distances

Lors de tempêtes hivernales très fortes, combinées avec de la neige et du gel, des oiseaux, peut-être affaiblis, accompagnent le front froid et se retrouvent très au sud. Cela pourrait expliquer l'arrivée de Pouillots de Hume (Phylloscopus humei) autour de la Méditerranée, ou les observations (très) occasionnelles d'Alouettes leucoptère (Melanocorypha leucoptera) et nègre (M. yeltoniensis) en Italie.

Déviations par les vents

Les vents peuvent accentuer ou provoquer les phénomènes d'overshooting, ou bien dévier les routes de migrations normales vers l'est ou l'ouest. Ces déviations sont toutefois souvent corrigées par les oiseaux, mais il peut arriver que des individus, plutôt affaiblis, dérivent de plusieurs centaines de km: cela a par exemple été le cas de Demoiselles de Numidie (Grus virgo) notées en mai 2002 au dessus du Détroit de Messine (entre l'Italie et la Sicile), dont trois avaient des pattes cassées.


  Suite de l'article
 
Dispersions, overshooting, mouvements hivernaux
Migrations "spéciales"


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