Par Christian Pacteau et François Veillerette
A l'échelle mondiale, le déclin constaté de la biodiversité est interprété, notamment par l'U.I.C.N., comme le résultat de trois causes principales : l'effet de serre, la destruction des habitats, la concurrence des espèces envahissantes introduites.
Sans nier l'importance de ces facteurs, des hypothèses alternatives, du point de vue de leurs importances respectives, peuvent être formulées. C'est le cas notamment dans les pays fortement industrialisés où la transformation des habitats sont déjà fort anciennes et alors même que les espèces des milieux bâtis se maintiennent, les populations d'espèces des milieux agricoles sont en chute spectaculaire (MNHN-IFEN).
L'hypothèse retenue dans cet article, rédigé par Christian Pacteau (pacteau.christian@wanadoo.fr) et François Veillerette (auteur de Pesticides, le piège se referme), est que, dans les pays industrialisés, l'emploi annuel de dizaines de milliers de tonnes de pesticides (notamment en France, troisième utilisateur mondial en quantité), contribue pour une très grande part à expliquer la chute récente et particulièrement brutale des effectifs des espèces tant d'oiseaux que d'amphibiens ou d'insectes.
Cet article a également été publié dans le numéro 64 de l'Oiseau Magazine.
Lire du même auteur : Le choix d'un partenaire sexuel chez l'oiseau.
Abstract
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The worldwide decline of biodiversity is interpreted, notably by the UICN, as the result of three principal causes: the Gobal Warming, effect, the destruction of natural habitats, the competition from invading species.
Without denying the importance of these factors, alternate hypotheses can be formulated. This particularly the case notably industrialized countries where the transformation of habitats is old and where some bird populations living in agricultural environments are strongly declining.
An hypothesis is that the massive use of pesticides, notably in France (third world-wide user in quantity), contributes for a very large part to the recent and brutal fall of populations of some species of birds, amphibians and insects.
This article has been written by
Christian Pacteau (pacteau.christian@wanadoo.fr),
a specialist in raptors breeding programs, and by François Veillerette (author of the book Pesticides, le piège se referme).
This article has also been published
in the Oiseau Magazine (number 64).
Chutes des populations d'oiseaux et modes d'action des pesticides
Des chutes brutales de certaines populations d'oiseaux
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Depuis 1970, les populations de Moineaux friquets (Passer domesticus) ont chuté de 89% en Angleterre!
Photo: Alain Chapitre |
A l'échelle mondiale, les spécialistes prédisent la perte d'ici la fin du présent siècle, en tant qu'espèces, d'un tiers des amphibiens, d'un quart des mammifères, d'un cinquième des plantes, d'un dixième des oiseaux (Cagan & al. 2004).
A l'échelle européenne, en prenant comme référence l'année 1980, la chute moyenne des effectifs des espèces d'oiseaux des milieux agricoles est de 30%, en Angleterre en prenant comme référence 1970 la chute est de 45% (Brown Sue Amstrong), en France, en prenant comme référence 1990 (1), la chute est de 30%.
Quelle serait l'hécatombe si la référence était l'année 1950 ?
De plus, ce sont là des taux moyens qui cachent d'importantes disparités entre espèces; ainsi en Angleterre (Sue (3)), la chute du Bouvreuil pivoine (Pyrrhula pyrrhula) est de 76%, celle de la Tourterelle des bois (Streptoptelia turtur) de 77%, celle du Moineau friquet (Passer montanus) de 89%.
En France, la chute de la Huppe fasciée (Upupa epops) est de 56%, celle du Tarier des prés (Saxicola rubetra) de 60%.
Dans une étude sur l'Alouette des champs(Alauda arvensis), l'O.N.C.F.S. (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) montre qu'il existe une corrélation particulièrement étroite entre l'intensification de la production agricole et la chute de cette espèce en tant que nicheuse.
Le dossier d'expertises réalisé par l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) et le Cémagref (2005) à la demande des ministères de l'agriculture et de l'écologie, titré "Pesticides agriculture et biodiversité", note également que "l'intensification agricole associée à l'irrigation s'est trouvée associée à une réduction de l'abondance des populations d'invertébrés" tout comme "on constate un déclin des invertébrés épigés dans le paysage agricole associé à l'intensification depuis les 40 dernières années qui concerne des groupes taxonomiques très variés".
Campbell (1997) et Liess (2005), en constatant que pour 11 espèces sur douze pour lesquelles une date de début du déclin des populations a pu être estimée, ce début coïncidait avec une période d'utilisation massive de pesticides notamment d'herbicides, ont ainsi relié et attribué ce déclin des oiseaux des milieux agricoles à l'usage massif des pesticides.
Les devenirs et les modes d'actions des pesticides
Pour en connaître les causes et les effets il faut d'abord prendre connaissance du devenir des pesticides dans l'environnement ainsi que de leurs modes d'action.
La proportion de matière active qui atteint sa cible est souvent faible, voire très faible, de l'ordre de 30 à 0,3% dans certains cas.
L'essentiel de ces produits est donc ainsi libéré "pour rien" dans l'environnement.
Une part de celle qui tombe au sol, est, par voie chimique ou bactériologique dégradée, une autre forme avec le sol des résidus liés non dégradés. Cette part pourra être remobilisée plus tard sous l'action d'agents divers.
Une autre part soit par vaporisation, volatilisation, écoulement latéral ou vertical, ou ruissellement rejoint les eaux des nappes ou de surfaces (Calvet R. 2005). Ainsi, 57% des nappes et 75% des eaux de surfaces sont-elles en France contaminées par les pesticides (IFEN 2002). La quantité de pesticides contenus dans les sols et migrants vers les nappes n'est pas connue. Elle semble considérable puisque dans le Val-d'Oise, quatre années après l'interdiction de l'atrazine, le BRGM (2006) note que la contamination des eaux des nappes est quasiment la même.
Enfin, une part est absorbée par les plantes et les animaux sans pour autant être métabolisée, donc toujours active.
Ajoutons que la part en vagabondage aérien retombe n'importe où avec les pluies.
Les mécanismes d'actions des pesticides font littéralement froid dans le dos. Une première famille détruit les voies de biosynthèse des molécules essentielles ou en empêche la production, une autre s'attaque aux mécanismes mêmes du fonctionnement cellulaire (respiration, division, croissance…), une dernière vise les communications entre neurones comme le font 90% des insecticides.
La plupart d'entre eux bloquent le fonctionnement enzymatique par lequel est détruite l'acétylcholine ayant transmis l'information d'un neurone à l'autre et donc bloquent le fonctionnement ultérieur de cette synapse. Il s'agit donc de neurotoxiques. Les cibles choisies du système nerveux en passant par la respiration et la photosynthèse à la chlorophylle, altérant le fonctionnement naturel des êtres vivants sont donc nombreuses et variés autant qu'inquiétantes car toutes vitales (Calvet R. 2005).
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