La situation actuelle et
les mesures à prendre
Depuis décembre 2003
En décembre 2003, une épidémie de grippe aviaire à
virus A (H5N1) hautement pathogène s'est déclarée en Asie
du Sud-Est, dans les élevages de volailles. Les pays touchés ont
été la Corée, puis le Vietnam, le Japon, la Chine, la Thaïlande,
le Cambodge, HongKong, le Laos, le Pakistan, l'Indonésie.
En janvier 2004, des
personnes ont été contaminées par des volailles infectées,
après un contact intensif prolongé. 34 cas ont été
déclarés (22 au Vietnam, 12 en Thaïlande) dont 23 décès.
On a noté une baisse
de l'épidémie, entre mars et l'été 2004, puis une
reprise jusqu'en automne 2004 : de
nouveaux foyers de grippe aviaire dans les élevages de volailles ont été
déclarés officiellement au Vietnam et en Thaïlande, et 10 nouvelles
personnes ont été contaminées (provoquant sept décès),
ainsi qu'une personne au Japon.
En 2005
 |
L'épidémie
de grippe aviaire chez l'animal et l'homme au 24 août 2005
- En rouge, pays ou régions ayant connu des cas chez l'animal au cours
du mois d'août 2005. 1) Vietnam - 2) Indonésie - 3) Thaïlande
- 4) Cambodge - 5) Province de Qinghai (Chine) - 6) Province de Xinjiang (Chine)
- 7) Régions de Russie (Novossibirsk, Altaï, Omsk, Tyumen, Kurgan,
Chelyabinsk) - 8) Province de Pavlodar (Kazakhstan) - 9) Province d'Huvsgel (Mongolie)
- 10) Tibet (Chine)
- En jaune, régions touchées depuis décembre 2003
- Les trois chiffres en bleu suivis de la lettre H indiquent les cas chez l'homme
(pour les pays 1, 2, 3 et 4) respectivement de décembre 2003 à mars
2004, de juillet à octobre 2004 et de décembre 2004 à août
2005
Schéma : Ornithomedia.com, d'après OIE et OMS |
Depuis Janvier 2005 les
foyers de grippe aviaire à virus A (H5N1) perdurent et s'étendent
dans les élevages de volailles, dans certaines régions du Sud-Est
(en particulier au Vietnam et en Thaïlande). Plusieurs dizaines de millions
de poulets ont été abattus, avec des conséquences économiques
très lourdes.
De nouvelles personnes
ont été contaminées au Vietnam, et une personne au Cambodge.
A la fin août 2005, 61 cas humains mortels étaient confirmés
dans quatre pays du sud-est asiatique (depuis 2003).
Le virus H5N1 est ensuite sorti de son aire géographique de l'Asie de l'est
: après la Sibérie en juillet 2005, l'épidémie de
grippe aviaire a touché au mois d'août la Russie, dans la région
industrielle de Tcheliabinsk (Chelyabinsk). La souche de ce virus, mortelle pour
l'homme, est semblable à celle qui a tué plus de soixante personnes
en Asie et des millions de volailles depuis 2003.
Les mesures à
prendre
Plusieurs mesures peuvent aider à réduire au minimum les risques
globaux de santé publique qui pourraient résulter de grandes manifestations
de grippe aviaire du sous-type H5N1. La priorité immédiate doit
être de stopper la propagation dans les élevages. Cette stratégie
permet de réduire les occasions d'exposition humaine au virus.
Quand les cas de grippe aviaire chez l'homme apparaissent, la possession informations
sur l'ampleur de l'infection chez les animaux et chez les hommes est indispensable
pour faciliter l'évaluation des risques de santé publique et pour
mettre en place des mesures de sauvegarde efficaes.
Des recherches complètes sur chaque cas sont également essentielles.
Tandis que l'OMS et les membres de son réseau global grippal, ainsi que
d'autres agences internationales peuvent remplir plusieurs de ces missions, la
maîtrise des risques de santé publique dépend également
de la capacité épidémiologique et d'analyse des pays affectés
et de l'adéquation des systèmes de surveillance déjà
en place. Toutes ces activités peuvent réduire la probabilité
de l'apparition d'une souche virale, qui ne peut être toutefois prévue
avec certitude.
La vaccination des personnes exposées à la volaille infectée,
avec des vaccins existants efficaces contre les souches humaines de la grippe,
peut réduire la probabilité de co-infection avec les grippes classique
et aviaire, et diminuer ainsi le risque que des gènes viraux soient échangés.
Les ouvriers impliqués dans le ramassage des volailles dans les élevages
doivent être protégés par des vêtements et un équipement
appropriés contre l'infection. Ces ouvriers doivent également recevoir
des médicaments antiviraux en tant que mesure prophylactique.
La surveillance des vecteurs
La lutte contre la grippe aviaire passe aussi, et avant tout, par une meilleure
surveillance des animaux qui en sont les vecteurs.
Les études cliniques des cas humains touchés par le sous-type
H5N1
Les informations publiées
sur l'évolution clinique chez l'homme d'une infection avec la grippe H5N1
sont limitées aux études des cas de 1997 à Hong Kong. Les
patients avaient développé plusieurs symptômes : fièvre,
maux de gorge, toux et pour plusieurs des cas mortels, une détresse respiratoire
grave suite à une pneumonie virale. Des adultes et les enfants précédemment
en bonne santé, mais aussi des personnes avec des maladies chroniques,
avaient été affectés.
Les test pour diagnostiquer toutes les souches de la grippe chez les animaux et
les humains sont rapides et fiables. Beaucoup de laboratoires du réseau
global de grippe de l'O.M.S. (Organisation Mondiale de la Santé) ont les
équipements et les réactifs nécessaires pour réaliser
ces essais, ainsi qu'une expérience considérable. Les tests rapides
pour le diagnostic de la grippe humaine sont également disponibles, mais
ils n'ont pas la précision d'un test en laboratoire actuellement nécessaire
pour étudier entièrement les cas les plus récents et pour
déterminer si le virus se transmet directement depuis les oiseaux ou de
l'homme à l'homme.
Les antiviraux
Les médicaments antiviraux, dont certaine peuvent être employés
à la fois pour le traitement et la prévention, sont efficaces contre
les souches de virus de la grippe A chez des adultes et des enfants par ailleurs
en bonne santé, mais ont quelques limitations. Certains de ces médicaments
sont én outre chers et les approvisionnements sont limités.
Etant donné que le virus H5N1 semble acquérir la capacité
de se répandre largement dans la population, beaucoup de services d'hygiène
fondent leurs espoirs sur le Tamiflu, le seul médicament antivirale disponible
connu bloquant la réplication du virus. Même si les efforts, selon
la revue New Scientist de mars 2005, pour développer un vaccin semblent
porter leurs fruits, plusieurs mois pourraient être nécessaires avant
de produire les milliards de doses requises en cas de pandémie. D'ici là,
il pourrait être trop tard. En attendant, l'Organisation Mondiale de la
Santé (OMS) intensifie ses efforts afin de mettre en place une réserve
massive de Tamiflu (oseltamivir), qui pemettrait, espère-t-on, de ralentir
toute épidémie naissante.
Le Tamiflu peut sauver des vies s'il est administré suffisamment tôt,
pas plus de deux jours après que les premiers symptômes n'apparaissent.
Mais on a noté en juin 2005 au Vitenam un patient infecté par un
virus H5N1 résistant au Tamiflu. Ce médicament deviendrait-il inutile
avant même que la pandémie ne commence ?
Heureusement, les virus résistants semblent peu se propager, selon Fred
Hayden de l'University of Virginia, un expert en thérapie antivirale. La
mutation qui a rendu le virus du Vietnam résistant apparaît également
lors d'une épidémie normale de grippe, et rend celui-ci cent fois
moins contagieux. Au Japon, où l'on utilise le Tamiflu lors d'épidémies
de grippe classique, la mutation apparaît chez 16 % des enfants traités,
qui n'infectent presque jamais leurs camarades.
Même si le Tamiflu est efficace dans la plupart des cas, il pourrait ne
pas être suffisant pour stopper une pandémie. La vraie difficulté
sera de traiter tous les cas à temps selon Hayden. Ira Longini, de l'Emory
University à Atlanta (Georgie), précise que cela dépendra
de la vitesse de propagation du virus : si chaque personne ne contamine que deux
personnes au maximum, alors l'isolement des cas permettrait de ralentir et de
stopper la maladie. Mais le personnel sanitaire pourrait ne pas suivre le rythme
si les malades infectent entre deux et trois personnes, comme cela s'est produit
dans la pandémie de grippe de 1918. Les réserves Tamiflu serviraient
à sauver des vies, mais pas à stopper la propagation.
La meilleure chance de succès de la stratégie antivirale se jouera
aux premières étapes, lorsque le virus se diffuse encore lentement.
La difficulté, toutefois, est que la plupart des réserves de Tamiflu
ont été acquises par les pays riches d'Europe et d'Amérique
du Nord.
En outre, le Tamiflu est difficile à obtenir. Dix-sept pays en ont commandé
à la compagnie suisse Roche, qui détient le brevet, et 10 autres
seraient en discussion. La commande britannique pour 14.,6 millions de doses pour
un traitement de cinq jours prendra deux ans à être honorée
par exemple. Le médicament est réalisée à partir d'une
plante disponible en quantité limité, et Roche essaye toujours de
trouver une méthode pour le synthétiser à partir
de zéro.
Il existe deux autres produits qui ciblent la même enzyme que le Tamiflu.
Mais le zanamivir (Relenza) doit être pris par inhalation et n'est pas largement
disponible, alors que le peramivir a été abandonné par la
compagnie Johnson et Johnso, qui l'a estimé peu rentable. BioCryst, une
petite société de l'Alabama qui a créé le peramivir,
essaye toujours de trouver un nouvel associé.
Robert Webster, du St Jude Children's Research Hospital à Memphis (Tennessee)
explique : "la plupart des réserves de Tamiflu sont acquises par les
pays riches, pas par les pays pauvres où pourtant une pandémie est
la plus susceptible de se déclencher".
En Asie, le H5N1 a déjà développé une résistance
vers une autre classe d'antiviraux, comme l'amantadine; en effet, "les Chinois
avaient incorporé l'amantadine dans l'alimentation des poulets " précise
Robert Webster . Ceci suggère également que les fermiers chinois
ont déjà eu à combattrer la grippe aviaire avant 2003, bien
que la Chine n'ait officiellement rapporté des cas qu'en 2004.
Les vaccins
L'expérience dans la production des vaccins de grippe est considérable,
en particulier du fait que la composition vaccinique change tous les ans pour
s'adapter à la dérive antigénique. Cependant, au moins quatre
mois
seraient nécessaires pour produire un nouveau vaccin en quantité
significative, capable de proéger contre un nouveau sous-type de virus.
Le 6 août, les chercheurs de l'Institut national des Etats-Unis pour les
maladies allergiques et infectieuses ont annoncé les résultats des
premiers essais cliniques d'un vaccin pour immuniser l'homme contre la grippe
aviaire à virus H5N1. Selon ces données préliminaires, le
vaccin expérimental a produit une réaction immunitaire chez un petit
groupe d'adultes en bonne santé.
Bien que d'autres essais
soient nécessaires, ces résultats confirment la faisabilité
de la mise au point d'un vaccin spécifique contre le virus H5N1.
Il reste cependant de nombreux problèmes à résoudre avant
de disposer de vaccins susceptibles d'atténuer les effets de la prochaine
pandémie. Le plus important est celui de trouver une formulation qui utilise
au mieux les antigènes, qui n'existent qu'en quantités limitées.
L'antigène est l'élément du vaccin qui génère
la réaction immunitaire. L'essai américain apporte des éclaircissements
importants sur les formulations possibles. Il utilise des doses d'antigènes
plus élevées que celles employées pour les vaccins antigrippaux
produits chaque année pour les épidémies saisonnières
habituelles.
Des stratégies pour dépasser les limites des quantités d'antigène
disponibles ont été proposées, comme d'ajouter un adjuvant
ou d'injecter le vaccin par voie intradermique plutôt qu'intramusculaire.
Les adjuvants sont des produits chimiques que l'on ajoute à la formule
d'un vaccin pour renforcer la réaction immunitaire, ce qui permet en théorie
d'utiliser de plus faibles doses d'antigènes. Plusieurs fabricants font
actuellement des essais d'adjuvants pour économiser les antigènes
et l'on devrait avoir des résultats préliminaires dans les trois
prochains mois.
Actuellement l'Europe et l'Amérique du Nord concentrent 90 % des capacités
de production des vaccins antigrippaux alors que ces pays ne comptent que 10 %
de la population mondiale. A l'échelle mondiale, les capacités de
fabrication actuelles (estimées à 300 millions de doses du vaccin
antigrippal trivalent ordinaire par an) sont insuffisantes pour répondre
aux besoins escomptés au cours d'une pandémie et il est impossible
de les augmenter rapidement.
Quelques-unes des
mesures prises en Europe
Les autorités en Russie,
où les premiers cas ont été enregistrés en Sibérie
orientale en juillet 2005, ont constaté en août de nombreux décès
suspects parmi des oiseaux dans une ferme en Kalmoukie, une région située
près de la mer Caspienne, à l'ouest des montagnes de l'Oural. Donc
presque déjà en Europe !
Plusieurs pays européens ont décidé de prendre des mesures
préventives : la ministre allemande de l'Agriculture et de la Protection
des consommateurs a ainsi évoqué de possibles limitations du regroupement
de volailles en plein air, afin d'éviter les contacts avec des oiseaux
migrateurs porteurs du virus, et l'augmentation des stocks de vaccins antigrippe,
au cas où l'épidémie se transmette aux humains.
L'Union Européenne a adopté le 12 août 2005 des mesures de
protection vis à vis du Kazakhstan et de la Russie, identiques à
celles déjà mises en place pour les pays d'Asie touchés par
des foyers de grippe aviaire . L'importation d'animaux ou de produits pouvant
être contaminés est interdite à partir de ces pays.
Selon l'AFFSA (agence Française de Sécurité Sanitaire des
Aliments), le risque immédiat de contamination des populations aviaires
européennes par des oiseaux migrateurs en provenance de Russie est faible,
compte tenu des cartes de migrations aviaires habituelles.
Des mesures de surveillance renforcée sont adoptées en France. La
profession avicole s'est vue rappellé ses obligations réglementaires
en termes de surveillance et de conduite d'élevage afin d'éviter
tout contact des oiseaux d'élevage avec des oiseaux sauvages potentiellements
contaminés.
Sites web à
visiter pour en savoir plus
- Le site de l'O.M.S. : www.who.int/csr/disease/avian_influenza/en/
(il existe aussi une version en français)
- www.birdlife.org/action/science/species/avian_flu/
- www.phac-aspc.gc.ca/
- www.oie.int
- www.cdc.org
- www.rense.com
- science-citoyen.u-strasbg.fr
- www.cercles-naturalistes.be
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