Une surprise pour un cerveau
de la taille d'une noisette
Une nouvelle étude
suggère que certaines espèces d'oiseaux auraient une bien meilleure
compréhension de la notion de quantité que la moyenne des enfants
âgés de trois ans.
Dans une étude publiée dans le numéro de mai 2005 du Journal
of Comparative Psychology, des chercheurs ont ainsi prouvé qu'un Perroquet
gris du Gabon (Psitttacus erithacus) pouvait appréhender le concept mathématique
de zéro, alors que ce n'est le cas que vers quatre ans chez l'homme.
Lire aussi notre article Le cerveau
et l'intelligence des oiseaux.
Abstract
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A new study suggests that
some birds may have a better grasp of numbers than the average three-year-old
child.
Researchers have shown that an African gray parrot may comprehend the mathematical
concept of zero-an abstract notion that human children rarely understand until
around four years of age.
Alex le Perroquet gris et le concept de zéro
Le zéro, une notion abstraite
Une nouvelle étude suggère que certaines espèces d'oiseaux
auraient une bien meilleure compréhension de la notion de quantité
que la moyenne des enfants de trois ans. Des chercheurs ont prouvé qu'un
Perroquet gris du Gabon (Psitttacus erithacus) pouvait appréhender le concept
mathématique de la notion abstraite de zéro, alors que ce n'est
le cas que vers quatre ans chez l'homme.
Il est pourtant étonnamment difficile de saisir le concept de zéro,
même pour des humains. Pour le professeur en psychologie comparative Irène
Pepperberg de la Brandeis University à Waltham (Massachusetts) qui a conduit
cette étude, "il y a une approche naturelle de la notion de nullité,
mais l'utilisation du terme de zéro doit être enseignée".
L'idée de zéro comme quantité nulle n'était pas évidente
dans les anciennes civilisations. La plupart des Européens n'ont ainsi
pas utilisé de mot pour désigner l'absence de quantité jusqu'aux
années 1600, alors que le terme de "none" (aucun, néant)
est beaucoup plus ancien.
La première fois chez un oiseau
Des chercheurs aux États-Unis et au Japon ont précédemment
prouvé que des chimpanzés et probablement les singes-écureuils
peuvent comprendre la notion de zéro une fois apprise. Les chimpanzés
l'ont également intégré après avoir ajouté
et soustraie des quantités d'objets. Aujourd'hui, un Perroquet gris du
Gabon de 28 ans appelé Alex a prouvé pour la première fois
que des animaux autres que des primates pouvaient aussi saisir ce concept de quantité
nulle. Ainsi, le cerveau des oiseaux, physiquement et logiquement différent
du cortex des mammifères est capable de processus cognitifs plus complexes
que prévus.
La méthode du docteur Pepperberg
Le docteur Pepperberg utilise une méthode appelée "model-rival",
également employée pour enseigner aux enfants autistes ou avec des
difficultés de langage ou de communication. Cette technique nécessite
la présente de deux enseignants, l'un donnant les instructions, l'autre
donnant des réponses correctes et fausses et jouant le rôle d'un
"concurrent", d'un "rival" de l'élève. Les deux
enseignants échangent ensuite leurs rôles pour que l'élève
voit que le test est interactif. Dans notre cas, l'élève est un
perroquet. Jusqu'à présent, les résultats obtenus ont été
très prometteurs chez les enfants autistes.
La surprise
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On
a présenté à Alex trois groupes de cubes de couleur différente
Dessin : Ornithomedia.com |
Pendant 27 années,
Irène Pepperberg a appris à Alex les noms anglais de 50 objets différents
comme "banane," "camion" ou "grappe", de sept couleurs,
de cinq formes, et les chiffres un à six.
La recherche sur Alex, co-rédigée avec l'étudiant Jesse D.
Gordon diplômé de Brandeis, est la plus récente.
Cette étude prouve non seulement qu'Alex peut compter des dragées,
des blocs colorés et d'autres objets, mais également qu'il est possible
de lui apprendre la notion de zéro.
Pendant une expérience, on a présenté au perroquet des groupes
de deux, de trois, et de six cubes de couleurs différentes. Quand les chercheurs
ont demandé à Alex quel groupe était constitué de
cinq cubes, il a répondu "none (aucun)"; cela a incité
Irène Pepperberg à mettre en place une série de tests au
cours desquels le perroquet a pu montre une certaine compréhension de la
notion du zéro. On avait auparavant appris à Alex a utiliser le
terme "aucun" quand deux objets n'avaient aucune différence de
taille. Il devait aussi l'employer pour désigner des objets identiques
en couleur et en forme dans un ensemble. Mais on ne lui avait jamais enseigné
à utiliser le terme "aucun" pour indiquer une absence de quantité
: il semble avoir appris cette notion seul, ce qui a été une surprise.
Irène pense qu'après plusieurs semaines où Alex semblait
se désintéresser des expériences, la notion de "none"
a probablement été pour lui une "tentative de rendre les procédures
plus motivantes".
En effet, après deux semaines de désintérêt, Alex s'est
remis à participer activement aux tests. Un jour, un expérimentateur
lui a posé la question "quelle est la couleur du groupe avec trois
objets ?"; il répondit "cinq", ce qui n'avait aucun rapport!
Après différents essais, le chercheur abandonna et posa finalement
la question : "OK, Alex, quelle est la couleur du groupe de cinq objets ?".
Alex répliqua "none", ce qui était correct, étant
donné qu'il n'y avait que des groupes de deux, trois et de six objets.
Différents autres tests incorporant la notion d'"aucun" se révélèrent
concluants.
Interprétation
Pour Sally Boysen, experte en intelligence animale à l'Ohio State University's
Chimpanzee Center de Columbus, "les résultats indiquent qu'Alex peut
peut-être avoir compris le concept de zéro, mais des tests complémentaires
sont nécessaires pour le prouver". Boysen avait prouvé en 1989
a prouvé que les chimpanzés pouvaient comprendre l'idée de
zéro et l'employer en ajoutant et en soustrayant des quantités d'objets.
L'utilisation par Alex du terme d'"aucun" pourrait juste être
une réponse par défaut, qu'il emploie quand il ne peut pas identifier
le nombre, la couleur ou la forme des objets présentés devant lui.
Il est possible qu'il n'ait pas compris la notion de zéro en tant qu'absence
de quantité.
Irène Pepperberg a admis que plus d'expériences étaient nécessaires
pour montrer que l'on peut enseigner à des Perroquets gris du Gabon à
comprendre des notions numériques abstraites.
Pour Irène, "Alex n'a sûrement pas le même concept de
zéro que vous et moi : c'est plutôt pour lui un concept proche de
celui du zéro. Nous travaillons pour mieux le comprendre."
Dans la nature, les Perroquets gris du Gabon ont davantage besoin des notions
de "plus" et de "moins" lorsqu'ils cherchent leur nourriture
dans la forêt. Le comptage pourrait également lui être utile
pour analyser les vocalises ou pour appréhender le nombre de perroquets
dans une bande.
A lire
The Alex Studies: Cognitive
and Communicative Abilities of Grey Parrots
de Irene M. Pepperberg - 446 pages - Harvard University Press (avril 2002) - Prix
: 18,50 €. Commander
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