Intelligence et instinct
Le premier comportement inné de l'oiseau est l'acte de sortir de sa coquille.
L'instinct guide une grande partie de la vie des oiseaux, que ce soit le vol,
la migration, le chant, la recherche de la nourriture, les attitudes de menaces
lors des parades nuptiales ou l'entretien du plumage. Mais les oiseaux sont aussi
capables d'apprendre, ce qui leur permet d'améliorer l'efficacité
de certains de leurs actes.
L'intelligence
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Le
Géospize à bec conique (Geospiza conirostris) utilise des épines
de cactus pour déloger des insectes dans les cavités
Source : www.cuencanet.com |
Des expériences récentes
ont montré que les facultés d'apprentissage des oiseaux et des mammifères
dépendaient de différentes parties du cerveau. Le cerveau (cerebrum)
proprement dit, qui est la partie antérieure de l'encéphale, comprend
deux éléments : le cortex et le corps strié. Plus un animal
est intelligent, plus son cortex est épais et développé.
Les oiseaux ont un cortex assez réduit, qui a l'aspect d'une couche unie
dépourvue de sillons ; en revanche, le corps strié, siège
du comportement instinctif, a une importance remarquable. On a longtemps cru que
l'intelligence limitée des oiseaux était due à la structure
simplifiée de leur cortex. Et l'importance des comportements instinctifs
chez les oiseaux avait eu comme conséquence de la part des scientifiques
une négligence de la part de l'apprentissage dans leur vie.
En fait, cette intelligence et cette capacité ne sont pas si limitées
que cela : des Grands Corbeaux (Corvus corax) ont par exemple réussi à
compter jusqu'à huit, et des corneilles au Japon ont été
vues posant des noix sur les passage piéton quand le feu est rouge et attendre
que des voitures passent pour récupérer les noix cassées!
Un autre exemple : le Casse-noix d'Amérique (Nucifraga columbiana) dispose
d'une incroyable mémoire, ce qui lui permet de stocker des graines dans
des centaines de caches à l'automne et de les retrouver plusieurs mois
plus tard.
Les Géospizes (Geospiza sp.), une famille
d'oiseaux endémiques des îles Galapagos, utilisent des outils (épines
de cactus, brindilles) pour éjecter des insectes des écorces.
De jeunes Nestors kéas (Nestor notabilis) , des perroquets de Nouvelle-Zélande,
sont connus pour laisser tomber des cailloux sur des toits pour inciter des personnes
à courir dehors ...
L'Indicateur (Indicator sp.) guide les blaireaux mais aussi des hommes vers l'emplacement
des nids d'abeilles, et s'alimente ensuite des restes.
Et les exemples sont nombreux ....
Cas des oiseaux imitants les bruits et chants
Certains oiseaux, comme les perroquets, les étourneaux ou les mainates,
ont un talent étonnant pour l'imitation des autres bruits et des chants.
Ils doivent pour cela mobiliser une certaine forme d'intelligence (peut-être
pas forcément avec la conscience au sens de que nous la concevons) : identifier
le bruit qu'ils souhaitent imiter, analyser l'intonation, et avoir une bonne mémoire
pour pouvoir se rappeler et répéter les bruits entendus.
Le Ménure superbe (Menura novaehollandiae) est l'un des meilleurs imitateurs
du monde, pouvant reproduire de plusieurs dizaines d'autres espèces des
oiseaux. Il peut également reproduire le bruit d'un obturateur d'appareil-photo,
d'un disjoncteur, du moteur d'une voiture, ou d'un réveille-matin ....
Il peut même imiter le bruit d'une scie électrique si son territoire
est situé près d'une scierie.
Le professeur Irène Pepperberg a étudié les capacités
d'imitation de perroquets, et notamment du Perroquet jaco (Psittacus erithacus)
: et parmi les résultats étonnants de ces travaux, elle a constaté
que certains oiseaux pouvaient communiquer avec les chercheurs, employer des mots
spécifiques, exprimer leurs désirs, distinguer les concepts de "même"
et "différent," ou compter et identifier des objets, des couleurs,
des formes et des matériaux.
materials. Ces capacités n'étaient pas automatiques, mais le résultat
d'un apprentissage.
Un mélange d'instinct et de comportements appris
En réalité, le comportement des oiseaux est un mélange d'instinct
et de comportement appris.
Le cerveau des oiseaux ne fonctionne pas tout à fait comme celui des mammifères,
et ce n'est pas la taille relative faible de leur cortex qui les empêche
d'apprendre. En fait, la capacité d'apprentissage dépendrait plutôt
du développement d'une partie du corps strié (corpus striatum, selon
la nomenclature classique), appelée hyperstriatum, et d'un renflement situé
au sommet, le bourrelet sagittal.
Le comportement instinctif est inné ; il fait donc partie du patrimoine
héréditaire de l'oiseau. En conséquence, il suit souvent
son instinct au contact d'oiseaux de la même espèce : par exemple
, lors de la parade nuptiale, le Grèbe huppé (Podiceps cristatus)
secoue la tête en redressant les plumes de sa collerette. Cette attitude
stéréotypée correspond à une situation bien définie,
transmise de génération en génération par l'intermédiaire
des gènes : un jeune oiseau complètement isolé de ses congénères
présentera ce comportement.
Déclenchement
d'un comportement instinctif
La plupart des actes instinctifs
sont déclenchés par des excitations issues de l'environnement. Si
l'excitation vient d'un autre oiseau de la même espèce, on parle
d'un déclencheur social : par exemple, la vue de la poitrine rouge d'un
Rougegorge familier (Erithacus rubecula) provoque une réaction agressive
de la part d'un autre oiseau qui défend son territoire. Egalement, lorsqu'un
oisillon de Goéland argenté (Larus argentatus) frappe la tache rouge
située à la pointe du bec de son parent, celui-ci ouvre son bec
et régurgite la nourriture. En présentant au poussin n'importe quel
objet marqué d'une pointe rouge à son extrémité, on
obtient de lui le même comportement.
Dans les deux cas, la réaction est instinctive et non pas raisonnée.
Les réactions
de peur
Plusieurs oiseaux manifestent
une crainte instinctive de certaines silhouettes, comme celle d'un faucon en vol
ou d'une chouette perchée. Les oisillons réagissent instinctivement
aux cris d'alarme des parents. Chez de nombreuses espèces, il existe même
des cris différents suivant les menaces et les jeunes savent les distinguer.
L'instinct conduit non seulement l'oiseau à faire ce qui est indispensable
à sa survie, mais également à éviter ce qui lui serait
funeste.
Les parades
Les parades sont des comportements
stéréotypés qui, caractérisent une espèce comme
le plumage. En outre, elles sont très ritualisées : elles dérivent
en partie de gestes de la vie courante (toilette, nourrissage, chasse) qui ont
sub des modifications au cours de l'évolution : ils ont par exemple été
exagérés, accélérés, répétés
de façon rythmée, si bien qu'on ne parvient pas toujours à
identifier l'origine de ceux-ci.
L'instinct peut être
un danger
Parfois, l'instinct peut
desservir les intérêts des oiseaux. C'est le cas des Pipits farlouses
(Anthus praetensis) qui nourrissent de façon exclusive l'oisillon de Coucou
gris né dans leur nid, une fois que celui-ci a exclu les petits pipits
du nids.
U autre exemple nous est donné par la Poule domestique. L'instinct devrait
lui dicter de cesser de pondre si le nombre d'ufs normal d'ufs a été
déposé. Si on laisse la poule pondre une douzaine d'ufs, elle
essaiera ensuite de les couver, mais si on lui retire au fur et à mesure,
son instinct, renforcé par de siècles de sélection humaine,
l'incitera à continuer à pondre.
L'apprentissage
Les capacités d'apprentissage
des oiseaux ont fait l'objet de plusieurs travaux. Les chercheurs se sont surtout
préoccupés de classer les différentes formes d'apprentissage
sous les rubriques suivantes : réflexes conditionnés, apprentissage
à tâtons ou habitude qui résulte de la perspicacité
de l'oiseau.
Ces travaux théoriques ont surtout eu le mérite de dévoiler
le rôle joué par le conditionnement dans le comportement des oiseaux
dans la nature. C'est par l'effet du conditionnement qu'un instinct aveugle ou
non dirigé est capable de répondre à l'excitation qui convient
à l'animal.
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Plusieurs
facteurs extérieurs (pluie, fourmis, ..) peuvent déclencher chez
la Give musicienne (Turdu philomelos) l'acte nécessaire à l'entretien
de son plumage
Photo : Christian Segonne |
Un bon exemple de ce processus
nous est donné par la manière dont l'oiseau reconnaît les
excitations qui déclenchent les différents actes nécessaires
à l'entretien de son plumage. De nombreux indices montrent que ces actes
(bain dans l'eau, de fourmis ou de soleil, bain de poussière) sont instinctifs,
car des oiseaux élevés à l'écart de leurs congénères
sont capables de les accomplir de façon parfaite. Toutefois, bien que l'oiseau
sache comment il faut agir, il ne reconnaît pas de prime abord que l'eau
est indispensable au bain, que le soleil, la poussière ou les fourmis sont
nécessaires aux autres types de toilette. Quand un jeune Grive musicienne
(Turdus philomelos) reçoit pour la première fois des gouttes d'eau
sur le dos, il est évident qu'elle ne saisit pas la relation qui existe
entre l'eau venue du ciel et celle de la flaque en face d'elle : en effet, on
la voit exécuter les gestes du bain à sec
Mais la pluie qui
mouille ses plumes est l'excitation qui déclenche le comportement de baignade
; l'oiseau doit donc acquérir une expérience personnelle pour comprendre
qu'il peut se baigner dans une mare ou un étang.
De la même manière, des grains de poussière et de l'acide
formique placés sur les organes proches des narines de l'oiseau déclenchent
les premiers gestes des autres formes de toilette. Plus tard, l'oiseau n'aura
plus besoin d'éprouver ces excitations car il aura appris à réagir
à la vue de l'eau ou des fourmis.
Le dressage occupe une grande place dans le comportement quotidien des oiseaux
dans la nature. Tout au long de sa vie l'oiseau apprend à mieux s'adapter
au milieu. Ainsi, on a vue une Mésange bleue (Parus caeruleus) captive
prendre un bain de soleil à la lumière d'une lampe artificielle,
ou des Moineaux domestiques (Passer domesticus) prendre des bains de poussière
dans des bols de sucre placés sur des tables
L'accoutumance, forme négative du dressage , permet à l'oiseau d'ignorer
une excitation que l'expérience lui a révélé être
sans importance. Un jeune oiseau est effrayé par tous les êtres inconnus
qu'il voit pour la première fois, mais il apprend ensuite à ne pas
fuir devant ceux qui ne présentent aucun danger pour lui.
L'imprégnation
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Les
poussins d'anatidés, comme ici de jeunes Harles bièvres (Mergus
merganser), peuvent être imprégnés à leur éclosion
Photo : Joël Brueière / www.eyesonsky.com |
L'imprégnation est
une autre forme de dressage. Ce phénomène a été étudié
chez les canetons et les oisons au cours des premières heures qui suivent
l'éclosion. C'est durant ce court laps de temps que ces petites apprennent
à reconnaître les caractéristiques essentielles de l'espèce
à laquelle ils appartiennent. Autrement dit, l'image du premier être
qu'il vient laisse une empreinte ineffaçable dans leur esprit. Les canetons
n'ont aucune idée de l'aspect de leurs parents. Si on les élève
à l'écart de leurs semblables, ils deviennent incapables de se comporter
normalement avec eux à l'avenir et prennent pour des congénères
les animaux ou même les objets qu'ils ont vus (et entendus) au début
de leur vie.
Rôle de l'imitation
dans l'apprentissage
En règle générale,
le rôle de l'imitation est nul chez les jeunes oiseaux, et les parents n'instruisent
pas délibérément leurs petits. Les oiseaux volent instinctivement
dès qu'ils quittent leur nid, et seule l'expérience leur apprend
à améliorer leurs performances. En revanche, ils ne savent pas atterrir
correctement d'une façon instinctive, car il leur arrive de se tromper
sur les distances et de perdre l'équilibre. Très vite cependant,
ils sauront comment éviter ces erreurs.
On dit souvent que les oiseaux adultes apprennent à voler à leurs
petits, mais il s'agît d'une mauvaise interprétation due à
l'idée préconçue de l'observateur.
En fait, une grande partie de ce qui semble inné est en fait une transmission
de l'état d'esprit d'un oiseau à un autre : un individu passif suivra
le même comportement qu'un oiseau actif. On peut observer cela quand par
exemple, l'un des individus d'une troupe qui a vu un rapace s'envole, provoquant
l'envol général de tous les oiseaux (troupes de canards, d'oies,
de limicoles, d'étourneaux, ...).
Toutefois, dans certains cas, les adultes inexpérimentés imitent
les adultes. Les jeunes, pour se nourrir, observent ainsi la façon dont
mangent les adultes. L'imitation est à mettre en cause quand des mésanges
prennent l'habitude de percer des capsules de bouteilles de lait, souvent l'exemple
de précurseurs.
Le chant
L'apprentissage du chant
est une exception à la règle précédente : chez certaines
espèces (fauvettes, hirondelles, troglodyte, ;..), le chant du mâle
est instinctif : si on élève des sujets à l'écart
d'autres représentants de l'espèce, ils sont capables de chanter
et de crier correctement. En revanche, d'autres oiseaux doivent apprendre le chant
de leur espèce. C'est le cas du Pinson des arbres (Fringilla coelebs),
qui fait entendre une version incomplète du chant normal s'il est isolé.
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