Explication du phénomène
de l'invasion
Qu'est-ce qu'une invasion
?
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Jaseur boréal (Bombycilla garrulus), Louvain-la-Neuve,
Belgique, le 15/01/03
Photo : Raphaël
LEBRUN |
Des hivers très froids
peuvent décider du départ d'oiseaux qui normalement ne migrent pas
vers des zones au climat plus doux. Le départ de milliers d'oiseaux est
la conséquence d'une raréfaction brutale de leur nourriture. Des
afflux soudains de vanneaux, d'étourneaux, de roitelets et d'alouettes
peuvent se produire, venant de n'importe quelle partie de l'Europe où la
nourriture est rendue inaccessible par le gel.
Certaines espèces ayant accusé une forte explosion des naissances
peuvent aussi adopter un comportement migratoire. La nourriture n'aurait peut-être
pas été suffisante. Cette faculté de migrer est sans conteste
une sécurité pour l'espèce.
Parfois le phénomène prend tellement d'ampleur qu'on parle d'invasion.
Certains oiseaux nordiques sont connus en Europe pour avoir régulièrement
un comportement de ce type : le Jaseur boréal, le Bec-croisé des
sapins, le Sizerin flammé, le Tarin des aulnes, le Durbec des sapins ou
le Cassenoix moucheté par exemple. En Amérique du Nord, le Gros-bec
errant ou la Sittelle à poitrine rousse réalisent également
certaines années des invasions vers le Sud de l'Amérique du Nord.
Nombreux sont les individus qui ne survivent pas tandis que d'autres s'installent
sur leur lieu d'hivernage (geais, étourneaux).
Le Jaseur boréal est peut-être le passereau européen dont
les invasions attirent le plus l'attention du public en raison de sa beauté
et de son caractère non craintif. Il revient périodiquement par
cycles. Environ une fois tous les 10 ans, d'importants effectifs de jaseurs migrent
vers l'Europe centrale et de l'Ouest pendant l'hiver.
Ce n'est pas le froid, le gel ou la neige qui font fuir ces oiseaux rustiques
mais, avant tout fois l'absence où la rareté de nourriture.
Le jaseur, l'oiseau de la peste
En néerlandais,
le Jaseur boréal est surnommé "Pestvogel" (oiseau de la
peste) car il évoque les invasions que cette espèce accomplies certaines
années, quand elle est poussée par la famine et qui étaient
censées annoncer une catastrophe, par exemple la peste dans nos régions
(source : Cyrille Deliry).
Dans le "Chasseur Français" de mars 1914, on pouvait lire "cétait
des oiseaux sans défiance quon pouvait approcher et fusiller tranquillement"
(lhiver rigoureux de 1914 avait connu en effet une grande invasion de Jaseurs
boréaux appelés à cette époque Jaseur de Bohème).
Louis Ternier, chroniqueur au "Chasseur Français" écrivit
l'article suivant en juillet 1919 : "dès le Moyen-Age, on pensait
aussi que larrivée des jaseurs
présageait celle des épidémies et de la guerre dont elle
était souvent
lune des conséquences les plus désastreuses. De nos jours,
les
paysans croient encore à la légende du jaseur. Ils assurent que
les ailes du Jaseur, dont quelques plumes sont terminées par une petite
partie dénudée semblable à une gouttelette de cire rouge,
pleurent des larmes de sang. Cette fois encore, les événements ont
donné raison à la légende. Combien de sang a coulé
depuis le dernier passage des Jaseurs. Il serait donc là, le jaseur des
vieilles légendes et que les anciens appelaient avis incendiaria, oiseau
portant avec lui le feu du ciel et des enfers
".
Les dernières invasions de jaseurs en France (source : Ornithos)
En France, certaines années, des centaines voire des milliers d'oiseaux
sont notés, et des régions parfois très à l'Ouest
sont visitées (hivers 1965-1966, 1988-1989, 1989-1990 et 1995-1996). L'année
2000-2001 est particulière, avec une troupe de 162 oiseaux du 16 avril
au 6 mai à Meistratzheim et au moins 300 du 28 avril au 4 mai à
Wantzenau dans le Bas-Rhin (Alsace). Ces observations sont à relier à
celles de milliers de jaseurs notés dans le sud de l'Allemagne (2 000 à
Munich par exemple) et en Autriche à la même période.
Les raisons des invasions
de jaseurs
Des invasions massives et régulières
de Jaseurs boréaux ont lieu vers le Sud lorsque la nourriture sur leurs
zones de nidification et d'hivernage habituelles est insuffisante. Ainsi par exemple,
à Umeå sur la côte Nord-est de la Suède, il y a des
jaseurs tant qu'il reste des baies de sorbier. Il peut y avoir des troupes de
1 000 individus en pleine ville en janvier-février même s'il fait
-30°C, du moment que les sorbiers portent des baies. Lors d'hivers doux mais
sans fruits, il n'y a souvent aucun jaseur. C'est un glouton impressionnant et
il faut vraiment une production de baies au dessus de la moyenne pour que des
troupes de jaseurs restent tout l'hiver dans un secteur.
S'il n'y a pas assez de baies de sorbier dans le nord de la Scandinavie, une invasion
vers le Sud est probable. Un été défavorable (pluies abondantes
et températures fraîches) l'année précédente
(donc en 2003 pour l'année 2004) peut expliquer une production insuffisante
de fruits. En effet, il semble que les bourgeons des fleurs du sorbier se forment
pendant l'été pour hiverner sous forme de bourgeons et mûrir
l'année suivante. Un mauvais été une année donne une
mauvaise production de baies de sorbier l'année suivante (source : Emmanuel
Naudot).
Il est donc possible de prévoir si un hiver sera une "saison à
jaseurs" si l'été de l'année d'avant a été
mauvais ...
Où et comment
chercher les jaseurs en France ?
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Jaseur
boréal (Bombycilla garrulus), Flandre Occidentale, Belgique, le 06/03/03
Photo : Marc Delsalle |
L'arrivée de jaseurs
lors d'une invasion est toujours brusque et imprévisible, de même
que leur départ, qui a souvent lieu deux à quatre semaines plus
tard.
Le jaseur est d'abord repéré par ses cris (de courtes trilles).
On le trouve souvent au sommet d'un grand arbre ou d'un arbuste. Sa silhouette
typique (huppe, taches alaires, masque facial sombre) permet de l'identifier même
avec de mauvaises conditions de lumière.
Cet hiver 2004, il faudra surveiller les arbres à baies et en premier lieu
le sorbier, qui est l'espèce favorie du jaseur. Les boules de gui sont
également appréciées. Cette espèce est assez peu craintive,
et elle peut être notée dans un jardin, un parc, un parking de grande
surface, une friche ou l'allée d'une ville..
Les jaseurs se déplacent en bandes, se posant en groupe sur un arbre ou
un arbuste à fruits. Ils peuvent manger tranquillement pendant plusieurs
dizaines de minutes. Ils s'envolent souvent brusquement, en formation rapide et
serrée, et la troupe est parfois suivie d'une autre bande. Cette routine
peut continuer par intermittence pendant la majeure partie d'un matin ou d'un
après-midi. Leurs incursions peuvent diminuer pendant un jour ou plus,
puis recommencer au moment où vous ne vous y attendiez plus.
Les oiseaux qui "s'attaquent" à un arbuste portant des baies
y restent généralement (sauf dérangement) tant qu'ils ne
l'ont pas totalement exploité
Le Nord-est, l'Ouest et le Centre de la France sont à priori les régions
françaises les plus susceptibles d'être visitées.
Le jaseur remonte généralement vers le Nord de l'Europe au plus
tard en mars.
Le cas du Durbec des
sapins
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Durbec
des sapins (Pinicola enucleator) mâle, Groningue (Pays-Bas), novembre 2004
Photo : Leon Boon / www.cursorius.com |
Comme le jaseur, le durbec
peut être chassé de sa zone classique d'hivernage par l'absence de
nourriture. Mais l'espèce est beaucoup moins abondante que le jaseur, et
l'observation de cette espèce en France cet hiver sera beaucoup moins probable
que celle d'un jaseur. Mais les observateurs de Belgique ou du Nord-est de la
France seraient tout de même bien inspirés d'ouvrir l'il !
Le durbec est un gros passereau, robuste au vol puissant, rapide et onduleux.
La double barre alaire blanche est souvent assez visible.
En hiver, le Durbec des sapins est très confiant, calme et bouge assez
peu quand il se nourrit. Il se déplace en petites troupes, se nourrissant
de baies et de graines (il peut fréquenter les mangeoires). Le cri en vol
est un "pluyit !" flûté et clair. Quand il est prêt
à s'envoler ou en alerte, il émet un "pluyidii ! puyllididiu
!". Au sein du groupe, il émet souvent un "buit ! buitt ! buit
!" rapide et grave.
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