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Faut-il donner des graines "bio" aux oiseaux ?

Alors qu'un épisode neigeux touche en ce début du mois de décembre 2017 de nombreux départements français, nous recensons les avantages et les (rares) inconvénients de donner des graines "bio" aux oiseaux.

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Faut-il donner des graines "bio" aux oiseaux ?

Mésange charbonnière (Parus major) près d'un distributeur de graines dans le 20e arrondissement à Paris le 09/12/2014.
Photographie : Olivier Killherr Humbert

Lorsqu'il gèle ou que la neige recouvre le sol, on peut aider les oiseaux en distribuant de la nourriture dans son jardin ou sur son balcon. Les graines (notamment de tournesol) sont appréciées par de nombreuses espèces comme les mésanges, les verdiers ou les pinsons. Depuis quelques années, on peut trouver dans le commerce, à côté des semences "classiques" , des graines "bio" et "NT" (Non Traitées) multipliées selon un mode de production plus respectueux de l'environnement. Dans cet article, nous présentons les différences entre ces trois catégories, les problèmes directs et indirects des graines traitées (destinées à être semées en plein champ) ou bien celles produites par l’agriculture conventionnelle et les avantages et inconvénients des semences "bio".

Abstract

When it freezes or when snow covers the ground, you can help birds by giving them food in your  garden or on your balcony. The seeds (especially those of sunflower) are appreciated by many species such as chickadees, finches and greenfinches. In recent years, one can buy, in addition to "traditional" seeds, organic and "NT" (Untreated) seeds that are produced by more nature-friendly methods. In this article, we present you the differences between these three categories, the direct and indirect problems related to treated seeds or seeds produced by the conventional agriculture and the advantages and disadvantages of organic seeds.

Semences classiques (ou conventionnelles), NT et bio

Pinsons du Nord (Fringilla montifringilla)

Pinsons du Nord (Fringilla montifringilla) mangeant des graines disposées au sol à leur attention dans un jardin en Belgique
Photographie : Marc Fasol

Les semences classiques ou conventionnelles sont multipliées selon un mode de production traditionnel : les cultures sont protégées et désherbées par des produits phytosanitaires (même si l'on observe depuis quelques années une tendance à la réduction de la quantité des intrants). Les graines destinées à être semées dans les champs, une fois récoltées et triées, sont généralement traitées (enrobées) pour faciliter leur conservation, les protéger des ravageurs et des maladies du sol ou pour les semer plus facilement. Elles sont alors souvent colorées, mais ce n'est pas toujours le cas : toutefois, tout traitement doit normalement être précisé sur l’emballage. Précisons que les graines pour oiseaux vendues dans le commerce ne sont pas traitées et ne sont pas dangereuses pour leur santé.
Les semences Non Traitées (NT) sont également produites selon un système classique, mais elles ne sont pas traitées après avoir été récoltées, seule la plante porte-graines pouvant l'être. Ce mode de production a donc un impact plus limité sur l’environnement. Les graines NT peuvent même être utilisées, sous dérogation, par les producteurs biologiques en cas de pénurie de semences bio ou si la variété souhaitée n’existe pas en production biologique.  Précisons toutefois que les graines non traitées peuvent être issues de variétés modifiées génétiquement (OGM).
Les semences "bio" sont quant à elles produites selon les principes de l'agriculture biologique, sans traitement phytosanitaire. Dans certains cas, elles peuvent toutefois subir un passage au froid ou dans de l’eau chaude afin d’éliminer certains ravageurs et des maladies de surface.

Le tournesol, une semence bien adaptée à une production biologique

Les graines de tournesol (strié ou noir) ont une forte teneur en graisse végétale et sont appréciées par de nombreux oiseaux. Cette plante oléagineuse est bien adaptée à un mode de production biologique : elle est peu exigeante en éléments fertilisants, notamment en azote, elle est peu gourmande en eau, elle est rustique et elle a la capacité de couvrir rapidement le sol, ce qui limite le développement des adventices.

Mésange nonnette (Poecile palustris)

Mésange nonnette (Poecile palustris) s'approchant de graines de tournesol disposées sur une souche.
Photographie : Marc Fasol

Le tournesol est généralement cultivé sur des sols ne pouvant pas être irrigués ou très superficiels. Quand il est cultivé de façon biologique, les matières organiques employées (fumiers frais, compost..) proviennent en priorité d’exploitations "bio". Les adventices ne sont pas totalement éliminées, on tente seulement de réduire leur concurrence (par exemple en évitant les montées en graine). Les actions contre les maladies sont enfin préventives (choix de variétés tolérantes, fumure raisonnée…).

Les semences traitées peuvent être néfastes pour les oiseaux

Les semences (tournesol, millet, arachide...) vendues dans de nombreux commerces pour les oiseaux du jardin sont souvent produites par l’agriculture conventionnelle. Toutefois, elles ne sont pas traitées (enrobées) et ne sont pas dangereuses pour la santé des oiseaux. Par contre, cela peut être le cas de plusieurs graines destinées à être semées dans les champs, et des oiseaux peuvent les manger quand elles ne sont pas bien enfouies dans le sol. Toutefois, l’usage de plusieurs molécules est désormais interdit, comme l'imidaclopride, la matière active du Gaucho, un insecticide néonicotinoïde efficace : elle ne peut plus être utilisée en France depuis 1999 pour les graines de tournesol et depuis 2004 pour les grains de maïs. Elle reste par contre répandue pour la protection des grains de riz et des semences de plusieurs légumes et céréales d'automne.
Une étude publiée en 1999 dans le Journal of Liquid Chromatography and Related Technologies avait montré que l’imidaclopride était la principale substance chimique détectée dans le foie de pigeons trouvés morts après avoir mangé des graines traitées. La consommation de grandes quantités de graines traitées à l’imidaclopride peut être très toxique, voire mortelle pour les oiseaux, cette substance s’accumulant dans leur foie. Lors d’une étude menée en Espagne sur des Perdrix rouges (Alectoris rufa), des biologistes ont constaté que l’ingestion de fortes doses (correspondant en fait simplement aux recommandations d’application) tuait toutes les perdrix,  et des quantités cinq fois moindres suffisaient  pour retarder et réduire la taille de leurs couvées.

Les oiseaux peuvent limiter leur consommation de graines traitées

Les oiseaux retirent généralement l’enveloppe des graines avant d’en manger le contenu, ce qui diminue la quantité de substances chimiques réellement ingérées. Cela dépend toutefois des espèces et de leur façon de manipuler les semences : le Roselin familier (Carpodacus mexicanus), le Carouge à épaulettes (Agelaius phoeniceus) et le Quiscale des marais (Quiscalus major) retirent en moyenne entre 15 et 40 % de la quantité d'insecticide appliquée sur les graines avant de les manger, tandis que la Tourterelle triste (Zenaida macroura) les avale entières.    
Les oiseaux peuvent aussi éviter les graines traitées : des chercheurs espagnols ont publié en 2014 une étude très intéressante dans la revue Science of The Total Environment. Ils ont proposé à des Perdrix rouges des semences enrobées avec de l’imidaclopride ou du thiram, et ils ont constaté qu’elles étaient délaissées s’il y avait une alternative disponible, peut-être à cause du mauvais souvenir laissé par une ingestion passée... Mais lorsque les points de distribution sont multipliés, la quantité de graines mangées par chaque oiseau finit par augmenter.

Les effets négatifs de l’agriculture conventionnelle

Bruant jaune (Emberiza citrinella)

Bruant jaune (Emberiza citrinella) et Pinsons des arbres (Fringilla coelebs) mangeant des graines dans un jardin en Belgique. Le Bruant jaune est menacé par l'agriculture moderne.
Photographie : Marc Fasol

Le  mode de production conventionnel utilise davantage d’eau, d’engrais, d’herbicides et de pesticides que l’agriculture biologique ou "durable". L’emploi d’insecticides réduit la quantité de nourriture disponible pour plusieurs oiseaux, notamment durant la période d’élevage des jeunes. Dans un article publié en 2014 dans la revue Nature, on apprend par exemple que l’introduction dans les années 1990 aux Pays-Bas de l’imidaclopride serait responsable de la diminution de plusieurs espèces insectivores.
L’agriculture classique est parfois responsable de la destruction d’habitats favorables aux oiseaux et d’une réduction de leurs ressources alimentaires (arrachage  de haies, mise en culture des friches et irrigation de zones sèches pour augmenter la superficie  des parcelles, élimination des plantes adventices concurrençant les cultures, assèchement des prairies humides…). Si l’on veut  aider les oiseaux à surmonter la période hivernale  tout en ne contribuant pas à détériorer leur écosystème le reste de l'année, il est donc préférable de choisir des graines "bio".

Mais les graines "bio" sont souvent moins riches en protéines

Les semences "bio" sont meilleures pour l’environnement, mais les oiseaux ne les choisissent pas forcément davantage lorsqu’ils ont le choix : une étude britannique menée durant trois ans et publiée en 2010 dans le Journal of the Science of Food and Agriculture a en effet montré qu’ils préféraient les graines issues des pratiques agricoles classiques car elles contenaient un plus fort taux de protéines, des nutriments très recherchés en hiver. Les chercheurs ont installé des nichoirs dans plus de 30 jardins du nord de l’Angleterre. Ils ont distribué dans des mangeoires placées côte à côte des grains de blé de la même variété issus des agricultures biologique et traditionnelle  et durant six semaines, ils ont observé à quelle vitesse les deux catégories de semences étaient consommées. Les mangeoires ont été interverties à la moitié de l’expérience. Ils ont constaté que les oiseaux montraient une plus forte préférence pour les graines "classiques" (mais non traitées). Quand les distributeurs de graines étaient changés de place, ils repéraient aussitôt la nouvelle position de ceux proposant des graines traditionnelles. L’analyse de ces grains de blé a montré que  ceux produits de façon conventionnelle contenaient 10 % de protéines en plus que ceux obtenus biologiquement, certainement du fait de l’emploi d’engrais azotés. Les autres différences (quantité de mycotoxines, dimension, teneur en énergie ou résidus de pesticides) ne semblaient pas expliquer la préférence des oiseaux. Une expérience menée en laboratoire sur des canaris avait aussi donné le même résultat. 

Mais les graines "bio" sont souvent plus chères

Mésange nonnette (Poecile palustris)

Mésange nonnette (Poecile palustris) mangeant une graine de tournesol.
Photographie : Marc Fasol

Les graines biologiques sont souvent plus chères que des graines classiques quand elles sont achetées en petites quantités. Mais si vous avez un peu de terrain, vous pouvez les produire vous-même (lire Semez ou laissez pousser des fleurs qui produisent des graines pour les oiseaux). Et plusieurs associations françaises, belges, suisses ou canadiennes de protection des oiseaux font des achats groupés auprès de producteurs biologiques locaux et revendent des sacs à des prix raisonnables. Charente Nature propose ainsi des sacs de tournesol au prix de deux euros le kg (à partir de 2,5 kg) : les sommes collectées servent à financer le Centre régional de sauvegarde de la faune sauvage.
Plusieurs exploitations agricoles et associations comme la Ferme de Sainte-Marthe, Agrosemens ou Kokopelli, produisent et vendent des semences "bio" et NT (de tournesol, blé, maïs, riz, pois, lin, colza, avoine, sarrasin…). Un comparatif est disponible sur le blog "Tous au potager".
Enfin, de nombreux sites web vendent des semences biologiques pour le nourrissage des oiseaux (rentrez les mots "graines bio oiseaux" dans un moteur de recherche).
On peut bien sûr aussi donner aux oiseaux d’autres aliments (pommes trop mûres par exemple) issus de l’agriculture biologique ou simplement de son jardin.

En résumé

Les graines pour oiseaux vendues dans le commerce ne sont pas mauvaises pour leur santé, mais quand c'est possible (en fonction de leur disponibilité ou même de vos moyens), préférez les semences biologiques. Les graines "NT" sont aussi intéressantes, même si leur mode de production est un peu moins vertueux : elles ont toutefois un taux de protéines plus élevé que leurs équivalents "bio". Les initiales "NT" sont parfois indiquées sur le sac (par exemple : "Maïs Doux Sequoia F1 NT").

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Sources

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