Date de mise
en ligne : 09/02/12 - Visé par le Comité de Lecture
Nous avons abordé déjà à plusieurs reprises
le sujet du nourrissage des oiseaux en hiver. Mais il y a un autre
moyen de les aider lors des vagues de froid : leur fournir un abri
pour la nuit.
Après une présentation des adaptations des oiseaux pour
survivre pendant les longues nuits hivernales, nous décrivons
comment leur donner
un coup de main, en insistant notamment sur la mise en place de boîtes-dortoirs.
Cet
article a été soumis à notre Comité
de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous
contacter.
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Abstract
How can
birds stand up to cold winter nights? Where are they? There's no single
answer as birds have various places and techniques to stay warm through
a cold winter night. We propose you to learn more about these places
and techniques. We also present you different tips to help them, especially
by installing a roost box.
Comment les oiseaux supportent-ils les nuits d'hiver et comment les
aider ?
Dormir sans tomber du perchoir !
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Fermeture
"automatique" des doigts par compression des tendons.
Schéma : Ornithomedia.com d'après Encyclopaedia
Britannica |
Le sommeil est
une période critique pour les oiseaux arboricoles : ils choisissent
un perchoir à l'abri du vent, aussi sec que possible, et hors de
portée des prédateurs. Mais comment font-ils pour dormir sans tomber
?
Les espèces arboricoles dorment avec leurs doigts refermés
sur leur perchoir comme de nombreux passereaux ou s'accrochent avec
leurs griffes le long des parois comme les pics ou les martinets.
La patte typique d'un oiseau est composée de quatre doigts : l'hallux
(le plus long orteil) est tourné vers l'arrière, tandis que les
trois autres sont orientés vers l'avant. Ce sont des espèces
anisodactyles. Les martinets sont pamprodactyles (tous leurs doigts
sont tournés vers l'avant), tandis que les pics ont deux doigts
vers l'avant et deux vers l'arrière (zygodactyles), ce qui
leur permet de monter et de descendre facilement des troncs.
Les pattes des espèces arboricoles sont essentiellement composées
de tendons et d'os, tandis que les nerfs, les vaisseaux sanguins
et les muscles sont réduits au maximum, ce qui leur permet
par exemple de se percher sur des parois très froides. Par
contre, chez les espèces aquatiques, les vaisseaux sanguins
jouent un rôle important dans l'adaptation au froid (lire
à ce sujet notre article Les
adaptations des oiseaux pour supporter le froid).
Les pattes des passereaux (moineaux, roitelets, fauvettes, grives,
...) sont parfaitement adaptées pour serrer longtemps des objets
même quand ils dorment ou somnolent. Deux minces tendons,
appelés tendons fléchisseurs, s'étendent à l'arrière
de la patte, passent derrière l'os du tarse et sont reliés
aux doigts. Quand un oiseau se pose sur un perchoir, ces tendons
se compriment, entraînant la fermeture automatique de la patte
autour du support. Il s'agit d'un réflexe, et l'endormissement ne
diminue pas la force du serrage. Au contraire, plus le sommeil est
profond et plus les tendons se compriment. L'oiseau peut ainsi rester
perché sans effort.
Dans des cavités, sur des arbres, sur l'eau ou au sol
Les oiseaux ont tendance à dormir dans les zones qu'ils fréquentent
pendant la journée. Pour se protéger des prédateurs, ils recherchent
des endroits sûrs.
La majorité d'entre eux, y compris ceux qui ne sont pas strictement
arboricoles comme les gallinacés, préfèrent dormir dans les
arbres ou les arbustes denses : ils y sont hors de portée des prédateurs.
Les oiseaux cavernicoles dorment dans les cavités des arbres
ou des bâtiments, dans les fissures des falaises ou des murs,
dans des conduits de cheminées ou dans des nichoirs. Les pics creusent
des cavités en automne et évitent de dormir dans leur site
de nidification.
Les oiseaux aquatiques dorment sur l'eau, sur la glace ou sur des
îles.
Des espèces plutôt terrestres, comme les alouettes ou les
cailles, dorment sur le sol, dans la végétation dense.
Les dortoirs peuvent changer suivant la saison : les oiseaux territoriaux
dorment souvent dans leur domaine (y compris dans leur nid) pendant
la saison de reproduction, mais ils peuvent former des grands dortoirs
collectifs durant la période internuptiale. La Gélinotte
huppée (Bonasa umbellus) d'Amérique du Nord, qui dort
dans les conifères denses au printemps et en été,
s'enfonce souvent sous la neige en hiver. Les lagopèdes creusent
aussi des dépressions voire des tunnels sous la neige, qui ont une
fonction isolante (les hommes l'ont bien compris en construisant
des igloos).
A l'abri des intempéries
Les oiseaux recherchent des dortoirs à l'abri des intempéries,
surtout du vent. Les passereaux qui construisent des nids en forme
de coupe passent la nuit dans des fourrés denses. Les enchevêtrements
de ronces et de vignes constituent de bons abris, sauf contre les
fortes pluies. Les arbres à feuillage persistant, comme les conifères,
ou les murs couverts de lierre, sont très appréciés. Des moineaux
ont aussi été vus dormants dans des meules de foin.
Les pics, les troglodytes, les mésanges, les sittelles et les autres
oiseaux cavernicoles recherchent des cavités ou utilisent
les abris mis à leur disposition (nichoirs, boîtes-dortoirs).
On a déjà vu jusqu'à 60 troglodytes regroupés dans un nichoir !
Dans les Montagnes Rocheuses, les Sittelles pygmées (Sitta pygmaea)
se groupent parfois par dizaines dans les cavités des grands arbres.
Certaines espèces dorment seules, comme la Mésange
bleue (Cyanistes caeruleus), tandis que d'autres se blottissent
les unes contre les autres, comme les Mésanges à longue
queue (Aegithalos caudatus).
Les chouettes se réfugient dans les granges, les clochers des églises,
et parfois dans les cavités de troncs.
Certaines espèces utilisent des méthodes originales pour passer
la nuit : les colins et les perdrix forment ainsi un cercle, avec
toutes les têtes vers l'extérieur : ils conservent ainsi leur chaleur
et ils peuvent détecter d'éventuels prédateurs dans
toutes les directions.
Maintenir une température corporelle élevée
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Mésange
charbonnière (Parus major) dormant avec les plumes ébouriffées.
Photographie : "Redoak" / Forum Tech Support Guy |
Certaines espèces
migrent vers le sud, et n'ont donc pas à supporter de longues
nuits froides.
Pour les autres, il leur faut diminuer au maximum les pertes de
chaleur.
Quand un oiseau dort, sa première ligne de défense contre le froid,
ce sont ses plumes, qui isolent les parties chaudes de son corps.
Chaque plume est contrôlée par de petits muscles qui peuvent la
lever ou la rabattre, ce qui permet aux oiseaux de gonfler leur
plumage.
En ébouriffant leurs plumes, l'air chauffé par le corps reste
ainsi "prisonnier" entre celles-ci (c'est le même principe
qui rend les doudounes si efficaces en hiver).
Le zoologiste Chuck Kendeigh avait remarqué qu'un Moineau domestique
(Passer domesticus) se perchait chaque nuit dans une boîte
sous les combles d'un immeuble dans l'université de l'Illinois (Etats-Unis).
Il a placé deux thermomètres enregistreurs pour mesurer la température
intérieure et extérieure de son abri, 24 heures/24, du 20 décembre
1949 au 11 janvier 1950 (les jours les plus froids de l'année).
Quand l'oiseau était absent, les températures intérieures et extérieures
étaient identiques, mais quand il y était, la température
intérieure était de -2°C contre -8°C à l'extérieur. Kendeigh
a calculé que le moineau brûlait 11 % de graisse en moins en dormant
à l'abri que s'il était exposé à l'air libre.
La quantité d'énergie ainsi conservée peut faire la différence entre
la vie et la mort pendant les périodes où les conditions météorologiques
sont extrêmes.
Les oiseaux réduisent aussi les éventuelles pertes de chaleur en
enfonçant les parties nues de leur corps (bec, pattes) sous leurs
plumes. Les oiseaux aquatiques dorment souvent avec une patte repliée
contre leur corps. Celle-ci comprend un étonnant réseau de vaisseaux
sanguins qui sert d'échangeur de chaleur (lire Les
adaptations des oiseaux pour supporter le froid).
Aider les oiseaux cavernicoles : les boîtes-dortoirs
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Différences
entre un nichoir et une boîte-dortoir (l'ouverture pour montrer
les perchoirs est bien sûr virtuelle).
Schéma : Ornithomedia.com |
Mais lors des
nuits très froides, les cavités naturelles ou artificielles
ne garantissent plus la survie des oiseaux cavernicoles, et parfois
certains meurent gelés.
D'autre part, les arbres morts, qui fournissaient des abris intéressants,
sont de plus en plus rares (les oiseaux n'utilisent généralement
pas les abris artificiels disponibles s'il existe des cavités naturelles
dans le secteur).
Les oiseaux peuvent parfois utiliser les nichoirs vides en automne
ou en hiver : des dizaines d'entre eux peuvent même s'y empiler
! Mais ces abris ne constituent pas des dortoirs idéaux car ils
sont généralement trop exigus, l'air froid y pénètre
et les oiseaux ne peuvent pas se percher à l'intérieur.
Vous pouvez donc aider les petits oiseaux à passer les nuits
hivernales en installant une "boîte-dortoir". A la différence
d'un nichoir classique, ce type de boîte est conçu pour conserver
la chaleur : il n'y a donc pas d'espace sous le toit pour la ventilation,
et son entrée est située près de la base pour éviter au maximum
que l'air chaud ne s'échappe (dans un nichoir, l'entrée est
placée le plus haut possible pour protéger au maximum les
œufs et les oisillons des prédateurs).
Contrairement à un nichoir, des perchoirs peuvent être
installés à l'intérieur pour permettre à un ou plusieurs oiseaux
de s'y poser pour dormir. Ils doivent être disposés
de façon à ce qu'un individu ne défèque
sur son voisin du dessous !
Quelques principes de construction d'une boîte-dortoir
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Plan
d'une boîte-dortoir typique (l'ouverture pour montrer les perchoirs
est bien sûr virtuelle).
Schéma : Ornithomedia.com |
Comme indiqué
précédemment, une boîte-dortoir doit être
la mieux isolée possible du froid, son entrée doit
être située près de la base, et des perchoirs
constitués de petites chevilles de bois placées à
différents niveaux peuvent être installés. Ses surfaces
intérieures peuvent être rendues rugueuses afin que les petites
espèces de pics puissent s'y accrocher. Un toit amovible
facilite son nettoyage en dehors de la période hivernale
Les dimensions varient selon les espèces que vous souhaitez accueillir,
mais le trou d'entrée doit être le plus petit possible afin d'empêcher
des prédateurs et/ou des oiseaux "indésirables"
d'y rentrer. Un diamètre d'environ cinq centimètres
réservera l'accès aux plus petits oiseaux, mais pour exclure
totalement certaines espèces comme les étourneaux, il faudra
réduire l'ouverture à environ quatre centimètres. Il est
toutefois conseillé que le diamètre de l'entrée
soit plus grand que pour un nichoir, ce qui facilitera les entrées
et les sorties. Des études ont montré en Belgique que les Mésanges
bleues préfèraient des boîtes aux entrées plus
grandes.
Les oiseaux relativement grands comme les pics et les chouettes
auront besoin d'un trou d'entrée de huit centimètres de diamètre
au moins.
Il ne faut pas installer de perchoir à l'extérieur de la boîte
: les oiseaux n'en n'ont pas besoin, et il pourrait aider les prédateurs
à s'accrocher.
Lorsque vous accrochez votre boîte-dortoir, assurez-vous qu'elle
soit à l'abri des prédateurs. Installez-la par exemple sur un poteau
métallique pour que les prédateurs ne puissent pas y grimper.
Ajoutez aussi en-dessous une chicane en métal.
Placez votre boîte dans un endroit à l'abri des vents dominants.
Une façade orientée vers le sud recevra plus de chaleur.
De telles boîtes peuvent être achetées chez certains vendeurs ou
fabricants de nichoirs et de mangeoires (comme www.duncraft.com,
JJ
Cardinal's, ...). Vous pouvez aussi les fabriquer vous-même.
Des plans sont d'ailleurs disponibles sur le web :
- paragraphe "roost boxes" sur www.allaboutbirds.org/attractingbirds-other?ac=ac
- http://mdc4.mdc.mo.gov/tv/hints/roost_bx.pdf
- http://audubon-omaha.org/bbbox/roostbox.htm
Ces boîtes-dortoirs devraient être retirées à
la fin de l'hiver et remises en place vers la fin de l'automne.
Transformez un nichoir en boîte-dortoir
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Modèle
de boîte-dortoir proposé par Duncraft : il contient une
échelle qui permet à plus de six oiseaux de se
percher. Il est possible de le transformer en été
en nichoir en retirant l'échelle et d'inverser la façade
pour placer l'entrée en haut.
Source : Duncraft.com |
La solution
la plus simple est certainement de transformer un nichoir en boîte-dortoir.
Il faudra calfeutrer toutes les entrées et les fissures sur les
côtés, par exemple avec de la mousse synthétique (elle sera
facile à enlever au printemps). Il ne faudra toutefois pas
que l'intérieur soit totalement obscur car les oiseaux aiment
regarder à l'intérieur d'une cavité avant d'y entrer, peut-être
pour vérifier l'existence d'un éventuel danger.
Vous devrez donc retirer le nichoir à la fin de l'été. S'il a besoin
d'être nettoyé, utilisez une brosse, placez les déchets dans un
sac et jetez-les à la poubelle. Laissez-le ouvert pendant une journée
pour l'aérer.
Découpez un cercle de quatre à cinq centimètres
de diamètre près de la base avec une scie-sauteuse.
Avec une perceuse, percez six trous en quinconce sur le côté gauche
de la boîte en les espaçant d'environ sept centimètres et
insérez-y des chevilles pour former les perchoirs. Utilisez moins
de chevilles si la boîte est petite.
Placez un ruban adhésif à l'extérieur de la boîte pour couvrir les
ventilations existantes. Découpez un peu de mousse en lui
donnant la forme du trou d'entrée du nichoir. Placez la mousse jusqu'à
ce qu'elle soit parfaitement ajustée. Collez du ruban adhésif pour
empêcher qu'elle ne tombe.
Placez un morceau de mousse légèrement plus large que la base de
la boîte. Installez-le sur le fond, et recouvrez-le d'une épaisseur
d'environ 2,5 centimètres de copeaux de bois.
Replacez la boîte sur un poteau ou contre un support face au sud
ou à l'est, et faites en sorte que l'entrée soit à
l'abri des vents dominants de la région.
D'autres abris
Vous pouvez aussi fournir des abris aux oiseaux en plantant des
conifères. Il faut éviter de les tailler, sauf en cas de nécessité,
car leur feuillage peut parfois devenir si dense que les oiseaux
ne peuvent plus s'y réfugier. Conservez tous les arbres morts, les
souches et les grands arbres aux troncs fissurés et/ou avec
des cavités.
Nourrir les oiseaux
Vous pouvez aussi bien sûr aider les oiseaux à supporter
les longues nuits d'hiver en leur distribuant de la nourriture.
Nous avons publié plusieurs articles sur le sujet :
- Nourrir
les oiseaux en hiver : d'autres conseils
- Quelles
graines pour quels oiseaux ?
- Nourrir
les oiseaux: quelques précisions et conseils
- Installer
une webcam près d'une mangeoire
- Nourrir
les oiseaux: limiter les désagréments
- Nourrir
les oiseaux en hiver: mangeoires et conseils
Sources
- Wren Hampton (2011). How to Create a Bird Roost. EHow. http://www.ehow.com/how_8646077_create-bird-roost.html
- Alan Thompson (2008). Why don't birds fall off their perches when
they sleep. RSPB. http://www.rspb.org.uk/advice/expert/previous/perch.aspx
- Wild-bird-watching.com. Where Do Birds Sleep? http://www.wild-bird-watching.com/birds_sleep.html
- Arabella Buckley. Where do birds sleep? http://www.mainlesson.com
- Roger Lederer (2010). Why don't sleeping birds fall out of trees.
http://www.norcalblogs.com/birds/2010/08/why-dont-sleeping-birds-fall-out-of-trees.html
- Cynthia Berger (2004). Providing Birds with Cozy Winter Roosts.
National Wildlife. http://www.nwf.org/News-and-Magazines/National-Wildlife/Gardening/Archives/2004/Providing-Birds-With-Cozy-Winter-Roosts.aspx
- Yardener.
Don't Forget Roosting Boxes. http://yardener.com
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