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Rencontre avec le Bécasseau spatule en Sibérie orientale

Un nouveau site de nidification a été découvert en juillet 2016 lors d'une expédition conjointe des compagnies Voyages Starling et Heritage Expedition, de l'association Русское et de la Spoon-billed Sandpiper Recovery Team.

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Rencontre avec le Bécasseau spatule en Sibérie orientale

L'équipe à la recherche du Bécasseau spatule (Calidris pygmeusle long de la côte de la Tchoukotka (Russie) en juillet 2016.
Photographie : Billy Herman

Le Bécasseau spatule (Calidris pygmeus) est un petit limicole unique : comme son nom l'indique, son bec a une forme très particulière qui l'aide à rechercher ses petites proies dans la vase et dans les eaux peu profondes. Il se reproduit dans la toundra dans le nord-est de la Sibérie et hiverne dans le sud et au sud-est de l’Asie. C'est une espèce très rare et menacée, dont la population mondiale compterait moins de 230 couples. Pour toutes ces raisons, cette espèce constitue un "mythe" pour beaucoup d'observateurs.
Lors d'une expédition organisée du 28 juin au 11 juillet 2016 dans les oblasts du Kamtchatka et de la Tchoukotka, dans l’Extrême-orient russe, des guides de l'agence belge Starling, ont découvert, en compagnie de membres de la compagnie néo-zélandaise Heritage Expedition, de l'association Русское (BirdsRussia), et de la Spoon-billed Sandpiper Recovery Team (SBBS RT), un probable nouveau site de nidification du Bécasseau spatule.
Après une présentation de ce limicole original, Noé Terorde (Voyages Starling) nous en dit plus sur cette découverte.

Abstract

The Spoon-billed sandpiper (Calidris pygmeus) is a unique wader: its bill has a very particular shape that helps it to find small preys in the mud and in shallow waters. It breeds in the tundra in northeastern Siberia and winters in southern and southeastern Asia. It is a very rare and endangered species, with a global population of less than 230 pairs. For all these reasons, this species is a "myth" for many birders.
During an expedition organized from the 28th of June to the 11th of July 2016 in the Kamchatka and Chukotka oblasts, in the Russian Far East, guides from the Belgian Starling Voayges agency discovered, together with members of the New Zealand Heritage Expedition compagny, the BirdsRussia Association and the Spoon-billed Sandpiper Recovery Team (SBBS RT), a probable new breeding site of the Spoon-billed sandpiper. After a presentation of this original wader, Noé Terorde (Voyages Starling) tells us more about the circumstances of this discovery.

Le Bécasseau spatule (Calidris pygmeus

Bécasseau spatule (Calidris pygmeus)

Bécasseau spatule (Calidris pygmeus), Tchoukotka (Russie), juillet 2016.
Photographie : Billy Herman

Longueur : 14-16 cm.

Description : le Bécasseau spatule est un petit limicole au bec noir à l’extrémité élargie et aplatie. En vol, une barre blanche est bien visible. La femelle est identique au mâle mais est légèrement plus grande. La queue est noire au centre mais les rectrices externes sont grises.
Les yeux sont sombres et entourés d’un cercle oculaire blanc étroit. Les pattes et les doigts sont noirs.
En plumage nuptial, l'adulte a la tête, le cou et la poitrine brun-roux striés de brun foncé. La base du bec et le menton sont blanchâtres, ainsi que les parties inférieures. Le manteau, les scapulaires et les rémiges tertiaires sont châtain-roux et leur centre est noir. Il ressemble au Bécasseau à col roux (Calidris ruficollis), mais son bec est bien différent et sa poitrine n'est pas striée de sombre.
L'adulte en plumage internuptial a le dessus gris-brunâtre, le front, les larges sourcils et les parties inférieures blancs, et de fines stries sombres sur les côtés de la poitrine et des parotiques.
Le juvénile a les plumes du dessus brun sombre bordée de chamois et de blanc. Un "V" indistinct est parfois visible sur les bords du manteau et des scapulaires
Biologie : oiseau migrateur. il se nourrit dans la vase et les eaux peu profondes. Il arrive sur ses zones de nidification en mai et au début du mois de juin et les quitte entre juillet (femelles adultes) et octobre (juvéniles). Il est monogame, et les deux parents couvent et élèvent leurs poussins. En migration et en hiver, il est souvent associé au Bécasseau à col roux.

Aire de répartition : il niche localement dans la toundra côtière de Sibérie orientale (Russie), dans les oblasts de la Tchoukotka et du Kamchatka (lire Voyage ornithologique au Kamtchatka en juin-juillet 2006 : première partie). Il migre le long des côtes de Corée, du Japon et de Chine et hiverne en Asie du Sud (Bangladesh) et du Sud-est (Hong Kong, Thaïlande, Myanmar, Indonésie et Philippines).

Statut et menaces : le Bécasseau spatule est une espèce très menacée, avec une population estimée en 2014, de 210 à 228 couples et de 661 à 718 individus en période postnuptiale. Il n'a toutefois probablement jamais été commun, sa population étant estimée à environ 6 000 oiseaux dans les années 1970. Dès 2000, son déclin était devenu inquiétant, et l'Académie des Sciences de Moscou avait alors lancé une étude sur ses sites de reproduction en Sibérie orientale pour préciser son statut : elle avait révélé qu'en 2004, la population avait chuté à moins de 1 000 individus. Des études dans les aires d'hivernage potentielles, menées à partir de 2005 par la Spoon-billed Sandpiper Recovery Team, avaient montré que l'espèce n'hivernait plus au Sri Lanka, en Inde et dans certaines parties du Vietnam.
Le Bécasseau spatule est en danger critique d'extinction. Il est surtout menacé par la destruction de ses zones de migration (lire Requiem pour les vasières sud-coréennes) et d'hivernage et la chasse illégale (lire Le Bécasseau spatule menacé par la chasse au Myanmar). Un programme de reproduction en captivité a été lancé.

Observer le Bécasseau spatule en migration ou en hivernage

Pour observer le Bécasseau spatule, on peut visiter l'un de ses sites connus de halte migratoire en Asie de l'Est (Corée, Japon et Chine) et d'hivernage en Asie du Sud et du Sud-est (Thaïlande, Malaisie, Myanmar, Vietnam et Bangladesh).
En octobre 2013, 140 Bécasseaux spatules ont ainsi été comptés sur les vasières de Rudong, dans la province chinoise de Jiangsu (lire Les vasières de Rudong sont vraiment le meilleur secteur pour observer le Bécasseau spatule). Toujours en Chine, un groupe d'au moins 30 oiseaux a été noté le 30 décembre 2015 dans l'estuaire du fleuve Fucheng, au sud-ouest la province du Guangdong (lire Observation d'un groupe record de 30 Bécasseaux spatules en hiver en Chine). 
D'après un suivi effectué de 2009 à 2016, le golfe de Mottama au Myanmar semble être le plus important site d'hivernage connu de l'espèce, même si le nombre d'oiseaux y est passé de 244 à 112 sur cette période. L'estuaire du fleuve Meghna au Bangladesh constitue un autre secteur crucial durant la période internuptiale, avec 48 oiseaux comptés en 2016.

L'itinéraire de l'expédition

L'itinéraire de l'expédition du 28 juin au 11 juillet 2016 et l'emplacement du site de nidification découvert le 2 juillet (cliquez sur la carte pour l'agrandir).
Carte : Ornithomedia.com

L'objectif de l’expédition de 2016 : trouver de nouveaux sites de nidification du Bécasseau spatule

Pour observer le Bécasseau spatule en plumage nuptial, il faut se rendre en Sibérie orientale, dans ses secteurs de reproduction. L'agence Voyages Starling a donc décidé de participer à une expédition coorganisée du 28 juin au 11 juillet 2016 par l'association BirdsRussia, la Spoon-billed Sandpiper Recovery Team et la compagnie Heritage Expeditions afin de rechercher de nouveaux sites de nidification le long de la côte sud de l'oblast de la Tchoukotka : ce littoral est en effet favorable à l'espèce grâce à une succession d'estuaires et de lagunes bordés de lidos sablonneux. Plus au nord, les baies d'Anadyr (dont la pointe sablonneuse de Russkaya Koshka, lire Inventaire ornithologique dans la Tchoukotka (Russie) du 7 au 26/06/2017) et d'Ugolnaya (Beringovsky) sont des secteurs connus de reproduction. 
Le printemps est la meilleure période pour rechercher le Bécasseau spatule, quand les mâles paradent et que les jeunes sont activement nourris. 
Du fait de l'absence de routes et de sentiers dans la région, le camp de base de l'expédition était établi à bord du "Spirit of Enderby", un bateau de 72 mètres de long appartenant à la compagnie néo-zélandaise Heritage Expeditions, qui peut transporter jusqu'à 50 passagers dans de conditions très confortables, et qui permet d’atteindre des endroits reculés qu’il aurait été impossible d’atteindre autrement. Des canots pneumatiques ont été utilisés pour remonter des fleuves sur plusieurs kilomètres.

La découverte du 2 juillet 2016

Depuis le début du séjour, plusieurs secteurs de toundra parsemées de plans d’eau et sillonnée de ruisseaux aux berges herbeuses favorables ont été visités, comme les environs du petit village de Meinypil’gyno (62°32’N, 177°03’E), situé sur un lido sablonneux de 60 km de long isolant la lagune de Pekul'neiskoe de la mer de Béring, et où une station biologique a été installée car le site accueille une petite population de Bécasseaux spatules (13 couples et quatre mâles solitaires comptés au printemps 2017). 

Arlequins plongeurs (Histrionicus histrionicus)

Arlequins plongeurs (Histrionicus histrionicus),  côtes du Kamtchatka et de la Tchoukotka (Russie) en juin-juillet 2016. 
Photographie : Billy Herman

Durant la matinée du 2 juillet 2016, les participants avaient observé le long de la côte des dizaines de Baleines grises (Eschrichtius robustus) et de Bélugas (Delphinapterus leucas), des Marsouins de Dall (Phocoenoides dalli), des Guillemots de Kittlitz (Brachyramphus brevirostris) et des Arlequins plongeurs (Histrionicus histrionicus). 
L’après-midi, l'équipe a décidé d'explorer un secteur intéressant encore inconnu des membres de l'expédition, situé à plus de 100 km au sud de Meinypil’gyno (voir sa localisation sur Google Maps). Bien équipés et pleins d’espoir, les participants ont remonté un petit fleuve côtier à bord d’un zodiac. Afin de maximiser leur chances de découverte, ils se sont séparés en trois groupes et ont marché le long des lacs et des cours d’eau bordés de saules dans la toundra. Dans cet habitat, ils ont observé plusieurs espèces, dont le Bécasseau variable (Calidris alpina), le Pluvier fauve (Pluvialis fulva) et le Labbe parasite (Stercorarius parasiticus).
Soudain, l’un des chercheurs russes a annoncé avoir aperçu des Bécasseaux spatules. L’excitation du groupe était à son comble ! Le groupe a continué ses recherches, et quelques centaines de mètres plus loin, un Bécasseau spatule s’est envolé puis s’est posé très près. Après quelques instants, il s’est éloigné : une rencontre brève mais intense. Il a été revu un peu plus loin. 
Durant cette journée, les trois groupes ont observé au minimum de huit Bécasseaux spatules sur ce nouveau site : deux probables couples nicheurs actifs et quatre individus isolés.

HBécasseau spatule (Calidris pygmeus)

Bécasseau spatule (Calidris pygmeus), Tchoukotka (Russie), juillet 2016.
Photographie : Billy Herman
Bécasseau spatule (Calidris pygmeus)

Bécasseau spatule (Calidris pygmeus), Tchoukotka (Russie), juillet 2016.
Photographie : Billy Herman


Les autres espèces observées durant l'expédition

Le bateau Spirit of Enderby

Le bateau "Spirit of Enderby", qui a servi à longer les côtes du Kamtchatka et de la Tchoukotka (Russie) en juin et juillet 2016.
Photographie : Billy Herman

D'autres espèces ont bien sûr été observées durant ce séjour, notamment des Pygargues de Steller (Haliaeetus pelagicus) (une dizaine de couples, principalement sur la côte et dans les estuaires), un Bruant auréole (Emberiza aureola) mâle chanteur dans un marais côtier qui accueillait également des Bruants des roseaux (Emberiza schoeniclus), des Calliopes sibériennes (Calliope calliope) et des Bécassines des marais (Gallinago gallinago), des Eiders de Steller (Polysticta stelleri) (des milliers), 15 espèces d'alcidés, dont les Macareux cornu (Fratercula corniculata) et huppé (Fratercula cirrhata), les Stariques perroquet (Aethia psittacula), cristatelle (A. cristatella) et pygmée (A. pygmaea), les Guillemots de Brünnich (Uria lomvia) et de Kittlitz (Brachyramphus brevirostris), des centaines d'Oies empereurs (Anser canagicus), des Arlequins plongeurs et des Grues du Canada (Grus canadensis) (plusieurs couples, l'espèce est en expansion en Sibérie orientale).
Des Loutres de mer (Enhydra lutris), avec parfois leurs jeunes sur le ventre (depuis le bateau), des Ours bruns (Ursus arctos) et des Morses (Odobenus rosmarus) étaient les mammifères les plus remarquables.
Plusieurs pieds de Cypripèdes royaux (Cypripedium guttatum), une belle espèce d'orchidée, ont par ailleurs été trouvés  le 29 juin 2016 dans une aulnaie.

Partir en Sibérie orientale avec Voyages Starling

Etant donné la beauté de cette partie de la Russie et la richesse de sa faune, la compagnie Voyages Starling y organise un séjour du 25 juin au 8 juillet 2019 (un autre séjour en prévu en 2020).

Exploration de la côte en pneumatique

Exploration des côtes du Kamtchatka et de la Tchoukotka (Russie) en juin-juillet 2016. 
Photographie : Billy Herman
Macareux huppé (Fratercula cirrhata)

Macareux huppé (Fratercula cirrhata) le long des côtes du Kamtchatka et de la Tchoukotka (Russie) en juin-juillet 2016.
Photographie : Billy Herman
Pygargue de Steller (Haliaeetus pelagicus)

Pygargue de Steller (Haliaeetus pelagicus) le long des côtes du Kamtchatka et de la Tchoukotka (Russie) en juin-juillet 2016. 
Photographie : Billy Herman


Morses (Odobenus rosmarus) le long des côtes du Kamtchatka et de la Tchoukotka (Russie) en juin-juillet 2016. 
Photographie : Billy Herman

Contact

Voyages Starling - Courriel : info@voyagesstarling.be - Site web : www.voyagesstarling.be

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Source

Elena Lappo et al  (2018). Spoon-billed Sandpiper Task Force News Bulletin No 18. Mars. https://eaaflyway.net/wp-content/uploads/2017/11/SBS-Newsletter-Mar-2018-13032018-Web.pdf 

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