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Visiter une forêt tropicale certifiée : la réserve de Deramakot (Malaisie)

Même si les certifications sont critiquées, la réserve forestière de Deramakot est devenue l'une des meilleures zones de Bornéo pour observer les oiseaux et les mammifères des forêts de plaine.

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Visiter une forêt tropicale certifiée : la réserve de Deramakot (Malaisie)

Vue de la réserve forestière de Deramakot dans l'État du Sabah (Malaisie) sur l'île de Bornéo en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez

Bornéo est la quatrième plus grande île du monde, et son territoire est partagé entre la Malaisie, l'Indonésie et le Sultanat de Brunei. Les forêts tropicales occupent encore des millions d'hectares, mais elles disparaissent rapidement, plus de 33 % de la surface boisée ayant été détruits au cours des trente dernières années à cause des coupes pour le bois, de l'essor de la culture du palmier à huile, de la culture sur brûlis et de l'exploitation minière et pétrolière. Sous la pression internationale et afin de mieux gérer ses ressources, la Malaisie a changé en 1993 sa loi forestière pour favoriser des techniques moins destructives, comme l'Exploitation à Faible Impact ("Reduced Impact Logging") et les dispositifs de certification, comme celui du Forest Stewardship Council (FSC) créé en 1993 sous l’impulsion de plusieurs organisations internationales et dont l'objectif affiché est d'assurer que la production de bois ou d'un produit à base de bois respecte les procédures garantissant la gestion durable des surfaces boisées.
La réserve forestière de Deramakot, qui occupe une surface de 55 507 hectares au centre de l'État malaisien du Sabah, au nord de l'île de Bornéo, a été certifiée par le FSC dès 1997. Même si ces certifications sont parfois critiquées pour leur inefficacité, la réserve de Deramakot est devenue l'un des meilleurs sites de Bornéo pour observer les oiseaux et les mammifères des forêts de plaine du nord de l'île.
Bruno Tredez (site web : Bruno.tredez.com) a séjourné dans la réserve du samedi 29 septembre au 12 octobre 2018 avec la compagnie Yuhina, et il nous a transmis de nombreuses photos.
Après une présentation de cette destination méconnue, nous vous donnons des informations pratiques pour y séjourner, nous vous proposons le rapport de voyage rédigé par Philippe Huet, guide de la compagnie Yuhina, et auquel a participé Bruno, puis la traduction du compte-rendu d'un séjour organisé du 27 avril au 2 mai 2018 par la société Naturetrek.
 

Abstract

Borneo is the fourth-largest island in the world, and its territory is shared between Malaysia, Indonesia and the Sultanate of Brunei. ItsTropical forests still cover millions of hectares, but they are rapidly disappearing, with more than a third of the area having disappeared in the last 30 years due to logging, the oil palm cultivation, slash and burn, and mining and oil activities. Under international pressure and in order to better manage its resources, Malaysia changed its forest law in 1993 to favor less destructive techniques, such as low-impact logging and certification by labels, including the Forest Stewardship Council (FSC) created in 1993 under the impetus of several international NGO with the stated goal of ensuring that the production of wood or a wood-based product complies with the procedures guaranteeing the sustainable management of forests.
The Deramakot Forest Reserve, which covers 55,507 hectares in the center of the Malaysian State of Sabah, north of the island of Borneo, has been FSC certified since 1997. Even if these certifications are sometimes criticized for their inefficiency, for example in the documentary "Forests labeled, protected trees?" which had been broadcast in 2018 on the French-German Arte TV channel, the Deramakot reserve has become one of the best spots in Borneo to watch lowland forests birds and mammals in the north of Borneo.
Bruno Tredez (website: Bruno.tredez.com) visited the Deramakot Forest Reserve from the 29th of September to the 12th of October 2018 with the Yuhina company, and he sent us lots for his photos.
After a presentation of this still unknown destination, we give you practical information to stay there, we propose you the trip report written by Philippe Huet (Yuhina company), and then the report of a stay organized from the 27th of April to 2nd of May 2018 by the Naturetrekk company. 

I - La réserve forestière de Deramakot : gestion, accès et conseils pratiques

Des coupes forestières à "impact limité"

Situation de la réserve forestière de Deramakot (Malaisie)

Situation de la réserve forestière de Deramakot, État du Sabah (Malaisie).
Source : Ornithomedia.com
La réserve forestière de Deramakot s'étend sur 55 507 hectares entre 20 et 350 mètres d'altitude au centre de l'État malaisien du Sabah, au nord du cours supérieur du fleuve Kinabatangan. Le climat y est équatorial humide, avec une température annuelle moyenne d'environ 26°C et des précipitations annuelles moyennes d’environ 3 500 mm, plus importantes de novembre à février et de mai à août.
La réserve forestière de Deramakot a été certifiée par le Forest Stewardship Council dès septembre 1997 et elle en est actuellement à sa cinquième période de certification, qui expirera en octobre 2019. Les auditeurs du FSC visitent régulièrement le site pour renouveler ou révoquer ce label.
Dès 1993, le Sabah Forestry Department (SFD) avait utilisé l'Exploitation à Faible Impact ou Coupes à Impact Réduit ("Reduced Impact Logging") dans la forêt de Deramakot pour limiter les dommages "collatéraux" sur l'écosystème. Les coupes classiques dégradent en effet profondément la forêt qui a alors besoin de plus de 50 ans pour se régénérer, tandis qu'il n'en faut en moyenne "que" 25 après une Coupe à Impact Réduit. Les dommages causés au sol sont réduits de 50 %, ce qui est crucial car les mycorhizes des champignons jouent un rôle d'extension des racines des arbres et les aident à absorber plus efficacement l'eau et les nutriments.
Deramakot a été découpée en 135 parcelles de 300 à 600 hectares et chaque année, deux à trois seulement sont exploitées et environ 2 000 arbres abattus : elles ne sont donc travaillées que tous les 40 ans environ. Après les opérations sylvicoles, les traces causées par les abattages et le débardage sont "effacées" autant que possible, et des arbres sont replantés pour maintenir la forêt en" bon état". Une partie de la surface (5 779 hectares) a été totalement soustraite à l'exploitation.
Avant 1997, il ne restait que 20 % de la forêt primaire originelle à Deramakot, et 30 % avaient été très dégradés suite aux coupes rases, mais aujourd'hui, la proportion des parcelles dominées par de grands arbres de la famille des Diptérocarpacées (Dipterocarpus spp., Parashorea spp. et Shorea spp), où est pratiquée une exploitation sélective prenant en compte les cycles nutritifs, la structure et la biodiversité, est nettement plus importante.
Toutefois, la gestion est loin d'être parfaite, et les labels, y compris celui du FSC, font l'objet de nombreuses critiques qui ont été présentées dans le documentaire allemand "Forêts labellisées, arbres protégés ?" diffusé en 2018 sur la chaîne de télévision franco-allemande Arte : les très gros arbres sont rares et la canopée originelle n'est donc plus continue, les pistes sont larges et les plantes héliophiles (lianes, bananiers, gingembre...) envahissent les lisières. 



Vue de la réserve forestière de Deramakot dans l'État du Sabah (Malaisie) en octobre 2018 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Bruno Tredez
Vue de la réserve forestière de Deramakot

Vue de la réserve forestière de Deramakot dans l'État du Sabah (Malaisie) en octobre 2018. Les arbres dominants appartiennent à la famille des Diptérocarpacées (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Bruno Tredez

Accès et visite

Carte de la réserve forestière de Deramakot (Malaisie)

Carte de la réserve forestière de Deramakot  (Malaisie) : en rouge, la route forestière principale.
Source : Ornithomedia.com
Pour rejoindre la forêt de Deramakot, on peut rejoindre en avion la ville de Sandakan (190 km), puis passer par Telupid. La réserve est traversée par une piste de 60 km, et ses locaux accueillent les visiteurs.
Le centre de la réserve comprend les bureaux, les logements du personnel, les locaux techniques et un centre d’accueil pour les visiteurs qui compte seulement dix chambres.
Il est très difficile de se rendre soi-même dans cette forêt, à moins d’y apporter toute sa logistique. Avant toute visite individuelle, il faut demander un permis (ainsi qu'un autre pour son véhicule) auprès du Sabah Forestry Department. Les promeneurs à pied ne sont pas autorisés, même si deux sentiers de découverte d'une longueur de un à deux kilomètres ont été aménagés près du siège. Il est conseillé d'être accompagné d'un guide. On peut par exemple réserver son séjour auprès la compagnie Aseh Tours, qui s'occupera de tout : transport en 4x4 (les seuls véhicules utilisables), nourriture, hébergement et guide. Le tarif varie entre 2 000 et 3 000 Ringgits (un Ringgit = 0,22 Euro) par personne, pour trois ou quatre jours.
Avant de pénétrer dans la réserve, on doit passer trois postes de garde de la Fondation Sabah (Ulu Sapa Payau, Tangkulap and Deramakot) et un du Sabah Forestry Department.
 
Contacts utiles

Sabah Forestry Department (HQ)
Adresse : Locked Bag 68, 90009, Sandakan, Sabah, Malaisie.
Téléphone : +60 89-242500
Site web : www.forest.sabah.gov.my

Deramakot District Forestry Office
Téléphone : +60 89-278801
Site web : www.deramakot.sabah.gov.my.

Conseils pratiques

Logement pour visiteurs

Logement pour visiteurs dans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Source : Yuhina
Il est possible de loger près des locaux de la réserve dans de petits "chalets" aux chambres propres et disposant de l'air conditionné, de l'électricité 24 h / 24 et du Wifi en semaine.
Il n’y a pas de cantine, vous devrez donc préparer vous-même votre nourriture ou commander votre repas auprès du personnel forestier, ce qui est une bonne solution car les prix sont très abordables et la nourriture très bonne (riz, légumes, poulet, poisson et fruits). Les salariés du Sabah Forestry Department projettent aux visiteurs durant leur séjour un documentaire sur la gestion de Deramakot.
L'hébergement étant situé en lisière de forêt, la lumière attire le soir des centaines de papillons de nuit, de scarabées, de sauterelles et de cigales, qui eux-mêmes sont chassés par la Chouette leptogramme (Strix leptogrammica), qui est peu farouche. Les Macaques crabiers (Macaca fascicularis) n'hésitent pas à s'approcher et le Dragon volant (Draco maximus) se pose parfois sur les murs. Le climat étant tropical et humide, il faut porter des vêtements adaptés et bien protéger son équipement photographique et optique.
Emporter de bons guides sur les oiseaux de Bornéo, par exemple le Birds of Borneo de Susan Myers, et un sur les mammifères, comme le Guide to the Mammals of Borneo: Sabah, Sarawak, Brunei, and Kalimantan de Quentin Phillipps et Karen Phillipps.
Attention aux sangsues (Haemadipsa zeylanica), dont la morsure est assez douloureuse.

II - De la Cigogne de Storm à la Panthère nébuleuse

Une flore très riche

Plante épiphyte

Plante épiphyte (Platycerium sp. ?dans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez

La réserve forestière de Deramakot est devenue une destination incontournable pour les personnes souhaitant découvrir les oiseaux et les mammifères des forêts tropicales des plaines de Bornéo (lire Séjour naturaliste à Bornéo en août et en septembre 2014). 
La richesse de la flore est impressionnante, avec plus de 15 000 plantes à fleurs et 1 200 arbres. Parmi les essences remarquables, citons les Koompassia sp., des arbres géants, pouvant atteindre 80 mètres de haut, dont les troncs sont couverts d'épines et dont la dissémination est assurée par des abeilles géantes (lire Un couple d'Aigles huppés niche près d'essaims d'Abeilles géantes au Sri Lanka), qui apprécient la protection qu'ils offrent contre les Ours malais (Helarctos malayanus) qui ne peuvent pas atteindre les essaims.

Plus de 420 espèces d'oiseaux

La biodiversité de la réserve forestière de Deramakot est impressionnante : c'est un excellent site pour découvrir les oiseaux des forêts tropicales de plaine de Bornéo, avec plus 420 espèces recensées, dont la Cigogne de Storm (Ciconia stormi), le Héron typhon (Ardea sumatrana), le Serpentaire bacha (Spilornis cheela) (commun), l'Aigle de Wallace (Nisaetus nanus), le Fauconnet de Bornéo (Microhierax latifrons) (l'un des plus petits rapaces du monde), les Calaos à casque rond (Rhinoplax vigil) et rhinocéros (Buceros rhinoceros), la Barite chauve (Pityriasis gymnocephala), l'Argus géant (Argusianus argus), le Faisan noble (Lophura ignita), le Grand-duc bruyant (Bubo sumatranus), le Kétoupa malais (Ketupa ketupu), la Chouette leptogramme (commune), les Guêpiers à fraise (Nyctyornis amictus) et à gorge bleue (Merops viridis) et le Coryllis à tête bleue (Loriculus galgulus), mais aussi entre autres cinq espèces d'eurylaimes, six brèves (genre Pitta), douze bulbuls, cinq trogons et treize pics !

Fauconnet de Bornéo (Microhierax latifrons)

Fauconnet de Bornéo (Microhierax latifrons) dans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez
Calao rhinocéros (Buceros rhinoceros)

Calao rhinocéros (Buceros rhinocerosdans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez


Et plus de 220 espèces de mammifères

Orangs-outans (Pongo tapanuliensis)

Orangs-outans (Pongo tapanuliensis) femelle et son jeune dans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez

La forêt de Deramakot est aussi réputée pour sa richesse en mammifères : 221 espèces y ont déjà été observées, soit 75 % du total de Bornéo. Citons entre autres l'Orang-outan (Pongo tapanuliensis) (près de 1 000 individus, sûrement le meilleur site de Bornéo pour voir ce primate menacé), le Nasique (Nasalis larvatus), l'Éléphant de Bornéo (Elephas maximus borneensis) (nombreuses bouses visibles sur la route forestière principale), l'Ours malais, plusieurs espèces de civettes, le Binturong (Arctictis binturong), le Sambar (Cervus unicolor), le Grand Chevrotain malais (Tragulus napu), le Petit Kanchil de Java (Tragulus javanicus), le Banteng (Bos javanicus) (un grand bovin que l'on peut voir sur les pistes le soir ou le matin), et cinq félins : la Panthère nébuleuse de Bornéo (Neofelis diardi) (la forêt de Deramakot est probablement le meilleur site au monde pour l'observer), les Chats baie (Catopuma badia), marbré (Pardofelis marmorata), à tête plate (Prionailurus planiceps) et léopard (Prionailurus bengalensis). La Loutre de Sumatra (Lutra sumatrana), que l'on croyait disparue, y a été redécouverte en 2010.
L'une des particularités de la faune de Bornéo est la présence chez plusieurs espèces de mammifères,  d'amphibiens et de reptiles de membranes leur permettant de planer entre les branches : c'est le cas des Écureuils volants de Thomas (Aeromys thomasi), un endémique peu commun à Bornéo sauf dans la réserve, noir (A. tephromelas) et rouge (Petaurista petaurista), de la Grenouille volante de Wallace (Rhacophorus nigropalmatus) et des dragons volants Draco maximus et D. cornutus, tous visibles à Deramakot.
La faune des forêts tropicales, en particulier les mammifères, est surtout active à l'aube, au crépuscule et la nuit : des sorties nocturnes en véhicule tout-terrain équipé d'un phare sur les routes forestières sont donc organisées (les trajets changent chaque nuit) et constituent les points forts de tout séjour à Deramakot : c'est la meilleure façon d'avoir une chance d'observer des espèces rares comme la Panthère nébuleuse de Bornéo, le Chat marbré, le Télagon (Mydaus javanensis) ou la Civette-loutre de Sumatra (Cynogale bennettii). Si cette technique est efficace pour découvrir ces espèces discrètes, qu'elle est limitée aux pistes et que les animaux ne semblent pas trop perturbés, des naturalistes estiment qu'une fréquence trop élevée de visites nocturnes pourrait avoir des effets négatifs.
Enfin, la diversité des insectes (notamment des papillons) et des araignées de Deramakot surprendra le visiteur.

III - Le rapport de voyage du séjour du 29 septembre au 12 octobre 2018

Chouette leptogramme (Strix leptogrammica)

Chouette leptogramme (Strix leptogrammica) dans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez

Bruno Tredez a participé à un voyage organisé par la compagnie Yuhina du 29 septembre au 12 octobre 2018 dans la réserve forestière de Deramakot et guidé par Philippe Huet. Le groupe comptait six participants : Marie-Hélène et Bernard Boheas, Catherine Defourneaux, Bruno Tredez, Annick Schnitzler et Patrick Lenoble. Nous vous proposons ci-dessous le rapport rédigé par Philippe Huet.

Les sorties

Nous sommes restés 11 nuits sur place. Les journées s’organisaient de plusieurs manières : sortie très tôt le matin (6 h 00), sur la piste (en 4x4) ou à pied autour du village. Départ vers 13 h 30 (en 4x4) pour une longue journée de prospection jusqu’à minuit ou 1 h 00 du matin. Parfois une "grasse matinée" jusqu’à 8 h 00, et départ le soir vers 18 h 00 jusqu’à minuit ou 1 h 00 du matin.

Notre guetteur

Mike, un jeune Écossais dynamique et absolument compétent, nous accompagnait à chaque sortie. Il avait des "yeux de lynx" et connaissait parfaitement la faune de Bornéo. Il était capable de repérer une grenouille arboricole à 100 mètres. Il observait debout dans le 4x4 durant cinq ou six heures de suite, sans arrêt, le phare à longue portée à la main, balayant les arbres et l’obscurité de la forêt pour y trouver ses habitants.

La météo

Malcoha rouverdin (Phaenicophaeus curvirostris)

Malcoha rouverdin (Phaenicophaeus curvirostris) dans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez

Le premier soir, en arrivant, nous avons été accueillis par un énorme orage et nous ne pouvions pas sortir ! Deux jours plus tard, vers 20 h 00, un autre orage nous est tombé dessus, et nous sommes restés plus d’une heure sous une pluie diluvienne, dans le 4x4 sans toit qui roulait dans la nuit pour rejoindre une maison forestière à l’autre bout de la forêt, près de la rivière Kinabatangan. La pluie s'est calmée vers 21 h 00. Nous sommes repartis et cela a été l’une de nos plus belles sorties nocturnes. Ensuite, le temps est resté très sec tout le restant du séjour, avec des ciels étoilés et des visions magnifiques de la Voie lactée. La pluviométrie dans la région ne change pas d’avril à novembre : il pleut en moyenne 200 mm par mois.

Les oiseaux observés

Lors de ce voyage, nous avons observé un peu plus d’une centaine d’espèces d’oiseaux. Parmi les espèces “emblématiques” vues, citons l'Aigle noir (Ictinaetus malayensis), le Trogon de Duvaucel (Harpactes duvaucelii), le Malcoha rouverdin (Phaenicophaeus curvirostris), le Podarge cornu (Batrachostomus cornutus), l'Hémiprocné coiffé (Hemiprocne comata), le Martin-chasseur gurial (Pelargopsis capensis), le Fauconnet de Bornéo, le Guêpier à fraise, les Calaos rhinocéros, à casque rond, pie (Anthracoceros albirostris), charbonnier (A. malayanus), largup (Anorrhinus galeritus) et festonné (Rhyticeros undulatus), le Pic à ventre blanc (Dryocopus javensis), les Eurylaimes rouge et noir (Cymbirhynchus macrorhynchos) et à capuchon (Eurylaimus ochromalus), la Barite chauve (Pityriasis gymnocephala), le Rhipidure pie (Rhipidura javanica), le Faisan noble, la Timalie à ailes rousses (Stachyris erythroptera), l'Akalat géant (Malacopteron magnum), l'Irène vierge (Irena puella), le Shama de Strickland (Copsychus stricklandii) (endémique), le Tchitrec de paradis (Terpsiphone paradisi), l'Énicure de Leschenault (Enicurus leschenaulti), le Verdin barbe-bleue (Chloropsis cyanopogon), le Dicée à croupion jaune (Prionochilus xanthopygius) (endémique) et l'Arachnothère à joues jaunes (Arachnothera chrysogenys).
La nuit, nous avons vu de très près, les trois grands rapaces nocturnes de Bornéo : la Chouette leptogramme, le Grand-duc bruyant (Bubo sumatranus) et le Kétoupa malais (Ketupa ketupu).

Guêpier à fraise (Nyctyornis amictus)

Guêpier à fraise (Nyctyornis amictusdans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez
Faisans nobles (Lophura ignita)

Faisans nobles (Lophura ignitadans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez


Les mammifères observés

Nasique (Nasalis larvatus)

Nasique (Nasalis larvatus) le long de la rivière Kinabatangan dans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez

L’intitulé du voyage était “à la recherche de la Panthère nébuleuse”, mais nous n'avons pas vu ce félin. Un soir, un petit groupe de naturalistes chinois est parti en même temps que nous mais dans la direction opposée (sur un secteur que nous prospections chaque soir), et ils ont rencontré la panthère vers 21 h 00 et ont pu l’observer et faire des photos pendant 30 minutes. Cela dit, même si nous étions légèrement déçus à la fin du séjour, nos autres observations ont largement compensé cette absence. En tout, pas moins de 34 espèces de mammifères ont été notées. Les Orangs-Outans ont été observés tous les jours, dans l’après-midi à chaque fois et beaucoup de femelles et leurs jeunes (26 contacts au total). On compte près de 1 000 individus dans la réserve.
Les langurs (ou semnopithèques) sont moins faciles à voir que dans les réserves ou les parcs nationaux
car comme tous les autres mammifères de Deramakot, ils sont moins habitués aux visiteurs. Nous avons observé les deux espèces présentes, notamment les Langurs gris (Semnopithecus entellus) lors de deux sorties en bateau sur la rivière Kinabatangan. C’est là que nous avons observé également le Nasique et les Macaques à queue de cochon (Macaca nemestrina) et crabier (Macaca fascicularis).
Les Gibbons de Müller (Hydrobates muelleri) accompagnaient chaque matin notre réveil : les premiers animaux chantaient vers 4 h 30 du matin et les dernières vocalises cessaient vers 7 h 00. Ils étaient présents autour du village, dans de très grands arbres. Bruno Tredez a eu la chance, un matin très tôt, de les rencontrer sur la piste, tout près du village.
Les Éléphants de Bornéo sont assez discrets à Deramakot, et nous avons rencontré deux groupes, uniquement de nuit.

Galéopithèque de Temminck (Galeopterus variegatus)

Galéopithèque de Temminck (Galeopterus variegatus) dans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez

Les écureuils volants, très nombreux, étaient observés à chaque sortie et nous avons eu la chance d’en voir deux ou trois planer entre deux arbres : ce sont eux qui animent les nuits de Deramakot. Le Petit Écureuil pygmée (Exilisciurus exilis), endémique, a été vu une fois, lors d’une sortie de jour où nous recherchions les brèves.
Le petit Ptilocerque de Low (Ptilocercus lowii), est une musaraigne originale : elle est dotée d’une très longue queue terminée par un plumeau blanc et c’est la seule qui soit essentiellement nocturne. L’animal, masqué a un peu des allures de lérot. Il a été récemment classé dans la famille des Ptilocercidés, dont il est le seul représentant. Nous l’avons observé un soir, au bord de la piste, sur un talus.
Le Galéopithèque de Temminck (Galeopterus variegatus) a été observé à trois reprises. C’est un animal étrange au pelage gris-vert taché de blanc, doté, comme les écureuils volants et les chauves-souris, d’une membrane (ou patagium), qui lui permet de voler. Il peut peser jusqu’à 2 kg. Il se tient sur les branches, la tête en bas, et nous avons pu l’observer à une vingtaine de mètres environ. Il fait partie de la famille des Cynocéphalidés qui compte deux espèces et, d’après les dernières recherches génétiques, plusieurs sous-espèces géographiques. C’est l’une des belles surprises du voyage.
Le Loris lent (Nycticebus coucanga été observé à deux reprises : c’est un petit primate brun-roux et blanc qui pèse au maximum 800 grammes et se déplace très lentement sur les branches à bonne hauteur.
Nous avons aussi aperçu le Télagon une nuit alors que nous observions un Chat léopard assis tranquillement sur la piste : il a couru derrière le petit félin et s’est faufilé dans la végétation.
La Martre à gorge jaune (Martes flavigula), très difficile à voir dans la forêt équatoriale, était perchée à la fourche d’un arbre, assez loin (il faut préciser ici que les arbres les plus hauts de la forêt culminent à 80 mètres).

Binturong (Arctictis binturong)

Binturong (Arctictis binturong) dans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez

La Civette de Malaisie (Viverra tangalunga) a été vue tous les soirs, parfois dans de très bonnes conditions, toujours sur la piste : c’est la moins farouche de toutes. La Civette hermaphrodite (Paradoxurus hermaphroditus) a été observée à chaque sortie, sur la piste ou dans les arbres. La Civette palmiste à bandes (Hemigalus derbyanus) a été vue une seule fois, de manière assez furtive. Quant à la Civette-loutre de Sumatra, très discrète et très rare à Bornéo, elle a été aperçue à deux reprises sur la piste, mais de manière très confidentielle !
Nous avons cherché durant les trois premiers soirs et sans succès le Binturong, un mammifère arboricole qui peut peser 10 kg. Puis, une nuit, nous avons trouvé un animal au sommet d’un figuier, en train de se délecter de fruits tout juste mûrs. C’était sans aucun doute une femelle car elle était accompagnée de deux jeunes. Par la suite, tous les autres soirs, ces trois animaux étaient au rendez-vous sur le même arbre.  
Peu farouche, un Chat léopard a été observé à plusieurs reprises et dans d’excellentes conditions, assis sur la piste ou au bord de celle-ci. Les Chats marbré et à tête plate et la Panthère nébuleuse ne se sont pas montrés, mais c’est avant tout une question de chance et de hasard : Mike avait observé la Panthère nébuleuse à quatre reprises en septembre 2018, mais il ne l'a pas revue lors de notre séjour. Le Chat à tête plate est le plus difficile à observer des quatre félidés de la réserve, et il ne vit que près de l’eau et est peu présent en forêt. 

Petit Kanchil de Java (Tragulus javanicus)

Petit Kanchil de Java (Tragulus javanicus) dans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez

En ce qui concerne les herbivores, nous avons observé des Sambars toutes les nuits, surtout des biches et de jeunes mâles. Nous avons vu les deux espèces de chevrotains, le Petit Kanchil de Java et le Grand Chevrotain malais, au bord de la piste. Les Sangliers à moustaches (Sus babatus) sont bien présents à Deramakot et l’un d’eux se montrait régulièrement derrière la cuisine du restaurant. 
Seuls manquaient à l’appel le Muntjac jaune de Bornéo (Muntiacus atherodes) (endémique) et le Muntjac indien (Muntiacus muntjak). 
Pour terminer notre tour d’horizon des mammifères observés, nous pouvons citer la Roussette de Malaisie (Pteropus vampyrus), observée plusieurs fois la nuit mangeant des fruits à bonne hauteur, et la chauve-souris frugivore et nectarivore Cynopterus brachyotis.

Reptiles et amphibiens

Nous avons observé également plusieurs espèces de grenouilles, de lézards et de serpents : le Cobra
royal (Ophiophagus hannah), la vipère Tropidolaemus subannulatus et le Serpent des mangroves (Boiga cynodon).

Bilan du séjour

Ce séjour était très riche, mais la forêt de Deramakot ne nous a pas livré tous ses secrets : nous n'avons pas vu la Panthère nébuleuse, nous n'avons trouvé que des traces de l’Ours malais, et le Linsang rayé (Prionodon linsang), fabuleux petit prédateur noir et blanc, est resté invisible. Durant les sorties nocturnes, les écureuils et les civettes étaient omniprésents, dans une atmosphère particulière. La richesse en insectes était aussi remarquable et pourrait faire l'objet d'un voyage à eux seuls.

IV - Un rapport de voyage du 27 avril au 2 mai 2018

Nous vous proposons aussi la traduction du riche rapport du séjour organisé du 27 avril au 2 mai 2018 par la société Naturetrek et guidé par Terry Reis, Siti Salihahfarhain Said, Mike Gordon et Henry Sapinggi.

Le 27 avril 2018

Drongo à raquettes (Dicrurus paradiseus)

Drongo à raquettes (Dicrurus paradiseusdans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez

Nous nous sommes levés à 6 heures du matin pour prendre notre petit-déjeuner, puis nous avons marché lentement le long de la route. Un Serpentaire bacha (Spilornis cheela) était posé sur un poteau : ce rapace est facilement visible non loin des bâtiments. Nous avons aussi vu un Drongo à raquettes (Dicrurus paradiseus) et un Coucou surnicou (Surniculus lugubris), qui ressemble au premier, peut-être pour tromper les prédateurs. Un couple de Geais à ailes blanches (Platysmurus leucopterus) a survolé la route et a rejoint la cime d'un arbre. Des Capucins sombres (Lonchura fuscans) volaient au-dessus des herbes en bordure de la route, tandis que des Martinets leucopyges (Rhaphidura leucopygialis) évoluaient autour de nous.
Alors que nous rentrions à 8 h dans notre logement pour prendre notre petit-déjeuner, des membres du groupe ont vu un Grand Chevrotain malais (Tragulus napu) traverser la route : le mâle de ce petit cervidé a des canines en forme de défense qui dépassent quand la bouche est fermée et qui sont utilisées dans les combats.
Nous devions faire une promenade en voiture à 15 h 30, mais une forte pluie a retardé ce projet. À 17 heures, sous une faible bruine, nous avons marché le long de la route et nous avons vu quelques Semnopithèques rubiconds (Presbytis rubicunda), un Malcoha de Diard (Phaenicophaeus diardi) détrempé, un Drongo bronzé (Dicrurus aeneus) et un Akalat géant (Malacopteron magnum). L'un d'entre nous a aperçu un Pic tukki (Meiglyptes tukki) se poser dans une liane. 
Nous avons dîné à 18 h 45 et avons débuté notre safari nocturne à 19 h 45. La pluie avait presque cessé et nous avons pu observer un Kétoupa malais (Ketupa ketupu), des Écureuils volants rouges (Petaurista petaurista), une Civette palmiste à trois bandes (Arctogalidia trivirgata), des Civettes de Malaisie (Viverra tangalunga) et un Galéopithèque de Temminck. Nous avons ajouté à notre liste le Sambar (Cervus unicolor), le Hibou grenouille d'arbre (Polypedates macrotis), la grenouille Limnonectes leporinus et le Sanglier à moustaches (Sus barbatus) : ce dernier a continué à se nourrir en notre présence, ce qui est étonnant car habituellement ce mammifère est très timide. 
Deux espèces diurnes ont été trouvées endormies : le serpent Dendrelaphis caudolineatus et un Énicure de Leschenault (Enicurus leschenaulti). Mais l'événement de la nuit fut l'observation d'une Civette-loutre de Sumatra, une espèce peu connue et menacée : nous l'avons vue se frayer un chemin dans le fossé de drainage rempli d'eau.

Civette de Malaisie (Viverra tangalunga)

Civette de Malaisie (Viverra tangalunga) dans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez
Écureuil volant rouge (Petaurista petaurista)

Écureuil volant rouge (Petaurista petaurista) dans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez


Le 28 avril 2018

 Shama à couronne blanche (Copsychus stricklandii)

Shama à couronne blanche (Copsychus stricklandii) dans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez

Après la nuit d'hier, nous avons fait une grasse matinée et nous avons pris notre petit-déjeuner à 10 heures. Gill et Terry se sont promenés avant le petit-déjeuner le long de la route et du sentier qui mène à la forêt. 
Alors qu'ils attendaient de voir si quelqu'un d'autre voulait les rejoindre, ils ont observé depuis la véranda un magnifique mâle d'Irène vierge (Irena puella), une femelle de Verdin de Sonnerat (Chloropsis sonnerati), un couple de Petits Échenilleurs (Lalage fimbriata), un Shama à couronne blanche (Copsychus stricklandii) et un petit groupe de Timalies de Bornéo (Macronous bornensis) depuis la véranda de la salle à manger.
La forêt était moins productive ce matin, et nous avons seulement observé quelques Akalats géants et moustachus (Malacopteron magnirostre). En revenant vers notre hébergement, un Calao charbonnier (Anthracoceros malayanus) a survolé la piste forestière. Gill a aperçu un grand trogon mâle rejoignant la forêt, et il a essayé de le suivre pour mieux le voir, sans succès : par contre, une petite sangsue brune de l'espèce Haemadipsa zeylanica était fixée sur son pied (il portait des sandales).  
Nous avons déjeuné à 14 heures et avions prévu de partir pour une promenade à 15 heures, mais comme la veille, de fortes précipitations qui ont duré jusqu'à 17 heures ont retardé notre départ. Plusieurs d'entre nous ont marché le long de la route lorsque la pluie a cessé, et ils ont vu un Énicure de Leschenault, un Pic à ventre blanc (Dryocopus javensis) et une femelle de Dicée à croupion jaune (Prionochilus xanthopygius), une espèce endémique de Bornéo. 
Nous avons dîné à 18 heures. Notre safari nocturne a duré de 19 h à minuit et s'est déroulé le long de la route en direction de Telupid. L'un des premiers animaux repérés était une Souris ranee (Haeromys margarettae) qui a traversé la route et pénétré dans la végétation. Nous avons aperçu un nombre très important de Grands Chevrotains malais et de Petits Kanchils de Java, les seconds étant plus nombreux et parfois très coopératifs. Ce n'était par contre pas le cas du Chat léopard, qui a été noté seulement par quelques-uns d'entre nous.
Dans un endroit où plusieurs grandes flaques s'étaient formées le long de la route, nous avons repéré plusieurs Grenouilles volantes de Wallace et arboricoles arlequins (Rhacophorus pardalis) ainsi que des Rainettes de Sumatra (Polypedates otilophus). Terry a attrapé une Grenouille volante de Wallace et il nous a montré les membranes entre ses doigts qui lui servent à planer. 
Lorsque nous nous sommes arrêtés pour prendre un thé, nous avons repéré un Écureuil volant de Thomas dans un arbre sans feuille. Un deuxième animal s'est posé dans l'arbre proche, et nous avons pu voir le premier le rejoindre en survolant la route en vol plané. 

Le 29 avril 2018

Hémiprocné coiffé (Hemiprocne comata)

Hémiprocné coiffé (Hemiprocne comatadans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez

Ce matin, nous avons pris notre café à 5 h 30 et sommes partis à 6 h pour nous balader. Le premier oiseau intéressant était un Eurylaime de Horsfield (Eurylaimus javanicus) dans un arbre au feuillage relativement clairsemé : c'est un oiseau généralement difficile à voir et c'était donc une agréable surprise. Un magnifique Énicure rousse-cape (Enicurus ruficapillus) évoluait au bord de la route, le long des fossés de drainage remplis d’eau. Un Hémiprocné coiffé (Hemiprocne comata) était perché au bord de la route et faisait des allers et retours pour capturer des insectes. Quelques-uns d'entre nous ont brièvement aperçu le minuscule Picumne roux (Sasia abnormis), qui glanait une proie. Nous avons bien vu un jeune Orang-outan, probablement indépendant depuis peu. Parmi les espèces d'oiseaux observées ce matin, citons un Calao rhinocéros prenant un bain de soleil, un Aigle de Wallace et une probable Bondrée orientale (Pernis ptilorhynchus), qui est migratrice à Bornéo.
Un Macaque à queue de cochon (Macaca nemestrina) a été repéré non loin de là.
Mike a quitté le véhicule et est parti à pied pour essayer d'observer le Gibbon de Müller entendu : nous avons entendu ces primates en voie de disparition, et Jackie a réussi à en apercevoir un. Terry a ensuite marché le long d'une piste pour chercher un meilleur point de vue, et il a alors entendu un animal faisant beaucoup de bruit : il s'agissait d'un jeune ourson malais grattant un arbre mort. Lors du trajet du retour, nous avons vu un couple de Calaos festonnés (Rhyticeros undulatus) et une Cigogne de Storm s'élevant au-dessus de la route. Nous sommes rentrés à 9 h 30 pour prendre notre petit-déjeuner.
Nous avons déjeuné à 13 heures et peu de temps après, il a commencé à pleuvoir, de plus en plus fort jusqu'à 16 heures. À 19 heures, après le dîner, des membres du groupe sont allés avec Mike et Terry faire une promenade de nuit en dépit de la pluie forte, et nous sommes rentrés à 21 h 30. Nous avons vu un Sambar, des Écureuils volants de Thomas et rouges, une Civette palmiste à trois bandes et deux Civettes de Malaisie. Nous avons aussi trouvé un petit serpent brun sur la route que Terry a provisoirement identifié comme étant un probable Lycodon effraenis. Il a aussi repéré un lézard volant du genre Draco endormi sur le tronc d’un grand arbre, très probablement un D. maximus.

Le 30 avril 2018

Serpentaire bacha (Spilornis cheela)

Serpentaire bacha (Spilornis cheela) dans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez

Nous avons pris notre café à 5 h 30 du matin et nous sommes partis à 6 heures du matin pour rejoindre la "maison blanche", un bâtiment vide construit sur le bord de la route menant à Telupid. Nous avons vu deux Énicures rousse-cape et un mâle de Faisan noble. Nous avons été un peu surpris de voir une tortue-boîte malaise traverser la piste. Terry l'a attrapé pour l'inspecter, et selon le guide "Turtles of Borneo and Peninsula Malaysia", il s'agissait de Cuora amboinensis, l'espèce la plus répandue à Bornéo. 
Nous nous sommes arrêtés quand un Pic meunier (Mulleripicus pulverulentus) qui s'est envolé devant nous, suivi de deux autres qui criaient : avec ses 50 centimètres de longueur, il s’agit du plus grand pic du monde, derrière les Pics impériaux (Campephilus imperialis) et à bec d’ivoire (C. principalis), aujourd'hui probablement éteints. De nombreuses Perruches à longs brins (Psittacula longicauda) et deux Rolles orientaux (Eurystomus orientalis) étaient perchés dans un grand Koompassia excelsa. Parmi les autres espèces observées, citons le Carpophage pauline (Ducula aenea), l'Hémiprocné longipenne (Hemiprocne longipennis) et l’omniprésent Serpentaire bacha.
Nous sommes ensuite descendus du véhicule et avons marché le long de la route pour voir un Hémiprocné coiffé (Hemiprocne comata) et un Tchitrec de Blyth (Terpsiphone affinis). 
Alors que nous prenions notre thé dans le bâtiment, nous avons repéré des Bulbuls d'Oberholser (Iole crypta) et aux yeux rouges (Pycnonotus brunneus), ainsi qu'un Coryllis à tête bleue. Lors du retour, nous avons brièvement vu deux Macaques crabiers, une espèce peu commune à Deramakot, et un curieux poisson encore vivant au milieu de la piste, peut-être perdu par un oiseau piscivore ? Nous sommes retournés à notre hébergement pour prendre notre petit-déjeuner à 10 h.

Eurylaime à capuchon (Eurylaimus ochromalus)

Eurylaime à capuchon (Eurylaimus ochromalus) dans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez

Nous avons mangé à 14 h 30 puis nous sommes partis à 15 h 30 pour parcourir les 30 kilomètres qui nous séparaient de la rivière Kinabatangan. Deux Calaos largups ont survolé la route, puis, quelques kilomètres plus loin, nous avons repéré un Calao rhinocéros posé dans un arbre : alors que nous l'observions, nous avons aussi repéré un couple de Souimangas à joues rubis (Chalcoparia singalensis) et un Écureuil arboricole de Prévost (Callosciurus prevostii).
L'activité des oiseaux était généralement faible pendant le trajet de retour, mais dans un arbre en fruits près de la rivière, nous avons tout de même noté un Arachnothère à ventre jaune (Arachnothera flavigaster), un Souimanga à gorge brune (Anthreptes malacensis) et un Eurylaime à capuchon (Eurylaimus ochromalus) ainsi qu'un Coryllis à tête bleue en vol. Une Cigogne de Storm planait au-dessus de la route alors que nous entamions notre descente vers la rivière. 
Nous nous sommes arrêtés dans les bâtiments forestiers construits au bord de l'eau et nous avons pris une agréable collation. Parmi les espèces observées, citons le Calao pie (Anthracoceros albirostris), le Carpophage pauline et le Milan sacré (Haliastur indus). Alors qu’il faisait de plus en plus sombre, Dick a trouvé trois grenouilles, dont une Grenouille bulle de Bornéo (Philautus hosii) et une Polypedates leucomystax, une espèce commune dans les maisons de Bornéo.
Au cours de notre chemin de retour nocturne, nous avons utilisé un projecteur et nous avons vu les espèces classiques : Kétoupa malais, Écureuils volants de Thomas et rouges, Sambar et Civette palmiste hermaphrodite.

Loris lent (Nycticebus coucang)

Loris lent (Nycticebus coucang) dans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez

Un Loris lent suspendu la tête en bas léchait la sève qui s'écoulait d'une plaie sur le tronc d'un arbre. 
Nous avons noté par ailleurs deux Civettes palmistes à trois bandes et des Philippines (Paradoxurus philippensis) ensemble et difficiles à distinguer l'une de l'autre, qui se sont battues brièvement, certainement pour de la nourriture. Plus loin, une Civette palmiste à trois bandes a traversé la route, un comportement inhabituel pour cette espèce. 
Nous avons ensuite très bien vu une Civette-loutre de Sumatra chassant des Rainettes de Sumatra et peu perturbée par notre présence. Un Chat léopard a enfin été repéré dans le sous-bois, et nous avons également localisé trois Galéopithèques de Temminck.

Le 1er mai 2018

Nous avons débuté comme d'habitude notre journée en partant à 6 heures du matin, puis avons marché vers la rivière et nous sommes revenus à 9 h 30 pour prendre notre petit-déjeuner. Notre guide Jackie a décidé de se reposer et c'est Addie qui nous a accompagnés pour la première fois : elle a rapidement repéré un grand Orang-outan dans un arbre arrachant de longues bandes d'écorce, un indice que les ressources alimentaires étaient rares. Nous nous sommes ensuite arrêtés pour regarder les piquants du tronc d'un grand Koompassia.
Nous avons roulé le long d'une piste aboutissant dans une carrière : sur le trajet, nous avons admiré un Coucou surnicou, un Bulbul à calotte grise (Alophoixus phaeocephalus), un Calao rhinocéros, un Shama de Strickland (Copsychus stricklandii), un Aigle de Wallace, un Tchitrec de Blyth mâle, un Échenilleur frangé (Lalage fimbriata) femelle et un Pic à ventre blanc (Dryocopus javensis) qui martelait un arbre mort. 
Pendant que nous buvions du thé et mangions quelques gâteaux, un Bulbul d'Oberholser (Iole crypta) se nourrissait dans un arbre et des Coryllis à tête bleue volaient à proximité. Sur le chemin du retour, nous nous sommes arrêtés pour regarder un petit groupe de Calaos largups, et Mike a repéré un Fauconnet de Bornéo perché au sommet d'un grand arbre. Nous avons aussi bien vu deux Calaos rhinocéros.
Nous avons déjeuné à 14 heures et, à l'exception de deux personnes du groupe, nous sommes allés nous promener à 16 heures le long de la route et sur un sentier adjacent. Addie nous accompagnait encore dans le cadre de sa formation.
Un Énicure de Leschenault (Enicurus leschenaulti) a survolé la route avant de pénétrer dans la forêt. Les oiseaux étaient peu nombreux, et Terry en a profité pour nous donner quelques explications sur l'écologie et sur la dynamique de la forêt pluviale. Nous avons brièvement essayé d'attirer une Brève noire-et-rouge (Erythropitta ussheri) avec un enregistrement de l'espèce, sans succès. Terry a attrapé un probable Grand Lézard à tête d'angle (Gonocephalus grandis).
Après le dîner, nous sommes repartis à 19 h 40 vers la rivière et nous sommes revenus à 1 h 30. Mike a aperçu un Binturong dans un arbre en fruits : c'est la plus grande des civettes et la seule avec une queue préhensile. Nous avons aussi vu des Écureuils volants de Thomas et rouges, un Sambar, une Civette palmiste à trois bandes et un Kétoupa malais.
Mike a ensuite repéré une Télagon le long de la piste où nous avions trouvé l'Ours malais. Il a ensuite eu une fausse joie en croyant voir une Panthère nébuleuse alors qu'il s'agissait d'une Civette de Malaisie. Peu de temps après, certains d'entre nous ont aperçu une Civette palmiste à bandes avant qu'elle ne disparaisse dans les herbes au bord de la route. 

Le 2 mai 2018

Chat léopard (Prionailurus bengalensis)

Chat léopard (Prionailurus bengalensis) dans la réserve forestière de Deramakot (Malaisie) en septembre-octobre 2018.
Photographie : Bruno Tredez

Après tous nos efforts de la nuit dernière, nous avons dormi plus longtemps et avons pris notre petit-déjeuner à 9 heures. Lance, Jackie et Rosemary se sont dirigés vers un grand étang et ils ont observé les libellules, tandis que Lyn, Dick, Gill, Terry et David ont marché le long de la route en direction de Telupid : ils ont vu un Loriot à gorge noire (Oriolus xanthonotus) avalant un insecte sur une branche, un Shama de Strickland, une Bondrée orientale sombre en vol, une Timalie chamasa (Macronus ptilosus) qui a traversé la route, et un Verdin barbe-bleue.
Nous avons déjeuné à 13 heures et sommes partis à 16 heures pour nous rendre à l'entrée de la réserve forestière puis dans une plantation de palmiers à huile pour chercher le Chat léopard. Après quelques kilomètres, nous nous sommes arrêtés pour voir un couple de Trogons de Diard (Harpactes diardii). Il a ensuite commencé à pleuvoir durant tout le trajet, soit environ 39 kilomètres.
Nous avons mangé le dîner préparé par Addie dans le petit bâtiment du poste de garde, ce qui nous a permis de nous mettre à l'abri. Nous nous sommes aventurés dans la plantation voisine et nous avons rapidement vu un Chat léopard assis. Durant le retour, nous avons vu deux Civettes palmistes hermaphrodites, un Écureuil volant de Thomas, un Chat léopard et un Kétoupa malais. Nous avons ensuite fait une longue pause puis nous avons vu un Loris lent et une Civette palmiste à bandes. Nous sommes rentrés à 22 h 50.
Le lendemain, nous sommes partis à 7 h 30 en direction du parc national du Kinabalu.

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Contact

Bruno Tredez - Page Facebook : www.facebook.com/bruno.tredez.7 - D'autres photos sur le séjour dans la réserve de Deramakot en octobre 2018 sur http://bruno.tredez.com/Voyages/Borneo18/index.html

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Sources

  • Annick Schnizler (2018). Peut-on exploiter durablement les forêts tropicales ? L’exemple de Deramakot (Bornéo) ? JNE. http://jne-asso.org
  • Terry Reis (2018). Borneo’s Deramakot Forest Reserve. Naturetrek Tour Report 21 April - 5 May 2018. Naturetrek. www.naturetrek.co.uk
  • Penny C. Gardner et Benoit Goossens (2012). The Bornean Banteng Programme: Conservation and management of the endangered wild cattle Bos javanicus lowi in Sabah. Deramakot Forest Reserve. www.deramakot.sabah.gov.my

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"Visiter une forêt tropicale certifiée : la réserve de Deramakot (Malaisie)"

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