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The Migration Ecology of Birds
de Ian Newton

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  Morts massives d'oiseaux et menaces diverses : les réponses de Ian   Newton

Date de mise en ligne : 21/01/2011 - Visé par le Comité de Lecture

Le début de 2011 a été marqué notamment par plusieurs morts collectives d'oiseaux qui ont été fortement médiatisées et qui sont pour la plupart restées inexpliquées. Thomas Krumenacker, journaliste allemand, a interviewé Ian Newton, l'auteur de l'ouvrage de référence The Migration ecology of Birds (Academic Press, Londres 2008) à propos des morts massives observées aux États-Unis, des nombreux dangers qui pèsent sur les migrateurs et sur les effets du changement climatique sur les populations aviaires. Nous vous proposons une traduction de cette interview.
Ian Newton a étudié pendant 27 ans une population d'Éperviers d'Europe en Ecosse, et la monographie qu'il a publiée est considérée comme la plus détaillée et la plus complète jamais consacrée à un rapace.
Il a été ornithologue senior au Natural Environment Research Council (NERC), président du Conseil de la Royal Society for the Protection of Birds (RSPB), président du British Ornithologists' Union et de la British Ecological Society.


Cet article a été soumis à notre Comité de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous contacter.

Abstract

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Ian Newton is author of the benchmark work "The Migration ecology of Birds" (Academic Press, London 2008).
Thomas Krumenacker, a Berliner journalist, interviewed him about the mass die-offs of birds in the US at the beginning of 2011, the hazards birds encounter on migration and the effects of climate change on bird populations.
Ian Newton's 27-year study of a Eurasian Sparrowhawk population nesting in Scotland is considered as the most detailed and longest-running study of any population of birds of prey.
He has been a Senior Ornithologist at the United Kingdom's Natural Environment Research Council, Chairman of the Council of the Royal Society for the Protection of Birds, President of the British Ornithologists' Union and the British Ecological Society.



L'interview de Ian Newton par Thomas Krumenacker

1- 5000 oiseaux morts ont été découverts le 1er janvier 2011 dans la petite ville de Beebe en Arkansas. Des découvertes similaires mais à une plus petite échelle ont été signalées dans d'autres endroits aux États-Unis et en Europe. Que pensez-vous de l'explication selon laquelle les oiseaux auraient été effrayés par des feux d'artifice et auraient heurté des bâtiments ?

Ian Newton
Ian Newton
Photo : Thomas Krumenacker

Ian Newton : La théorie des traumatismes aurait du sens. Je ne sais pas quelle météo il faisait à cette époque, mais si la visibilité était très mauvaise, s'il y avait du brouillard ou s'il neigeait, les oiseaux auraient pu être attirés par des lumières puis heurter des bâtiments ou même le sol. Cela aurait pu constituer une cause majeure de mortalité.

2- Avez-vous été surpris par la surmédiatisation de ces incidents ?

Ian Newton : Oui, parce que des événements similaires qui ont eu lieu dans le passé n'ont pas donné lieu à une telle couverture médiatique aux Etats-Unis.

3- La pauvreté de l'actualité durant la période des fêtes pourrait-elle expliquer cette flambée médiatique ?

Ian Newton : Tout à fait, une mortalité inexpliquée constituant un bon sujet pour les médias car elle soulève des soupçons.

4- Considérez-vous que de tels incidents sont inhabituels ? 5000 oiseaux morts dans l'Arkansas, est-ce vraiment un gros chiffre ?

Ian Newton : Le problème avec ces incidents, c'est qu'ils sont très difficiles à observer jusqu'à ce qu'ils se produisent dans une zone habitée. De nombreux oiseaux meurent en mer et ces décès restent inaperçus. Il est donc très compliqué de préciser quelle est la fréquence de ces mortalités de masse. Dans le monde, il y a au moins deux ou trois cas de morts collectives nocturnes par décennie dues aux conditions météorologiques. Mais ce ne sont que les cas cités dans la littérature scientifique. Il doit y en avoir d'autres qui restent non documentés. Je ne serais pas surpris d'une moyenne d'un ou plusieurs cas par an. Si vous incluez des causes de mortalité comme les parasites, le botulisme, ..., leur nombre augmente considérablement.

5- Les oiseaux migrateurs doivent faire face à des dangers multiples que vous décrivez dans votre livre "The migration Ecology of Birds" ; pensez-vous que les événements météorologiques constituent les menaces naturelles les plus importantes ?

The Migration Ecology of Birds
"The Migration Ecology of Birds", l'ouvrage de référence de Ian Newton (commander sur Amazon)

Ian Newton : Chaque fois que les oiseaux traversent une zone à faible visibilité (à cause de la brume, du brouillard, d'une tempête de neige, ..), que ce soit pendant leur migration ou non, leur réaction naturelle est de voler à basse altitude pour essayer de voir le sol. Ils peuvent alors être attirés par n'importe quelle source de lumière disponible.
Je pense que le manque de visibilité joue un rôle important dans les collisions d'oiseaux. Si la météo n'avait pas été mauvaise et si le ciel avait été clair lors des évènements de l'Arkansas, les oiseaux auraient probablement volé plus haut et auraient échappé à tous les obstacles.
Beaucoup d'oiseaux heurtent des bâtiments, des tours et d'autres structures comme des antennes-radios quand la visibilité est mauvaise, par exemple lors des nuits très sombres ou brumeuses. Beaucoup d'entre eux meurent alors. Il doit ainsi y avoir de nombreux oiseaux qui se cognent chaque année contre des plates-formes gazières ou pétrolières en Mer du Nord.

6- Dans votre livre "The migration Ecology of Birds", vous mentionnez un cas où près de 1,5 millions de Bruants lapons (Calcarius lapponicus) sont morts dans des tempêtes de neige en mars 1904 dans le Minnesota et l'Iowa. De telles catastrophes naturelles ou d'autres problèmes liés à des conditions météorologiques pourraient-ils menacer l'existence d'une espèce ?

Ian Newton : Pas une espèce entière à ma connaissance. Mais des catastrophes peuvent provoquer de fortes mortalités. Pour une espèce très durement touchée, comme ce fut le cas pour le Bruant lapon en 1904, le rétablissement pourrait demander plusieurs années. Mais les conséquences seraient bien sûr plus graves pour une espèce très rare ; si par exemple un évènement de grande ampleur touchait la Grue blanche d'Amérique (Grus americana), il faudrait près de 50 ans pour que celle-ci s'en remette. Les grues ont en effet un très faible taux de reproduction.

7- Outre les nombreux dangers naturels, les migrateurs doivent faire face aux menaces d'origine humaine. Leur cumul constitue-t-il une menace sérieuse ?

Ian Newton : Absolument : il faut se rappeler qu'il y a seulement un siècle les oiseaux avaient le ciel pour eux seuls. Mais maintenant, il y a les avions, de très nombreux immeubles de grande hauteur, des mâts et antennes, et de plus en plus d'éoliennes sont construites sur terre et en mer. Tout cela pourrait constituer des dangers potentiels pour les oiseaux, en particulier la nuit et dans des conditions de mauvaise visibilité. Les menaces liées aux infrastructures et activités humaines sont en croissance constante. Ces incidents devraient donc augmenter.

8- J.E. Moreau a expliqué dans son ouvrage "The Palearctic-African bird migration systems" que seulement environ 50 pour cent des oiseaux migrateurs survivaient à leur migration et arrivaient sur leurs lieux de reproduction. Considérez-vous que ces chiffres sont exacts ?

Ian Newton : Oui, car il parlait des petits passereaux dont la mortalité annuelle moyenne, même chez les espèces sédentaires, est d'environ 50 % Cela n'est pas surprenant quand on pense que leur population peut doubler ou tripler au cours d'une saison de reproduction. Si leurs effectifs doivent rester stables à long terme, au moins 50 % doivent mourir chaque année. Il n'est pas rare que la moitié d'une population disparaisse entre le mois d'août d'une année et le mois d'avril de l'année suivante.
Les effets des collisions liées aux activités et installations humaines dépendent beaucoup du moment où elles se produisent dans le cycle annuel : si de nombreux individus meurent à la fin de l'été ou en automne, la mortalité hivernale peut baisser (du fait d'une moindre concurrence pour la nourriture) et la population peut donc se maintenir. Mais si ces pertes ont lieu au printemps, la population nicheuse est alors fortement impactée.

9- Il est donc crucial de prendre des mesures de protection le long des trajets de migration vers les zones de reproduction, comme en Israël, où la destruction des habitats, la pression du tourisme et l'omniprésence de chats constituent de sérieuses menaces ?

Ian Newton : Oui, je pense que la migration de printemps est de loin la plus critique car la population des oiseaux est alors pratiquement à son plus bas de l'année : une mortalité accrue pourrait avoir un effet considérable sur le nombre de reproducteurs futurs, bien plus fort qu'en automne, lorsque la population est plus importante.

10- Quelles pourraient être les conséquences de destruction des escales importantes sur les voies de migration ?

Bécasseau maubèche (Calidris canutus)
Bécasseau maubèche (Calidris canutus)
Photo : Cédric Rousseau

Ian Newton : Il y a de nombreuses preuves que les conditions qui règnent dans les haltes migratoires, par exemple en Israël, peuvent influer sur la survie et sur la taille des populations d'oiseaux.
Un exemple très spectaculaire en Amérique du Nord concerne les Bécasseaux maubèches (Calidris canutus) : leur dernière escale importante au printemps est la Baie du Delaware dans le New-Jersey. Ils s'y nourrissent principalement d'œufs de limules (des arthropodes aquatiques primitifs), accumulant des réserves avant leur migration de plusieurs milliers de kilomètres vers l'Arctique où ils nichent. Mais au cours des dernières années, la population de limules a diminué en raison de la surpêche. Les limicoles n'ont alors plus réussi à accumuler suffisamment de graisses pour effectuer leur migration de retour. Leur taux de mortalité a augmenté d'environ 37 % en deux ans, tandis que sur la même période leur taux de reproduction a diminué d'environ 47 % et leur population a été réduite de moitié. Et tout cela est entièrement attribuable à des événements qui ont eu lieu dans une seule escale importante. Les bécasseaux n'y séjournent que 10 à 14 jours, mais cette courte période est si cruciale que tout facteur négatif a suffi à entraîner une réduction de moitié de leur population en deux ans. C'est l'exemple le plus dramatique que je connaisse.

11- C'est en effet un exemple impressionnant de l'effet d'une activité humaine. Parlons d'autres effets indirects, comme ceux induits par le changement climatique qui provoquerait une augmentation des événements météorologiques inhabituels.

Ian Newton : Nous savons que les orages violents peuvent tuer un grand nombre d'oiseaux migrateurs en une nuit à un endroit donné. Si la fréquence de ces tempêtes augmentait, leurs effets négatifs seraient encore plus dramatiques.

12- L'Homme pourrait-il faire quelque chose pour protéger le fantastique phénomène de la migration, malgré la combinaison de tous ces dangers, naturels et artificiels ?

Ian Newton : Je l'espère. Nous sommes conscients de ces problèmes et nous sommes en mesure de faire quelque chose, comme dans le cas des Bécasseaux maubèches ou dans l'implantation des parcs éoliens. Ces derniers constituent un défi majeur, ils doivent être implantés là où ils sont le moins susceptibles d'entraîner une forte mortalité chez les migrateurs.
Le souci majeur est que nous ne disposons pas de suffisamment d'informations sur l'impact de ces éoliennes. L'une de mes principales préoccupations est les nombreuses éoliennes installées dans les eaux peu profondes en mer à l'Est de la Grande-Bretagne, sur la voie de migration entre le reste de l'Europe et l'archipel britannique. Les oiseaux font maintenant face à une véritable barrière. Par beau temps, ils peuvent probablement migrer sans problème, mais par temps brumeux, la mortalité pourrait être importante.

A découvrir

Le site web de Thomas Krumenacker : www.krumenacker.de


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