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  530 Manchots de Magellan échoués au Brésil

Date de mise en ligne: 22/07/10 - Visé par le Comité de Lecture

Situation de Peruibe (1), Praia Grande (2) et Itanhaem (3) (Brésil)
Situation de Peruibe, Praia Grande et Itanhaem
530 Manchots de Magellan (Spheniscus magellanicus) ont été trouvés pendant 15 jours au mois de juillet 2010 sur les plages de Peruibe, de Praia Grande et d'Itanhaem dans l'état de São Paulo, dans le sud de Brésil. L'épuisement et le manque de nourriture seraient les causes de cette situation; en effet les manchots effectuent actuellement leur migration vers le Nord à partir des colonies de Patagonie et des Malouines.
Un brusque changement de la température des eaux serait aussi impliqué.
S'il est classique que des manchots s'égarent sur les côtes brésiliennes lors de leur migration, jamais un chiffre aussi élevé n'avait été atteint.
Nous vous proposons une présentation de cette espèce et des principales causes de mortalité de l'espèce.

Cet article a été soumis à notre Comité de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous contacter.

Abstract

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Hundreds of dead Magellanic Penguins and other sea animals have washed up on the shores of Sao Paulo state and scientists are investigating the causes. Five hundred and thirty penguins, numerous other sea birds, five dolphins and three giant sea turtles have been found during 10 days in July 2010 in the coastal towns of Peruibe, Praia Grande and Itanhaem. The penguin deaths are most likely due to exhaustion and hunger caused by their long migration from the waters off Argentina's southern Patagonia region. It's common that some penguins get lost along their way or die from hunger or exhaustion, and end up on the Brazilian coast far from home, but not in such numbers : about 100 to 150 live penguins show up on the Brazilian beacheas in an average year, and only 10 or so are dead.
We present you this species that was once abundant along the Patagonian coasts of Argentina, Chile and Falklands, but which is now classified as "near threatened".


530 Manchots de Magellan échoués au Brésil

Le Manchot de Magellan (Spheniscus magellanicus)

Trois manchots proches
Trois manchots proches : 1) Manchot de Magellan (Spheniscus magellanicus), 2) Manchot de Humboldt (Spheniscus humboldti), 3) Manchot du Cap (Spheniscus demersus)
Schéma : Ornithomedia.com

Longueur : 61-71 cm.
Poids : 5 kg.
Le Manchot de Magellan ressemble étroitement au Manchot du Cap auquel il est étroitement apparenté. C'est aussi la seule espèce du genre Spheniscus migratrice et se nourrissant au large.

C'est la seule espèce de manchot dans la plus grande partie de son aire de distribution, donc les risques de confusion sont faibles. Elle chevauche toutefois celle du Manchot de Humboldt au niveau de Puerto Montt au Chili. Le Manchot de Humboldt ne présente pas de seconde barre noire sur la poitrine et a des zones nues plus étendues sur la face (voir notre schéma ci-dessus). Mais étant donné que ces deux caractères sont sujets à des variations individuelles et qu'il existe des hybrides, certains oiseaux ne sont pas identifiables. Les immatures sont plus gris et ne présentent pas de bande sombre définie sur la poitrine.

Manchot de Magellan (Spheniscus magellanicus)
Manchot de Magellan (Spheniscus magellanicus) adulte
Photo : Carlos Silva-Quintas / www.avesdechile.cl

Il niche en colonie dans des terriers quand il peut creuser le sol, ou bien sur le sol ou sous des buissons. Les colonies s'installent dans une grande variété d'habitats, des forêts basses aux prairies en passant par les zones rocheuses. Certaines colonies de la côte atlantique de l'Argentine comptent plusieurs centaines de milliers de couples.
Il se reproduit autour de la pointe de l'Amérique du Sud, de la latitude 40° Sud en Argentine à la latitude 37° Sud au Chili, ainsi qu'aux Malouines (Falklands).
C'est une espèce migratrice vivant en mer en automne et en hiver (de mai à août dans l'hémisphère sud). Les populations qui nichent le long de la côte atlantique de l'Argentine migrent vers le Brésil. Ils retournent dans leurs colonies à la fin du mois d'août ou au début du mois de septembre, avant de repartir en migration vers le Nord en mars et en avril. Des oiseaux accidentels ont été notés en Géorgie du Sud, sur la Péninsule Antarctique, en Australie et en Nouvelle-Zélande.
Le Manchot de Magellan se nourrit principalement de poissons, surtout d'anchois et de sardines, complétant leur régime avec des céphalopodes. De considérables différences ont été constatées selon les sites, et une étude a par exemple montré que les petits crustacés pouvaient localement constituer une partie importante de leur alimentation.
Quand la nourriture est abondante près des colonies, la pêche s'effectue dans un rayon de 30 km, et les oiseaux retournent à terre en fin de journée; Toutefois, les oiseaux peuvent rester en mer plusieurs jours de suite. Ils peuvent pêcher en groupes et atteindre 100 m de profondeur.
Sa population fluctue selon les années et selon les secteurs, et atteindrait environ 1 800 000 couples actuellement. Globalement, les colonies des côtes atlantiques de l'Argentine augmentent, mais celles des Malouines ont connu un très fort déclin depuis les années 1980.

530 manchots échoués au Brésil en juillet 2010

Aires de nidification (rouge) et d'hivernage (bleu) du Manchot de Magellan. Les villes de Peruibe, Praia Grande et Itanhaem ont été placées. Les plus grandes colonies se trouvent autour de la Péninsule Valdez en Argentine
Carte : Ornithomedia.com
Aires de répartition et d'hivernage du Manchot de Magellan

530 Manchots de Magellan, ainsi que de jeunes albatros et d'autres animaux marins (dauphins et tortues marines), ont été retrouvés morts sur les côtes de l'état de São Paulo dans le sud de Brésil pendant dix jours du mois de juillet 2010. Ils ont échoué sur les plages des villes de Peruibe, Praia Grande et Itanhaem, bien au nord de l'aire d'hivernage habituelle de l'espèce. L'épuisement et le manque de nourriture seraient la cause de ces décès, les manchots effectuant actuellement leur migration vers le nord à partir des côtes d'Argentine et des Malouines. Un brusque changement de la température des eaux serait aussi impliqué.
Des autopsies effectuées sur plusieurs oiseaux ont montré que leurs estomacs étaient vides et les oiseaux seraient morts de faim.
S'il est classique que des manchots se retrouvent égarés sur les côtes brésiliennes lors de leur migration, jamais un tel chiffre n'avait été atteint. Cette mortalité élevée sur une période courte est très inquiétante.

Un recensement mené en 2008 sur 80 km de côtes dans l'état de Bahia entre Pratigi et Rio de Contas et a permis de découvrir 109 oiseaux, dont 88% étaient morts. Le premier oiseau avait été trouvé le 18 juin et le dernier le 30 juillet.
Cette espèce est généralement notée sur les côtes du Brésil entre avril et juin, et ce sont surtout de jeunes oiseaux infestés de parasites égarés qui arrivent très affaiblis en provenance des Malouines grâce aux courants marins froids.

La migration hivernale

Les Manchots de Magellan migrent en mer en automne et en hiver après leur mue, parcourant parfois des milliers de km. Par exemple, ils arrivent aux Malouines au début du mois de septembre et quittent ces îles aux alentours de la mi-avril. Certains oiseaux atteignent le sud du Brésil, atteignant Rio de Janeiro. Une étude a montré qu'un individu avait parcouru 2661km en 75 jours !
22 oiseaux ont été suivis en 2004 et 2006 par satellite à partir de l'Isla Martillo dans le Canal Beagle en Terre de Feu en Argentine pour suivre leur migration hivernale. Un seul a migré vers le nord dans l'Océan Pacifique, et la plupart d'entre eux sont restés dans l'Atlantique. Ils ont en général quitté l'île vers l'Est, contournant le Cabo San Diego, le point le plus oriental du sud du continent, puis se dirigeant vers le nord en restant à moins de 50 km des côtes.
À la fin de la période de transmission, les oiseaux étaient toujours en migration vers le Nord et les positions les plus septentrionales étaient situés dans la région de la Péninsule de Valdés, en Argentine, à une latitude d'environ 42 ° Sud, à quelque 1 500 km de leur site de nidification de l'île Martillo.
La distance maximale moyenne avec le site de nidification était de 624 ± 460 km. La distance minimum moyenne parcourue pendant la période d'étude était de 1 440 ± 685 km, ce qui correspond à une distance moyenne de 23,2 ± 6,6 km par jour. La migration vers le Nord pourrait être divisée en périodes de mouvements rapides entrecoupées de périodes au cours desquelles les oiseaux restent près des régions côtières. Le modèle de migration observé est sans doute lié à la progression de la productivité des eaux en fonction de l'avancement de la saison.
Les Manchots de Magellan sont de plus en plus menacés par les activités humaines dans les zones côtières au fur et à mesure de leur migration vers le Nord où l'on trouve des régions plus peuplées.

La pollution


La migration est une période difficile pour les manchots, en particulier pour les juvéniles qui effectuent leur premier voyage. On estime que 58% des juvéniles de Manchots de Magellan meurent pendant leur première année de migration.
Plusieurs menaces pèsent sur les populations des manchots, dont le changement climatique, la pêche commerciale, la pollution marine par les hydrocarbures et les déchets, en particulier en plastique comme les boîtes et les bouteilles.
La pollution pétrolière constitue une cause importante de mortalité pour presque toutes les espèces de manchots de la zone tempérée et l'on estime qu'elle tuerait 42 000 Manchots de Magellan chaque année le long de la côte sud de l'Argentine.
En juin et en juillet 2010, au moins cent Manchots de Magellan souillés par le pétrole ont été trouvés sur les côtes de l'Uruguay, et probablement des centaines d'autres sont morts avant d'avoir été trouvés. Les premiers ont été découverts à la mi-juin sur la côte de Maldonado et de Rocha, au sud-est du pays. Une fuite dans un pétrolier serait à l'origine de cette situation.
Le pétrole entraîne des troubles divers dont l'hypothermie, la déshydratation, des problèmes gastro-intestinaux, des pneumonies, une anémie hémolytique et des dommages du système immunitaire.

La famine

Manchot de Magellan (Spheniscus magellanicus)
Manchot de Magellan (Spheniscus magellanicus) adulte
Photo : Carlos Silva-Quintas / www.avesdechile.cl

Outre la contamination par les hydrocarbures, la famine, en particulier lorsqu'elle est combinée avec des endoparasites, contribue fortement à la mortalité des manchots, notamment en période de mue. Par exemple, en mai 2002, 100 000 Gorfous sauteurs (Eudyptes chrysocome), une autre espèce de manchot, sont morts de faim aux Malouines pendant leur mue annuelle. Des Manchots de Magellan avaient aussi été touchés. Le poids moyen des gorfous était inférieur à 2 kg, contre 3 kg en moyenne environ. La mort est survenue pendant la mue car les oiseaux perdent alors leur plumes isolantes, ce qui les empêche de nager dans les eaux froides pour se nourrir pendant les trois semaines que dure ce phénomène. Les manchots n'avaient pas accumulé des quantités suffisantes de graisse en février et en mars en prévision de leur mue, peut-être à cause de ressources alimentaires faibles. Ils n'ont pas pu survivre trois semaines sans nourriture.
La famine constituerait localement la principale cause de mortalité des Manchots de Magellan : cela a été constaté par exemple dans le secteur de Chubut en Argentine. La colonie de Punta Tombo aurait ainsi baissé de plus de 20% à cause d'une diminution des ressources alimentaires.
L'absence de nourriture, la mue, la migration, la reproduction ou le contact avec des hydrocarbures seraient les causes de cette mortalité. Gandini et al. (1994) ont noté que les oiseaux morts trouvés sur la côte de Chubut avaient subi une forte perte de poids, qu'ils aient été souillés ou non par du pétrole. Ils étaient émaciés, avaient l'estomac vide et des réserves de graisse très faibles. Les juvéniles étaient particulièrement touchés.
La famine peut également causer la mort des poussins. C'est notamment le cas chez les Gorfous sauteurs de l'archipel des Malouines. Une étude conjointe de l'Environmental Research Unit britannique et du gouvernement chilien, financée par le gouvernement britannique, a montré que la situation était meilleure sur les côtes d'Argentine et du Chili, et des oiseaux des Malouines se déplacent même vers ces zones pour se nourrir. La surpêche côtière explique cette situation. Le dévelopement de la pêche aux anchois sur les côtes argentines pourrait avoir dans le futur un impact négatif sur les colonies du pays.

Autres causes

Les filets de pêche tuent de nombreux oiseaux en mer.
Les Manchots de Magellan peuvent aussi mourir par intoxication naturelle. Lors d'une étude menée en 2000 par le Center for Penguins as Ocean Sentinels, neuf oiseaux équipés de radio-émetteurs dans leur colonie entre le 25 octobre et le 13 décembre n'y sont pas retournés. Tous étaient en bonne santé et leur dernière position connue était à 150 km des côtes. Ils avaient des petits à nourrir, et le fait qu'ils ne soient pas revenus suggère qu'ils sont morts. Sur la période, plus d'un millier d'oiseaux ont été trouvés morts. Étant donné le timing et leur bon état général, il est très probable qu'ils aient été empoisonnés par des méduses.

Le rôle du réchauffement climatique

Sasha Arkhipkin, responsable des pêches des îles Malouines, estime que le e réchauffement climatique pourrait entraîner un refroidissement plus fréquent des courants marins au large de l'archipel, ce qui aurait des conséquences potentiellement désastreuses pour les manchots. En effet, quand les glaces fondent, elles refroidissent l'eau. Sasha Arkhipkin donne l'exemple de l'année 2008 qui a été très chaude en Antarctique, provoquant une fonte des glaces, ce qui a provoqué la diminution de la température des courants des Malouines : à une profondeur de 50 mètres, la température a chuté d'environ 1°C. Les températures plus fraîches pourraient avoir empêché le plancton de se développer en quantités suffisantes, privant les poissons et donc les manchots de nourriture.
La même année, un iceberg de la taille de la Jamaïque aurait fortement perturbé la saison de reproduction des Manchots Adélie (Pygoscelis adeliae) en Antarctique en privant de lumière de grandes quantités de plancton.

Sources

- Penguins Sentinels. Help Us Track Penguins. http://mesh.biology.washington.edu/penguinProject/VIP
- PÜTZ Klemens, SCHIAVINI Adrian, RAYA KEY Andrea, LÜTHI Benno H. (2007). Winter migration of magellanic penguins (Spheniscus magellanicus) from the southernmost distributional range. Marine biology. Volume 152, numéro 6, pages 1227-1235. http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=19189074
- Falklandsconservation.com. Starving Falkland Penguins. http://www.falklandsconservation.com/news/pre2008/starving_pengs.html
- Sandra Carvalho Rodrigues, Andréa Corrado AdornesII, Euclydes Antônio dos Santos FilhoI, Rodolfo Pinho Silva FilhoII, Elton Pinto ColaresI (2010). Surviving probability indicators of landing juvenile magellanic penguins arriving along the southern Brazilian coast.Brazilian Archives of Biology and Technology. Volume 53. http://www.scielo.br/scielo.php?pid=S1516-89132010000200021&script=sci_arttext
- Photovolcanica.com. Magellanic Penguin. http://www.photovolcanica.com
- Zoologico de Sao Paulo. PINGUINS-DE-MAGALHÃES. http://www.zoologico.sp.gov.br/aves/pinguim_magalhaes.htm
- Tavares T. L. et Nascimento M.S. (2009). REGISTROS DE SPHENISCUS MAGELLANICUS (FORSTER 1781) (AVES: SPHENISCIFORMES) NO ANO DE 2008 ENTRE PRATIGI, ITUBERA - BA A RIO DE CONTAS, ITACARE - BA. Anais do IX Congresso de Ecologia do Brasil. http://www.seb-ecologia.org.br/2009/resumos_ixceb/1208.pdf
- AFP (2010). Cem pinguins sujos de petróleo chegam à costa uruguaia.
-Estadao.com.br (2010). Em 15 dias, mais de 500 pinguins mortos no litoral de SP. http://www.estadao.com.br/noticias/vidae,em-15-dias-mais-de-500-pinguins-mortos-no-litoral-de-sp,584821,0.htm

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