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Un point sur l'élimination
de l'Ibis sacré en Loire-Atlantique |  |
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Date de mise en ligne: 30/11/09 - Visé par le Comité
de Lecture
L'Ibis
sacré (Threskiornis aethiopicus) est une espèce originaire
d'Afrique tropicale et du Moyen-Orient (sud de l'Irak). Quelques
oiseaux se sont échappés du parc de Branféré (Morbihan) entre 1975
et 1987. La première reproduction en liberté s'est produite en 1991.
Depuis, leur nombre n'a pas cessé d'augmenter, colonisant peu à
peu la côte atlantique française dans les années 1990, et
mettant en danger, selon plusieurs spécialistes, des oiseaux
sensibles comme les sternes et les guifettes. En 2007, leur population
était estimée à plus de 5 000 individus (dont plus de 1500 couples),
contre environ 3 000 deux ans plus tôt.
Les préfectures de Loire-Atlantique, de Vendée et du Morbihan ont
donc décidé en 2008 de lancer des campagnes d'éradication
de l'Ibis sacré réalisées par l'Office National
de la Chasse et de la Faune Suvage (ONCFS).
Dominique Aribert, déléguée inter-régionale ONCFS Bretagne-Pays
de la Loire, nous fait un point sur la campagne dans le département
de la Loire-Atlantique.
Nous remercions Alain Gérardot-Paveglio, chef du service communication
de la préfecture de Loire-Atlantique, pour nous avoir aidé
à organiser cette interview, ainsi qu'Alain Fossé,
responsable du site www.digimages.info,
pour nous avoir aidé à l'illustrer.
Cet
article a été soumis à notre
Comité de Lecture virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous
contacter.
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Abstract
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Sacred Ibis (Threskiornis
aethiopicus) is a species coming from tropical Africa and the
Middle-East (south of Iraq).
From escaped birds from the ornithological park of Branféré (Morbihan)
about thirty years ago, a feral population is now established on
the western coasts of France, notably in the Morbihan and in the
Loire-atlantique departements.
Today, there are around 5000 birds, nesting sometimes in colonies
with others species (Spoonbills, Egrets, …), for exemple in the
Grand-Lieu lake (South of Nantes).
If it is omnivorous and feed especially on rubbish, it can also
eat chickens and eggs from fragile species such as terns: some naturalists
have therefore asked for the eradication of the species in France.
Several campaigns, managed by the Office National de la Chasse et
de la Faune Sauvage (National office for the hunting of wild animals),
have been launched in 2008 in Morbihan and Loire-Atlantique departements
to reduce drastically the number of birds
Dominique Aribert, the inter-regional delegated for ONCFS Bretagne-Pays
de la Loire, answered our questions about the campaign in Loire-Atlantique.
Interview de Dominique Aribert
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Ibis
sacré (Threskiornis aethiopicus), lac de Maine
(Maine-et-Loire), juillet 2008
Photo: Alain Fossé / www.digimages.info |
1- Combien d'Ibis
sacrés ont-ils été éliminés exactement en Loire-Atlantique
depuis le début de la campagne?
Dominique Aribert: 2830 au 30 novembre 2009.
2- Quel est l'objectif final de cette campagne? Toutes les
colonies du département doivent-elles être détruites?
Dominique Aribert: L'objectif de cette campagne est d'éliminer
les risques que les Ibis sacrés font courir à des espèces
fragiles. L'Ibis sacré montre un comportement alimentaire
très opportuniste, c'est un prédateur au spectre très large qui
se nourrit majoritairement d'invertébrés mais peut tout autant
gober œufs et poussins de nombreuses espèces d'oiseaux, et effectuer
une prédation sur des amphibiens.
Une étude menée en Afrique du Sud a montré que cette prédation
n'a rien d'anecdotique: sur Robin Island (île où fut interné Nelson
Mandela, maintenant lieu de mémoire et réserve naturelle), l'Ibis
sacré exerce sur les oiseaux marins nicheurs une prédation
plus forte que le Goéland dominicain (Larus dominicanus),
qui est pourtant un prédateur reconnu. Par ailleurs, l'Ibis sacré
peut entrer en concurrence avec d'autres espèces pour les sites
de nids, et les évincer.
Les
points rouges figurent les principales colonies d'Ibis sacrés
dans l'ouest de la France: 1) Golfe du Morbihan, 2) Ile de
Bacchus, 3) Banc de Bilho, 4) Lac de Grand-Lieu, 5) Marais
de Brouage
Zone bleue: zone d'hivernage
Carte: Ornithomedia.com d'après Hervé Michel |
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De plus, en
l'absence de prédateurs, l'Ibis sacré fait preuve en France
d'une dynamique très positive: accroissement du nombre de colonies
et du nombre total de colonies, dispersion accrue. Cette situation
multiplie les risques que ce nouveau prédateur fait courir aux
espèces sensibles des zones humides, espèces déjà fragilisées
par la dégradation de leur habitat. Un exemple des risques encourus:
deux Ibis sacrés ont fréquenté en début de printemps le
seul site de nidification de la Sterne de Dougall (Sterna dougallii)
en France, et y ont prélevé des œufs de Grand Cormorans (Phalacrocorax
carbo); les sternes n'étaient pas encore revenues de leurs
quartiers d'hiver africains, et ont donc échappé à la prédation,
mais que se serait-il passé un peu plus tard en saison?
Autre exemple, vers le sud cette fois: un groupe d'Ibis sacrés,
dont un qui avait été bagué au lac de Grand-Lieu, s'est déplacé
jusqu'au delta du Guadalquivir, grande zone humide du sud de l'Espagne
où nichent de nombreuses espèces sensibles. Les naturalistes locaux
et les autorités ont, comme en France, rapidement évalué les risques
qu'il y aurait à laisser une population d'Ibis sacrés se
développer, et ont organisé leur élimination. Dans ce contexte,
il est évident que l'objectif à atteindre est de faire cesser
la reproduction de l'espèce en milieu naturel ou, à défaut d'y
parvenir, de maintenir l'effectif à un niveau très bas.
3- A-t-on évalué les premiers impacts de cette élimination,
par exemple sur la structure de colonies mixtes d'Ardéidés (aigrettes,
hérons..) du lac de Grand-Lieu? Les responsables de l'opération
en Loire-Atlantique ont-ils eu connaissance d'une disparition
en 2007 d'une grande colonie mixte (Aigrette garzette, Grand Cormoran,
Héron cendré) dans le Golfe du Morbihan suite à des tirs d'Ibis
sacrés?
Dominique Aribert: Aucun tir d'ibis n'a été effectué en
2007 dans le Morbihan, il est donc totalement faux de dire que
cela aurait entraîné l'abandon d'un site par d'autres espèces.
Dans le Golfe du Morbihan les colonies d'Ardéidés s'installent
sur des îles privées, généralement sur des cyprès plantés par
les propriétaires. Ces colonies sont mobiles, soit que les arbres
meurent rapidement sous les déjections des oiseaux (les ibis sont
particulièrement efficaces à cet égard), soit que parfois les
propriétaires s'arrangent pour faire partir les oiseaux. La disparition
de la colonie à laquelle vous faites allusion relève très probablement
de l'une de ces causes. Concernant les tirs sur les colonies mixtes,
ils s'entourent de précautions fortes, les opérateurs veillant
à ne pas perturber les espèces sensibles. Ainsi, les tirs à distance
des colonies (oiseaux allant et venant) sont privilégiés.
Ou bien les opérations se font après le départ des autres espèces,
dans le cas d'installation tardive des ibis. Ainsi, des tirs ont
eu lieu en 2008 sur deux colonies du Golfe du Morbihan abritant
des colonies mixtes: ces deux colonies ont sans problème été de
nouveau occupées par les espèces concernées en 2009.
4- A quelle période de l'année ont lieu les opérations de
tirs? Celles-ci, qui ont lieu parfois dans des zones protégées
(par exemple sur le banc de Bilho) ne sont-elles pas en contradiction
avec le statut juridique de ces zones?
Dominique Aribert: Les tirs peuvent se faire toute l'année.
Les opérations tiennent compte du statut particulier de chaque
zone. Ces statuts permettent les tirs de limitation, y compris
sur les réserves naturelles: ainsi, des sangliers ou des Erismatures
rousses (Oxyura jamaicensis) sont très réglementairement
tirés sur des réserves gérées par des associations de protection
de la nature.
Localement, toutefois, il a été décidé de ne pas procéder à des
tirs sur les colonies pluri-spécifiques de la réserve naturelle
du lac de Grand-Lieu, qui abrite maintenant la plus importante
colonie d'Ibis sacrés: sur ce site est privilégiée la stérilisation
des pontes.
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Les
Ibis sacré (Threskiornis aethiopicus) sont accusés
de menacer les populations de guifettes, dont de Guifettes
noires (Chlidonias niger)
Photo: Alain Fossé / www.digimages.info |
5- Existe-il
un bilan intermédiaire précis de l'efficacité de ces tirs, notamment
sur un éventuel rétablissement des colonies des espèces qui étaient
censées être menacées par les ibis (les sternes et les guifettes
par exemple)?
Dominique Aribert: Les observations les plus récentes montrent
que, malgré la baisse d'effectif, les Ibis sacrés continuent
à détruire des pontes de guifettes.
6- Et en cas d'un éventuel constat de non-efficacité de
ces tirs, est-il prévu de suspendre l'arrêté?
Dominique Aribert: Ces tirs sont efficaces, ayant jusqu'à
présent permis de faire régresser la population qui est passée
d'au moins 1400 couples en 2007, à environ 850 couples en 2009.
Il convient de maintenir l'effort.
7- La stérilisation des ufs a-t-elle déjà été mise
en place? Sera-t-elle favorisée par la suite au détriment des
tirs?
Dominique Aribert: La stérilisation a été testée en 2009
sur le lac de Grand-Lieu, et devrait y être poursuivie. Il faut
toutefois savoir que cette méthode n'est pas aisée à mettre en
œuvre: l'accès aux nids est difficile dans les arbres au milieu
des marais, et il faut pouvoir intervenir assez tôt, avant l'éclosion:
en 2009, seulement environ 20% des pontes ont pu être stérilisées,
les autres étant déjà écloses à la date de l'intervention. De
ce fait, la stérilisation des pontes n'a pas empêché 900 jeunes
ibis de s'envoler. Par ailleurs, les couples dont les pontes ont
été stérilisées tendent à aller faire une ponte de remplacement
sur un autre site : on ne fait que déplacer le problème.
La stérilisation des pontes reste donc un procédé complémentaire
au tir, à mettre en œuvre là où le tir n'est pas possible, mais
ne saurait s'y substituer.
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Ibis
sacré (Threskiornis aethiopicus) mangeant un
cadavre de canard, lac de Maine (Maine-et-Loire), juillet
2008
Photo: Alain Fossé / www.digimages.info |
8- Est-il
prévu en parallèle d'agir sur les raisons qui ont provoqué
une multiplication des ibis, à savoir la présence de décharges
à ciel ouvert?
Dominique Aribert: La plupart de ces décharges sont déjà
fermées, les dernières le seront prochainement. Il convient toutefois
de noter que la fermeture de la plus grande décharge de la région,
celle de Cuneix près de Saint-Nazaire fermée fin 2006, n'a pas
entraîné de déclin des effectifs d'Ibis sacrés, qui trouvent
aisément d'autres sources d'alimentation.
9- Recevez-vous des plaintes de la part de personnes opposées
à cette campagne de tirs?
Dominique Aribert: Je suis dans l'incapacité de répondre
à la question 9 sur les plaintes reçues (éventuellement) par le
Préfet: je n'ai jamais entendu parler de plainte dans ce département
concernant les tirs des Ibis sacrés
10- Il est indiqué dans l'arrêté du 04 décembre 2006 que
la fédération départementale des chasseurs fait partie des organismes
chargés de l'application de l'arrêté: un représentant de
l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage les accompagne-t-ils
toujours sur le terrain?
Dominique Aribert: La Fédération départementale des chasseurs
est chargée de l'application de l'arrêté, en ce qu'elle a pour
mission de participer à l'information des chasseurs qui doivent
savoir que l'organisation de tirs ne veut pas dire que l'espèce
est ouverte à la chasse. Dans la pratique, seuls les agents de
l'ONCFS effectuent ces tirs.
Et dans le sud de la France
Dominique Clément, de l'association www.audenature.com,
nous informe que l'espèce est aussi présente en
Camargue, avec 13 à 14 oiseaux. En 2009, la nidification a été
notée dans une colonie de Spatules blanches.
Dans l'Aude, il n'y a plus d'observation d'ibis depuis leur éradication
(par l'ONCFS) ou leur recapture pour les mettre en volière (par
la réserve africaine de Sigean).
Autres articles publiés sur Ornithomedia à
ce sujet
- Faucon
pèlerin et Ibis sacré en Bretagne : des présences
discutées
- Faut-il
éliminer l'Ibis sacré de France?
A visiter
- Le site web de la préfécture de Loire-Atlantique:
www.loire-atlantique.pref.gouv.fr/contacts/index.html
- Préfécture du Morbihan (2009). Arrêté portant
autorisation de destruction de spécimens d'Ibis sacré (Threskiornis
aethiopicus). http://ddaf56.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/APIBis56_2009_cle83d22e.pdf
- Le site web de l'ONCSF: 'www.oncfs.gouv.fr
- Sauvons l'Ibis sacré! ibisdebretagne.bloguez.com
-
Le site web d'Alain Fossé: www.digimages.info
- Jean-Marc Pons. Les espèces d'oiseaux invasives en France:
le cas de l'Ibis sacré. Conférence-débat
SNPN sur les espèces invasives. http://www.snpn.com/IMG/pdf/Ibis.pdf
Sources
- JP Gallerand. L'ibis sacré du Nil en France. SVT 44. http://44.svt.free.fr/jpg/ibis.htm
- Guillaume Calu (2005). L’Ibis sacré (Threskiornis aethiopicus)
menace l’avifaune française.Spetrosciences. Date de mise en ligne:
30/06. http://www.spectrosciences.com/print_article.php3?id_article=2
- L'oiseleur (2008). L'Ibis sacré dans la mire de l'Office National
de la Chasse. Date de mise à jour: 25/04. http://oiseleur.com/texte.php?id=11
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