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La Mouette blanche, le Dodo du 21ème siècle? |
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Date de mise en ligne: 09/02/09 - Soumis au Comité de Lecture
La Mouette blanche (Pagophila
eburnea) est une espèce marine du Haut-Arctique, très peu connue,
qui dépend étroitement de la banquise, et qui est donc gravement
menacée par le réchauffement climatique.
Afin de mieux connaître sa biologie, le Groupe Arctique de Recherche en
Ecologie (GREA), une association française, étudie depuis 2003 cette
espèce sur la côte orientale du Groenland. En 2007, 13 Mouettes blanches
ont été équipées de balises pour suivre leurs déplacements.
Cet article
a été soumis à notre Comité de Lecture
virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous contacter.
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Abstract
| Publicité |
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Ivory Gull (Pagophila
eburnea) breeds right around the northern hemisphere but rarely ventures
south of the Arctic Circle, nesting on boulder fields and rocky cliffs inland
from the frozen sea and wintering mostly on pack ice. It is an uncommon bird,
and it has a patchy distribution around the high Arctic. It is highly threatened
by the global warming.
Since 2003, the Arctic Ecology Research Group (GREA), a French based NGO, studies
this emblematic and poorly known species in North-eastern Greenland. In 2007,
they managed to trap and fit 13 adult gulls with PTT (Platform terminal transmitters)
at two colonies. For the entire year that followed, lots of data were transmitted
to their computers, providing new surprises and bringing new knowledge about the
biology of this endangered and declining species.
More informations: Olivier Gilg, Brigitte Sabard and Adrian Aebischer - Ecopolaris
expeditions, Arctic Ecology Reserarch Group (GREA) - 16, rue de Vernot - F-21440
Francheville (France) - E-mail: grearctique@free.fr
- Website: http://grearctique.free.fr
- Ivory gull page:
www.seaturtle.org/tracking/?project_id=233
L'origine du projet de suivi
La Mouette blanche (Pagophila
eburnea)
Pour en savoir plus
sur cette espèce, lire Afflux
inhabituel de Mouettes blanches en janvier 2009.
L'Est du Groenland, une zone qui a toujours fasciné les Français
Carte du Groenland; en blanc, zone de banquise. En vert, l'Est Greenland National
park. Les situations de la polynie NEW, de la Station nord et de l'archipel d'Henrik
Krøyer Holme sont précisées
Carte: Ornithomedia.com |
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Pour plusieurs raisons, l'Est
du Groenland a toujours fasciné les Français. Après Blosseville
(1833), le Duc d'Orléans (1905-09) et Charcot (1925-36), dont les visites
successives ont été immortalisées par des noms de nombreux
lieux, plusieurs scientifiques (y compris Paul-Emile Victor) se sont rendus dans
cette région au vingtième siècle.
Le Groupe de Recherche en Écologie Arctique (GREA), une association française,
poursuit d'une certaine manière cette tradition en organisant, presque
chaque année depuis 1979, des expéditions biologiques dans le Parc
National du Nord-Est du Groenland (le plus grand au monde
presque 4 fois
la superficie de la France!).
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Mouette blanche (Pagophila eburnea) adulte, Groenland, 2003
Photo: Olivier Gilg |
Jusqu'en 2003, la plupart de
ces travaux, y compris le suivi à long terme des oiseaux et des mammifères
de la vallée du Karupelv lancé en 1988 par Benoît Sittler
(Sittler, 1995), avaient été réalisés dans la partie
du sud du Parc National (c'est-à-dire entre les latitudes 72°N et 74°N)
et étaient centrés sur le suivi des oiseaux de mer ou sur l'interaction
entre les lemmings et leurs prédateurs (Gilg et al., 2003). Mais en 2003,
quand les biologistes du GREA ont eu pour la première fois l'occasion de
visiter le Nord du Groenland, ils ont immédiatement réalisé
que la Mouette blanche, une espèce aussi emblématique que mal connue,
deviendrait la nouvelle espèce-cible sur laquelle il leur faudrait concentrer
leurs efforts dans le cadre de leur étude de la faune arctique. C'est ainsi
qu'a débuté le programme de suivi de cet oiseau.
2003, une très bonne année
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Mouette blanche (Pagophila eburnea) de 1er hiver, Rocky Harbour, Terre-Neuve
(Canada), janvier 2009
Photo: Tina Leonard |
Comme prévu, le premier
animal qu'ils ont vu se poser sur la Station Nord le soir du 26 juillet 2003 était
une Mouette blanche. Ce n'est pas étonnant puisque c'est pratiquement le
seul vertébré sauvage présent autour de cette station militaire,
avec quelques Bécasseaux sanderlings (Calidris alba) et des Lemmings.
Mais les Mouettes blanches ne nichent pas chaque année dans leurs colonies,
si bien que si leur nidification avait été rapportée au cours
des deux années précédentes par Hans Meltofte et par le personnel
militaire de la station, ils avaient hâte de vérifier si les oiseaux
vus étaient des nicheurs venus de la colonie proche ou s'il s'agissait
seulement de visiteurs attirés par la cuisine de la station ou par la nourriture
donnée aux chiens de traîneau.
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Mouette blanche (Pagophila eburnea) baguée "IVGU", Groenland,
2003
Photo: Olivier Gilg |
Le suspense ne devait pas durer
longtemps. Peu après leur arrivée, les chercheurs ont parcouru les
2 à 3 km qui séparent la base de la colonie et se sont rendus compte
que 2003 était, et de loin, la meilleure année jamais rapportée
pour ce site: environ 150 adultes ont été trouvés nichant
sur le cap le plus au nord de Prinsesse Ingeborg Halvø. Les oiseaux les
plus proches les ont attaqué, tandis que les autres nourrissaient leurs
jeunes ou couvaient.
Quand ils sont retournés
à la Station Nord à 2 heures du matin, ils avaient finalement marqué
62 oisillons avec une bague jaune codée (leurs collègues norvégiens
utilisant déjà des bagues rouges dans l'archipel du Spitzberg) en
plus de la traditionnelle bague ZMU en métal fournie par leur collègue
du Musée Zoologique de Copenhague Kaj Kampp.
La plus grande
colonie du Groenland
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Mouette blanche (Pagophila eburnea) adulte sur son nid, Groenland, 2003
Photo: Olivier Gilg |
Après avoir visité
et inventorié quelques autres sites entre la Nansen Land et Centrumsø,
la météo leur a semblé suffisamment clémente pour
tenter une visite de l'archipel brumeux d'Henrik Krøyer Holme, un groupe
de trois petites îles perdues au milieu de la polynie NEW ("North East
Water"), où une autre colonie avait été découverte
en 1980 (Hjort et al., 1983). Une polynie est un mot d'origine russe qui désigne
une zone dépourvue de glace dans une mer gelée.
Bien que cette colonie soit aussi située sur la côte, le lieu est
plutôt différent de celui de la Station Nord: les îles d'Henrik
Krøyer Holme constituent la partie émergente d'un récif de
corail fossilisé, et le fort contraste entre la pauvreté de l'habitat
(avec seulement trois espèces de plantes) et la richesse de la faune (Mouette
blanche, Mouette de Sabine, Goéland bourgmestre, Mouette de Ross, eiders,
Morse, Ours polaire, Baleine franche du Groenland
) rappelle fortement l'atmosphère
antarctique.
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Mouette blanche (Pagophila eburnea) adulte, Groenland, 2003
Photo: Olivier Gilg |
Les chercheurs ont passé
leur temps à évaluer la taille de la colonie et à baguer
les oiseaux. La colonie localisée sur l'île centrale avait une taille
similaire à celle qu'elle avait en 1993 (Falk et al., 1997), c'est-à-dire
environ 135 nids. Mais quand ils ont visité l'île la plus nordique
le 9 août, ils ont trouvé une colonie comptant environ 150 nids,
soit la plus grande colonie connue du Groenland. Ce n'est que lorsqu'ils ont quitté
quelques jours plus tard la région qu'ils ont réalisé que
2003 avait constitué une année record pour les Mouettes blanches
au Groenland, avec environ 1000 adultes et 350 nids estimés sur seulement
trois colonies. Parmi les 270 oisillons qu'ils ont bagué cette année,
beaucoup ont été retrouvés les années suivantes dans
leur colonie natale ou ailleurs.
A bord du Tara V
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Mouette blanche (Pagophila eburnea) de 1er hiver, Rocky Harbour, Terre-Neuve
(Canada), janvier 2009
Photo: Tina Leonard |
Dix mois plus tard, les biologistes
du GREA se sont à nouveau rendus dans le nord du Groenland mais cette fois-ci
à bord du bateau Tara V d'Étienne Bourgois. L'idée était
d'explorer toute la côte orientale du Groenland pour observer les oiseaux
de mer, depuis la côte de Blossville jusqu'au sud de la polynie NEW, un
objectif ambitieux mais faisable si la glace de mer était aussi rare qu'en
2003.
Mais bien qu'ils aient pu naviguer jusqu'à la position 81°17'N, l'entrée
de la polynie était complètement fermée par des blocs de
glace dispersés, et ils ont donc dû retourner vers le Sud alors qu'ils
n'étaient plus qu'à quelques miles de l'archipel d'Henrik Krøyer
Holme.
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Mouette blanche (Pagophila eburnea) adulte sur son nid, Groenland, 2003
Photo: Olivier Gilg |
Cette expédition, qui
était par ailleurs une totale réussite (Gilg et al., 2005), n'a
toutefois pas été improductive pour la Mouette blanche. Au cours
des trajets aller et retour vers Danmarkshavn (la glace avait empêché
les chercheurs de longer la côte au nord de Dove Bugt et ils avaient du
suivre la bordure extérieure de la glace entre les latitudes 77 et 81°N),
ils ont observé quotidiennement des Mouettes blanches, seules ou en couples
accompagnés par des oiseaux de première année, se déplaçant
parfois vers le Sud, parfois vers le Nord
Combien étaient-elles?
D'où venaient-elles ? Où allaient-elles? Combien de temps restaient-elles
au large de la côte orientale du Groenland?
C'est lors de ces longues journées froides passées sur le pont du
Tara qu'a germé l'idée d'un projet de suivi par satellite de la
Mouette blanche pendant au moins un an. Mais sa mise en place, la planification
de la logistique, la recherche des fonds nécessaires, et la recherche des
meilleurs fournisseurs ont pris trois ans.
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L'origine
du projet de suivi
Le suivi par satellite
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