 |
 |
 |
 |
|
L'hiver 2008-2009 sera-t-il un hiver à harfangs? |
 |
|
Date de mise en ligne: 25/11/08 - Soumis au Comité de Lecture
Le Harfang
des neiges est un rapace mythique, qui niche dans la toundra arctique de l'Alaska
à la Sibérie, et que l'on ne voit que très rarement en Europe
de l'Ouest: or, entre la fin du mois d'octobre 2008 et jusqu'au 24 novembre au
moins, plusieurs oiseaux ont été observés en Grande-Bretagne,
en Irlande, aux Pays-Bas, et en Belgique.
En Amérique du Nord également, un nombre important d'oiseaux arrivés
plus tôt que lors d'une année normale ont été observés
au Sud-est du Canada (Nouveau-Brunswick et Québec) ainsi que dans les régions
de New York et des Grands Lacs. L'hiver 2008-2009 semble donc être une année
favorable pour découvrir cet oiseau en dehors de son aire normale. Mais
quelles sont les raisons possibles de ces arrivées inhabituelles?
Cet article
a été soumis à notre Comité de Lecture
virtuel.
Pour participer à ce comité, vous pouvez nous contacter.
|
Abstract
| Publicité |
 |
The Snowy Owl is an Arctic
species very rarely seen in Western Europe: but since the end of October 2008
and up to know (24th November), several birds have been watched in Great-Britain,
Ireland, Netherlands and even Belgium.
In North America too, an unusual number of early birds have been watched in South-eastern
Quebec, New Brunswick, New York and Great lakes Areas. Will the 2008-2009 winter
be a "Snowies Winter"?
What are the possible explanations for this phenomenon: a very good breeding season,
a cyclic falling of the lemming population, a recent spate of wintery weather,
or a more general changing due to global warming?
Le Harfang des neiges
Le Harfang des neiges (Nyctea scandiaca)
Pour en savoir
plus sur Le Harfang des neiges, lire notre article Chercher
Le Harfang des neiges dans le sud du Québec.
Une espèce
dépendante des rongeurs
 |
Harfang des neiges (Nyctea scandiaca), Texel (Pays-Bas), le 16/11/2008
Photo: Martijn Bot |
Le Harfang des neiges est un
grand hibou au plumage blanc plus ou moins barré/tacheté de gris
sombre et nichant dans la toundra ou sur les hauts plateaux au-dessus de la limite
des arbres, de l'Alaska à la Sibérie en passant par le Canada, le
Groenland et la Scandinavie. Son alimentation est très majoritairement
composée de rongeurs, en particulier de Lemmings (Lemmus lemmus)
et de campagnols. En fonction de leur nombre, sa population fluctue, et il peut
ne pas se reproduire certaines années. Sur l'île de Banks (Canada),
on peut compter entre 15 000 et 20 000 Harfangs des neiges lors des bonnes années
à Lemmings, et seulement 2 000 oiseaux lors des mauvaises années.
La densité des oiseaux passe d'un individu pour 2,6 km² dans le premier
cas à un oiseau pour 26 km² dans la seconde situation (source: www.owlpages.com).
En hiver, lors des années de "disette", un certain nombre d'oiseaux
sont obligés de descendre au sud de leur aire d'hivernage normale, à
la recherche de rongeurs: on note alors des "invasions" d'harfangs;
c'était par exemple le cas aux Etats-Unis et dans le sud du Canada lors
des hivers 1996-1997, 1991-92 et 1980-81.
Des observations remarquables en Europe de l'Ouest
Quelques
observations d'Harfangs des neiges (Nyctea scandiaca) en Europe de l'Ouest
entre le 1er octobre et le 24 novembre 2008: 1) Belmullet, Termon Hill, Mayo County,
(Irlande), 2) St.Mary's, îles Scilly (Grande-Bretagne), 3) Texel (Pays-Bas),
4) Polder Uitkerkse (près d'Uitkerke), Flandres (Belgique), 5) Balranald,
North Uist, îles Hébrides, Ecosse, 6) Aurigny (Alderney), îles
anglo-normandes (Grande-Bretagne)
En rouge, zone de nidification, et en bleu, zone d'hivernage habituelle
Carte: Ornithomedia.com |
 |
Entre le 1er octobre et le
24 novembre 2008, plusieurs Harfangs des neiges, tous des oiseaux de première
année (les mâles adultes restant davantage près des zones
de nidification même en hiver), ont été observés en
Europe de l'Ouest, donc bien plus au sud que leur aire d'hivernage habituelle
(en bleu sombre sur la carte ci-contre) (source: www.netfulg.dk):
- Un oiseau de première année sur le polder Uitkerkse, près
d'Uitkerke, Flandres occidentales (Belgique), découvert le 23 novembre
et encore présent le 24 (au moins). Claude Declercq, rédacteur du
Monde des Oiseaux, nous précise que depuis 1896, il s'agît de la
septième donnée belge.
 |
Harfang des neiges (Nyctea scandiaca), polder Uitkerkse (près d'Uitkerke),
Flandres occidentales (Belgique), le 24/11/2008
Photo: Edouard Dansette |
- Une femelle de première
année à plusieurs endroits (De Schorren, Polder Eijerland, Zeeburg,
De Cocksdorp et Oosterend) de l'île
Texel (Pays-Bas), du 15 au 21 novembre au moins
- Un oiseau sur Aurigny (Alderney), îles anglo-normandes (Grande-Bretagne),
du 10 au 16 novembre au moins (source: www.jerseybirds.co.uk)
- Un mâle de premier année sur Saint-Mary's, îles Scilly (Grande-Bretagne),
du 29 octobre au 13 novembre (au moins): c'est la 6ème donnée pour
les Scilly et la première depuis 1972
- Un oiseau à Balranald, North Uist, îles Hébrides, Ecosse
(Grande-Bretagne) le 3 novembre
- Une femelle à Belmullet, Termon Hill, Co. Mayo (Irlande) le 1er octobre.
Bien sûr, d'autres oiseaux ont pu passer inaperçus, et nous n'avons
pas les données éventuelles en Europe de l'Est et en Russie.
Une vidéo à voir
A voir, une vidéo de la femelle de première année
vue sur l'île Texel (Pays-Bas), du 15 au 21 novembre au moins: www.youtube.com/watch?v=Efu80pAdltQ
Et des Faucons gerfauts!
Christophe Goujon nous fait remarquer qu'outre des Harfangs des neiges, des Faucons
gerfauts (Falco rusticolus), un autre prédateur arctique, ont aussi
été observés approximativement sur la même période
aux Pays-Bas et au Danemark (sources: www.netfulg.dk
et www.dutchbirding.nl).
En Amérique du Nord également
Quelques
observations d'Harfangs des neiges (Nyctea scandiaca) en Amérique
du Nord entre le 1er octobre et le 24 novembre 2008: 1) Miscou Island, 2) Vallée
du Saint-Laurent, 3) Northern Tier et Plattsburgh (New York), 4) Région
d'Ottawa, 5) Iles Norwalk (Connecticut), 6) Côte du Massachusetts, 7) Milwaukee
(Illinois), 8) Wilmette (Illinois)
En rouge, présence à la belle saison uniquement, en violet présence
toute l'année dans des conditions normales, et en bleu sombre, présence
en hiver
Carte: Ornithomedia.com |
 |
En consultant un certain nombre
de journaux canadiens et américains, nous avons constaté qu'un phénomène
similaire était en train de se produire depuis le mois d'octobre dans le
sud-est du Canada et au Nord-est des Etats-Unis
1- Six oiseaux ensemble sur Miscou Island début novembre au Nouveau-Brunswick
(Canada). 20 oiseaux (!) ont aussi été vus ensemble dans un spot
(qui ne figure pas sur notre carte) dans la province de Terre-Neuve (Canada) en
novembre (source: Canada
East)
2- Au moins 33 données entre le 1er octobre et le 21 novembre le long du
Saint-Laurent, Québec (Canada). Il est possible de visionner l'emplacement
de ces observations sur ce lien.
3- Un couple dans le Northern Tier, Clinton County le 8 novembre et sept oiseaux
dans le secteur de Plattsburgh (New York) début novembre (source: www.pressrepublican.com)
4- Un oiseau le 16 novembre sur un toit à Stittsville et deux oiseaux (le
même jour?) dans l'Outaouais dans la région d'Ottawa (Canada) (source:
The Ottawa Citizen)
5- Un oiseau sur les îles Norwalk (Connecticut) le 2 novembre et un le 5
novembre sur Stratford Point (Connecticut) (source: http://blogs.rep-am.com)
6- Un oiseau début novembre sur la côte du Massachusetts (source:
http://blogs.rep-am.com)
7- Un oiseau à Milwaukee (Illinois) le 9 novembre (source: Chicago Sun
Times)
8- Un oiseau dans le Gillson Park à Wilmette (Illinois) le 8 novembre (source:
Chicago Sun Times)
Bien sûr, cette liste n'est pas exhaustive!
Une mauvaise année à Lemmings?
 |
Lemming (Lemmus lemmus)
Photo: Michel Lepley |
Une caractéristique
particulière du Lemming, la proie principale du Harfang des neiges, est
la nature cyclique de ses populations: ces dernières passent par des périodes
d'abondance très faible à très élevée, selon
la disponibilité de la nourriture. Si les conditions sont bonnes, les lemmings
peuvent se reproduire et avoir plusieurs portées par année. Ainsi,
leur population augmente jusqu'à ce qu'il n'y ait plus suffisamment de
plantes pour soutenir l'ensemble des individus de la population. Suivant les espèces
de lemmings, les populations peuvent alors exploser d'un facteur cent ou mille!
À ce moment, la population décline, la végétation
se régénère et le cycle reprend. Par exemple, sur l'Île
Bylot (Canada), l'intervalle de temps entre deux pics d'abondance dans la population
de lemmings est de trois à quatre ans. Lorsque les populations de lemmings
sont faibles, les Harfangs des neiges voient leurs ressources alimentaires diminuer,
et ils sont obliger de descendre plus au Sud pour se nourrir, notamment en hiver.
 |
Harfang des neiges (Nyctea scandiaca), polder Uitkerkse (près d'Uitkerke),
Flandres occidentales (Belgique), le 24/11/2008
Photo: Edouard Dansette |
Il semblerait justement
que la saison 2008 corresponde à la fin d'un cycle de quatre ans. On a
par exemple constaté au Nouveau-Brunswick (Canada), où vit une modeste
population de Lemmings, que leur nombre avait chuté dramatiquement. Mais
les Harfangs des neiges ont pu se rabattre vers les campagnols, très nombreux.
Des mâles adultes d'Harfangs des neiges, pourtant plutôt sédentaires,
ont été vus en novembre dans le sud de l'Ontario (Canada), ce qui
suggère que le manque de Lemmings pourrait être très important
cette année dans la toundra (source: http://newsdurhamregion.com).
En outre, les premiers harfangs observés cette année au Sud du Canada
et au Nord-est des Etats-Unis ont été précoces, cette espèce
arrivant généralement bien plus tard dans la saison, ce qui suppose
des conditions très défavorables plus au Nord.
 |
Harfang des neiges (Nyctea scandiaca), Texel (Pays-Bas), le 16/11/2008
Photo: Martijn Bot |
A noter que de nouveaux
travaux menés au Groenland par Gilg, Hanski et Sittler (AAAS, octobre 2008)
suggèrent qu'en fait ce serait une combinaison particulière de prédateurs
(Hermine, Renard arctique, Harfang des neiges et Labbe à longue queue)
qui pourrait conduire les populations de lemmings à fluctuer fortement
tous les quatre ans. Les scientifiques pensent que ces quatre prédateurs
pourraient être les seuls responsables des cycles quadriennaux de population
observés à l'Est du Groenland et probablement dans de nombreuses
autres populations de lemmings. Contrairement aux précédentes hypothèses,
le manque de nourriture ou d'espace ne paraît pas en cause. Le
nombre de renards, d'harfang et de labbes, tous des prédateurs généralistes
qui se nourrissent de lemmings uniquement lorsqu'ils sont abondants, fluctue de
façon exactement synchrone avec celui des lemmings. Gilg et ses collègues
ont fait l'hypothèse que les prédateurs spécialistes et généralistes,
en agissant de concert, limitent les populations de lemmings qui augmenteraient
autrement jusqu'à ce que la nourriture ou la place viennent à manquer.
Les hermines, avec le décalage de leur reproduction, sont la clé
du cycle quadriennal qui caractérise les lemmings selon les chercheurs.
Au cours d'une année à lemmings, les prédateurs généralistes
aident à contenir la multiplication rapide des rongeurs jusqu'à
ce que les hermines gagnent en nombre. À ce moment-là, la prédation
est suffisamment intense pour faire chuter au plus bas le nombre de lemmings.
Quand les trois prédateurs généralistes ont trouvé
une alternative, d'autres proies plus abondantes, ou ont quitté la région,
les lemmings peuvent se multiplier assez rapidement pour retrouver leur nombre
le plus élevé.
Une très bonne reproduction 2008 des harfangs
Situations des îles Baffin et Bylot, dans l'Arctique canadien
En rouge, présence du Harfang des neiges à la belle saison uniquement,
en violet présence toute l'année dans des conditions normales, et
en bleu sombre, présence en hiver
Carte: Ornithomedia.com |
 |
Un message posté
par Ron Pittaway et Jean Iron, deux naturalistes canadiens, le 26 novembre sur
la liste de discussion Birdchat, est très instructif. On y a apprend qu'un
grand nombre d'Harfangs des neiges ont été vus cet automne au sud
de l'Arctique. La plupart des premiers oiseaux observés étaient
des mâles de première année nés cet été:
des rapports publiés au cours de l'été 2008 indiquaient en
effet que la population de lemmings était importante dans l'est de l'Arctique
canadien entre Churchill (Manitoba) jusqu'à l'Île de Bylot (Nunavut),
permettant une forte reproduction des rapaces.
On pensait dans un premier temps que la cause de l'apparition des Harfangs des
neiges au sud de leur aire d'hivernage normal était lié à
une chute du nombre de lemmings dans l'Arctique oriental canadien; toutefois,
des informations récentes suggèrent plutôt que ces données
sont le résultat d'une très bonne saison de reproduction 2008 de
l'Harfang des neiges, de nombreux jeunes ayant été élevés
avec succès. Gilles Gauthier et son étudiant Jean-Francois Therrien
de l'Université Laval de Québec l'expliquent: "en raison de
l'abondance de lemmings sur l'Île de Bylot et dans tous les sites que nous
avons visités sur l'Île de Baffin durant l'été 2008,
nous avions prédit que le nombre d'Harfangs des neiges devrait être
important cet hiver dans le Sud. En effet, certaines études menées
par Jean-François basées sur les résultats du Christmas Bird
Count avaient montré une bonne corrélation entre l'abondance de
lemmings sur l'Île de Bylot et le nombre d'Harfangs observés l'hiver
suivant dans les provinces de Québec et de l'Ontario pour la période
1993 - 2007. Et jusqu'ici, les prédictions se sont avérées
justes".
L'Île de Baffin se situe à l'ouest du Groenland et est la plus grande
île de l'Arctique canadien. L'Île de Bylot se trouve à peu
près 3 000 km au nord de Toronto. Bylot est beaucoup plus petite que Baffin.
Elle est située à la pointe nord-est de Baffin dans le Détroit
de Lancaster, le fameux "Passage du Nord-ouest".
Une bonne reproduction 2008 des harfangs et une chute du nombre de lemmings?
Mais le nombre de lemmings
a-t-il aussi chuté cet automne? Bruce Di Labio a mené des études
écologiques dans le sud de l'Île de Baffin au mois d'août 2008,
puis dans le centre et le sud de l'île durant les mois de septembre et d'octobre.
Il a rapporté que très peu de lemmings avaient été
capturés dans les pièges, ce qui pourrait indiquer un déclin
du nombre de rongeurs au cours de ces deux mois, à une période où
la plupart des chercheurs ne sont plus dans l'Arctique. Le nombre de lemmings
s'effondre normalement entre l'automne et l'hiver après une période
d'abondance et les cycles sont d'ordinaire synchrones à travers tout l'est
de l'Arctique.
L'arrivée importante des Harfangs des neiges au cours de l'automne 2008
pourrait être lié au grand nombre de poussins élevés
cet été grâce à la disponibilité des lemmings
à ce moment. Mais il pourrait aussi être causé par la chute
des proies disponibles cet automne. Si plusieurs adultes d'Harfangs des neiges
sont vus cet hiver dans le sud du Canada, alors il sera probable que l'absence
de lemmings a joué un rôle important.
Un article de Michel Savard (COASLSJ)
 |
Harfang des neiges (Nyctea scandiaca), Texel (Pays-Bas), le 16/11/2008
Photo: Jorrit Vlot |
Michel Savard, du Club des
ornithologues amateurs du SaguenayLac-Saint-Jean (COASLSJ), a publié
un très inétrssant article dans la revue (bien nommée!) Le
Harfang de décembre 2008 et intitulé "La Grande Visite : les
incursions de chouettes nordiques dans les basses terres du SaguenayLac-Saint-Jean".
Voici un extrait de cet article concernant le Harfang des neiges:
"Cest un prédateur spécialiste de lemmings qui réagit
immédiatement aux fortes variations dabondance de sa proie. Toutefois,
la dynamique des populations de micromammifères dans la toundra demeure
mal connue. Lhypothèse dun rôle prépondérant
des prédateurs, celle la plus plausible, est toujours à létude
par le Centre détudes nordiques de luniversité Laval.
Les mouvements démigration de harfangs dans les zones habitées
de lEst du Canada et des États-Unis sont répertoriés
depuis plus dun siècle. Lors dun Congrès de lAmerican
OrnithologistsUnion (AOU), un comité fut même formé
en octobre 1938 pour surveiller la migration périodique du harfang (Snyder,
1943). Les cycles dabondance plus ou moins marquée observés
depuis 1882 sont 60 % du temps de quatre ans et 20 % du temps de trois ans ou
de cinq ans. Plusieurs auteurs, à commencer par Gross (1931, 1947) et Shelford
(1945), ont lié une migration de harfangs dans les états de la Nouvelle-Angleterre
à chaque déclin de la population de lemmings dans la toundra arctique
ou à chaque année dabondance du Renard arctique trappé
à Fort-Chimo. Dans les basses terres du Saint-Laurent, comme dans le nord-est
des États-Unis, des sommets dabondance du Harfang des neiges se sont
produits à des intervalles successifs de trois à quatre ans de 1960
à 1981 (Kerlinger et al. 1985; Paquin et David, 1993). Rarement, ils se
produisent en même temps que les incursions de chouettes boréales.
Tout récemment, lors de certains hivers au SaguenayLac-Saint-Jean,
on a remarqué des mouvements de juvéniles, alors que dautres
années, ce sont surtout des adultes qui sont observés. Il est donc
hasardeux de projeter létat des populations de lemmings sans connaître
la nature dune incursion du Harfang des neiges dans le Québec méridional,
cest-à-dire sil sagit dune émigration de
juvéniles (surtout des mâles), associée à labondance
de lemmings, ou dadultes (mâles et femelles), associée à
un déclin des populations de sa proie. Or, il nest pas aisé
de distinguer à distance les mâles juvéniles des femelles
adultes chez cette chouette blanche (Josephson, 1980)".
Vous pouvez télécharger
l'article complet au format pdf (909 ko).
Une météo
défavorable?
Cet afflux pourrait être lié à une épisode neigeux
important début novembre qui a touché le Nord, le Centre et l'Est
de l'Europe, par exemple la Norvège, mais aussi l'Amérique du Nord
(source: www.skiclub.co.uk):
les épaisseurs de neige ont été exceptionnelles pour cette
période de l'année, ce qui a pu pousser des harfangs à descendre
plus au Sud que la normale, leurs proies étant devenues plus difficiles
à trouver.
L'arrivée de jaseurs, le signe d'un hiver froid?
Cet hiver 2008 sera aussi peut-être un hiver à Jaseurs boréaux
(Bombycilla garrulus): près de 1 000 oiseaux ont déjà
été comptés à la mi-novembre en Grande-Bretagne, avec
plusieurs troupes de plus de 100 oiseaux (le plus grand groupe comptait 400 oiseaux
à Portree, sur l'île de Skye). Et de nombreux autres oiseaux seraient
en train de quitter la Scandinavie. En Europe de l'Ouest, l'arrivée de
jaseurs est souvent synonyme d'hivers froids (source: www.telegraph.co.uk).
Les mêmes causes que celles de l'étrange afflux de l'hiver
2002?
Il ne semble pas que l'arrivée d'Harfangs des neiges en cette fin d'automne
2008 ait les mêmes causes que celles de l'étrange afflux de l'hiver
2002 (lire Des
Harfangs des neiges en Belgique et aux Pays-Bas): on évoquait
alors des oiseaux qui seraient montés à bord de cargos partis du
Québec suite à des tempêtes et qui seraient ainsi arrivés
dans plusieurs ports d'Europe (en Belgique et en Grande-Bretagne) avant de se
disperser aux Pays-Bas et en Belgique, ou bien un trafic d'oiseaux suite au succès
du film Harry Potter, où apparaît justement un superbe Harfang des
neiges...
Le résultat du réchauffement climatique?
 |
Harfang des neiges (Nyctea scandiaca), Texel (Pays-Bas), le 16/11/2008
Photo: Martijn Bot |
D'après l'étude
"Global Warming Threatens Lemmings
in Norway" de Kyrre Kausrud et al publiée le 6 novembre 2008 dans
la revue Science, le changement climatique serait peut-être responsable
de la diminution des populations de lemmings en Norvège. Depuis ces dernières
années, ces explosions se sont raréfiées dans de nombreux
endroits de Scandinavie.
Les biologistes ont analysé les cycles d'explosion-effondrement des lemmings
depuis 1970 sur un site au sud de la Norvège, et leurs analyses ont révélé
qu'il n'y avait pas eu d'explosion du nombre de lemmings depuis 1994, alors que
le phénomène se produisait normalement tous les 3 à 5 ans.
Les données climatiques recueillies au cours de la même période
laissent entendre que des températures plus clémentes peuvent expliquer
pourquoi le nombre de rongeurs est resté faible pendant plus d'une décennie.
Pendant l'hiver, les lemmings vivent dans des tunnels sous la neige. La chaleur
de la Terre fait fondre un peu de neige près du sol, ce qui crée
des poches d'air et procure des accès à la nourriture comme la mousse.
Au cours des dernières années, les températures plus douces
ont changé la structure de la neige, avec des effets désastreux
sur les lemmings. En effet, au lieu de rester en dessous de zéro pendant
la majeure partie de l'hiver, les températures ont remonté au-dessus
de zéro un bon nombre de fois, faisant fondre puis regeler le manteau neigeux.
De nombreux lemmings se noient quand leurs terriers sont inondés, et ceux
qui survivent meurent de faim quand leur nourriture est piègée sous
une pellicule de glace.
De plus, les résultats de l'équipe ont montré que les explosions
de populations des lemmings étaient liées aux années ayant
des hivers plus froids, donnant des conditions de neige idéales pour pulluler.
Ils ont aussi montré que les hivers dans le sud de la Norvège ont
été plus doux depuis 1994: les femelles n'ont pu élever un
grand nombre de nichées qui entraînent normalement l'expansion des
lemmings.
Les prédateurs
comme Le Harfang des neiges ont dû compter sur d'autres ressources de nourriture
comme le Lagopède alpin et le Lagopède des saules, ou partir dans
d'autres régions, notamment en hiver.
Bien que l'étude
se focalise uniquement sur une région de Norvège, Kausrud et ses
collègues pensent que les effets du réchauffement pourraient se
généraliser à travers la Scandinavie, le Canada et l'Alaska.
A découvrir
- le blog d'Edouard Dansette: http://birder-du-nord.over-blog.fr/
- Le site web de Martijn Bot: http://martijnbot.fotopic.net/
- Le site web de Jorrit Vlot: http://www.pbase.com/ruben_jorrit
A lire aussi
- Chercher
Le Harfang des neiges dans le sud du Québec
- Des
Harfangs des neiges en Belgique et aux Pays-Bas
Réagissez
à cet article sur notre forum Voyages
par e-mail (david.bismuth@ornithomedia.com).
Vous pouvez soutenir
Ornithomedia.com
|
|
 |
 |
 |
|
 |
| |
|
 |
|
|
|
 |
|
 |
|
 |
|
 |