Interprétation
Des
erreurs communes
Même si les vautours
sont des charognards, il faut savoir qu'ils ne consomment pas que des animaux
morts.
Il peut arriver d'autre part que du bétail non accoutumé à
la présence de vautours s'effarouche de leur présence.
Pour des raisons diverses, les vautours peuvent multiplier leurs passages à
proximité des troupeaux, ce qui ne signifie pas qu'ils tentent de provoquer
des chutes mortelles.
Des réactions
évolutives
Des charognards qui ont
faim commencent à consommer un ongulé si celui-ci présente
des caractéristiques constituant pour eux des stimuli éthologiques.
Ces stimuli sont olfactifs chez des mammifères opportunistes (Sanglier,
nombreux carnivores, certains rongeurs) de même que chez diverses espèces
d'Insectes nécrophages. Mais chez les vautours d'Europe, d'Asie et d'Afrique,
ces stimuli sont purement visuels: ils arrivent à détecter des postures
de cadavres ou d'animaux agonisants.
 |
Le Vautour
fauve (Gyps fulvus) réagit à des stimuli visuels
Photo: V. Rhont |
Parfois ces stimuli ne déclenchent
pas de réactions (cas de proies trop petites pour couvrir les besoins en
énergie de plusieurs vautours se la disputant).
Ce comportement n'est pas le résultat d'un raisonnement, mais il est génétique,
résultat de l'évolution et de la sélection naturelle.
Mais bien entendu, ce comportement n'est pas rigidement stéréotypé,
le programme génétique incluant une certaine souplesse d'interprétation
en fonction des circonstances.
Les vautours attendent généralement patiemment la fin des mouvements
des animaux agonisants, parfois pendant de très nombreuses heures. C'est
une réalité statistique mais pas absolue. Il arrive donc, parfois,
que des vautours commencent la curée avant l'achèvement de l'agonie.
Ce n'est pas un acte de prédation, dont ils sont incapable, faute d'armes.
En commençant le dépeçage avec leur bec, dont la forme est
adaptée à cette fonction, ils accélèrent une mort
inéluctable qu'ils seraient incapables de provoquer chez un ongulé
en bonne condition physique.
Le choix d'attendre ou non la fin de l'agonie dépend de divers facteurs,
qui ne sont probablement pas encore tous identifiés, parmi lesquels on
peut citer l'intensité de la faim, le degré d'affaiblissement de
l'animal ou sa taille.
Les stimuli
Les oiseaux, les mammifères et d'autres sont capables d'une certaine souplesse
comportementale, parfois réellement surprenante. Mais il ne faut quand
même pas en attendre une analyse telle que peuvent le faire un éleveur,
un technicien ou un vétérinaire!
Pour un vautour,
les stimuli issus d'un mouton ou d'une chèvre en bonne santé mais
immobilisés (par des liens ou un obstacle) ne sont guère discernables
de ceux qu'il reçoit des quelques mouvements d'une bête à
l'agonie.
En outre, les stimuli
issus de veaux ou d'agneaux nouveaux-nés épuisés par une
mise bas difficile ne diffèrent guère de ceux de morts-nés.
Une fois la curée commencée, ce ne sont pas quelques soubresauts
de la victime qui changeront quelque chose.
Les insectes nécrophages
ne sont pas sujets à de telles confusions car ils réagissent à
des stimuli olfactifs.
Les vautours ne sont
pas des prédateurs
Chez les ongulés sauvages, les complications lors de la mise bas sont rarissimes.
C'est aussi le cas chez les races domestiques rustiques.
Par contre, chez les
races sélectionnées, notamment pour la viande de boucherie, l'augmentation
du rendement se traduit par un effondrement de leur rusticité, tout particulièrement
au niveau de leur facilité à mettre bas.
Hors mise bas, les ongulés sauvages sont indifférents à la
présence des vautours, et ils ne craignent rien des aigles ou du Grand
Corbeau sauf s'ils sont très jeunes et éloignés leur mère,
ou bien s'ils sont gravement blessés. Les ongulés domestiques sont
aussi indifférents à la présence des vautours, et dans maintes
régions d'Afrique, d'Asie et d'Europe, depuis des milliers d'années,
les vautours vivent en quasi-commensaux de l'élevage.
Prédation:
abus de langage?
Dans le cas d'un animal totalement immobilisé (par des liens ou un obstacle)
attaqué par des vautours, peut-on vraiment parler à proprement parlé
d'une prédation?
Plus de bovins que d'ovins concernés: une incompatibilité
avec la prédation
Toutes choses étant
égales par ailleurs, plus un ongulé est grand, moins il est vulnérables
face aux prédateurs. Or, dans l'ouest des Pyrénées, les plaintes
contre les vautours sont huit fois plus fréquentes chez les bovins que
chez les ovins. C'est lié au fait que la zone concernée est celle
de la présence maximum de la race bovine Blonde d'Aquitaine, particulièrement
sujette aux mises bas difficiles et nécessitant une présence humaine.
Ceci démontre que la perte de rusticité jouent un rôle majeur
dans la fréquence des dommages associés au Vautour fauve.
Une erreur sur la notion d'évolution
En biologie, le mot d'évolution
a un sens précis, impliquant une modification de la génétique
des populations concernées. Mais il ne saurait désigner tout sorte
de changement de comportement chez des animaux ou des végétaux.
Et pourtant, certains ont prétendu "interpréter" les rares
dommages commis par les vautours comme étant le résultat d'une "évolution"
en réponse à des changements des conditions trophiques.
Et de telles approximations peuvent avoir de graves conséquences sur la
conservation des populations de vautours.
En conclusion
 |
Des races rustiquees,
comme l'Aubrac (ici un taureau), ont beaucoup moins de difficultés à
mettre de bas que des races plus productives
Photo: Paul Drouiche |
Dans les Pyrénées,
l'expertise des plaintes adressées contre les vautours a permis d'écarter
l'espèce dans 70% des cas.
Les dommages au bétail commis par des Vautours fauves ne traduisent nullement
évolution de l'espèce du charognage vers la prédation, mais
une artificialisation croissante de l'élevage dans certaines régions,
et avant tout la faiblesse rusticité des races les plus intensivement sélectionnées,
notamment lors de la mise bas. De ce fait des animaux domestiques peuvent se trouver
dans des situations telles que les stimuli qu'ils émettent ne diffèrent
pas significativement pour les vautours de ceux reçus d'ongulés
morts ou agonisants.
La brutale quasi-suppression des ressources alimentaires en Espagne est une composante
de cette artificialisation
La fréquence relative des attaques attribuées aux vautours en 2007
concerne moins moins d'un animal sur dix-sept mille dans la zone de fréquence
maximale des plaintes, ce qui est insignifiant. Mais l'impact psychologique de
ces attaques auprès des éleveurs concernés est plus important
que leur impact réel.
Il doit donc être pris en compte.
Contact
Jean-Pierre Choisy: jean-pierre.choisy@pnr-vercors.fr.
N'hésitez-pas à le contacter si vous avez pu voir des bagues sur
des vautours observés loin de leurs sites de pérsence habituels
(massifs montagneux du sud de la France), et si oui, leur couleur et les caractères
qu’elles portent.
A lire
- Les
mouvements de vautours dans le nord de l'Europe sont naturels
- Vautours
affamés en Belgique: décret royal et mouvements
- L'invité
d'Ornithomedia.com : Bertrand Eliotout
- Les
vautours d'Europe menacés par une décision européenne
Réagissez à cet article sur notre forum Voyage
/ Observations ou
par e-mail à david.bismuth@ornithomedia.com.