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Des dommages fictifs
Comment
des charognards peuvent-ils blesser du bétail?
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Vautour fauve
(Gyps fulvus)
Photo: André Boonstra |
Même exceptionnels, des
dommages au bétail du fait de vautours sembleraient a priori totalement
impossibles de la part de charognards non armés pour la prédation.
Cela n'est possible que dans des situations très particulières.
On a ainsi observé des cas exceptionnels d'ongulés domestiques qui,
non habitués à la présence de Vautours fauves, ont été
effrayés lors de leur passage à basse altitude, de leur atterrissage
ou de leur envol. Dans un terrain escarpé, certains mammifères pourraient
alors faire une chute, se blessant, voire se tuant.
Parmi les ovins, seul les brebis de la race écossaise Black Face savent
cacher leur premier petit pour le protéger des prédateurs avant
de faire le second (G. Joncour). Si certaines vaches ne défendent pas un
veau gisant inerte, épuisé après une mise bas difficile,
cela démontrerait une certaine déficience comportementale.
Les mises bas à problème atteignent des fréquences relatives
considérables chez les races bovines les plus intensivement sélectionnées
pour la viande, comme chez la Blonde d'Aquitaine (11 % de mises bas difficiles),
la Charolaise (17 %) et la Blanc Bleu Belge (100 %!). Cela serait notamment lié
à la sélection du caractère "culard", une hypertrophie
musculaire de l'arrière-train que l'on rencontre chez plusieurs races bovines
à viande qui entraîne des difficultés de mise bas.
Toutes les vaches destinées à la production de viande ont des difficultés
à vêler (= à expulser le veau), et certaines font même
un prolapsus utérin (elles expulsent d'autres organes que le veau seul).
Il arrive aussi parfois que le veau, mort, ne soit que partiellement expulsé,
et a alors déjà vu des chiens, parfois ceux de l'éleveur,
consommer la partie du veau qui dépasse, puis une partie de la mère,
insensibilisée par des dégâts à leur système
nerveux. Le Vautour
fauve peut parfois en faire de même.
En résumé, toutes les vaches appartenant à des races connues
pour leurs difficultés à vêler doivent être surveillées.
Des erreurs de jugement
L'observation factuelle avec prise de notes circonstanciée n'est pas innée,
elle doit s'acquérir, que ce soit de la part du technicien, du scientifique,
du naturaliste, du garde, du militaire, du policier ou du médecin.
Il n'est pas exceptionnel que des personnes psychologiquement fragiles ou fragilisés
par une situation économique difficile, cherchent un bouc émissaire
à tous leurs problèmes.
Des éleveurs peuvent aussi être influencés par les médias
ou la rumeur publique, accusant des vautours sans se poser de questions.
Par exemple, en 2007, dans les Pyrénées, sur seize cas concernant
des bovins adultes expertisés par des vétérinaires, quatre
avaient été déclarés en bonne santé par l'éleveur
alors que l'autopsie avait révélé que les vautours n'étaient
par responsable de la mort (source: V. Zénoni, vétérinaire).
En 2007 dans les Baronnies (Préalpes), un éleveur non hostile aux
vautours a changé de point de vue: alors qu'il estimait que les vautours
étaient utiles en le débarrassant des animaux morts, il s'est mis
à affirmer qu'ils les tuaient, et ceci après qu'une chaîne
de télévision ait prétendu que les vautours étaient
devenus prédateurs (source: C. Tessier, association Vautours-en-Baronnies).
Et les exemples de ce type sont nombreux.
L'instrumentalisation
Le 22 novembre 2007, F. Benhammou, géographe, doctorant en sciences de
l'Environnement a décrit instrumentalisation politico-financière
de la grande faune: "les dossiers de l'ours et du loup en France sont des
cas d'école pour les stratégies d'opposition ou de promotion de
conservation de la nature [...] le conflit autour de ces animaux permet à
des entités ou à des personnalités politiques de capter des
fonds, d'accroître leur rayonnement territorial et/ou de renforcer un pouvoir.
L'ours et le loup sont des boucs émissaires et des révélateurs
d'une crise-mutation du monde agricole qui arrive à la fin d'un cycle de
bouleversements mal vécus [...]".
Dans le cas des attaques supposées de bétail de la part du Vautour
fauve, on constate une concentration géographique des plaintes dans les
communes des personnalités politiques évoquées par F. Benhammou...
On a aussi noté une explosion du nombre de plaintes contre les vautours
après que celles abusives concernant les grands carnivores aient fortement
diminué.
Ces corrélations
ne peuvent guère passer pour des coïncidences. Le battage médiatique
autour des attaques supposées des charognards semble ainsi constituer une
tentative pour substituer le Vautour fauve à l'Ours.
La rumeur
Les premiers Vautours fauves ont été relâchés à
la fin de l'année 1996 dans les Baronnies; dans la même vallée
et presque en même temps, un suicide a été constaté.
On a alors accusé les vautours d'avoir précipité le promeneur
dans le vide, alors que la mort avait eut lieu quelques jours avant l'ouverture
de la volière (source: C. Tessier, association Vautours-en-Baronnies).
Le rôle des médias
Il aura suffit, en 2007, d'un ou deux reportage incompétents ou tendancieux
dans le cas cadre de l'instrumentalisation évoquée plus haut, pour
créer une vague d'inquiétude se propageant jusque dans les Alpes.
Certains journalistes, peut-être au service de certains intérêts
politiques, n'ont pas hésité à mentir. D'autres,
de bonne foi, ont été manipulés par des affirmations péremptoires
appuyées de photos "sanglantes". D'autres enfin on voulu exploiter
le créneau de la presse à sensations.
Ces journalistes n'ont pas accompli le fondement de leur métier, à
savoir vérifier et recouper les faits. D'autre part, ils n'ont pas été
conscients des conséquences
catastrophiques de leurs reportages dans l'opinion publique sur l'image de la
politique de restauration de la biodiversité, notamment quand ces informations
erronées ont été diffusées à la télévision.
Des cas de fraudes
La plupart des tentatives
de fraude visant à faire accuser un animal sauvage sont liées à
l'espoir de se faire rembourser le bétail perdu.
On a ainsi noté dans le Limousin des agneaux et des brebis mortes d'entérotoxémie:
les trous avaient été faits "post-mortem" au tournevis
pour faire croire à des attaques par des rapaces (source: S. Joncour, vétérinaire
rural).
Dans le Diois en 2005, un éleveur de Valdrôme a alerté les
services administratifs et la gendarmerie pour des corbeaux qui auraient tué
ses brebis en leur crevant les yeux. Une visite sur place a permis de constater
que ces brebis étaient mortes après avoir mangé de l'engrais
(ammononitrate) que l'agriculteur avait donné afin de remplacer le sel
pendant la gestation ...
Bien entendu, les cas de fraudes sont très minoritaires, mais ils doivent
être démasqués.
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