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  Les "attaques" de vautours: fantasmes et réalités

Date de mise en ligne: 09/06/08 - Soumis au Comité de Lecture

Cela fait quelques années que circule une rumeur selon laquelle des Vautours fauves (Gyps fulvus) attaqueraient le bétail.
Depuis 2007, l'on entend et l'on lit même dans des journaux que ce vautour serait devenu un prédateur, s'attaquant aux animaux à la suite de la pénurie alimentaire causée par la fermeture de charniers en Espagne (lire Vautours affamés en Belgique: décret royal et mouvements). Certains observateurs ont estimé que ce nouveau comportement constituait une évolution de la biologie de l'espèce.
Une explication et une analyse étaient devenues d'autant plus nécessaires qu'en 2007 un battage "politico-médiatique" avait été orchestré dans l'ouest des Pyrénées autour de ces supposées attaques, qui eurent un écho considérable à l'échelle nationale.
De ce fait, ce thème a occupé en mars 2008 une grande place au cours des travaux du séminaire annuel du Groupe Vautours France qui s'est tenu à Dié, dans le Parc Naturel Régional du Vercors.
A la fois naturaliste de terrain et biologiste de formation, Jean-Pierre Choisy, qui assure le suivi des vautours dans le Diois, le Vercors et aux alentours et de leurs mouvements, nous propose un compte-rendu de ce séminaire.


Cet article a été soumis à notre Comité de Lecture virtuel (En savoir plus)

Abstract

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Since a few years, we hear that Griffon Vultures (Gyps fulvus) have attacked wounded or young cows or sheeps.
Since 2007, in France, in newspapers but also in a school book, some authors have explained that the Griffon Vulture has become a predator, due to the lack of food following the closing of feeding stations in Spain.
Informations and analysis are thus necessary to explain this phenomenon, which has been diffused by national newspapers from supposed facts in Western Pyrénées.
This theme was the central subject of the annual symposium of the Group Vautours France which held in March 2008 in Dié, Regional Natural Park of the Vercors, Southern France. Jean-Pierre Choisy proposes us a report of this symposium.


Les vautours: quelques faits

Une adaptation à la détection des charognes


Urubus noirs
Les vautours du continent américain, comme ces Urubus noirs, sont en fait plus proches des cigognes que des vautours de l'Ancien Monde
Photo: Bruno Tredez
Vivre de charognes détectées en prospectant de vastes espaces en vol plané constitue une extrême spécialisation, propre à deux lignées actuelles d'oiseaux :
- les vautours d'Afrique et Eurasie, soit quinze espèces représentant 4,57% du nombre d'espèces de la famille des Accipitridés, qui regroupe la plupart des rapaces diurnes
- les "vautours" des deux Amériques: ces sept espèces sont les seules de la famille des Cathartidés, qui est apparentée aux grands échassiers (cigognes, hérons, ...).
L'adaptation à des modes de vie analogues a fait que ces deux groupes d'espèces éloignés ont convergé physiquement (c'est le cas aussi par exemple des dauphins et des requins, parfaitement adaptés à la nage et qui se ressemblent alors qu'ils ne sont nullement apparentés).
Le charognage occasionnel se rencontre chez des espèces apparentées aux précédentes:
- chez des rapaces non spécialisés, comme les milans Milvus sp. ou les pygargues Haliaeetus sp.
- chez plusieurs Ciconiiformes (hérons Ardea sp., cigognes Ciconia sp., marabouts Leptoptilos sp...)

Les vautours ne sont pas armés pour la prédation

Le grand public sans compétence particulière pense que le bec crochu des rapaces constitue une arme de capture et de mise à mort de leurs proies. Or, il n'en est rien. Les armes avec lesquels les rapaces prédateurs, diurnes comme nocturnes, tuent leur proies, sont leurs serres, qui sont des pieds préhensiles armés de griffes acérées, la fermeture des premiers enfonçant les secondes dans la proie grâce à des muscles puissants, situés plus haut sur le membre.
Le bec crochu de ces espèces sont plutôt des outils de dépeçage des proies déjà mortes: l'oiseau, posé dessus ou à côté, les utilise en tirant de bas en haut en général pour arracher des lambeaux alimentaires plus ou moins gros. Ce bec peut-être être utilisé pour achever une proie agonisante, liée par les serres, notamment en lui brisant les vertèbres cervicales.
Les becs qui constituent vraiment des armes pour capturer des proie ont une toute autre forme, généralement celle d'un poignard (cas des Corvidés, des mouettes des Laridés, ...) ou de fer de lance (cigognes, hérons...). Parfois ils portent un petit crochet terminal, comme chez les cormorans ou les harles.

Epervier d'Europe (Accipiter nisus)
Contrairement à l'Epervier d'Europe (Accipiter nisus), les serres des vautours ne constituent pas des armes de chasse
Photo: Boris Delahaie

Les vautours n'ont pas de serres mais de simples pattes dont les ongles sont beaucoup moins acérés que ceux des rapaces prédateurs.
Les
pattes des vautours ont perdu non seulement la puissance avec lesquelles se referment les serres de rapaces prédateurs, mais en outre elles ne sont même plus préhensiles, sauf chez le Gypaète barbu (Gypaetus barbatus). C'est pour cela que contrairement aux autres Rapaces, c'est avec le bec qu'ils transportent les matériaux de construction de leurs nids.

Les vautours ne sont pas effrayants pour les animaux sauvages

Sur une même charogne se côtoient de nombreuses espèces: Renard roux (Vulpes vulpes), milans (Milvus sp.), Corvidés, petits Passereaux comme la Bergeronnette grise (Motacilla alba) qui chasse les mouches ou les mésanges qui se nourrissent de graisse en hiver, et plusieurs espèces de vautours: Vautour fauve (Gyps fulvus), Vautour moine (Aegypius monachus) et Vautour percnoptère (Neophron percnopterus): ces derniers n'effarient pas des animaux pourtant bien plus petits.

Daims
Les ongulés sauvages, comme les Daims, n'ont pas peur des rapaces
Photo: François Peintre

Les chamois sont souvent indifférents aux vautours, sauf peut-être dans ces cas précis de femelles suitées. Les jeunes sont même souvent curieux envers ces grands oiseaux.
Les vautours nichent dans les hautes falaises du Vercors dominant le Diois, dans l'une des principales zones de mise base du Bouquetin dans le massif.

On a noté que les Grands Corbeaux (Corvus corax) ont d'abord réagit
très vivement à la présence des Vautours fauves peu après qu'ils aient été réintroduits dans les Baronnies (Drôme), mais un mois plus tard, hormis quelques querelles de voisinage, les Grands Corbeaux avaient compris qu'ils étaient inoffensifs.
Dans le
Diois, les Grands Corbeaux pénétraient quotidiennement dans les volières de réintroduction des vautours, partageant avec leurs perchoirs et les charognes.

Et pour les animaux domestiques?

A Chamaloc, la commune de réintroduction du Vautour fauve dans le Diois, les brebis, chèvres, ânes, chevaux, chiens, canards, pintades, poules et coqs côtoient quotidiennement les vautours sans qu'aucun incident n'ait jamais été déploré. Les effectifs de Vautours fauves y sont en moyenne autour d'une cinquantaine, avec parfois des maxima très supérieurs (jusqu'à 126 ensemble).
Jean-Pierre Choisy a même vu fin 2007 21 Vautours fauves jouant avec du foin étalé dans un enclos, parfois à proximité d'ânes nullement effrayés.


  Suite de l'article
 
Les vautours: quelques faits
Des dommages fictifs
Des dommages réels
Interprétation


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