Les explications possibles du déclin
Les hypothèses pouvant expliquer le déclin du Moineau domestique
à Londres, mais aussi dans une moindre mesure à paris, sont multiples:
il n'existe pas de cause unique qui expliquerait la baisse à toutes les
époques et dans toutes les régions.
Nous vous proposons dans cette page une synthèse des différentes
explications lues dans des sources britanniques et belges et dans le communiqué
de l'étude CORIF/LPO publié en mai 2008.
La destruction des
jardins et des haies
Sur le site web www.sparrowsneedhedges.com,
le facteur le plus important expliquant la chute des populations de moineaux à
Londres est la destruction de leur habitat. Les petits jardins devant les maisons,
avec leurs fleurs sauvages et leurs mauvaises herbes ont souvent été
remplacés par du béton et des dalles.
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Les Moineaux domestiques (Passer domesticus) apprécient les haies
Photo: Joël Bruezière
/ www.eyesonsky.com |
Les moineaux ont besoin
des haies pour se réfugier en cas de danger, et ils apprécient notamment
les troènes: ils protègent bien des prédateurs, et en contrebas,
la terre permet aux moineaux de prendre des bains de poussière. Les haies
constituent des sources de nourriture, abritent du soleil, du vent et de la pluie,
et servent de remise pour se reposer, digérer, lisser les plumes et échanger
des informations.
Les moineaux ne peuvent pas apprécier les grandes pelouses vides autour
des bâtiments modernes, comme celles qui entourent le Greater London Assembly
City Hall près de Tower Bridge.
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Les Moineaux domestiques (Passer domesticus)
de Londres se maintiennent là où il y a encore de haies et des vieux
bâtiments, comme près de la Tour de Londres
Photo: Ornithomedia.com |
Le secteur central de l'aéroport
de Londres-Heathrow présente encore un habitat favorable aux moineaux,
car il y a toujours des haies, des arbres, et des jardins parmi les routes, les
parkings et les terminaux. Le lierre et les buissons denses, et la grande diversité
de bâtiments de l'aéroport offrent beaucoup de sites de nidification,
tandis que leurs toits plats asphaltés fournissent aux moineaux d'innombrables
flaques d'eau.
Dans les parcs du centre de Londres, les moineaux sont devenus rares, car l'habitat
ne leur convient pas: il y a des arbres, mais peu de bâtiments, et en dehors
de buissons décoratifs, il n'y a pas de haies.
Les haies posent des problèmes de sécurité et beaucoup ont
été enlevées. Peu de bâtiments délabrés
subsistent à proximité. Les moineaux vus dans les parcs s'y nourrissent
parfois, mais ils nichaient autrefois à proximité, ce qui n'est
plus le cas: ils abandonnent ainsi peu à peu les grands espaces verts de
la capitale britannique.
La fermeture des écuries
Les écuries constituaient un habitat idéal pour les Moineaux domestiques.
Le premier déclin perceptible de l'espèce à Londres dans
les années 1930 est lié au remplacement des chevaux par le moteur
à combustion interne.
Les anciennes écuries fournissaient aux moineaux tout ce dont ils avaient
besoin: de la paille pour leurs nids, de nombreux recoins et fentes, de l'eau
pour boire et se baigner, des tas d'excrément riches en insectes, et beaucoup
de grains. Ces écuries ont quitté le centre de Londres.
Les nouvelles écuries de Hyde Park, construites en 1970, sont en béton
et peu accueillantes. La modernisation des dernières écuries a ainsi
été néfaste pour les moineaux.
La raréfaction des sites de nidification
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Les nouveaux immeubles en verre et en acier, comme ici à Londres, offrent
moins de sites de nidification aux Moineaux domestiques (Passer domesticus)
Photo: Ornithomedia.com |
Les immeubles modernes présenteraient
moins de sites disponibles pour la nidification, même si certains exemples
démontrent le contraire. Il semble également que les quartiers de
haut niveau social, où les immeubles
sont mieux entretenus et les rues plus propres, soient moins propices aux moineaux.
Ces oiseaux sont des créatures sociables, malgré leurs disputes
fréquentes, et ils ont besoin de plus d'espace que les autres espèces
pour leur nid, où ils se rassemblent en famille. Mais les toitures modernes
les empêchent de nicher sous les avant-toits.
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Les quartiers populaires de l'est de Paris et de la proche banlieue, comme ici
à Pantin, offrent plus de sites de nidification aux Moineaux domestiques
(Passer domesticus)
Photo: Ornithomedia.com |
Cela explique pourquoi à
Paris y a beaucoup plus de moineaux dans l'est la ville et en particulier à
sa périphérie, que dans le quart ouest. Les chutes brutales du nombre
de moineaux entre 2003 et 2007 dans les 11ème et 15ème arrondissements
sont peut-être liées aux changements d'activités et de
population qui ont marqué ces quartiers ces dernières années,
au
cours desquelles ils sont devenus moins populaires. Ces baisses préfigurent
peut-être l'évolution pour d'autres quartiers de Paris dans les années
à venir.
Ce phénomène a aussi été constaté à
Londres, où les quartiers populaires et de banlieue ont conservé
une population de moineaux plus importante que dans les quartiers chics.
Il semble qu'il y ait une relation entre le prix du mètre carré
immobilier et la densité de moineaux. Il est possible que dans les quartiers
les plus riches, mieux entretenus, il y ait moins de trous dans les immeubles
pour nicher, moins de déchets pour se nourrir, moins "d'herbes folles"
(et donc moins d'insectes pour nourrir les jeunes en particulier).
Des mesures d'hygiène trop strictes
Les bâtiments du centre de Londres sont souvent équipés de
filets installés pour décourager les oiseaux. Les mesures pour arrêter
les pigeons et les étourneaux affectent aussi les moineaux. La législation
sur la nourriture et l'hygiène est extrêmement stricte, par peur
d'une contamination éventuelle de la part des oiseaux nichant dans des
habitations.
L'éloignement croissant des zones agricoles
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Les populations de Moineaux domestiques (Passer domesticus)
ont diminué dans les zones agricoles de certains pays, et elles ne viennent
plus renforcer celles des villes
Photo: Ornithomedia.com |
La diminution de la disponibilité
en grains de céréales et en insectes, liéeà l'éloignement
des zones agricoles dû à l'urbanisation croissante et à l'intensification
de l'agriculture, a également eu un impact important dans la baisse du
nombre de moineaux dans les villes.
Dans un article de Jenny De Laet, coordinatrice du Projet Moineau publié
sur le site web de la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux, on apprend
qu'il ne faut pas considérer les "moineaux des champs" et les
"moineaux des villes" comme des populations séparées.
Il n'est pas invraisemblable que la baisse des moineaux campagnards ait eu une
répercussion sur les moineaux citadins.
Dans ce même article, une
étude menée à Rotterdam (Pays-Bas) à la fin des années
1970, démontra à quel point les zones urbaines et rurales de Rotterdam
étaient dépendantes de l'immigration depuis l'extérieur [...].
Une autre étude néerlandaise montra déjà précédemment
que les Moineaux de la ville de Kiel, après la période de nidification,
migraient vers la banlieue et qu'ils revenaient en ville en plus grand nombre
pour l'hiver.
L'intensification de l'agriculture dans les années 1970 a entraîné
une chute du nombre de Moineaux domestiques dans les campagnes de certains pays
(Belgique, Grande-Bretagne notamment): il n'est donc pas impensable que cette
importante baisse ait eu des répercussions sur les moineaux citadins, en
supprimant les "renforts" en provenant des zones agricoles.
Les pesticides et les carburants
C'est la cause la plus mise en avant récemment. Le nombre d'insectes, cruciaux
à cette période pour les jeunes, diminuerait en raison de l'utilisation
de certains produits, notamment les MTBE utilisés dans les années
90
comme antidétonants dans l'essence sans-plomb.
Les Moineaux domestiques supportent assez mal le dioxyde de carbone et l'essence
"sans-plomb" qui contient plus d'alcool, d'éther et de benzène.
Le moineau, essentiellement granivore en dehors de la période d'élevage
des jeunes, trouve difficilement des graines de plantes sauvages en ville pour
se nourrir. Quant aux jeunes, ils sont nourris essentiellement avec des insectes
qui leur fournissent les protéines nécessaires pour grandir. S'il
n'y en n'a pas assez, ils ne survivent pas.
La prédation
Les petits passereaux ne peuvent plus se réfugier dans de larges haies,
des buissons ou le lierre protecteur d'un mur. Par manque de nourriture (insectes),
il n'est pas étonnant qu'ils prennent des risques et payent un plus lourd
tribu à la prédation, de la part des chats domestiques, des pies
ou des oiseaux de proie.
Conséquences: des populations de plus en plus isolées...
Les friches, les vieux jardins et les anciens bâtiments sont de plus en
plus remplacés par des blocs stériles et hostiles. Et il n'y a pas
que les moineaux qui souffrent: les étourneaux, les hirondelles, les martinets,
les étourneaux
en pâtissent également.
Les Moineaux domestiques sont des oiseaux sédentaires, vivant dans les
environs de leur lieu de naissance. Mais quand les secteurs deviennent surpeuplés,
ils doivent chercher de nouveaux territoires qui ne soient pas trop éloignés,
étant donné qu'ils ne volent pas sur de longues distances. Les colonies
restantes sont ainsi "coincées" dans des territoires isolés,
incapables de trouver autre chose dans les alentours.
Avec des groupes plus petits, les nouvelles couvées remplacent à
peine les adultes morts ou vieillissants, et comme il y a peu d'interactions entre
groupes familiaux, des problèmes de consanguinité apparaissent.
Quand les habitats deviennent trop petits, et même si tous les éléments
(nourriture, sites de nidification, abris) sont encore disponibles, la colonie
disparaît.
Ainsi, une vielle bâtisse favorable des années 1930, même entourée
d'un jardin aux haies nombreuses, ne peut pas conserver une colonie florissante
de moineaux si tous les bâtiments voisins sont équipés de
filets anti-oiseaux et ont des jardins peu accueillants (plantes exotiques dominantes,
zones dallées ou bétonnées pour les terrasses et descentes
de garage).
... et des pigeons qui en profitent
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Les Pigeons bisets (Columba livia) occupent la place laissée en
ville par la disparition des Moineaux domestiques (Passer domesticus)
Photo: Ornithomedia.com |
Les Moineaux domestiques
apprécient de nicher dans nos bâtiments, à proximité
d'un jardin accueillant. Si nous décourageons l'installation des moineaux
en rendant leur habitat invivable, il ne faut pas s'étonner que les pigeons
prennent leur place. Car contrairement aux moineaux, ces oiseaux sont d'excellents
voiliers et ils peuvent installer leur nid sur les rebords des bâtiments,
et dans le cas des Pigeons ramiers (Columba palumbus), sur les arbres.
Mais l'augmentation des pigeons - et des Tourterelles turques (Streptopelia
decaocto) - ne provoque pas la diminution des Moineaux domestiques; ces oiseaux
exploitent juste la place disponible.
Des maladies transmises par les pigeons peuvent toucher les moineaux.
Une étude participative en cours à Londres
Le London Biodiversity Partnership
(www.lbp.org.uk)
a lancé dans les Kensington Gardens une étude participative pour
connaître les raisons de la chute de la population des moineaux à
Londres au cours des 30 dernières années, impliquant les habitatnts
dans la collecte d'informations.
Ils peuvent transmettre leurs données entre le 18 juin et le 12 juillet
2008 sur les sites www.rspb.org.uk
ou www.wildlondon.org.uk.