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  Le déclin du Moineau domestique à Londres et à Paris

Date de mise en ligne: 02/06/08 - Soumis au Comité de Lecture


Les situations du Moineau domestique à Paris et à Londres sont quelque peu différentes
Les situations du Moineau domestique à Paris et  à Londres sont quelque peu différentes

Le Moineau domestique (Passer domesticus), le symbole par excellence de l'oiseau familier et commun, est en déclin en Europe occidentale, avec par exemple une baisse de 65% au moins à Londres entre 1994 et 2005 ou de 60% à Prague en 20 ans …
Dans les zones rurales de certains pays, la chute est encore plus brutale.
A Paris, une étude pluriannuelle menée entre 2003 et 2007 par le CORIF (Centre ornithologique Ile-de-France) et la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) Ile-de-France, en collaboration avec le Muséum National d'Histoire Naturelle montre que la population de moineaux y est en légère baisse, avec toutefois de fortes chutes dans certains arrondissements (11ème et 15ème).
Dans cet article, nous vous présentons l'évolution des populations à Paris et à Londres, les hypothèses pouvant expliquer les déclins constatés, et les solutions possibles pour améliorer la situation
Nous remercions Joël Bruezière (www.eyesonsky.com) pour nous avoir aidé à illustrer cet article.

Cet article a été soumis à notre Comité de Lecture virtuel (En savoir plus)

Abstract

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House Sparrow Passer domesticus populations have declined throughout Europe over the last two to three decades; this is of particular concern in urban areas, with for example drop of at least 65% in London between 1994 and 2005.
In Paris, the CORIF and LPO associations, with the colloboration of the Muséum National d'Histoire Naturelle of Paris, have co-leaded between 2003 and 2007 a study revealing that the population of Sparrows has stayed globally stable during this period, excepted in some areas where brutal declines have been noticed.
in this article, we present you the situations of House Sparrow in different cities of Western Europe and their evolution, the possible expalnations of sparrow decline, and the actions to reverse it.



La situation du Moineau domestique à Paris et à Londres

Identification

Moineau domestique (Passer domesticus) mâle
Moineau domestique (Passer domesticus) mâle
Photo:
Joël Bruezière / www.eyesonsky.com

Longueur: 14-16 cm.
Passereau robuste, à bec conique de granivore.
Tête assez grosse.
Dos brun fortement strié de noir, barre alaire blanche.
Le mâle a le plastron, les lores et la région auriculaire noirs.
La calotte est grise avec les côtés marron.
Les côtés de la gorge sont blanchâtres, les joues sont grisâtres.
La femelle et le juvénile sont gris-beige dessous et brun terne dessus, avec le dos rayé de noir. Sourcils beiges.
Voix:
Pépiements variables. En parade, séries de pépiements espacés.
www.eyesonsky.com/sons/birds/Moineau%20domestique.mp3
Quand il est excité, il éme un "tierrrr!" typique.

Moineau domestique (Passer domesticus) femelle Moineau domestique (Passer domesticus) femelle
Photo: Joël Bruezière / www.eyesonsky.com

Quelques éléments de biologie

Le Moineau domestique est une espèce anthropophile depuis des siècles. Il aime vivre et est commun là où l'homme est installé.
Au cours de leur vie, la plupart des moineaux n'auront volé que dans un rayon de 2 km par rapport à leur lieu de naissance
Les moineaux peuvent avoir quatre couvées dans une année. La taille moyenne de chaque couvée est de quatre oisillons
Les moineaux pondent de mars à juillet.
C'est un oiseau sédentaire qui vit en petits groupes. Pour se nourrir, il affectionne les graines de plantes cultivées ou sauvages. Il se nourrit en général à terre, mais il aime aussi attraper en vol les insectes qu'il utilise le plus souvent pour nourrir ses jeunes dans les tout premiers jours de leur vie. En ville, il est opportuniste et mange quasiment tout ce qu'il trouve.
Le Moineau domestique construit un nid en forme de cuvette sous nos toits, dans des anfractuosités de murs et dans des haies à l'aide de brins de paille et de duvet. Le mâle et la femelle sont unis pour la vie.

Un déclin généralisé en Europe

L'espèce a vu ses effectifs fortement diminuer ces dernières années dans plusieurs grandes villes d'Europe: aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Belgique, en Italie, en Finlande et en Allemagne.
Les données sur les variations d'effectifs sont très disparates car la banalité de cette espèce n'a pas poussé beaucoup d'ornithologues à étudier leurs populations. A Londres, des comptages montrent une chute importante depuis 1925, chute qui s'est accélérée dans les années 70 pour devenir
catastrophique depuis 1990. Pour le reste de l'Europe, une baisse importante a été notée à Hambourg (- 50 % en 30 ans en moyenne), à Prague (- 60 % en 20 ans) et en Finlande (- 60 % en 25 ans).
En France, le Moineau domestique semble suivre la même pente, mais avec un décalage de quelques années par rapport à la Grande-Bretagne et aux autres pays d'Europe selon le Muséum National d'Histoire naturelle de Paris: la baisse a atteint 11% entre 1989 et 2003, selon le programme de Suivi temporel des oiseaux communs (STOC).

Le cas de Bruxelles

Au printemps 2002, la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux, en collaboration avec l'Université de Gand, a lancé un projet de grande envergure consacré à l'étude des populations de moineaux, et ce sur l'ensemble du territoire belge. L'hiver suivant, il fut demandé au public de recenser le nombre de Moineaux domestiques et friquets visitant les aires de nourrissage. Le 17 avril 2004, l'aile flamande de la LRBPO organisait, de sa propre initiative, la "Journée Nationale de Recensement des moineaux".
La situation à Bruxelles est ainsi mauvaise: s'il y subsiste quelques Moineaux domestiques, il ne s'agit plus que de petits groupes, souvent de moins de cinq individus. La densité est devenue très faible, de 0 à 0,12 moineau/ha.

En Grande-Bretagne

Les données les plus précises viennent de Grande- Bretagne: au niveau national, la baisse a été estimée à 62 % entre 1970 et 1999.
Des chercheurs britanniques ont analysé en 2005 les données issues de recensements à grande échelle organisés par le British Trust for Ornithology pour déterminer la taille actuelle de la population en Grande-Bretagne, et évaluer les tendances à long terme. La population britannique nicheuse a été estimée en 2005 à environ 13 millions d'individus, soit à peu près six millions de couples. La plupart d'entre eux vivent dans le Sud-est de l'Angleterre et les densités les plus importantes sont observées dans les jardins de banlieue et ruraux. Globalement, les populations des secteurs ruraux ont décliné de 47% depuis la moitié des années 70, tandis que celles des secteurs urbains et de banlieue ont décliné d'environ 60%.

La situation à Londres

Dans les parcs centraux de Londres, le nombre de Moineaux domestiques a dramatiquement chuté, et seul Covent Garden conserve des colonies
Carte: Ornithomedia.com
Parcs centraux de Londres

Entre 1977 et 2000, le nombre de Moineaux domestiques au Royaume-Uni a diminué de 65%.
A Londres, les effectifs ont baissé d'au moins 65% entre 1994 et 2005.
Dans la capitale britannique, ils ont presque complètement disparu des parcs royaux du centre.
Ainsi, dans les Kensington Palace Gardens, le nombre de moineaux a chuté d'environ 2 500 dans les années 1920 à huit en 2001!
Dans ce site, un historique des comptages automnaux est en effet tenu depuis les années 1920, ce qui permet de constater la tendance catastrophique: 2 603 oiseaux avaient été comptés en 1925, 885 en 1948, 544 en 1975, 81 en 1995 et 8 en 2000. Seuls quatre oiseaux ont été vus au printemps 2008.
Les autres sites qui ont complétement perdu leurs oiseaux sont Saint-James Park, Buckingham Palace et Hyde Park.
Covent Garden accueille encore des moineaux dans un bâtiment riche en végétation...
Ken Livingstone, l'ancien maire de Londres, a même déclaré, dans le cadre du lancement début 2008 d'une étude sur le moineau organisée par le London Biodiversity Partnership: "quand on considère à quel point les moineaux étaient familiers autrefois dans notre ville, il est incroyable de constater qu'il y a aujourd'hui de nombreux enfants qui n'en n'ont jamais vu un".

L'étude à Paris: méthodologie

Répartition des points lors de la seconde vague d'observations des Moineaux domestiques
Source: CORIF/LPO
Répartition des points lors de la seconde vague

En mai 2008, les résultats de l'enquête Moineaux Corif / LPO menée entre 2033 et 2007 en coopération avec le Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, ont été publiés.
En 2003, les effectifs du Moineau domestique à Paris et l'évolution de
la population n'étaient pas connus. En effet, cette espèce était peu étudiée.
L'enquête s'est déroulée selon la méthode des I.P.A. (Indices Ponctuels d'Abondance). Un premier comptage a eu lieu au printemps 2003 du 29 mars au 6 avril et un second à l'automne du 20 au 28 septembre. Ils ont été suivis par deux comptages annuels aux mêmes périodes. Ces observations ont ensuite été répétées sur cinq années.
Mille points d'observation ont été répartis régulièrement par quadrillage de la surface de Paris intra-muros. Près de 150 points ont été ensuite tirés au sort et attribués à des observateurs volontaires et bénévoles.
Pour la période d'enquête, ces points ont été suivis par une centaine d'observateurs.
Le protocole était facile à suivre. L'observateur devait se poster au point indiqué, sans se déplacer, pendant exactement 10 minutes sans interruption. Il
devait être attentif à tout moineau qui entre dans son champ de vision (sur 360°) pendant cette période (sans jumelles). Il pouvait cependant utiliser les jumelles pour distinguer les individus ou en déterminer le sexe.
La répétition d'observations sur des mêmes points, par les mêmes observateurs, à des périodes de l'année identiques a permis de juger d'une évolution.
Une sélection aléatoire des points, méthode statistique courante, a été appliquée pour avoir une certaine représentativité des différents milieux qui existent à Paris: zones plus ou moins végétalisées, types d'habitats différents, époque des constructions différentes, circulation piétonnière et automobile plus ou moins dense, terrains non construits, quartiers à évolutions démographiques différentes…
Les méthodes qui établissent des chiffres de population globale par projection présentent une imprécision qui rend les comparaisons difficiles. Le but n'était donc pas de définir une population globale et de la comparer à d'autres chiffres obtenus avec des méthodes forcément différentes. L'objectif, c'était bien de définir une évolution au sein des vagues d'observations successives et de comparer ainsi, entre elles, des valeurs de même nature.
D'autre part, l'étude de l'écart entre les valeurs obtenues sur chaque point d'observation et la moyenne de l'ensemble des points renseignent sur l'influence des différents types de milieux ou de conditions de vie imposées aux moineaux.

Situation à Paris

Les Moineaux domestiques sont surtout présents à l'est de Paris, dans les quartiers populaires.
Entre 2003 et 2007, le nombre de moineaux a chuté dans les 11ème et 15ème arrondissements (en rouge)
Carte: Ornithomedia.com d'après CORIF/LPO
Carte de Paris

L'enquête CORIF/LPO montre qu'il existe de grosses différences de densité selon les quartiers. Il y a beaucoup plus de moineaux dans l'est de Paris et en particulier à sa périphérie, il y en a nettement moins dans un quart ouest.
Ce phénomène a déjà été constaté à Londres. Il semble qu'il y ait une relation entre le prix du mètre carré immobilier et la densité de moineaux.
Entre 2003 et 2007, la population de Moineaux domestiques est restée stable dans dix-huit arrondissements de Paris sur vingt. Cette situation tranche nettement avec celle de Londres et d'autres villes européennes (Hambourg, Gand, Prague) qui connaissent des baisses très marquées.
Cette stabilité doit toutefois être relativisée car deux arrondissements font exception avec des chutes brutales: le XI ème (-92 %) et le XV ème (-74%). Dans la période, ils ont rejoint les quartiers abritant le moins de moineaux.
Ces baisses préfigurent peut-être l'évolution pour les années qui viennent dans les quartiers où le moineau est encore bien présent. Ces chiffres, statistiquement significatifs, font que l'on constate une diminution d'environ 5% par an en moyenne sur Paris pour la période 2003-2007.

Et même en Algérie

Riadh Moulay, membre de notre Comité de Lecture, nous apprend qu'en Alégrie aussi, la densité et les captures de Moineaux domestiques en milieu agricole et sub-urbain ont tendance a à diminuer. Mais les causes du déclin sont davantage liées à une pollution génétique: en effet, au cours des captures (filets) et lors des dénombrements (stations d'écoute, plans quadrillés), on a constaté que la majorité des moineaux observés etaient des moineaux hybrides Passer domesticus x Passer hispaniolensis, les moineaux "purs" (domesticus) devenant de plus en plus rares.

  Suite de l'article
 
La situation du Moineau domestique à Paris et à Londres
Les explications possibles du déclin
Que faire?


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