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Un cas d'hivernage de Cigognes blanches en Ile-de-France |
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Date de mise en ligne : 24/12/07 - Soumis au Comité de Lecture
| Situation de Vert-le-Grand (Essonne) |
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Oiseau emblématique, la Cigogne blanche (Ciconia ciconia) pèse environ 3,5 kg pour une envergure moyenne de 2 m.
Dans les années 70, à la suite de fortes sécheresses dans leurs quartiers d'hiver africains, mais aussi à cause de la chasse, de l'électrocution sur des pylônes ou de collisions avec les fils électriques, la population française était au bord de l'extinction.
Depuis cette date et grâce à des mesures de conservation (reproduction en captivité, pose de plateformes de nidification, neutralisation de certaines lignes électriques), la cigogne s'est réinstallée dans plusieurs régions françaises.
En outre, lors des migrations pré- et post-nuptiales, des individus venus des pays voisins (Pays-Bas, Suisse, Allemagne, Danemark, Espagne) traversent l'hexagone.
Aux alentours du 7 décembre 2007, deux individus ont été signalés près de la décharge de Vert-le-Grand dans le département de l'Essonne (Île-de-France). Leur comportement semble sinon familier du moins peu farouche.
Olivier Thoret nous décrit cette observation très intéressante. Nous avons complété cette description par quelques éléments sur l'hivernage de l'espèce en France.
Abstract
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Regular wintering of the White Stork (Ciconia ciconia) in France is more and more regular: a 2004 census revealed that 1029 birds were counted in all the country. The birds are mainly originated from western Germany, France and western Switzerland and about half are immature.
The settlement of this new wintering area is due to different factors: global warming, increasing Northwest European Stork population, adverse effects of wintering in Africa and presence of a rubbish dump.
In this article, Olivier Thoret presents us the observation of two apparently wintering storks near a rubbish dump in Vert-le-Grand, in the southern suburb of Paris.
Un cas d'hivernage de deux Cigognes blanches en Ile-de-France
Description de l'observation
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Cigogne blanche (Ciconia ciconia) sur la décharge de Vert-le-Grand (Essonne), décembre 2007
Photo: Olivier Thoret |
Aux alentours du 7 décembre 2007, deux Cigognes blanches (Ciconia ciconia) ont été signalées au pied de la décharge de Vert-le-Grand, dans le département de l'Essonne. Leur comportement semble sinon familier, du moins tolèrent-elles une présence humaine assez proche (à 50 m environ).
Durant la journée, elles occupent leur temps entre la décharge (en compagnie de Corneilles noires Corvus corone, de Mouettes rieuses Larus ridibundus, de Goélands argentés Larus argentatus, d'Etourneaux sansonnets Sturnus vulgaris et de Bergeronnettes grises Motacilla alba) et les champs environnants pour la recherche de leur nourriture. Le soir, elles se perchent sur les mâts d'éclairage de la décharge pour y passer la nuit.
Un oiseau bagué dans les Landes
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Cigogne blanche (Ciconia ciconia) baguée, décharge de Vert-le-Grand, décembre 2007
Photo: Olivier Thoret |
L'un des oiseaux porte une bague Darvic (blanche, avec une écriture noire à lecture verticale indiquant "AETP") sur le tibia droit qui permet après lecture de connaître son origine. Il s'agit d'un oiseau bagué le 13 avril 2006 à Soort-en-Chalosse, un petit village au sud de Dax, dans les Landes, par Tristan ROI.
A noter que les bagues Darvic ou colorées permettent une relecture facile avec une longue-vue, sans déranger les oiseaux par une approche excessive.
Pour l'oiseau marqué "AETP", il s'agit de la première relecture depuis son baguage. Il faut savoir que seulement un tiers des cigogneaux arrivent à l'âge adulte.
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Cigognes blanches (Ciconia ciconia), décharge de Vert-le-Grand, décembre 2007
Photo: Olivier Thoret |
Autre fait intéressant, c'est la première donnée d'un oiseau landais aussi nordique; en effet, d'habitude, les cigognes landaises hivernent dans les Landes ou migrent en Espagne ou en Afrique.
La présence de ces deux oiseaux après le 15 décembre permet de les considérer comme des hivernants en Île-de-France. Mais ce n'est pas une première: en effet, Olivier Thoret a déjà observé en 1994-1995 à Cressely (Yvelines) deux cigognes qui sont restées jusqu'au mois de mars puis qui ont vainement tenté la construction d'un nid au sol.
La basse-vallée de l'Essonne, proche de la décharge de Vert-le-Grand, pourrait, à condition d'installer une ou plusieurs plates-formes à proximité des étangs de Misery et de Fontenay-le-Vicomte, accueillir une première nidification francilienne.
Le 21 décembre 2007, les cigognes étaient toujours présentes sur le site.
L'hivernage de la Cigogne blanche en France
Répartition de la Cigogne blanche en Europe de l'Ouest: en rouge, zones de nidification, en bleu, zones d'hivernage, et en vert, zones où l'espèce est sédentaire
Carte: ornithomedia.com |
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Les Cigognes blanches d'Europe de l'Ouest hivernent principalement en Espagne, en Afrique du Nord et en Afrique sub-saharienne (Sahel), mais il est de plus en plus fréquent que des individus hivernent en France, surtout sur les littoraux atlantique et méditerranéen.
Sur le site web du groupe Cigognes France (ciconiafrance.free.fr), il est précisé qu'un recensement hivernal des cigognes organisé en France en décembre 2004 avait permis de compter 1029 individus.
Les Cigognes blanches hivernantes occupent en gros les mêmes régions/départements que les nicheurs (principalement l'Alsace, le Poitou-Charente, l'Aquitaine, la Provence-Alpes-Côte-d'Azur, l'Auvergne): 30 % sont des sédentaires, 30 % sont des cigognes hivernantes migratrices (dont le site de nidification est différent du site d'hivernage) et le reste a un statut inconnu. La moitié utilise des décharges (par exemple, celle de Méjean, près de Montpellier dans l'Hérault) pour se nourrir. Les relectures de bagues montrent que seulement 15% des oiseaux sont issus de captivité. L'hivernage a finalement connu au cours des quinze dernières années une évolution assez similaire à celle de la population nicheuse en France.
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Cigogne blanche (Ciconia ciconia), Ile de la saulas à Blois (Loir-et-Cher), le 28 décembre 2007
Photo: G. Fauvet |
Dans le sud de la France, le nombre d'oiseaux hivernants (recensement basé par un suivi régulier et la relecture de bagues) est passé de huit en 1996-1997 à 172 en 2003-2004. La majorité des données (87%) proviennent de la région de Montpellier. Les oiseaux étaient principalement originaires de l'Ouest de l'Allemagne, de l'Est de la France et de l'Ouest de la Suisse, et la moitié environ étaient probablement des immatures (par rapport aux oiseaux observés lors des migrations de printemps et d'automne, les oiseaux de premier hiver sont sous-représentés).
Toutefois, il convient de noter que l'observation de Cigognes blanches en hiver en Europe de l'Ouest n'est pas un fait nouveau (33 oiseaux bagués entre 1908 et 1950, A. Sproll et W. Fiedler): mais les oiseaux étaient alors majoritairement malades ou épuisés.
Des populations sédentaires
Il existe en France des populations sédentaires issues de programme de reproduction en captivité et/ou dont les oiseaux sont nourris artificiellement pour les aider à passer l'hiver.
C'est par exemple le cas en Alsace, où des enclos dits de "réintroduction" ont été installés pour pouvoir relâcher progressivement des cigognes dans la nature. L'hiver, les oiseaux sont nourris par des collectivités ou des particuliers. Ces interventions humaines ont modifié le comportement de migration de certains individus, qui désormais restent toute l'année dans la région.
Il existe d'autres secteurs où des populations sédentaires et libres sont visibles, comme le secteur du Parc ornithologique de Villars-les-Dombes (département de l'Ain), où celui du Parc Ornithologique du Marquenterre (Somme).
En dehors de tout programme de reproduction, l'espèce s'est sédentarisée naturellement dans certains secteurs du littoral atlantique (Charente-Maritime) et dans certains points des départements des Landes, des Bouches-du-Rhône et de l'Hérault.
Pourquoi hiverner en France?
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Cigognes blanches (Ciconia ciconia), décharge de Vert-le-Grand, décembre 2007
Photo: Olivier Thoret |
Au sein d'une espèce, le comportement migratoire varie selon les individus et selon les conditions du milieu, et c'est le cas de la
Cigogne blanche. Du fait d'activités humaines négatives (chasse, pesticides) et de conditions de sécheresse dans les zones d'hivernage africaines, certains individus ont estimé que le rapport "bénéfice/coût" d'un long voyage périlleux était trop faible.
La protection de l'espèce, la fréquence croissante des hivers doux en France suite au réchauffement climatique (à lire Les impacts du réchauffement climatique sur les oiseaux), et la présence de sources de nourriture
(décharges) ont également convaincu certains oiseaux de rester dans l'hexagone durant la mauvaise saison.
Un livre passionnant
La Cigogne blanche de Tristan Roi et Joackim Dufour (Photographies). Prix: 11,88 €.
A visiter
Suivez le trajet de la migration d'une Cigogne blanche équipée d'une balise entre la Suisse et le Maroc: www.fr.ch/mhn/cigognes/default.htm
Références
- Alexandra Sproll et Wolfgang Fiedler, Digging in old data: migration and causes of death in White Storks according to ringing receovery data of the Vogelwarte Rossitten (Eastern Prussia) before the Second World War, Euring
- Michael Schaub, Roger Pradela et Jean-Dominique Lebreton, Wintering in Switz, Wetlands
- http://www.cepe.c-strasbourg.fr/pages/recherches/alsace/alsace1.html
-
MERLE S. et CHAPALAIN F., 2005. Recensement hivernal des Cigognes blanches Ciconia ciconia et noires C. nigra en France en 2004. Ornithos 12-6 : 321-327.
Contact
thoret.olivier AT wanadoo.fr
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