 |
 |
 |
 |
|
Expédition Santo 2006 : interview de Nicolas
Barré |
 |
|
Date de mise en ligne : 26/07/07
|
Situation d'Espiritu Santo (Vanuatu) |
 |
L'île d'Espiritu Santo
(Santo), dans l'archipel des Vanuatu, constitue un bon échantillon des
écosystèmes les plus riches, les moins connus et les plus menacés
de la planète : les forêts tropicales et les récifs coralliens.
Afin d'établir une carte complète de la biodiversité de cette
île de 4000 km², une expédition s'y est déroulée
en 2006 (notamment entre octobre et décembre), sous le nom de Santo 2006
(www.santo2006.org).
Elle a réunit 160 naturalistes, parmi les meilleurs de la planète
(25 pays impliqués).
Des moyens techniques
considérables (navire océanographique, première utilisation
de l'Arboglisseur, plongeurs, spéléologues,
) ont été
déployés pour ces recherches.
Quatre principaux modules de recherche ont été menés de front.
Ils correspondaient aux différents types de milieux : marin/sous-marin,
terrestre, souterrain, et transformé et habité par l'Homme ("friches
et aliens").
Deux équipes françaises se sont associées pour cette aventure,
celles du Professeur Bouchet, du Muséum national d'Histoire naturelle,
et d'Hervé Le Guyader (Université de Paris VI / IRD), spécialisées
en Biologie marine, et celle de Pro-Natura International, autour d'Olivier Pascal,
Bruno Corbara et Dany Cleyet-Marrel, spécialisée dans l'étude
des canopées des forêts tropicales.
Nous avons interviewé Nicolas Barré, Directeur Scientifique de l'Institut
Agronomique néo-Calédonien (www.cirad.nc),
qui était responsable du volet ornithologique de Santo 2006.
Abstract
| Publicité |
 |
Santo 2006 (www.santo2006.org)
was a scientific expedition to document the fauna and flora, both marine and non-marine,
of a large, rugged island in the South Pacific: Espiritu Santo (or Santo), in
Vanuatu.Over 100 participants from some 15 countries will be involved in the field
work, with a peak between August and December 2006.
The land area of Santo and its marine fringes host a mosaic of habitats that have
remained largely unexplored. Santo's complex ecological diversity and its geographical
position within the archipelagoes of Melanesia suggest a very high level of biological
diversity. Much of its flora and fauna are still to be discovered, most notably
in mega-diverse groups like insects and mollusks.
The biodiversity survey will document all the major environments (offshore deep-sea,
reefs,caves, freshwater bodies, mountains, forest canopies).
Nicolas Barré, Scientific Director of the Neo-caledonian Institut Agronomique
and responsable of the Ornithological section of the expedition, answers our questions.
L'interview
de Nicolas Barré
1-
L'expédition Santo 2006 semblait surtout centrée sur l'étude
des invertébrés terrestres et marins : une place avait donc été
réservée également à l'ornithologie?
 |
| Nicolas Barré,
Directeur Scientifique de l'Institut Agronomique néo-Calédonien
|
Nicolas Barré:
Pour la partie terrestre, il y avait des équipes importantes de botanistes
et d'entomologistes, mais j'ai eu la surprise en arrivant à Santo de constater
que j'étais le seul ornithologue affiché comme tel.
J'avais sollcitié lors de la préparation de l'expédition
avec les collègues du module "Friches et Alliens" (en 2005, à
Nouméa, lors de la venue de Michel Pascal) de pouvoir ajuster mes propres
protocoles de terrains avec ceux d'ornithologues affectés à d'autres
modules. Ce qui n'a donc pas été possible du fait de l'absence d'autres
spécialistes. Il est regréttable que l'équipe "Forêts
Montagnes et Rivières" n'aient pas bénéficié
de l'appui d'autres naturtalistes que des entomologues et des botanistes. Ils
ont étudié des sites reculés avec des gradients altitudinaux
(transect est-ouestjusqu'à 1200 m d'altitude) dans des zones d'accès
difficile très peu (voire jamais) arpentées par des ornithologues.
Or, c'est dans ces zones de forêts primaires peu anthropisées et/ou
d'altitude que se trouve la majorité des espèces d'oiseaux endémiques
(comme c'est le cas en Nouvelle-Calédonie).
2- Quels étaient les objectifs ornithologiques de l'expédition
Santo 2006?
Carte
d'Espiritu Santo et situation des sites d'études ornithologiques
Carte: Ornithomedia.com |
 |
Nicolas Barré:
J'avais été sollicité pour participer au module "Friche
et Alliens" qui par définition s'intéressait avant tout aux
habitats transformés.
L'idée était d'examiner la place des espèces envahissantes
dans divers sites en fonction de leur degré d'anthropisation et au sein
de ceux-ci dans divers habitats eux mêmes plus ou moins transformés
(des abords de la tribu, aux forêts naturelles en passant par les jardins
mélanésiens et les forêts secondarisées). Et cela pour
un éventail aussi large que possible de taxons (plantes, insectes (fourmis),
reptiles, oiseaux, rongeurs et ongulés). Il y avait donc des compétences
disciplinaires biologiques nombreuses, complétées par celles d'anthropologues
pour apprécier la perception des espèces natives/introduites par
les communautés.
Nous avions décidé
de travailler sur qutre sites des plus perturbés vers les plus naturels:
la ville de Luganville, le centre agricole d'essai du CTRAV à Saraoutou,
le site de Matantas (Vathé) et le site de Boutmas, et pour les trois derniers,
d'échantillonner des habitats des plus transformés vers les plus
originels (si tant est que cela puisse être apprécié à
l'oeil!).
3- L'avifaune de Santo est-elle bien connue d'un point de vue scientifique?
Par exemple, existe-il encore des espèces ou sous-espèces qui n'ont
jamais été photographiées ou enregistrées?
Nicolas Barré: J'ignore si toutes les espèces de la faune
native ont été étudiées, photographiées, enregistrées.
Il y a quelques publications relatives à des expéditions ponctuelles
(Medway et Marshall 1975) et le livre de Brégulla (Birds
of Vanuatu, 1993).
La liste des espèces me paraît à peu près arrêtée,
mais leur statut/distribution/menaces sont certainement très mal connus.
Les espèces les moins bien connues sont probablement les Procellaridae
(Pétrels), dont plusieurs espèces sont supposées nicher en
altidude (cf les travaux de V. Bretagnolle).
Il n'est pas impossible que des révisions taxonomiques ou de nouvelles
expéditions permettent de découvrir des espèces ou sous-espèces
soit nouvelles, soit qui méritaient d'être reclassées.
4- Certaines espèces ont-elles disparues de Santo dans le passé?
Nicolas Barré: Je ne crois pas que ce soit connu, faute je pense
de recherches archéologiques. A vérifier dans le livre Birds
of Vanuatu de Bregulla
(que je n'ai pas sous la main).
5- Vous qui connaissez-bien l'avifaune de Nouvelle-Calédonie, il
y a t -il (hors les espèces marines) de nombreuses similtudes avec celle
de Santo?
Nicolas Barré: Bien sûr et surtout avec celle des Loyauté,
au moins pour les espèces qui vivent à basse/moyenne altitude, zone
que j'ai surtout inventoriée à Santo.
Sur les 39 espèces que j'ai contactées, 27 étaient identiques
ou presque (sous-espèce distincte) à celle de Nouvelle-Calédonie.
Ce qui d'ailleurs a
grandement facilité l'inventaire sur le terrain en un laps de temps court,
puisque je connaissais la majorité de l'avifaune.
La situation aurait été un peu différente aux altitudes élevées
où vivent
la majorité des espèces endémiques (dont j'ignorais le chant
pour la plupart).
6- Ne pensez-vous pas que de telles expéditions, aux moyens importants,
devraient être plutôt organisées en Nouvelle-Calédonie,
finalement assez peu connue?
Nicolas Barré:
Il y a eu une expédition "Loyauté (Lifou) 2000" organisée
par le Muséum National d'Histoire Naturel (certes uniquement pour le monde
marin). La Nouvelle-Calédonie (NC) commence à être bien connue.
Pour ne parler que des oiseaux, l'Institut Agronomique néo-Calédonien
et la Société Calédonienne d'Ornithologie ont conduit depuis
5 ans à la demande des Provinces des inventaires aussi exhaustifs que possible
(dont dans les massifs de la chaîne) par méthode standardisée
des points d'écoute (notre base de données comporte 4448 points
d'écoute!). Peu de D.O.M. (Département d'Outre-Mer) ou T.O.M. (Territoire
d'Outre-Mer) peuvent se targuer d'avoir connu un effort de prospection aussi important...
ce qui d'ailleurs n'empêche pas que des espèces supposées
disparues vivent encore quelque part dans des sites reculés : Râle
de Lafresnaye, Egothèle...)
Les forêts humides d'altitude ont été particulièrement
prospectées (2 200 points répartis dans toute la chaîne).
Ce travail a permis d'identifier les zones de NC importantes pour la conservation
des oiseaux dont un atlas (SCO-BirdLife) vient de sortir (Spaggiari, Chartendrault
et Barré 2007).
Parmi les autres taxons bien étudiés en NC : plantes, faune dulacquicole,
reptiles, fourmis, chiroptères, mollusques (bulime).
7- Quelles sont les principales découvertes (taxonomie, biologie,
comportement, nouvelles répartitions, ..) de l'expédition Santo
2006 ?
Nicolas Barré:
Je n'ai pas épluché les rapports des autres modules. En ce qui nous
concerne, M. Pascal a fait un rapport collectif qui doit être sur le site
de l'expédition. J'ai préparé une note sur les oiseaux que
je compte soumettre à puiblication.
J'ai eu (l'heureuse) surprise de constater que le Mégapode de Layard, l'une
des espèces emblématiques de Vanuatu, est présent dans les
grandes forêts voisines de Luganville (environs du CTRAV). Les oiseaux sont
partout nombreux, même si ils sont victimes des lances pierres des jeunes
(et moins jeunes)
8- Avez-vous mené une expédition au sommet du plus haut sommet
de l'île, et si oui, a-t-elle été productive d'un point de
vue scientifique et naturaliste? Avez-vous pu en particulier observer le fameux
Stourne d'Espiritu Santo (Aplonis santovestris)?
Nicolas Barré: Non car ce n'était pas l'objet de "mon"
module. Je n'ai pas vu ce stourne.
9- De nouvelles espèces ou sous-espèces vont-elles être
décrites prochainement?
Nicolas Barré:
Je ne crois pas, en tous cas pas sous la plume de naturalistes de Santo 2006.
10- Quelle est l'espèce de Santo qui vous a le plus marqué
(par sa beauté, sa difficulté d'observation, ..)?
Nicolas Barré:
Le Mégapode dont j'avais seulement entendu l'aboiement à Matantas
et vu un nid de feuilles et dont les villageois de Boutmas m'ont indiqué
la présence (mon guide m'a montré la branche sur laquelle il en
avait tué un au lance pierre !) et que j'ai très bien observé
dans les forêts de Saraoutou.
J'imaginais que le Coq sauvage bankiva introduit et très présent
en forêt pouvait être un concurrent sérieux du Mégapode.
Ce n'est apparemment pas le cas. Ils ne doivent pas avoir exactement la même
niche (pour l'alimentation notamment).
11- Quelles sont les principales menaces qui pèsent sur les endémiques
de Santo? Certaines espèces sont-elles particulièrement menacées?
 |
Liane Merremia
recouvrant (étouffant) comme un manteau la forêt de basse altitude
Photo: Nicolas Barré / CIRAD NC |
Nicolas Barré:
C'est la forêt elle-même (et donc les espèces qui y vivent)
qui est menacée, notamment par deux lianes extrêment agressives:
Merremia peltata et Mikania micrantha.
Les rongeurs introduits sont une menace pour l'avifaune, ainsi que la chasse (artisanale
et de subsistance, dont l'impact est limité).
12- Espiritu
Santo accueille-t-elle des populations importantes de certaines espèces
marines?
Nicolas Barré: Oiseaux marins ? Je l'ignore et je crois que ce n'est
pas connu (se référer aux travaux de Bretagnolle).
13- La forêt tropicale de plaine, si menacée partout dans le monde,
est-elle bien conservée à Santo?
Nicolas Barré: Non, c'est l'habitat le plus menacé, en particulier
par les deux lianes qui semble t-ils sont surtout présentes en dessous
de 500 m (sous réserve), et qui donc affectent essentiellement la forêt
de basse altitude.
14- Il existe
deux zones protégées principales sur l'île, la Loru Rainforest
Protected Area et la Vatthe Conservation Area: d'autres zones mériteraient-elles
une protection urgente?
 |
La chasse artisanale
constitue une menace limitée pour les oiseaux endémiques d'Espiritu
Santo
Photo: CIRAD NC |
Nicolas Barré:
Je l'ignore n'ayant pas vu beaucoup d'autres sites. L'inaccessibilité de
la très grande majorité du territoire le protège de fait.
Il faudrait sans doute évaluer le site nord ouest (zone Péavot/Pénarou),
ou autre, afin de permettre de voir des oiseaux des forêts d'altitude (Stourne,
Ducula, Lori, ..) ce qui impliquerait de construire des pistes et des structures
d'accueil.
Et dans les aires protégées, les espèces envahissantes (lianes
notamment) ne sont pas mieux contrôlées qu'ailleurs (elles ne le
sont pas du tout).
Les deux aires protégées (en forêts de basse altitude, donc
à l'avifaune "incomplète") forment d'excellents sites
pour voir des oiseaux en abondance, c'est leur raison d'être essentielle,
plus que la protection. Elles permettent de développer un certain écotourisme
profitable aux populations et évite
la chasse à l'arc ou au lance pierre des espèces d'oiseaux.
Le gite de Loru est à peu près à l'abandon, mais des guides
du village font volontiers visiter la petite (et belle) forêt protégée.
15- Le mode de possession de la terre (qui n'appartient pas à l'Etat
des Vanuatu mais aux communautés locales) est-elle une entrave à
une bonne gestion des habitats critiques?
Nicolas Barré:
Non, les communautés peuvent parfaitement gérer, avec des moyens
extérieurs, leur territoire à finalités diverses: zones de
culture, de chasse, de protection pour le tourisme, ... L'exemple de Vathé
le démontre.
16- La population locale est-elles ensibilisée à la richesse
naturelle de leur île?
 |
Nicolas Barré
effectuant un travail de sensibilisation de la population locale
Photo: CIRAD NC |
Nicolas Barré:
Cela dépend du village. Un effort de sensibilisation pourrait être
conduit dans des zones potentiellement intéressantes pour amener les habitants
à envisager une utilisation diversifiée de leurs espaces coutumiers,
comportant notamment des zones protégées dévolues à
un tourisme vert (rationnel et mesuré).
17- Quels sont les meilleurs spots pour découvrir tous les endémiques
de l'île?
Nicolas Barré: On contacte à peu près toutes les espèces
de basse altitude à Vathé et en abondance (voir ce que dit Brégulla
dans Birds
of Vanuatu pour
les espèces d'altitude). Elles sont réputées rares (selon
les critères UICN). Comme en NC, je supose que ce statut a été
edicté faute de connaissances sur l'abondance et la distribution de ces
espèces dans des zones d'accès difficile aux naturalistes.
18- Quels sont les meilleurs spots de l'île pour faire du seawatching?
Nicolas Barré: Je ne sais pas.
19- Quel guide d'identification conseilleriez-vous à un visiteur
se rendant sur Espiritu Santo, et plus largement aux Vanuatu?
Nicolas Barré: Celui de Bregulla H.L. 1993: Birds
of Vanuatu (A Nelson
Ed., Oswestry England).
Autrement (faute de mieux) le guide de Doughty C. Day . & Plant A., 1999:
Birds
of the Solomons, Vanuatu & New Caledonia (Christopher Helm. A&Black
London).
20- D'autres îles des Vanuatu sont-elles encore moins connues d'un
point de vue ornithologique que Santo? Des découvertes de novelles espèces/sous-espèces
ou des redécouvertes d'espèces disparues sont-elles à expérer
dans tout l'archipel?
 |
Le vilage de
Boutmas, l'un des sites d'étude
Photo: Nicolas Barré / CIRAD NC |
Nicolas Barré:
Bien sûr. Les îles de Santo, Efaté et Tana sont les mieux connues
des naturalistes (pistes, moyens de locomotion, hébergement, aéroport...),
même si cette connaissance reste incomplète pour ces îles.
Il est beaucoup plus compliqué d'explorer des îles comme Malékoula,
Ambrym, Pentecost, Erromango...
Je ne sais pas si il ya eu des expéditions d'ornithologues dans les 3/4
de la trentaine d'îles du Vanuatu, même si Bregulla donne des listes
île par île. Il n'est évidemment pas exclu que dans des zones
aussi mal connues, on découvre un jour de nouvelles espèces.
Et il faut bien garder une part de mystère pour les ornithologues futurs...
Sites web
- Le site de l'expédition
Santo 2006: www.santo2006.org
- Le site web de l'Institut Agronomique de Nouvelle-Calédonie: www.cirad.nc
- Le site web de l'association Positive Earth (protection des oiseaux des Vanuatu)
: www.positiveearth.org
Réagissez à cet article
sur notre forum Voyage
/ Observations ou
par e-mail à david.bismuth@ornithomedia.com.
|
|
 |
 |
 |
|
 |
| |
|
 |
|
|
|
 |
|
 |
|
 |
|
 |