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Le cas de l'Ibis sacré
Si le Faucon pèlerin est un prédateur strictement spécialisé, l'ibis sacré (Threskiornis aethiopicus) est de type ubiquiste, genre "goéland" si l'on préfère. Au gré de ses prospections, il consomme en premier lieu invertébrés, mais aussi batraciens, mollusques, cadavres, oeufs et poussins.
Mais alors, puisque inlassablement des naturalistes s'emploient à faire comprendre le rôle essentiel de ces prédateurs, pourquoi ces mêmes personnes débattent-elles avec autant de vigueur de l'avenir de l'échassier et pourquoi tant de tergiversations du côté des autorités pour fixer la conduite à tenir vis à vis de cette espèce "sans papier"? (lire faut-il éliminer l'Ibis sacré en France ?).
Un oiseau qui vient de loin
Car l'Ibis sacré, lui aussi à sa façon, vient de loin!
A nouveau, rappelons quelques éléments simples.
Dans les années 1970 et 1980, le zoo morbihannais de Branféré se procure quelques exemplaires de cet ibis dont on dit l'espèce en danger sur ses terres africaines d'origine, le bassin du Nil.
En réalité, l'espèce se répartit sur quasiment l'ensemble de l'Afrique sub-saharienne et les premiers individus reçus à Branféré provenaient du Kenya et … du parc ornithologique de Villars-les-Dombes (département de l'Ain) !
Ces oiseaux s'adaptent parfaitement aux conditions de détention et, dans l'esprit de "l'acclimatation" que la SEPNB partagea dans ses premières années d'existence avant de la rejeter, les gestionnaires du parc laissent avec naïveté et imprudence certains individus de cette florissante colonie évoluer en semi-liberté.
Des premiers ibis entament leur reproduction hors volière dans le périmètre du parc avant que des colonies ne s'établissent à distance dans des zones humides. L'introduction "accidentelle" de l'espèce est discrètement lancée et aboutit à l'heure actuelle à la présence de plus de 5000 mille ibis en milieu naturel principalement sur la façade atlantique.
Dans le sud de la France également
Sur les rivages méditerranéens, une initiative plus tardive du même type a également donné naissance à une seconde population férale à partir du zoo de Sigean (Aude).
Il faut convenir qu'au début, peu de voix se sont exprimées sur le potentiel de nuisance de cette espèce mise à part celles de quelques scientifiques dont, très tôt, celle de Roger Mahéo.
L'équipe de la réserve naturelle de Séné tentera bien aussi, au cours de ces dernières années, d'informer le public du caractère problématique de cette expansion. Mais l'Ibis sacré a été accueilli, reconnaissons le, avec une certaine sympathie par nombre de naturalistes (dont l'auteur du présent article) heureux de cocher une nouvelle espèce au fur et à mesure de sa progression géographique.
Où est la nuisance ?
Mais où se situe la nuisance? Sur ce point, le débat est vif entre spécialistes.
Alors, plutôt que de se battre à propos de son éventuelle influence positive sur les colonies de spatules, sa consommation des écrevisses américaines et donc sa fonction régulatrice d'une autre espèce introduite (!) dans les marais de Brière ou sur son intolérable consommation de poussins de sternes, ne serait-ce pas plus simple de revenir à l'origine de l'affaire ?
Envisageons une hypothèse et une certitude.
Que dirions-nous aujourd'hui si ce même zoo ou un de ses homologues envisageaient d'introduire le Marabout pour sa seule singularité ou pourquoi pas l'Urubu noir pour participer à un quelconque plan de régulation de goélands en milieu urbain ? Illico, scientifiques, naturalistes rappelleraient à juste titre que les introductions constituent à l'échelle de la planète une des causes principales d'appauvrissement de la biodiversité par les dérèglements apportés dans les écosystèmes ! Et nous aurions raison de nous rallier à cette opposition.
Faucon pèlerin et Ibis sacré : deux cas différents
Autant le retour autonome du Faucon pèlerin participe d'une restauration, d'une "guérison" d'écosystèmes appauvris par les conséquences d'activités humaines, autant l'expansion de l'ibis sacré est le résultat d'une introduction illégale et non fondée qui n'a jamais dit son nom depuis le départ.
Comment pourrions-nous continuer à dénoncer le caractère hasardeux et nocif des introductions d'espèces exogènes comme l'association l'a fait par le passé à l'encontre de projets portant sur le Lagopède d'Ecosse (grouse) dans les monts d'Arrée (Finistère) ou le Lapin forestier américain en Bretagne ? Comment pourrions-nous encore demander aux pouvoirs publics des mesures de maîtrise de tout un ensemble d'espèces végétales invasives ?
A titre d'exemple, ne tentons-nous pas de venir à bout d'une plante tel que le baccharis sur plusieurs de nos sites protégés du Morbihan ?
Il ne serait donc pas crédible de s'en tenir à une position mi-chèvre, mi-chou à propos de l'Ibis sacré.
Avant qu'il ne soit trop tard, compte tenu du dynamisme démographique de l'oiseau, nous devons par cohérence aller dans le sens de l'avis donné au MEDD (Ministère de l'Environnement et du Développement Durable) par le Conseil National de Protection de la Nature, à savoir le lancement sans délai d'un plan alliant, s'il le faut, capture et éradication et ce d'autant plus que, pour une fois, techniquement, la tâche ne paraît pas insurmontable.
Enfin, d'aucuns prétendent que l'espèce est en danger en Afrique. Or, il n'en est rien ! Il n'est qu'à consulter la fiche consacrée à l'espèce par Birdlife International, organisme reconnu pour son expertise en matière de conservation des oiseaux à l'échelle de la planète.
Finalement, face aux interrogations soulevées par l'installation des faucons pèlerins et des ibis sacrés, il serait sage de s'appuyer sur les principes de base de l'écologie.
Voilà pourquoi, en conclusion, l'un est tolérable et l'autre pas.
Sites web
Bretagne-Vivante SEPNB :
http://bretagne-vivante.asso.fr
Le site web d'Alain Fossé : www.digimages.info
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