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  Grippe aviaire : pourquoi il ne faut pas accuser les migrateurs

Idées fausses et mauvaises mesures

Dans les médias, on a souvent tendance à exagérer voire à diaboliser le rôle des oiseaux migrateurs dans la propagation du virus de la grippe aviaire, parfois en inventant des voies de migration imaginaires reliant par exemple l'Asie à l'Europe ...
A des fins purement politiques, certains gouvernements ont demandé aux chasseurs d'éliminer les migrateurs, tandis que d'autres ont proposé d'assécher les zones humides pour empêcher les oiseaux de se poser. Des nids d'oiseaux nichant près de l'homme, comme ceux de l'Hirondelle rustique (Hirundo rustica) ou de la Cigogne blanche (Ciconia ciconia) ont été détruits. Aucune de ces décisions ne permettrait de limiter la progression de la grippe, et pourrait même la favoriser.
En nous basant sur les argumentsde de plusieurs associations et organismes comme Birdlife International, d'Aves-Natagora
, ou le Parc Ornithologique du Pont de Gau en Camargue, et suite à l'intervention (courte !) de David Bismuth le dimanche 5 mars dans l'émission J’ai Rendez-vous avec vous en direct du salon de l'agriculture à Paris, nous vous proposons un article permettant d'avoir une vision plus claire du rôle des migrations sur la propogation du virus.
Lire aussi :
- notre dossier sur la grippe aviaire.
- L'interview du professeur Dehorter.


Abstract

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There have been reports in the media of wild birds being demonised concerning their role in the Avian Flu. In some countries, politicians have called on hunters to wipe out incoming migrant birds. Some governments have reportedly revived plans to drain wetlands, under the pretext of denying waterfowl landing and breeding places. Nests of birds, such as the Barn Swallow or the White Stork, which breed in close proximity with man have been destroyed in the mistaken belief that this measure will lessen the risk of contracting bird ‘flu.
None of these measures will control the spread of avian influenza , instead putting wild birds and other biodiversity in jeopardy.
We propose you some reasons why wild birds should not be considered as the principal vectors of the H5N1 virus, and even why focusing on migratory birds risks diverting effort from effective control of avian influenza.


Les oiseaux migrateurs et la grippe : quelques rappels

Des informations fausses

Principales voies de migration mondiales des oiseaux: 1) Pacific Flyway, 2) Mississippi Flyway, 3) Atlantic Flyway, 4) Flux Atlantique Est, 5) Mer Noire-Méditerrannée, 6) Afrique de l'Est-Asie de l'Ouest, 7) Asie centrale, 8) Asie de l'Est-Australie En rouge, pays asiatiques touchés par le H5N1; en bordeaux, foyers connus en dehors du Sud-est asiatique; en bleu, zones humides ouest-africaines importantes pour l'hivernage des canards européens
Schéma : Ornithomedia.com
Principales voies de migration des oiseaux
Dans les médias, l'une des thèses les plus souvent soutenues est que les oiseaux migrateurs ayant hiverné notamment en Afrique (où un élevage contaminé a été détecté au Nigeria) le propageraient en Europe.
En effet, des milliers de canards et sarcelles hivernent chaque année dans les zones humides d'Afrique de l'Ouest, comme le delta intérieur du Niger au Mali (lire
Les Anatidés hivernants dans le delta intérieur du Niger), le Djoudj au Sénégal ou le Banc d'Arguin en Mauritanie.
Si tel était le cas, toutes ces zones humides fréquentées par ces oiseaux seraient touchées. Or, même si peu d'études ont été menées dans ces secteurs, aucun cas d'oiseaux sauvages n'ont été détectés au Sénégal ou en Mauritanie, mais aussi en Tunisie ou au Maroc (des doutes existeraient toutefois en Algérie, ce qui reste à confirmer). C'est également le cas de pays où passent et où hivernent des millions d'oiseaux entre l'Afrique et l'Europe, comme Israël.
L'Australie et la Nouvelle-Zélande, où hivernent des centaines de milliers de canards et de limicoles nichant en Sibérie et traversant toute l'Asie de l'est, n'ont pas été touchés par le virus..
La migration de retour de printemps 2006 ne devrait pas trop inquiéter non plus, car là où elle a déjà débuté comme en Israël ou en Espagne, aucun cas n'a été noté.

Peu d'oiseaux migrateurs contaminés

S'il est établi que des oiseaux sauvages peuvent être infectés par le virus de la grippe aviaire, y survivre au moins un certain temps et effectuer des déplacements en étant porteurs de ce virus, ce genre d'événement reste très rare. Ainsi, des tests effectués pendant trois ans en Chine sur plus de 13 000 oiseaux dont de nombreux canards migrateurs, n'ont mis en évidence le virus que chez six oiseaux !
La plupart des oiseaux sauvages touchés l'ont été dans des zones agricoles où des élevages importants de volaille ont été installés, comme dans l'Oural (Russie).
Le cas des Cygnes tuberculés malades de la grippe aviaire cet hiver trouvés en Europe (Allemagne, Italie, Slovénie, France, ...) est d'ailleurs particulier : ces oiseaux ne sont pas des migrateurs au long cours, et ont atteint ces pays en fuyant la vague de froid qui frappait la Russie où ils avaient été fort probablement en contact avec les foyers de grippe. Il ne s'agit donc pas de la prétendue dispersion du virus par les oiseaux migrateurs annoncée depuis l'été 2005 et qui ne s'était d'ailleurs pas produite au cours de l'automne 2005.
En Asie, plusieurs pays restent indemnes de l'infection sans qu'aucune mesure n'ait été prise contre les oiseaux migrateurs ou même pour restreindre les contacts entre ceux-ci et la volaille domestique.

Le rôle primordial des élevages

En Asie, alors que des centaines de millions de volailles ont été abattues pour cause de suspicion de contamination, seuls quelques centaines d'oiseaux sauvages touchés ont été trouvés. Le virus H5N1 est en effet aujourd'hui devenu endémique parmi les oiseaux domestiques dans certaines régions d'Asie : près de 2% des canards et oies d'élevage sont porteuses du virus dans le sud de la Chine. Une étude génétique très détaillée des différentes formes de virus H5N1 qui sont présentes en Chine et en différents points d'Asie du sud-est, publiée en février 2006 dans la revue de l'Académie américaine des Sciences, montre que plusieurs formes locales distinctes de virus occupent différents pays et régions géographiques. Ceci indique que le virus subsiste pour de longues périodes et évolue sur place au sein des élevages infectés d'où il n'a pas été éliminé.
En Europe, bien que de plusieurs cas d'oiseaux sauvages infectés aient été rapportés, seul un élevage français a été touché par la maladie, dans la Dombes. Et La source probable de la contamination serait l'élevage intensif et les pratiques piscicoles de cette région qui utilisent du lisier de poulet pour fertiliser son agriculture (le virus est actif dans les fientes).

Les catégories d'oiseaux sauvages particulièrement concernées

Mouette rieuse (Larus ridibundus)
Les oiseaux fréquentant les décharges et les zones humides potentiellement souillées, comme les Mouettes rieuses (Larus ridibundus), peuvent être des vecteurs du virus
Photo : Joël Bruezière / www.eyesonsky.com

Tous les oiseaux peuvent être infectés, mais en dehors des oiseaux de cage et de volières, trois types d'oiseaux sauvages pourraient être impliqués dans la propagation de la grippe aviaire :
- des espèces nécrophages comme les corvidés, et récemment des rapaces en Europe
- des espèces vivant sur des voies navigables polluées près des villes et près des fermes, y compris les fermes aquacoles, comme les hérons et les goélands
- des espèces nichant en colonies et qui se nourrissent dans des zones humides près des exploitations agricoles

Surtout des oiseaux aquatiques

Hirondelle rustique (Hirundo rustica)
Le virus de la grippe aviaire touche beaucoup moins les oiseaux terrestres comme l'Hirondelle rustique (Hirundo rustica) que les oiseaux aquatiques
Photo : Joël Bruezière / www.eyesonsky.com
En effet, le virus de la grippe aviaire a besoin de la présence de l'eau pour survivre en dehors de ses hôtes principaux, les oiseaux. En vivant, se nourrissant et déféquant dans l'eau, ils sont en contact étroit avec des déjections infectées par le virus et contractent ainsi plus facilement la maladie.
Chez les autres espèces d'oiseaux sauvages, plus terrestres qu'aquatiques, de tels contacts étroits entre oiseaux malades se produisent beaucoup moins fréquemment et le virus risque donc de se propager beaucoup moins chez eux. On ne doit dès lors pas craindre que les passereaux de nos jardins, villes et campagnes deviennent des vecteurs de l'infection virale. Il n'y a donc pas de raison de se méfier des oiseaux aux mangeoires ou des hirondelles qui reviendront occuper leurs nids aux alentours de nos bâtiments.


Les modèles possibles

Il est possible de comprendre la façon dont les oiseaux migrateurs sont touchés par le virus H5N1 en se basant sur les observations des situations constatées.
- Des individus seaient infectés par le H5N1 en ne présentant que peu symptômes (comme cela a été démontré expérimentalement chez des Canards colverts contaminés par des souches virales spécifiques). Ils pourraient donc transporter le virus sur les sites de nidification ou le long des voies de migration. Des contaminations d'élevages devraient ainsi être constatées le long des voies de migration, ce qui n'a été que rarement le cas en pratique. En outre, il n'y a pas de preuves que des élevages contaminés aient été particulièrement notés le long des voies de migration.
- Si la souche H5N1 était létale pour la plupart des oiseaux, sauf pour quelques individus présentant peu de symptômes, on devrait trouver des oiseaux sur les sites de nidification et d'hivernage, et le long des voies de migration. Les volailles devraient être infectées en même temps et sur les mêmes sites que les migrateurs. Quelques oiseaux sauvages pourraient mourir sur des sites où il n'y a pas de volailles, et là où les oiseaux sauvages ne meurent pas, aucun élevage ne devrait être touché. Or ce modèle n'a pas été vérifié dans les zones où la maladie s'est déclarée. Des oiseaux sauvages sont bien morts loin de zones d'aviculture, par exemple près du lac Erhel en Mongolie, mais aussi en Europe. Sur ce continent, des contaminations quasi-simultanées issues de zones souillées par des fientes pourraient être incriminées.
- Si les oiseaux sauvages transportaient le virus durant un petit laps de temps avant de mourir, le virus devrait se répandre continuellement le long des voies de migration. Des oiseaux sauvages et des volailles devraient ponctuer ces routes, sans concentrations notables de cadavres. Ce modèle semble être proche de ce qui a été constaté en Europe, mais on n'a pratiquement pas trouvé de cas d'élevages touchés (excepté un dans l'est de la France, dans l'Ain, du fait peut-être de cygnes malades qui d'ailleurs ne migrent pas sur de grandes distances).
- Si tous les oiseaux mourraient rapidement une fois infectés, il devrait y avoir des concentrations de cadavres, sans traînées d'oiseaux sauvages ou domestiques morts le long des voies migratoires : c'est cette configuration qui a été notée le plus souvent dans le monde.


Une transmission à l'homme rarissime

Rappelons que la grippe aviaire n'est pas une maladie humaine car le virus H5N1 ne se transmet que très difficilement à l'homme et qu'il n'est pas contagieux d'homme à homme. Alors que des centaines de millions de volailles ont été touchées par la grippe aviaire en Asie, seulement 173 cas humains ont été officiellement renseignés, dont 93 mortels.
Tous ces cas de contamination humaine ont eu lieu à cause d'une importante proximité avec des oiseaux domestiques malades. Aucun malade humain de la grippe aviaire n'a encore été contaminé par un oiseau sauvage.


  Suite de l'article
 
Les oiseaux migratoires et la grippe : quelques rappels
Mauvaises et bonnes mesures


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