 |
 |
 |
 |
|
La réintroduction de la Grande Outarde en
Grande-Bretagne |
 |
|
Trois oiseaux vus dans l'ouest de la France viendraient d'Outre-manche
| Situation
de la plaine de Salisbury et des trois données françaises de décembre
2005 et janvier 2006 |
 |
Le 21 décembre 2005,
une Grande Outarde (Otis tarda) immature ou femelle a été observée
dans les dunes de Saint-Viô, dans la Baie d'Audierne dans le Finistère
(Bretagne).
Puis un participant de la liste Coches-fr a annoncé que le 2 janvier 2006
des agriculteurs de Champ-sur-Layon (Maine-et-Loire) avaient trouvé un
outarde morte suite à une collision avec une ligne à haute tension.
Les deux oiseaux étaient marqués de deux plaques alaires jaunes marquées
respectivement d'un 31 et d'un 13.
Le 14 janvier 2006, un troisième oiseau a été observé
dans les gravières d'Ampouillac, à Cintegabelle, Haute-Garonne.
Celui-ci avait un patch alaire (jaune d'or, 23) à gauche et une bague jaune
avec une bague en aluminium à la patte droite.
Les situations occidentales de ces données d'une espèce dont les
populations les plus proches se trouvent en Allemagne de l'Est et en Espagne laissent
supposer une autre origine. Et justement, un programme de réintroduction
de l'espèce a été lancé en 2004 en Grande-Bretagne,
dans la plaine calcaire de Salisbury, dans le sud-ouest du pays.
David Waters, du
Great Bustard Group, nous a informé que l'oiseau de Haute-Garonne venait bien d'Outre-Manche. Nous attendons
les confirmations pour les deux autres oiseaux, mais en attendant, nous vous
proposons une présentation du "Great bustard reintroduction project".
Abstract
The 21th of December 2005,
a young or a female Great Bustard (Otis tarda) has been watched in the sand dunes
of Saint-Vio, Baie d'Audierne, Brittany, France. It had a mark "31"
on the wings.
The 2nd of January 2006, a female was found dead in Champ-sur-Layon, Maine-et-Loire,
West of France, with a mark "13" on the wings.
The 14th of January 2006, another bird has been found in the gravel pits of Ampouillac,
Cintegabelle, Haute-Garonne (South-west of the country). It had a golden mark
"23" on the left wing, and a alu and a yellow rings on the right leg.
These birds probably come from the population released in 2004 in the Salisbury
Plain during Great bustard reintroduction project.
Actually, David Waters
(Great Bustard Group) confirmed us that the last bird is one of the Great Bustards released on Salisbury Plain in August of 2006.They anticipate the birds will fly back to the UK in the spring.
T
The Great Bustard Group (GBG) plan is to reintroduce great bustards to Salisbury
Plain, Wiltshire. In 2004, 27 young great bustards arrived from Saratov in Russia
and were released at a prepared site on Salisbury Plain, followed by a further
32 in 2005. The Bustard chicks have taken well to Salisbury Plain and are growing
fast.
It is planned to release the birds onto the Plain and a viewing hide will be available
to public use once they are released. Prior booking will be required as the site
is a working farm and close to the military training area.
The extinction of the Great Bustard in the 19th century was caused by a number
of factors, the main ones being hunting and the destruction of nests, along with
the collection of eggs.
La réintroduction de la Grande Outarde dans la plaine de Salisbury
La plaine de Salisbury
| En
orange, zones de steppes de la plaine de Salisbury |
 |
La plaine de Salisbury est
située au sud de l'Angleterre, dans le Wiltshire. Elle est notamment connue
pour ses alignements de dolmens dans le site de Stonehenge.
21 400 ha ont été désignés en Special Area of Conservation
(SAC). Environ 14 000 ha sont constituées
de pâtures sèches steppiques. Il s'agît de la plus grande étendue
en un seul tenant de cet habitat en Europe du nord-ouest. Dans le cadre de sa
désignation en SAC, un plan de restauration a été entrepris,
comprenant une régénération naturelle des versants des collines
qui profite à des plantes et à des invertébrés (comme
l'Azuré bleu célestre Poliomatus bellargus) rares en Grande-Bretagne.
La plaine accueille également des oiseaux nicheurs très localisés
dans le pays, comme l'Oedicnème criard (Burhinus oedicnemus); cette espèce
y a bénéficié d'un programme d'optimisation de l'habitat
(Stone-curlew Species Recovery Project) mis en place par la RSPB et l'English
Nature Wessex, en partenariat avec le "Ministry of Defence".
C'est donc ce secteur favorable qui accueillera une population réintroduite
de Grandes Outardes (Otis tarda). C'est en effet la seule zone de Grande-Bretagne,
sur une surface totale potentielle de 780 km², susceptible de permettre la
nidification de l'espèce.
Ces steppes ont été préservées du labourage grâce
à leur utilisation par l'armée. Et la présence de prairies
à proximité offrira aux oiseaux une mosaïque d'habitats très
favorable, qui rappellera quelque peu les régions favorables espagnoles,
russes ou est-allemandes.
Historique de la présence de la Grande Outarde au Royaume-Uni
Jusqu'à la fin du
18ème siècle, la Grande Outarde était largement répandue
en Angleterre dans les prairies calcaires, les landes et les zones agricoles.
L'intensification de l'agriculture et la chasse ont entraîné sa disparition
autour de 1840.
Leur bastion était situé justement dans le Wiltshire (l'outarde
figure toujours sur son blason), et particulièrement dans la plaine de
Salisbury et les zones calcicoles du nord du comté. Toutefois, les dernières
données proviennent de l'East Anglia.
En 2003, Ben Bradshaw, le Ministre de l'environnement britannique (Nature Conservation
Minister), a approuvé un schéma de réintroduction de l'espèce
dans la plaine de Salisbury.
Le cabinet Defra
a obtenu une délégation de la part du Great Bustard Consortium (composé
de volontaires et de l'University of Stirling) pour superviser la réintroduction
de 40 poussins environ par an dans la plaine.
Les étapes du projet
 |
Grande
Outarde (Otis tarda) femelle, en Extrémadure (Espagne)
Photo : André Boussard |
Des ufs de Grandes
Outardes ont été collectés en 2004 dans la région
de Saratov en Russie, à environ 1 000 km au sud-est de Moscou. Ces nids
auraient semble-t-il été détruits ou abandonnés du
fait d'opérations agricoles.
Environ quarante poussins âgés de 10 jours seront transportés
tous les ans en Grande-Bretagne. L'une des conditions de la délivrance
du permis de prélèvement était que ce projet ne compromettre
pas la population d'outardes du secteur de Saratov.
Vingt poussins arrivés
en Grande-Bretagne en août 2004 formeront le noyau reproducteur. Ils ont
été mis en quarantaine pendant un mois dans des structures spéciales
à Salisbury. Dans les projets précédents équivalents,
tous les poussins élevés étaient envoyés dans des
zoos ou des parcs, et les oiseaux en contact avec les humains ne pouvaient pas
survivre une fois relâchés dans le milieu naturel.
Dans ce projet, le Great Bustard Group a innové en utilisant des techniques
d'élevage par isolement. Des gants spéciaux ressemblant à
des têtes d'outarde femelle mis au point par Patrick Osbourne (université
de Stirling) et Tatiana Kapranova (institut d'écologie de Saratov) ont
été utilisés pour élever les poussins. Ces derniers
ont été nourris de laitue, de chou, de brocolis et de cresson, mélangés
avec des vers de farine, du fromage blanc, des criquets et des souris.
À environ quatre
mois, les oiseaux qui se comportaient normalement et en bonne santé ont
été transférés dans des enclos et relâchés
dans la plaine de Salibury à la fin de l'automne 2004. 32 poussins ont
été ensuite relâchés en 2005.
Un observatoire va être installé, mais une autorisation sera indispensable
pour y venir car le site est une exploitation agricole situé près
d'une base d'instruction militaire.
L'objectif est de réintroduire approximativement 200 oiseaux pendant 10
ans, ce qui devrait être suffisant pour rétablir une population viable
sur la plaine.
La polémique
Des critiques ont été
émises sur le fait que les ufs collectés en Russie pour le
projet l'ont été dans des nids d'oiseaux sauvages, ce qui pourrait
menacer les populations locales.
La RSPB (Birdlife UK) a ainsi demandé un réexamen du statut de la
population d'outardes dans la région de Saratov et des méthodes
de ramassage des ufs.
L'association a aussi demandé à ce que les Grandes Outardes de Russie
bénéficient à long terme du projet de réintroduction
en Grande-Bretagne.
L'accueil
local
Les populations locales
ont très bien accueilli ce projet, qui pourrait avoir des retombées
touristiques intéressantes. Des amateurs devraient venir de tout le pays,
et plusieurs produits dérivés, comme une "bière de la
Grande Outarde", devraient voir le jour.
Les trois oiseaux
trouvés en France
 |
Grande
Outarde (Otis tarda) femelle/immature, gravières d'Ampouillac, Cintegabelle,
Haute-Garonne (31), le 15/01/06
Photo : Cédrick Marchal |
L'oiseau (un immature ou
une femelle) vu dans les dunes de Saint-Viô dans la Baie d'Audierne en Bretagne
le 21 décembre 2005 provient très certainement de la population
relâchée durant l'automne 2004 dans la plaine de Salisbury.
La proximité géographique des deux sites, l'âge suffisant
atteint par les oiseaux anglais (plus d'un an) qui leur permet des déplacements
importants, et les deux plaques alaires jaunes marquées d'un 31 sur les
deux ailes semblent le prouver. Nous avons questionné Stephen Davis de
l'English Nature Association, et nous attendons sa réponse, que nous publierons
sur Ornithomedia.com.
 |
Gros
plan sur la marque alaire de la Grande Outarde (Otis tarda) femelle/immature,
gravières d'Ampouillac, Cintegabelle, Haute-Garonne (31), le 15/01/06
Photo : Cédrick Marchal |
C'est aussi le cas très
sûrement de l'oiseau trouvé mort le 2 janvier 2006 au petit matin
par des agriculteurs de Champ-sur-Layon (Maine-et-Loire): il a été
tué suite à une collision avec une ligne à haute tension, et était
marqué de deux plaques alaires jaunes chiffrées 13 (pas de bague métal, ni émetteur).
Ses mensurations étaient : aile pliée gauche = 460 mm, bec = 33 mm (aux
plumes), poids = 3,115 kg. L'oiseau a été confié au Muséum d'histoire naturelle
d'Angers (source : Coches-fr).
Le 14 janvier 2006, un oiseau a été découvert sur les gravières
d'Ampouillac, à Cintegabelle (Haute-Garonne (31). Il avait un patch alaire
(jaune d'or, marqué "23") à gauche, et deux bagues (jaune
et alu) à la patte droite. L'oiseau a été revu le 15 janvier
au moins (source : Sam Danflous, Tristan Guillosson (Obsmip, Coches-fr)). David Waters, du
Great Bustard Group (www.greatbustard.com), nous a confirmé que cet oiseau était l'une des outardes relâchées en août 2006 dans la plaine de Salisbury, et qu'il était prévu théoriquement qu'elles reviennent en Grande-Bretagne au printemps suivant.
A visiter
- Le site du Great Bustard Group : www.greatbustard.com. Vous pouvez leur ransmettez vos observations éventuelles.
- www.english-nature.org.uk
- Photos de la plaine de Salisbury : www.pbase.com/andesheng
- Autres photos de la plaine de Salisbury : www.offroadroutes.net
- Le site web du cabinet Defra, qui supervise le projet : www.defra.gov.uk
Réagissez à cet article sur notre forum Voyage
/ Observations ou par e-mail (david.bismuth@ornithomedia.com).
|
|
 |
 |
 |
|
 |
| |
|
 |
|
|
|
 |
|
 |
|
 |
|
 |