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Tanguy Deville nous parle des oiseaux de la Guyane française

Cet ornithologue, photographe et titulaire du diplôme d’arboriste grimpeur, auteur du livre "Les oiseaux de Guyane" publié en mai 2018, a répondu à nos questions.

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Tanguy Deville nous parle des oiseaux de la  Guyane française

Tanguy Deville grimpant dans un arbre de la canopée de la forêt tropicale à Abattis Cottica en Guyane française le 12 septembre 2011. Cet ornithologue photographe choisit généralement un arbre émergent qui lui donne un accès aux arbres plus petits. Sur cette photo, il se déplace en double ancrage.
Photographie : Guillaume Longin / Parc amazonien de Guyane

La Guyane française est un département d’une superficie de 83 846 kilomètres carrés situé entre le Brésil et le Suriname. La plus grande partie de son territoire fait partie du bouclier guyanais ou plateau des Guyanes, l’un des plus anciens massifs montagneux du monde, et une plaine côtière s’étend sur quelques dizaines de kilomètres de large. Les forêts (mangrove, forêt marécageuse et forêt amazonienne) couvrent environ 96 % de la surface de la Guyane, le reste étant occupé par des cultures, des savanes, des marais et des zones urbaines. La flore est d’une très grande richesse, avec près de 5 500 espèces végétales répertoriées, dont près de 1 500 arbres. 1 600 espèces de vertébrés ont été recensées, dont 186 de mammifères, 715 d'oiseaux, 162 de reptiles, 101 d'amphibiens et 438 de poissons d'eau douce.
La densité de population est encore faible, mais elle est en forte croissance sur le littoral. Malgré la création de plusieurs zones protégées, dont certaines sont très vastes comme le récent parc national amazonien, la biodiversité guyanaise est menacée par l’orpaillage illégal, le braconnage, les défrichements illégaux et les projets miniers et hydroélectriques. L’écotourisme est encore peu développé et l’avifaune de la Guyane française est encore peu connue du public. Publié en mai 2018, le livre "Oiseaux de Guyane" nous propose un aperçu de la richesse ornithologique de ce département et aborde des sujets variés (biologie, écologie, évolution et conservation). Son auteur, Tanguy Deville, est un ornithologue photographe titulaire du diplôme d’arboriste grimpeur : il a répondu à nos questions sur les oiseaux de ce fascinant département d’Outre-mer.

Abstract

French Guiana is a department of 83,846 square kilometers located between Brazil and Surinam. Most of the territory is part of the Guiana Shield or Guyana Shelf, one of the oldest mountain massifs in the world. A coastal plain stretches a few tens of kilometers wide.
The climate is equatoria and forests (mangrove, swamp forest, tropical rainforest) cover about 96% of the territory, the rest being occupied by crops, savannas, marshes and urban areas. The flora is very rich, with nearly 5,500 listed plant species, including nearly 1,500 species of trees. 1,600 species of vertebrates have been recorded, including 186 species of mammals, 715 birds, 162 reptiles, 101 amphibians and 438 freshwater fishes. The population density is still low, but it is growing rapidly on the coast. Despite the creation of several protected areas, some of which being very large such as the recent Amazonian National Park, Guyana's biodiversity is threatened by illegal gold panning, poaching, illegal clearings and mining and hydroelectric projects. Ecotourism is still underdeveloped and the birdlife of French Guiana is still little known.
Published in May 2018, the book "Les oiseaux de Guyane" offers us an overview of the ornithological richness of this department. The author, Tanguy Deville, is a photographer ornithologist and a climber who has spent numerous hours in the canopy: he answered our questions about the birds of this fascinating French overseas department.

Le livre "Les oiseaux de Guyane"

"Les oiseaux de Guyane"

La couverture du livre "Les oiseaux de Guyane" de Tanguy Deville.

Tanguy Deville a travaillé plusieurs années en Guyane française pour un bureau d’étude en environnement. Titulaire du diplôme d’arboriste grimpeur, il a passé de nombreuses heures dans la canopée de la forêt tropicale pour effectuer des inventaires et photographier la flore et la faune. Ses observations l’ont amené à s’intéresser aux comportements et à l’écologie évolutive des oiseaux et à rédiger des articles de vulgarisation sur ces sujets.
Il est l’auteur du livre "Les oiseaux de Guyane", publié en mai 2018 aux éditions Biotope. Cet ouvrage de 324 pages, richement illustré, est consacré aux oiseaux des forêts de la Guyane française, en particulier à ceux vivant dans la cime des arbres. Près de 200 espèces, dont certaines très peu photographiées, sont abordées, et des sujets variés sont évoqués : biologie (reproduction, alimentation, communication, migration, parade…), évolution, interactions des oiseaux avec les plantes de la canopée (pollinisation, dispersion des graines...), conservation...

Voici le sommaire :

  • Ornithologie & écologie évolutive
  • La diversité des oiseaux de Guyane
  • Les oiseaux & les plantes
  • La répartition des ressources alimentaires
  • La reproduction des oiseaux
  • La communication chez les oiseaux
  • Les leks
  • La conservation des oiseaux de Guyane.

Tanguy Deville nous présente aussi de nombreuses anecdotes et observations naturalistes réalisées lors de ses expéditions. En résumé, il s’agit d’un bel ouvrage très agréable à parcourir et qui donne vraiment envie de partir à la découverte de la forêt guyanaise, des sommets érodés du bouclier guyanais aux mangroves, aux marais et aux estuaires du littoral. Dans tous les cas, il vous fera rêver.

Informations :

  • 324 pages
  • Dimensions du produit: 27 x 3 x 26,8 cm
  • Biotope Éditions (18 mai 2018)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 236662204X
  • Prix : 49 €.

L'interview de Tanguy Deville

1. Pourquoi avez-vous décidé d'écrire ce livre ?

Emplacements de plusieurs secteurs intéressants pour l'observation des oiseaux en Guyane française

Emplacements de quelques secteurs intéressants pour observer les oiseaux en Guyane française : (1) embouchure du Maroni, (2) réserve naturelle de l'Amana, (3) site des Abattis Cottica, (4) Maripasoula, (5) monts atachi-Bakka, (6) plaine de la Waki, (7) Mont Galbao, (8) Saül, (9) Montagne de Kaw, (10) réserve naturelle des marais de Kaw, (11) réserve naturelle du Grand Connétable, (12) Montravel et (13) Kourou.
Carte : Ornithomedia.com d'après Tanguy Deville

Tanguy Deville : les raisons sont nombreuses : j'aime les livres et les histoires, et j'ai voulu en raconter une, autant par les images que par les textes. L'approche de l'écologie évolutive et comportementale me plait particulièrement, et je trouve que la notion d'histoire naturelle convient bien à ce que j'ai voulu faire. Je voulais profiter de cette occasion pour en apprendre le plus possible sur mon domaine de prédilection. Jusque-là, j'avais pratiqué l'ornithologie surtout sous les angles de l'observation, de l'identification et de la photographie, peu par le biais de l'écologie des espèces. En outre, j'aime bien monter des projets personnels et les développer, l'idéal étant d'être payé pour les réaliser. Pour ce projet, j'ai pu bénéficier d'aides financières qui ont rémunéré mon travail.

2. Avez-vous déjà travaillé pour des études scientifiques ou des inventaires de l'avifaune forestière guyanaise ? Auriez-vous quelques exemples ?

Tanguy Deville : j'ai travaillé pour un bureau d'étude en environnement pendant presque cinq ans. Une partie de mon travail était composé d’inventaires de l'avifaune des sites étudiés sur le littoral ou à l'intérieur des terres, par exemple dans les environs de Saül. J'ai ensuite poursuivi ce travail en tant qu’indépendant, participant notamment à des inventaires pour le parc amazonien, dans les monts Atachi Bakka, dans le site classé des Abattis Cottica et dans la plaine de la Haute-Waki. Une partie des images du livre a été réalisée pendant ces différentes études.

3. Dans votre livre, vous indiquez que vous avez pris les premières images d'une Chevêchette d'Amazonie dans son nid : quelles sont les photos présentées dont vous êtes particulièrement fier ?

Ibijau à ailes blanches (Nyctibius leucopterus)

La découverte de l’Ibijau à ailes blanches (Nyctibius leucopterus), une espèce qui n'avait jamais été photographiée auparavant, sur son perchoir diurne, a été pour moi un grand moment d’ornithologie. Ce cliché a été pris sur la Montagne des Chevaux, Guyane française, le 24 juin 2009 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Tanguy Deville

Tanguy Deville : je suis fier de l'ensemble de ce travail. J'ai en effet réussi à aller jusqu'au bout et j'ai pu raconter l'histoire qui m'intéressait avec le texte et les images. Je suis satisfait de mes photographies : par exemple, le cliché du Guit-guit céruléen (Cyanerpes caeruleus) avec une goutte d'eau (pages 50 et 51) m'a fait vraiment plaisir. C’est aussi le cas d'illustrations d'oiseaux rarement photographiés et que j'avais recherchés activement, comme l'Ibijau à ailes blanches (Nyctibius leucopterus), l’Araponga blanc ou Oiseau-cloche (Procnias albus) (lire Découverte d'une population d'Arapongas blancs dans l'état du Pará) ou la Coracine chauve (Perissocephalus tricolor). J'aime également beaucoup la photo de la Moucherolle à longs brins (Colonia colonus), visible page 311.

4. Quelles espèces d'oiseaux de Guyane aimeriez-vous particulièrement photographier ?

Tanguy Deville : je pourrais citer un grand nombre d'espèces, les grands rapaces comme la Harpie féroce (Harpia harpyja) ou les spizaètes (Spizaetus sp.), ou encoreles plus petits comme les éperviers, extrêmement discrets. Comme beaucoup de personnes, j’ai une affection particulière pour les colibris et les cotingas : ces oiseaux sont souvent très colorés et leur biologie est très intéressante : ils paradent souvent dans des leks (places de chant), pollinisent les fleurs et dispersent les fruits. J'aimerais photographier davantage les colibris dont les leks sont situés dans la canopée, comme l'Ermite à long bec (Phaethornis malaris). Je n'ai jamais observé le Colibri corinne (Heliomaster longirostris), l’un des trochilidés les plus rares de Guyane.
Parmi les cotingas, j'aimerais faire des photos de la Coracine rouge (Haematoderus militaris), que j’ai toujours vue de loin : elle est passée une fois juste au-dessus de l'arbre où je me tenais, mais sans s'arrêter. Des images de la parade du beau Cotinga ouette (Phoenicircus carnifex), que je n'ai pu observer que depuis le sol, me feraient également plaisir. La Coracine à col nu (Gymnoderus foetidus) est aussi une espèce que j’aimerais photographier : on peut l'observer assez facilement sur le littoral, mais je n'ai jamais trouvé d'arbre où elle avait ses habitudes (lire Les coracines : des oiseaux originaux, voire bizarres).

Cotinga pompadour (Xipholena punicea)

Le plumage du Cotinga pompadour (Xipholena punicea) mâle, ici perché dans une Bagasse (Bagassa guianensis), contient six caroténoïdes qu’il est le seul à fabriquer et qui sont à l'origine de sa couleur bordeaux unique. Cette photographie a été prise au camp Pararé, dans la réserve naturelle des Nouragues, Guyane française, le 11 août 2009 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Tanguy Deville
Mango à cravate noire (Anthracothorax nigricollis)

Une femelle de Mango à cravate noire (Anthracothorax nigricollis) butinant une fleur d’érythrine (Erythrina sp.) à Montravel, Rémire-Montjoly, Guyane française, le 19 avril 2009 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Tanguy Deville


5. Avez-vous déjà observé ou photographié des espèces auparavant inconnues en Guyane ?

Tanguy Deville : j'ai photographié dans mon jardin l'Ariane à queue cuivrée (Amazilia viridigaster cupreicauda), qui n’avait jamais été observée auparavant en Guyane. Elle a été trouvée depuis sur des inselbergs (= reliefs isolés) du sud du département. Dans la canopée, j'ai réalisé des photos du Tyranneau verdâtre (Phylloscartes virescens), de l’Élénie grise (Myiopagis caniceps) et du Coulicou d'Euler (Coccyzus euleri), des espèces observées pour la première fois de façon certaine en Guyane.

6. Vous avez indiqué qu'en dix jours, vous aviez observé une centaine d'espèces dans un seul arbre sur la Montagne aux Oiseaux : combien de temps a duré votre affût le plus long dans un arbre ?

Canopée

La canopée  présente souvent une remarquable diversité de couleurs due aux feuilles, fleurs ou fruits. Piste Paul Isnard, Guyane française, le 13 novembre 2016 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Tanguy Deville

Tanguy Deville : l’affût le plus long dans un arbre, sans en descendre, a duré deux jours. J'avais tendu un hamac devant un arbre en fleurs dans la réserve naturelle des Nouragues (voir la page 115 du livre), pour photographier des colibris, dont la Coquette huppe-col (Lophornis ornatus) (voir les pages 124 à 127). Je suis monté le matin du premier jour, avec mes repas et un duvet léger (par chance il n'a pas plu), en plus du matériel d'observation et de photographie, et je suis redescendu le lendemain en fin de journée. Mon affût le plus long dans un même arbre, en n’en redescendant que la nuit, a été réalisé sur le mont Galbao, pour photographier des arapongas (pages 270 à 273). J'ai passé dix jours de suite dans un arbre, du matin au soir, devant l'arbre où chantait un mâle. Le campement était à plus d'une heure de marche, au pied du mont Galbao.
J'aime beaucoup passer plusieurs jours dans un seul arbre : je l'ai fait à d'autres occasions, par exemple dans des érythrines (Erythrina  sp.) en fleurs dans les secteurs de Saül et du Montravel pour photographier les colibris, ou dans un Norantea guianensis et dans un clusier (Clusia sp.) dans la réserve naturelle nationale des Nouragues pour photographier des nectarivores et des frugivores, ou encore dans des arbres hébergeant des colonies de cassiques (Cacicus sp.). On peut observer en détail la vie dans la forêt, par exemple les rondes d’oiseaux (lire Les rondes d'oiseaux) dans la canopée qui passent chaque jour, ou les singes qui ont leurs habitudes dans les arbres en fruits...

7. Quels conseils pratiques donneriez-vous pour photographier les oiseaux de la forêt tropicale, quand on ne peut pas comme vous grimper dans les arbres ?

Tanguy Deville : de nombreuses espèces sont visibles à partir du sol et vivent dans le sous-bois. Certaines espèces de la canopée descendent plus bas, dans les lisières par exemple, pour se nourrir des fruits d'arbustes. Les clusiers, par exemple, poussent aussi bien près du sol que dans la canopée, et ils ont des fruits qui attirent de nombreux oiseaux. Mon principal conseil serait d'encourager les personnes souhaitant observer certaines espèces de près à apprendre à grimper aux arbres. Beaucoup de personnes grimpent sur les falaises ou font de la plongée sous-marine, des milieux inaccessibles sans apprentissage technique, mais peu, pour l'instant (au moins parmi les naturalistes) apprennent à monter dans les arbres : pourtant cet apprentissage n'est pas si long et l'investissement en matériel est limité. De mon point de vue, le jeu en vaut largement la chandelle, et cette activité est en train de se développer.

8. Quel équipement photographique utilisez-vous ? Pourquoi ce choix ?

Aras rouges (Ara macao)

Trois Aras rouges (Ara macao) passent au milieu des nuages, mont Galbao, Guyane française, le 11 avril 2013 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Tanguy Deville

Tanguy Deville : j'utilise deux boîtiers reflex, un format 16x24 et un plein format. Comme optique, j'utilise principalement un téléobjectif 300mm f/4. Outre son prix accessible, il est léger et permet de travailler à main levée sans soucis. Dans un arbre, je me déplace beaucoup, je change régulièrement de point d'observation, je monte et je descends, faisant régulièrement des images lors des déplacements le long des troncs : je ne peux donc pas utiliser de trépied ni de monopode. J'ai également beaucoup utilisé un 70-200 mm f:2,8, très utile lors des observations les plus rapprochées, certaines espèces étant très peu farouches. Pour les paysages, j'utilise un objectif 24-70. Ainsi, classiquement, quand je monte dans les arbres avec deux boîtiers, je fixe un 24-70 mm sur l'un et un 300 mm sur l'autre.

9. Pensez-vous que des espèces ou des sous-espèces d'oiseaux non encore connues pour la science vont être découvertes en Guyane française ?

Tanguy Deville : non, je ne pense pas que ce soit possible, ou alors suite aux résultats d’une analyse génétique qui scinderait une espèce en deux ou plus. La Guyane fait partie de l'Amazonie et elle n’est pas délimitée par des frontières naturelles limitant les déplacements des oiseaux, les fleuves Maroni et Oyapock étant trop petits pour empêcher totalement la circulation des espèces. Le taux d'endémisme est donc très faible parmi les oiseaux de Guyane, et les espèces qu’on y observe se rencontrent dans une zone beaucoup plus large. Par contre, chaque année, des espèces d'oiseaux nouvelles pour la Guyane sont observées : il peut s'agir d'égarés, comme récemment le Milan noir (Milvus migrans) ou le Héron pourpré (Ardea purpurea), ou d'espèces sédentaires passées jusqu'alors inaperçues, comme ce fut le cas pour l'Ariane à queue cuivrée par exemple, mais cela est de plus en plus rare.

10. Vous avez pris beaucoup de photos dans certains secteurs (monts Atachi-Bakka, montagnes de Kaw et des Chevaux, réserve naturelle des Nouragues..) : pourriez-vous conseiller deux ou trois sites pour observer et photographier les oiseaux forestiers ?

Tanguy Deville : la forêt guyanaise est belle partout ou presque. Son accessibilité pose davantage de problèmes, surtout pour les personnes peu familiarisées avec ce milieu. Le plus facile est donc au début d'emprunter des chemins existants. Il en existe plusieurs sur le littoral, comme ceux de la Montagne des singes ou de la savane Roche Virginie, ou sur la montagne de Kaw. A l'intérieur des terres, les chemins sont bien développés et balisés dans les alentours de Saül et de Maripasoula. Saül est sans doute le site de Guyane ou les chemins forestiers permettent d'observer le plus grand nombre d'espèces d'oiseaux.

11. Se promener à Cayenne est-il à conseiller avant de se rendre en forêt ?

Todirostre tacheté (Todirostrum maculatum)

Todirostre tacheté (Todirostrum maculatum),  crique Fouillée, Cayenne, Guyane française, le 19 mai 2009 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Tanguy Deville

Tanguy Deville : une visite de Cayenne est toujours conseillée car cela permet aussi d'acheter un hamac et une moustiquaire, utiles pour un séjour en forêt. En outre, il existe plusieurs sentiers dans les alentours de la ville permettant de voir de nombreuses espèces d'oiseaux, comme le chemin du Rorota à Rémire-Montjoly, où le Paresseux à trois doigts (Bradypus tridactylus) est facile à voir.

12. Où peut-on facilement observer les échassiers (limicoles, ibis...) le long de la côte ?

Tanguy Deville : le littoral guyanais est très dynamique et changeant. De grands bancs de vase en provenance de l'Amazone circulent du sud au nord. La mangrove peut se développer en leur présence et en quelques années, le paysage est complètement fermé. L’habitat plus favorable pour l'observation des oiseaux est la vasière récente, riche en ressources alimentaires pour les oiseaux. À Cayenne, la Place des Amandiers (en dehors de la mangrove) et le vieux port sont très favorables. Le littoral de Kourou est également très accessible, mais je ne suis pas allé en Guyane depuis plus d'un an et je ne sais pas quel est l'état de ce secteur en ce moment. À l'ouest, les vasières de la réserve naturelle de l'Amana sont très intéressantes. Dans l'embouchure du Maroni, le courant est fort et emporte la vase au fur et à mesure de son avancée, limitant la pousse des palétuviers. Si les grands échassiers (aigrettes, hérons et ibis) sont présents toute l'année, les limicoles s’observent durant les migrations, surtout en automne.

13. Une visite de l'île du Grand Connétable est-elle indispensable ?

Tanguy Deville : l'île du Grand Connétable ne peut pas se visiter, mais on peut en faire le tour en bateau, ce qui permet de voir les espèces nicheuses (frégates, sternes et noddis) de près. Le mieux est de se rapprocher du GEPOG (Groupe d'étude et de protection des oiseaux de Guyane), qui gère la réserve (conservateur : Kévin Pineau), ou des opérateurs touristiques qui proposent cette sortie.

14. Pensez-vous que la forêt guyanaise soit très menacée (cultures, bois, orpaillage, mines..) ? Êtes-vous pessimiste pour le futur ?

Saint-Martin jaune (Hymenolobium flavum)

Le tronc d’un très grand Saint-Martin jaune (Hymenolobium flavum), une espèce peu abondante, occupe un vaste espace dans le sous-bois, réserve naturelle régionale Trésor, Guyane française, le 21 novembre 2016 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Tanguy Deville

Tanguy Deville : la forêt guyanaise est l’un des massifs boisés tropicaux les mieux conservés au monde, notamment grâce à sa grande surface encore peu morcelée qui se prolonge par un grand parc national au Brésil. Mais les menaces se développent rapidement, notamment l'orpaillage. Actuellement, un projet de mine industrielle est en débat. Outre les destructions directes causées par les mines, les routes ou le développement de l'agriculture, le réchauffement climatique va sans doute modifier une partie de l’habitat forestier : les saisons sèches sont de plus en plus chaudes, et cette tendance risque de s'accentuer. Les grands arbres auront alors de plus en plus de mal à résister.

15. Dans votre livre, vous rappelez que certaines espèces d'oiseaux sont difficiles à identifier, comme les petits tyrannidés : quel guide d'identification conseilleriez-vous ?

Tanguy Deville : il n'existe pour le moment pas de guide d'identification spécifique des oiseaux de Guyane. Le guide publié le plus utile est le "Birds of Venezuela" de Steven L. Hilty.

16. Dans la forêt tropicale, la plupart des oiseaux sont seulement entendus : comment faire pour réussir à s'y repérer parmi les nombreux chants ? Conseilleriez-vous un guide sonore ou une application pour smartphone ?

Tanguy Deville : apprendre à reconnaître les chants et cris des oiseaux de Guyane est un travail de longue haleine. De nombreuses espèces possèdent en effet des vocalisations variées, difficiles à apprendre. Heureusement, il existe de nombreux chants communs faciles à retenir. Pour commencer à se faire l'oreille, je conseille les trois CD réalisés il y a quelques années par le GEPOG : ils présentent les chants et les cris d'oiseaux de nombreuses espèces, généralement avec plusieurs sons à chaque fois. Tous les enregistrements ont été réalisés en Guyane (NDLR : le MP3-CD "Birds of Venezuela" de Peter Boesman est également conseillé).
Le site web xeno-canto propose des vocalisations d'à peu près toutes les espèces en ligne, mais les enregistrements ne sont pas toujours réalisés en Guyane, et les chants et cris des espèces à l'aire de répartition très vaste présentent parfois des variations géographiques importantes. Je ne connais pas d'applications pour smartphone, mais peut-être y en a-t-il (lire Applications pour smartphones pour l’identification des oiseaux).

17. Quelle est la meilleure saison pour partir observer les oiseaux en Guyane ?

Coq-de-roche orange (Rupicola rupicola) mâle

Régulièrement, les Coqs-de-roche orange (Rupicola rupicola) mâles abandonnent leur poste de parade pour aller se nourrir dans les environs du lek. Cet oiseau mange les fruits du Stenostomum acreanum, un arbre de la famille des Rubiacées. Photo prise dans le camp Inselberg, dans la réserve naturelle des Nouragues, Guyane française, le 3 septembre 2010 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Tanguy Deville

Tanguy Deville : en Guyane, toutes les saisons sont propices à l'observation des oiseaux car beaucoup sont sédentaires. La saison sèche est la plus facile d’un point de vue logistique, mais l'activité de nombreuses espèces est plus intense durant la saison humide. En Guyane, il y a souvent un "petit été de mars", qui correspond à une "pause" durant la saison des pluies, variable selon les années : les oiseaux sont alors très actifs et les pluies généralement rares.

18. Est-il possible/dangereux de visiter seul la Guyane ?

Tanguy Deville : tout dépend de ce que l'on entend par "visiter la Guyane". Il n'y a pas de problème particulier pour découvrir le littoral ou les sentiers balisés, mais un séjour en forêt, en dehors des zones habitées, est difficile à réaliser seul, surtout sans connaître ce milieu. La forêt tropicale demande en effet de la pratique pour s'y sentir à l’aise.

19. Quels organismes faut-il contacter pour préparer et organiser un séjour ornithologique/photographique en Guyane ?

Tanguy Deville : on peut sans problème organiser un séjour ornithologique ou photographique sans contacter d'organisme particulier. Le GEPOG est l'association ornithologique locale : elle s'occupe de l'étude et de la conservation des oiseaux, par exemple le Coq-de-roche orange (Rupicola rupicola), suivi par Alizée Ricardou. Sinon le CTG (Comité du Tourisme de Guyane) ou la Compagnie des Guides de Guyane peuvent fournir toutes les informations nécessaires.

20. Les insectes posent-ils vraiment un problème dans les forêts de Guyane, comme les "mouches-maïs » dont vous parlez dans votre livre ? Quels produits ou accessoires faut-il emporter ?

Tanguy Deville : les mouches-maïs ne posent pas de problème, hormis le désagrément de leurs piqûres. Les moustiques par contre peuvent transmettre de nombreuses maladies comme la dengue ou le paludisme. Attention également aux phlébotomes, qui transmettent la leishmaniose, mais ils sont plutôt nocturnes ou vivent dans la canopée. Les produits ne servent à rien, il faut des habits longs pour se protéger des piqûres et dormir sous une moustiquaire.

21. Faut-il se faire vacciner avant de visiter la Guyane ?

Tanguy Deville : seul le vaccin contre la fièvre jaune est obligatoire (le carnet de vaccination est vérifié à l'aéroport, avant l'embarquement).

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