Publicité

Kite Optics

 (En savoir plus ?)

S'inscrire
Mot de passe oublié ?

Accueil > Magazine > Études > Les salanganes de La Réunion formeraient une sous-espèce endémique

Études

Retour à la liste des articles de Études

Les salanganes de La Réunion formeraient une sous-espèce endémique

Selon une étude récente, la population réunionnaise de la Salangane des Mascareignes formerait une sous-espèce distincte endémique qui a été nommée Aerodramus francicus saffordi.

| Validé par le comité de lecture

Partager
Translate

Les salanganes de La Réunion formeraient une sous-espèce endémique

Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus) de la sous-espèce endémique saffordi, La Possession, île de la Réunion.
Photographie  : Kevin Le Pape / Wikimedia Commons

L'île française de La Réunion fait partie de l'archipel des Mascareignes et est située dans l'océan Indien, à environ 684 km à l'est de Madagascar et à 172 km à l'ouest de l'île Maurice. D'une superficie de 2 512 km², son origine est volcanique et son relief est très marqué, son point culminant étant le piton des Neiges (3 071 mètres d'altitude). Du fait de son isolement ancien, le taux d'endémisme de sa flore et de sa faune est élevé. Malgré les nombreuses extinctions (18) provoquées par l'Homme depuis le XVIIe siècle, l'île compte encore onze oiseaux endémiques (neuf espèces et deux sous-espèces), souvent menacés par les espèces introduites (20) et l'urbanisation.
La Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus) est endémique de La Réunion et de Maurice, où elle niche dans les grottes, sur les falaises et dans les tunnels de lave. Jusqu'à présent, on considérait que cette espèce était monotypique (non divisée en sous-espèces), mais M. R. Browning (2000) avait suggéré que les populations des deux îles pouvaient appartenir à des sous-espèces distinctes. Pour vérifier cette hypothèse, Guy M. Kirwan, Hadoram Shirihai et Manuel Schweizer ont mené des études morphométriques et de plumage à partir de spécimens naturalisés et d'observations sur le terrain. Suite aux résultats obtenus, ils proposent de reconnaître une nouvelle sous-espèce endémique de La Réunion qu'ils ont nommée Aerodramus francicus saffordi, en l'honneur de l'ornithologue Roger Safford, qui a largement contribué à l'étude de l'avifaune des Mascareignes depuis la fin des années 1980. 
Nous vous proposons une synthèse de leur article qui a été publié en juin 2018 dans le Bulletin of the British Ornithologists' Club. Nous remercions Alain Fossé (site web : Digimages) pour ses photos.

Abstract

The French island of Reunion is part of the Mascarene Archipelago and is located in the Indian Ocean, about 684 km east of Madagascar and 172 km west of Mauritius. With an area of 2,512 km², its origin is volcanic and its relief is very marked, Its highest point being the Piton des Neiges (3,071 meters above sea level). Because of its ancient isolation, the rate of endemism of its flora and fauna is high. Despite the numerous extinctions (18) caused by humans since the seventeenth century, the island has still 11 endemic birds (nine species and two subspecies), often threatened by the introduced species (20) and the urbanization.
The Mascarene Swiftlet Aerodramus francicus is endemic to the islands of Reunion and Mauritius, where it breeds in caves and lava tunnels. Until now, this species was considered as monotypic (not divided in subspecies), but R. Browning (2000) suggested that both populations could belong to distinct subspecies. To test this hypothesis, Guy M. Kirwan, Hadoram Shirihai and Manuel Schweizer did morphometric and plumage analysis on naturalized specimens and field observations, and have proposed to recognize a new endemic subspecies of the Reunion Island named Aerodramus francicus saffordi, in honor of the ornithologist Roger Safford, who made a significant contribution to the studies of the Mascarenes avifauna since the end of the 1980s. We propose you a synthesis of their study which was published in June 2018 in the Bulletin of the British Ornithologists' Club. We thank Alain Fossé (website: Digimages) for his photos.

La Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus)

Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus saffordi)

Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus) de la sous-espèce saffordi, Saint-Gilles, île de La Réunion, le 22/07/2005. Notez (1) la queue peu fourchue et (2) les stries sur le ventre.
Photographie : Alain Fossé / Digimages.info

La Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus) mesure 10 cm de long. Elle a le dessus brun fuligineux, à l'exception du croupion qui est blanc sale. Le dessous est brun pâle devenant plus clair sur le ventre et les sous-caudales. Sa queue est faiblement échancrée. Le bec est court et noir. Les yeux et les pattes sont noirs. En vol, son croupion blanc sale et ses ailes en faucille permettent de la différencier de l’Hirondelle de Bourbon (Phedina borbonica).
La Salangane des Mascareignes émet des "trecs" discrets aux abords et sur les sites de nidification. Elle niche de septembre à décembre en colonies composées d'une dizaine à plus de mille couples, dans les grottes (surtout en bordure de rivière), les tunnels de lave ou sur des falaises. Les nids, souvent accolés les uns aux autres, sont de très petites coupes lisses et claires faites de lichens et de mousses collées à la paroi rocheuse grâce à une gomme sécrétée dans la salive de l’oiseau (lire Un business intéressant, les fermes à salanganes).
Elle chasse les insectes en vol, mais elle peut aussi les gober quand ils sont posés sur l'eau des bassins des ravines.
Elle est présente sur les îles Maurice et de la Réunion. Sur cette dernière, elle peut être observée du niveau de la mer à plus de 3 000 mètres d’altitude (lire Observer les oiseaux sur l'île de La Réunion).

Une hypothèse à vérifier

La Salangane des Mascareignes est considérée comme étant une espèce quasi menacée par Birdlife International du fait de son aire de répartition limitée, de sa population réduite (de 6 000 à 15 000 adultes), de la relative pauvreté des sites de nidification disponibles et de sa vulnérabilité aux dérangements. Une autre espèce du genre Aerodramus est endémique de l'océan Indien, la Salangane des Seychelles (Aerodramus elaphrus), que certains auteurs rattachent à la Salangane des Mascareignes. Ces deux espèces sont étroitement apparentées, avec un seulement 1 % de divergence du gène codant pour le cytochrome b (ADN mitochondrial). La Salangane des Mascareignes a toujours été considérée comme étant monotypique (= non divisée en sous-espèces), mais les résultats d'une étude menée par M. R. Browning (2000) sur quatre spécimens collectés sur l'île de la Réunion semblaient montrer l'existence d'au moins deux sous-espèces : il avait noté que ces individus étaient plus ternes dessus et avaient un croupion d'un blanc moins pur que les individus du même âge de l'île Maurice. Ils semblaient aussi légèrement plus sombres dessous, en particulier au niveau des couvertures sous-caudales. Il avait donc avancé l'idée que les oiseaux de la Réunion pouvaient appartenir à une sous-espèce distincte.
Durant plusieurs longs séjours sur la Réunion et sur Maurice effectués en 1999, 2004, 2013 et 2014, Hadoram Shirihai a pu observer longuement les salanganes de ces deux îles et noter les différences visibles. En complément de ces données, Guy M. Kirwan et Manuel Schweizer ont étudié des spécimens naturalisés et analysé la littérature disponible afin de déterminer si l'hypothèse de M. R. Browning pouvait être confirmée.

La méthode suivie

Situation de l'île de La Réunion (France)

Situation de l'île de La Réunion (France).
Carte : Ornithomedia.com

36 spécimens (17 en provenance de Maurice et 19 de La Réunion) naturalisés d'Aerodramus francicus détenus dans les collections de différents musées d'Europe et d'Amérique du Nord ont été examinés et mesurés. L'holotype ayant servi à la description de l'espèce ne semblait plus exister. Il a été décrit pour la première fois par Gmelin en 1789 à partir d'un texte et d'une planche du naturaliste Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, consacrés à "l'Hirondelle de l’Isle de Bourbon", mais qui semblait plutôt concerner l'Hirondelle des Mascareignes (Phedina borbonica). Le plus ancien spécimen naturalisé trouvé date du XIXe siècle.
Une comparaison sous lumière naturelle des plumages des spécimens étudiés a été effectuée, en tenant compte de l'usure du plumage des oiseaux naturalisés, et des mesures ont été prises à l'aide d'un vernier (lire Mesurer le bec d'un oiseau) et d'une règle adaptée. Les longueurs des ailes, de la queue et du bec, la largeur et la profondeur du bec, la profondeur de la fourche de la queue et la largeur de la tache blanche du croupion ont été mesurées. Entre 2012 et 2014, près de 200 oiseaux sur l'île de la Réunion et 150 sur celle de Maurice ont été observés et parfois photographiés (voir plusieurs photos). Des études statistiques et morphométriques ont été réalisées, et une analyse en composantes principales a été effectuée. Pour tester si les salanganes de Maurice et de la Réunion pouvaient être séparées à partir de leurs caractéristiques extérieures, une analyse discriminante multiple a été conduite. Le pouvoir discriminant de sept traits mesurés a été évalué en utilisant le test statistique du lambda de Wilks. Seuls les spécimens sur lesquels toutes les mesures ont été prises ont été inclus dans l'étude statistique. 

Les résultats obtenus

Des différences de plumages existent bien entre les salanganes de la Réunion et de Maurice et concernent la largeur et l'intensité du blanc du croupion, la couleur brune des parties supérieures, moins brillante chez les oiseaux de la Réunion, et le dessin des parties inférieures, plus marqué chez les oiseaux de l'île française. D'un point de vue morphométrique, les populations des deux îles sont très similaires, seules la largeur du croupion blanc et la profondeur de la fourche de la queue présentant des différences significatives.
L'analyse en composantes principales n'a permis de ne distinguer statistiquement chez les oiseaux des deux îles que la profondeur de la fourche de leur queue et de la largeur de leur croupion blanc. L'analyse discriminante multiple a réussi à rattacher correctement pratiquement tous les oiseaux à leur île d'origine en fonction des caractéristiques mesurées.

Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus saffordi)

Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus) de la sous-espèce saffordi, Saint-Gilles, île de La Réunion, le 22/07/2005. Notez (1) la queue peu fourchue et (2) le croupion blanc assez peu marqué.
Photographie : Alain Fossé / Digimages.info
Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus francicus)

Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus) de la sous-espèce nominale, île Maurice. Notez (1) le croupion blanc marqué et (2) la queue plus fourchue.
Photographie :  Hardoram Shirihai / Bulletin of the BOC


Une nouvelle sous-espèce : Aerodramus francicus saffordi

Ces résultats suggèrent l'existence d'une sous-espèce distincte endémique sur l'île de La Réunion qui a été nommée par les auteurs Aerodramus francicus saffordi. Le nom de cette sous-espèce a été donné en l'honneur de Roger Safford, qui a fortement contribué à l'étude de l'avifaune des Mascareignes à partir de la fin des années 1980 et qui a corédigé un ouvrage de référence, le "Birds of Madagascar and the Indian Ocean Islands: Seychelles, Comoros, Mauritius, Reunion and Rodrigues". Il est actuellement responsable d'un programme de conservation de Birdlife International.
La sous-espèce endémique réunionnaise de la salangane n'a pas encore de nom officiel en français, mais elle pourrait être appelée Salangane de La Réunion ou Salangane de Safford.

Description et identification

Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus saffordi)

Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus) de la sous-espèce saffordi, Saint-Gilles, île de La Réunion, le 22/07/2005. Notez (1) la queue peu fourchue.
Photographie : Alain Fossé / Digimages.info

L'holotype (= spécimen type) est un mâle naturalisé (code USNM : 486962) appartenant au National Museum of Natural History de Washington DC qui avait été collecté le 17/1/1964 par F. B. Gill à 1 100 mètres d'altitude, à 8 km au sud-ouest de Saint-Denis. Les paratypes sont une femelle collectée par F. B. Gill au Nez de Bœuf le 22/11/1964, un mâle collecté par le même biologiste et au même endroit le 22/11/1964, et un mâle capturé le 23/1/1964 à 6 km au nord-ouest du hameau Le Vingt-Septième.
En moyenne, Aerodramus francicus saffordi a un croupion blanc plus petit et plus étroit que celui de la sous-espèce nominale (présente sur l'île Maurice). Le croupion est d'un blanc moins net et moins pur.
Sa queue est près de 20 % moins échancrée, même si ce critère est parfois délicat à estimer sur des spécimens naturalisés depuis longtemps. Les côtés de la tête et les parotiques (= zone auriculaire) sont plus clairs que ceux des oiseaux de la sous-espèce nominale, ce qui fait que A. f. saffordi semble avoir un collier clair plus net. Le dessous est plus marqué, avec des stries sombres plus visibles sur la poitrine inférieure et sur le ventre, et un contraste plus net entre la gorge sombre et la poitrine claire. A. f. Saffrodi se distingue d'A. elaphrus par une taille inférieure, un plumage plus clair, des ailes et une queue plus courtes, et des yeux plus petits.
Les mesures de l'oiseau de référence sont les suivantes :

  • longueur de l'aile : 107 mm
  • longueur de la queue : 51 mm
  • longueur du bec : 5,8 mm
  • profondeur du bec : 3,3 mm
  • largeur du bec : 1,5 mm
  • profondeur de la queue : 4,9 mm
  • largeur du croupion blanc : 9,9 mm.

Les caractéristiques des trois paratypes (= les trois autres oiseaux ayant servi à la description du taxon) sont très similaires à celles de l'holotype, l'un d'entre eux ayant seulement un croupion blanc plus visible. 

Aire de répartition et habitat

Salanganes des Mascareignes (Aerodramus francicus saffordi)

Salanganes des Mascareignes (Aerodramus francicus) de la sous-espèce saffordi chassant les insectes au ras d'un arbre, Saint-Gilles, île de la réunion, le 22/07/2005.
Photographie : Alain Fossé / Digimages.info

La sous-espèce Aerodramus francicus saffordi est endémique de l'île de La Réunion. Les sites de nidification connus sont peu nombreux, le plus important étant situé dans la Ravine de la Grande Chaloupe et à La Chapelle, dans le Cirque de Cilaos. Certaines grottes non accessibles constituent peut-être des sites de nidification non connus. 
Dans les années 1990, la population réunionnaise était estimée à plus de 10 000 oiseaux, et elle serait aujourd'hui comprise entre 6 000 et 15 000 individus. Plusieurs colonies sont menacées par les activités de plein air, les nids étant en outre réputés pour augmenter les effets du cannabis...
Sur l'île Maurice, l'espèce est moins commune (2 244 à 2 610 oiseaux) et répartie en colonies souvent composées de moins de 30 nids (lire Observer les oiseaux sur l'île Maurice).

Taxonomie et isolement

Une sous-espèce est une catégorie taxonomique immédiatement inférieure à celle d'une espèce. Ce terme désigne une population que l'on peut reconnaître grâce à plusieurs caractères phénotypiques et qui se sont retrouvés pour différentes raisons, notamment géographiques. L'analyse discriminante ayant pu déterminer l'origine (La Réunion ou Maurice) de 26 sur 27 salanganes, il semble que A. f. saffordi réponde bien à la notion de sous-espèce. On ne connaît pas encore les mécanismes autres que l'isolement géographique ayant conduit à la différenciation génétique des deux populations : on ne sait pas en particulier s'il existe des mécanismes d'isolement reproductif.
L'avifaune de La Réunion a été beaucoup appauvrie par l'Homme, même si elle compte encore six espèces endémiques terrestres, la sous-espèce endémique bourbonnensis du Tchitrec des Mascareignes (Terpsiphone bourbonnensis), et deux oiseaux indigènes, la Salangane des Mascareignes et l’Hirondelle de Bourbon. L'île Maurice compte huit espèces endémiques terrestres et la sous-espèce endémique desolata du Tchitrec des Mascareignes. Après la description d'Aerodramus francicus saffordi, seule l'Hirondelle de Bourbon est donc présente sur les deux îles.
La reconnaissance du caractère insulaire unique de A. f. saffordi souligne encore plus la nécessité d'assurer sa protection. D'autres études seraient nécessaires pour déterminer si ce taxon mériterait d'être élevé au rang d'espèce à part entière.

À lire aussi sur Ornithomedia.com

Ouvrages recommandés

Sources

Vos commentaires sur :
"Les salanganes de La Réunion formeraient une sous-espèce endémique"

Vous devez être identifié(e)/connecté(e) pour accéder à cette page ! Si vous êtes déjà inscrit(e), rentrez votre email et votre mot de passe dans la zone "S'identifier/Devenir membre ".

Vous devrez alors revenir sur l'article actuellement consulté pour pouvoir réagir dans la boite de commentaires.


Les Archives d'Ornithomedia.com

Pour 6 € pour 6 mois ou 10 € pour un an, consultez tous les articles parus
sur Ornithomedia.com depuis plus d'un an. Abonnez-vous !

Actualités : Brèves | Agenda | Spécial

Magazine : Études | Interviews | Analyses | Observer en France | Voyages |

Pratique : Débuter | Conseils | Équipement | Identification |

Communauté : Observations | Galerie | Forums | Blog

Achat & Vente : Boutique | Annonces

Découvrez chaque jour sur Ornithomedia.com, les dernières infos sur les oiseaux en France, en Europe et dans le monde : des conseils (reconnaître les oiseaux du jardin, fabriquer un nichoir, nourrir un oisillon) et des carnets de voyage ornithologiques dans les parcs et réserves naturelles, des observations et des photos d'oiseaux. Notre boutique propose également des jumelles, des longues-vues, des trépieds et des guides ornithos.



L'actualité sur l'observation des oiseaux sur notre page facebook   L'actualité sur l'observation des oiseaux sur notre compte Twitter   L'actualité sur l'observation des oiseaux sur notre page Google+   L'actualité ornithologique épinglée sur notre page Pinterest