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Le Grand Tétras en France au printemps 2019 : bilan en demi-teinte et avenir sombre

Patrick Zabé nous fait un bilan des comptages d'avril et de mai 2019, et il nous donne son opinion sur la situation de l'espèce.

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Le Grand Tétras en France au printemps 2019 : bilan en demi-teinte et avenir sombre

Grand Tétras (Tetrao urogallus) mâle dans la forêt du Risoux (Jura) le 20 mai 2019 photographié depuis un affût.
Photographie : Patrick Zabé

Le Grand Tétras (Tetrao urogallus) est le plus gros galliforme sauvage européen. Le mâle, au plumage globalement noir et brun sombre, peut dépasser une masse de 4 kg, tandis que la femelle, aux teintes brun et roux, atteint rarement les 2 kg. Il vit dans les forêts de montagne et dans la taïga, et son aire de répartition s'étend du nord-ouest de l'Espagne et de l'Écosse à la Sibérie orientale et à la Chine. Neuf sous-espèces sont reconnues, dont deux se rencontrent en France : T. u. major dans les Vosges et le Jura, et T. u. aquitanicus, plus petite, dans les Pyrénées. Les effectifs hexagonaux, stables ou en déclin selon les massifs, seraient compris entre 4 000 et 5 500 adultes dont 3 500 à 5 000 dans les Pyrénées, 300 dans le Jura, 200 dans les Vosges, et 30 à 50 dans les Cévennes. L'espèce a disparu des Alpes françaises.
Patrick Zabé observe et étudie le Grand Tétras depuis le milieu des années 1970, et il a analysé de façon détaillée la situation de l'espèce en France et en Europe dans son ouvrage "Le Grand tétras, caroncules écarlates et bec d'ivoire", paru en 2017. Dans cet article, il nous fait un point sur la situation de l'espèce dans l'hexagone au printemps 2019 en se basant sur ses observations réalisées dans les Vosges, le Jura, et les Pyrénées-Orientales et à partir des résultats des comptages sur les places de chant effectués en avril et en mai 2019 collectés auprès de différentes sources. Il nous livre enfin son point de vue sur la situation de l'espèce en France et sur l'inefficacité des actions d'étude et de conservation menées jusqu'à présent.

Abstract

The Western Capercaillie (Tetrao urogallus) is the largest European wild galliforme. The black and dark brown male can exceed a mass of 4 kg, while the and re female rarely reaches 2 kg. It lives in montane and taiga forests, and ranges from northwestern Spain and Scotland to eastern Siberia and China. Nine subspecies are recognized. Two of them meet in France: T. u. major in the Vosges and Jura, and T. u. aquitanicus in the Pyrenees, smaller. Hexagonal populations, stable or declining according to the massifs, would be between 4,000 and 5,500 adults including 3,500 to 5,000 birds in the Pyrenees, 300 in the Jura, 200 in the Vosges, and 30 to 50 in the Cevennes. This species has disappeared from the French Alps.
Patrick Zabé watches and studies the Western Capercaillie since the mid-1970s, and he analyzed in detail the critical situation of the species in France and Europe in his book "Le Grand tétras, caroncules écarlates et bec d'ivoire" , published in 2017. In this article, he gives us a point on the situation of the species in the hexagon in the spring 2019 based on his observations made in the Vosges, Jura, and Pyrénées-Orientales and on the results of counts in the leks in France done in April and May 2019 gathered from different sources. Finally, he gives us his point of view on the situation of the species in France and on the effectiveness of the study and conservation actions carried out so far.

Le Grand Tétras, une espèce montagnarde et rare en France

Grand Tétras (Tetaro urogallus) mâle

Grand Tétras (Tetrao urogallus) mâle dans la forêt du Risoux (Jura) le 20 mai 2019 photographié depuis un affût (cliquez sur la photo pour l'agrandir).  
Photographie : Patrick Zabé

Le Grand Tétras (Tetrao urogallus) est un grand et gros gallinacé, pouvant atteindre une masse de 4 kg, voire exceptionnellement 5 kg. Le mâle (ou coq) est nettement plus grand que la femelle : il est sombre, avec un bec blanc et une tache blanche à l'attache de l'aile. La queue est longue et étalée en éventail pendant la parade. La femelle est nettement plus petite, brun-roux, avec notamment une teinte rouille sur la gorge et le haut de la poitrine. Elle ressemble beaucoup à la femelle de Tétras-lyre (Tetrao tetrix).
Les mâles poussent des cris gutturaux et caverneux, lancés à l'aube, et la femelle leur répond par un gloussement.
Il vit dans la taïga et dans les forêts mixtes (hêtraies-sapinières) et de conifères en montagne.
Son aire de répartition s'étend de l'Écosse (lire Grand Tétras : la gestion "exemplaire" de la Strathspey National Forest) et de la péninsule ibérique à la Sibérie et à la Chine. 
En France, c'est une espèce rare (moins de 5 500 adultes), en déclin ou stable suivant les massifs montagneux, présente dans les Pyrénées (où vit la grande majorité des oiseaux), le Jura, les Vosges et les Cévennes. Elle a disparu des Alpes (lire Bernard Leclercq et Emmanuel Ménoni nous disent tout sur le Grand Tétras).

Les différentes sources et la méthode suivie

Patrick Zabé observe et étudie le Grand Tétras depuis le milieu des années 1970, et il avait analysé de façon détaillée sa situation en France et en Europe dans son ouvrage intitulé "Le Grand tétras, caroncules écarlates et bec d'ivoire" (511 pages) paru en 2017 aux éditions Montbel. Il a fait un point sur la situation de l'espèce dans l'hexagone au printemps 2019 à partir de ses observations personnelles effectuées dans les Vosges, le Jura, et les Pyrénées-Orientales et d'informations collectées auprès de différentes sources : Guillaume Fraces et Jean-Pierre Malguires (Office National des Forêts), Françoise Preiss (Groupe Tétras Vosges), Alexandra Depraz (Groupe Tétras Jura), Emmanuel Ménoni (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage), Jean-Charles Gleize (technicien à la Fédération des Chasseurs de l'Aude), Jean-Charles Gleize (technicien à la Fédération des Chasseurs de l'Ariège), Gérard Cézera (association des chasseurs de montagne) et Jean-Luc Planes (chasseur dans les Pyrénées-Orientales).
Le suivi par comptage sur les places de chant s'est déroulé en avril et en mai 2019, et le protocole utilisé était le suivant : arrivée sur le site à 16 heures la veille, nuit passée sur place, comptage des oiseaux, et arrêt de l'affût quand toute activité sonore  a cessé.  

Un bilan en demi-teinte au printemps 2019

La situation générale du Grand Tétras en France au printemps 2019 est en demi-teinte et de nombreux observateurs (Fédération des Chasseurs de l'Ariège, Groupe Tétras Jura et Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) ont constaté que les chanteurs étaient peu dynamiques.

La situation dans les Vosges au printemps 2019

Dans les Vosges, la situation semble s'être stabilisée ce printemps, mais la population a atteint un seuil si bas que l'on ne peut s'en satisfaire. Un renfort par lâchers d'oiseaux semblerait donc nécessaire pour empêcher l'extinction de l'espèce dans le massif : en effet, des habitats potentiellement favorables sont disponibles sur les Ballons vosgiens, mais à quoi sert un "hôtel cinq étoiles s'il n'y a pas ou plus de clients" ? (source : Françoise Preiss / Groupe Tétras Vosges).

La situation dans le Jura au printemps 2019

Forêt du Risoux (Jura)

Battue organisée en juillet pour recenser le Grand Tétras (Tetrao urogallus) et la Gélinotte des bois  (Tetrastes bonasiadans la forêt du Risoux (Jura) (cliquez sur la photo pour l'agrandir).  
Photographie : Ornithomedia.com

Dans la chaîne du Jura, les effectifs des massifs périphériques sont restés plutôt stables ce printemps, mais ils restent très faibles, et aucun immature n'a été observé, alors que les conditions météorologiques de l'été 2018 laissaient espérer de meilleurs résultats.
Dans le département du Jura, la population est toujours en baisse, y compris dans les secteurs les plus favorables (lire Observer les oiseaux dans la forêt du Risoux).
Dans le département du Doubs, on a constaté une légère amélioration cette année, les résultats de comptage sur les places de chant étant un peu moins mauvais qu'en 2018. La situation demeure toutefois très alarmante, avec une seule population dans un seul massif.
Dans le département de l'Ain, les effectifs sont stables mais faibles, avec seulement 20 coqs comptés.
Dans l'ensemble de la chaîne du Jura, 131 coqs ont été comptés en 2019, contre 141 en 2018 (source : Alexandra Depraz et Daniel Sorenza / Groupe Tétras Jura).

La situation dans les Pyrénées au printemps 2019

Dans les Pyrénées françaises, la situation du printemps 2019 est contrastée. On note un effondrement des effectifs dans les Pyrénées-Orientales et dans les Pyrénées-Atlantique, c'est-à-dire aux deux extrémités de la chaîne, alors que dans le département de l'Aude, les résultats semblent légèrement meilleurs qu'en 2018. Dans la partie haute centrale des Pyrénées (départements de l'Ariège, de la Haute-Garonne et des Hautes-Pyrénées), le Grand Tétras semble bien se porter, ou du moins se maintenir. Dans l'ensemble du piémont pyrénéen, la situation n'est pas contre guère brillante (source : Emmanuel Ménoni / ONCFS).
Dans l'Ariège, les résultats du comptage ont été obtenus en faisant s'envoler les oiseaux sur les places de chant, une méthode qui permettrait de comptabiliser des oiseaux échappant à un affût fixe traditionnel. La Fédération des chasseurs de l'Ariège a mis en place un protocole de suivi scientifique par séquençage complet de l'ADN mitochondrial de la sous-espèce aquitanicus sous la tutelle du doctorant Gaël Aleix-Mata de l'université de Jaën (Espagne). Il aurait permis de démontrer que beaucoup d'oiseaux comptabilisés par d'autres méthodes passeraient au travers des mailles du filet, et les résultats obtenus, non encore publiés librement, seraient divergents par rapport à ceux généralement obtenus. Francesco Foletti et Gwenaël Jacob avaient également mené une étude génétique dans les Vosges, le Jura et les Cévennes, à partir d'échantillons de matières fécales collectées par des volontaires au début du printemps sur les places de chant, et leurs résultats étaient différents de ceux obtenus par Gaël Aleix-Mata, d'où un débat fourni entre spécialistes : d'autres recherches seront sûrement nécessaires pour trancher.

Un futur sombre en France

Grand Tétras (Tetaro urogallus) mâle

Grand Tétras (Tetrao urogallus) mâle dans la forêt du Risoux (Jura) le 20 mai 2019 photographié depuis un affût (cliquez sur la photo pour l'agrandir).  
Photographie : Patrick Zabé

L'état général des populations françaises de Grands Tétras en 2019 donne l'impression qu'un regroupement est en train de s'effectuer dans les différents massifs, ce qui est peut-être le signe avant-coureur d'une dégradation généralisée : les petites places de chant disparaissent et les principales voient leurs effectifs augmenter. Ce qui pourrait être interprété localement comme une hausse des effectifs s'avérerait donc en réalité être une baisse. 
L'étape suivante se traduira certainement par un éparpillement des populations résiduelles, et les oiseaux devront faire de grands déplacements pour chercher des partenaires et de nouveaux territoires accueillants.
Durant la dernière étape, les individus disparaîtront probablement discrètement les uns après les autres : c'est donc l'itinéraire tragique d'une fin annoncée.
Si l'on veut sauver le Grand Tétras en France, il faut agir réellement sur le terrain : cela fait 40 ans que les associations spécialisées signent des contrats avec l'administration forestière et créent des réserves, que ce farouche et mystérieux oiseau est étudié sous toutes ces formes, et que des projets de réintroduction ont été envisagés il y a vingt ans, sans que rien ne se passe sur le terrain, et l'espèce continue son déclin.

"Coup de gueule" et  constat douloureux 

L'état financier actuel de l'Office National des Forêts l'empêche de mener une réelle politique de conservation de l'habitat du Grand Tétras, car cette administration a besoin d'effectuer des coupes pour renflouer ses caisses. Par ailleurs, les chasseurs et les écologistes se chamaillent au lieu de s'unir pour conserver l'espèce, les premiers défendant davantage les tirs que l'oiseau, tandis que les seconds s'opposent dogmatiquement à la chasse. Pendant ce temps, le Grand Tétras décline.
Combien d'études réalisées, de thésards reçus et de biologistes payés pour un résultat si médiocre ? Il faudrait une véritable volonté politique et concentrer toutes les énergies, car si rien n'est fait rapidement, l'espèce disparaîtra de l'hexagone.
Les subventions européennes du programme LIFE et les autres aides servent à rémunérer des personnes étudiant le Grand Tétras, et ces fonds seront simplement reportés sur d'autres espèces quand sa disparition aura été constatée. En réalité, le rôle de ces intervenants aura surtout été de communiquer et d'émettre des signaux d'alerte, mais ils n'auront pas agi concrètement sur le terrain.

Contact

Patrick Zabé - Courriel : Patrick.Zabe@ruag.com

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Sources

  • Gaël Aleix-Mata, Francisco J. Ruiz-Ruano, Jesus M. Pérez, Mathieu Sarasa et Antonio Sanchez (2019). Complete mitochondrial genome of the Western Capercaillie Tetrao urogallus (Phasianidae, Tetraoninae). Biotaxa. Volume : 4550. Numéro : 4. https://biotaxa.org
  • ONCFS (2019). Le Grand Tétras (Tetrao urogallus). www.oncfs.gouv.fr/Connaitre-les-especes-ru73/Le-Grand-Tetras-ar642
  • Francesco Foletti, Arnaud Hurstel et Gwenaël Jacob (2014). Non-invasive genetic monitoring of capercaillie in the wild: individual tracking and breeding success. Grouse News 47. Mai. www.researchgate.net

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