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Les facteurs influençant le nombre d'oiseaux visitant les mangeoires en hiver

Pourquoi les oiseaux sont-ils parfois rares dans nos jardins en hiver, alors que les mangeoires sont bien approvisionnées ?

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Les facteurs influençant le nombre d'oiseaux visitant les mangeoires en hiver

Mésange bleue (Cyanistes caeruleus) sur une boule de graisse à Hamois en Belgique.
Photographie : Luc Viatour / Lucnix.be

Depuis le mois de décembre 2016, et malgré la récente vague de froid de janvier 2017, nous recevons des messages de visiteurs attristés du faible nombre voire de l'absence d'oiseaux fréquentant leurs mangeoires pourtant bien approvisionnées : ils se demandent si les oiseaux sont soudainement devenus plus rares, si l'emplacement choisi pour distribuer la nourriture et/ou la nourriture distribuée sont inadaptés, si leur chat est la cause de cette désaffection...
Dans cet article, nous énumérons les facteurs pouvant influencer le nombre et la diversité d'oiseaux visitant les jardins ou les balcons en hiver.

Abstract

Since the beginning of December 2016, we receive several messages from visitors that are worried by the lack of garden birds: many can’t understand why their feeders aren’t visited, despite being full of high-energy foods, which are usually in high demand at this periode of the year. They are worried they might have done something wrong, causing the birds to stay away. In this article, we present the factors that can influence the number and diversity of birds visiting gardens or balconies in winter,knowing that many of them can be combined.

La quantité de nourriture disponible dans la nature

Pic épeiche (Dendrocopos major)

Quand les faines de hêtres sont abondantes, le Pic épeiche (Dendrocopos major) visite moins les mangeoires en hiver.
Photographie : Marc Fasol

Le nombre d'oiseaux visitant les mangeoires est directement lié à la disponibilité et à la quantité de nourriture disponible dans la nature. En Grande-Bretagne par exemple, on sait que les mésanges ne viennent en nombre dans les jardins que s'il n'y a pas assez de nourriture dans les alentours.  
Une étude menée en Grande-Bretagne durant les hivers 1970-1971 et 1999-2000 sur 40 espèces mangeant régulièrement ou occasionnellement des faines de hêtres a permis de vérifier l'existence d'une relation entre l'abondance de ces fruits et celle de certains oiseaux dans les jardins. Les auteurs ont constaté que le Pic épeiche (Dendrocopos major), le Pigeon ramier (Columba palumbus), les Mésanges charbonnière (Parus major) et noire (Periparus ater), la Sittelle torchepot (Sitta europaea), le Geai des chênes (Garrulus glandarius) et le Pinson des arbres (Fringilla coelebs) visitaient moins souvent les jardins quand la fructification des hêtres était abondante.
Chez le Merle noir (Turdus merula) et le Tarin des aulnes (Carduelis spinus), pour lesquels les faines constituent un aliment occasionnel, un tel lien, bien que moins marqué, a également été relevé.
Mais parfois la relation entre la nourriture disponible dans l'environnement et le nombre d'oiseaux visitant les mangeoires est moins évidente : on a ainsi constaté que le nombre de Moineaux domestiques (Passer domesticus) fréquentant un site de nourrissage installé dans une ferme était positivement corrélé avec la densité de graines disponibles dans les champs alentours : en effet, l'abondance des semences a attiré plus d'oiseaux susceptibles de visiter le site de nourrissage.
Les changements dans les pratiques agricoles, qui ont provoqué un appauvrissement des paysages qui ne fournissent alors plus assez de nourriture durant la mauvaise saison, diminuent la diversité des espèces et les rendent plus dépendants des apports artificiels de nourriture.  

Bruant jaune (Emberiza citrinella)

Le Bruant jaune (Emberiza citrinella) est très dépendant des semences en hiver.
Photographie : Marc Fasol

Lors d'une étude menée six ans de suite entre novembre et mars en Grande-Bretagne , on a noté que le pic de fréquentation des mangeoires par les Bruants jaune (Emberiza citrinella) et des roseaux (Emberiza schoeniclus), le Pinson des arbres (Fringilla coelebs) et l'Accenteur mouchet (Prunella modularis) avait lieu à partir du mois de février, ce qui suppose que pour ces oiseaux la disponibilité en nourriture est plus importante que la température moyenne (normalement plus élevée à la fin de l'hiver) : ils dépendent en effet de la présence de graines dans les campagnes, et leur déclin en Europe de l'Ouest depuis plusieurs années est certainement dû à un taux de survie hivernal inférieur lié à un environnement agricole devenu moins accueillant. 

La température et la quantité de neige en Europe du Nord et de l'Est

Les températures constituent un facteur essentiel (peut-être le plus important) influençant la fréquentation des mangeoires : par exemple, la fin de l'automne et le début de l'hiver 2013 ont été particulièrement doux en Europe du Nord et de l'Est, ce qui a permis aux oiseaux d'y rester et de ne pas avoir à descendre plus au sud, vers nos jardins. En effet, le nombre d'oiseaux fréquentant les mangeoires dépend en partie des conditions météorologiques et de la quantité de neige (qui gêne la recherche des aliments au sol) plus au Nord et à l'Est : s'ils peuvent y survivre, ils ne se déplaceront pas à l'Ouest ou au Sud.
Plusieurs études ont permis de vérifier le fort impact du niveau des températures sur le nombre d'oiseaux dans les jardins en hiver : des biologistes américains ont constaté dans le nord-est des États-Unis et du Canada que 83 % des 18 espèces étudiées (pics, fringilles, tourterelles, mésanges bruants) étaient plus stressées d’un point de vue énergétique quand la température minimum était inférieure à la moyenne de la saison, et qu'elles étaient donc plus susceptibles de visiter les mangeoires. Les oiseaux ajustent leur métabolisme basal pour résister à la baisse des températures en recherchant plus de nourriture : la mortalité peut donc être réduite par la distribution d'aliments. Chamberlain et al. (2005) avaient analysé les données issues de l'étude de 458 mangeoires en Grande-Bretagne  et ils ont constaté que la probabilité d'observation des oiseaux était plus élevée quand la température diurne moyenne de la semaine précédente était plus faible.
Une étude menée six ans de suite en Grande-Bretagne entre novembre et mars a montré que pour 11 espèces granivores ou omnivores souvent associées aux hommes, le pic d'utilisation des mangeoires était noté au coeur de l'hiver, autour du mois de janvier.
La neige, qui réduit l'accessibilité de la nourriture (elle devient moins détectable), pousse encore davantage les oiseaux à visiter les mangeoires. Le niveau de précipitations et l'humidité pourraient également jouer un rôle (méconnu).

Une mauvaise reproduction au printemps

Le nombre d'oiseaux fréquentant les mangeoires en hiver est aussi lié au nombre de jeunes nés durant l'année, or le printemps 2016 a été très pluvieux et froid, ce qui a provoqué une hausse des échecs des couvées et des nichées. La mortalité des adultes a sûrement également augmenté suite à cet épisode pluvieux (lire Les effets possibles d'un printemps pluvieux sur la reproduction des oiseaux). 

Le niveau d'urbanisation

Tourterelles turques (Streptopelia decaocto)

La survie des Tourterelles turques (Streptopelia decaocto) dans le nord de leur aire de répartition dépend de la nourriture distribuée dans les villes.
Photographie : Horia Varlan / Wikimedia Commons

Dans les secteurs très urbanisés, la quantité de nourriture disponible dans l'environnement est moindre que dans les zones naturelles ou agricoles : les oiseaux dépendent davantage des mangeoires, surtout lors des épisodes froids. La distribution hivernale de nourriture dans les zones urbaines constituerait ainsi un facteur plus important que la latitude pour expliquer la structure de la communauté aviaire : un approvisionnement alimentaire continu, riche et diversifié contribuerait à la variété et à l'abondance de certains oiseaux dans les écosystèmes urbanisés et expliquerait en partie le déplacement vers le nord de l'aire de répartition de plusieurs oiseaux. La survie hivernale de certaines espèces, comme la Tourterelle turque (Streptopelia decaocto) en Norvège, dépend ainsi essentiellement de l'apport supplémentaire de nourriture par les humains.  
Une étude menée en France et Finlande a montré que le nombre moyen d'espèces visitant les mangeoires était plus élevé dans les zones pavillonnaires que dans les zones urbaines plus denses. Des inventaires réalisés en Finlande ont eu pour but d'analyser la stabilité hivernale des communautés aviaires le long de gradients latitudinaux et d'urbanisation (des petits villages aux villes) durant les hivers 1991–1992 et 1999–2000 : la richesse spécifique n'était pas différente suivant les hivers étudiés, mais la variabilité des effectifs augmentait avec l'urbanisation, tandis que l'urbanisation réduisait la variabilité de la structure de la communauté aviaire. 

La densité des personnes nourrissant les oiseaux

Une étude menée dans une grande ville britannique a montré que la quantité d'oiseaux visitant les mangeoires en hiver dépendait du nombre de personnes distribuant de la nourriture dans leur jardin ou sur le balcon. Et les chercheurs ont aussi constaté que la fréquence de nourrissage des oiseaux était liée au profil socio-économique des habitants : plus il est élevé et plus l'habitude d'installer une mangeoire est fréquente. Le fait de disposer d'un jardin incite bien sûr davantage à nourrir les oiseaux.

Les facteurs qui dépendent de nous

Rougegorge familier (Erithacus rubecula)

Le Rougegorge familier (Erithacus rubecula) est un visiteur régulier de nos jardins en hiver.
Photographie : Ygonaar / Wikimedia Commons

Comme nous l'avons expliqué dans plusieurs articles, certains aliments attirent plus particulièrement certaines espèces d'oiseaux : si les graines de tournesol font le délice d'une grande diversité d'espèces, le millet convient plutôt aux oiseaux qui se nourrissent au sol (moineaux, bruants, tourterelles) qu'aux mésanges (lire Quelles graines pour quels oiseaux ?). Le Rougegorge familier (Erithacus rubecula) préfère les miettes de gâteau ou la matière grasse, mais il peut manger des graines, tandis que les merles et les grives affectionnent surtout les fruits (pommes, poires), même s'ils aiment aussi les déchets des repas.
Certains oiseaux préfèrent manger la nourriture disposée sur le sol (merles, grives, accenteurs), tandis que d'autres, comme les mésanges, se sentiront plus à l'aise si vous la placez en hauteur (lire Comment nourrir les oiseaux l'hiver ?).
L'emplacement de la mangeoire est également important : évitez les lieux trop sombres et difficiles à repérer par les oiseaux, ou bien trop proches de buissons où peut se cacher un chat : un félin peut en effet rendre un jardin désert (lire Les chats ont également des effets négatifs indirects).
Les emplacements trop bruyants ou trop visités (trop proches d'un lieu de passage fréquenté ou d'un endroit où jouent des enfants) sont également déconseillés.

La mémorisation des lieux

Pinsons du Nord (Fringilla montifringilla)

Ces Pinsons du Nord (Fringilla montifringilla) sont venus deux années de suite dans le même jardin (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Marc Fasol

Les oiseaux se souviennent également certainement des jardins les plus accueillants : Marc Fasol nous signale ainsi que des bandes de Pinsons du Nord (Fringilla montifringilla) fréquentent à nouveau son jardin cet hiver, comme ce fut le cas l'année dernière, alors que ces oiseaux semblent rares ailleurs dans le quartier. Les adultes ont-ils conduits les jeunes ? Il a déjà été prouvé chez le Jaseur boréal (Bombycilla garrulus) que certains adultes ou dominants étaient revenus plusieurs hivers de suite dans le même jardin, fréquentant le même buisson de viornes (lire Comment expliquer les invasions de Jaseurs boréaux (et d'autres espèces nordiques) ?).

La loi du "moindre effort"

Dans la nature, les animaux tentent toujours d'optimiser l'énergie dépensée : il est ainsi facile de fidéliser les oiseaux si on les nourrit tous les jours et si le site offre une certaine sécurité.

Les effets des rondes

En hiver, plusieurs espèces de passereaux (mésanges, sittelles, grimpereaux...) se rassemblent en troupes mixtes, explorant les jardins et les bois à la recherche de nourriture. On appelle cela des "rondes"  (lire Les rondes d'oiseaux), et elles sont généralement "dirigées" par les mésanges. Vos mangeoires seront rapidement repérées et rapidement des dizaines d'oiseaux les fréquenteront.

L'effet de groupe

Pinsons des arbres, Bruant jaune et Merle noir

Pinsons des arbres, Bruant jaune et Merle noir (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Marc Fasol

En se nourrissant, les troupes mixtes de fringilles, composées de Verdiers d'Europe (Chloris chloris), de pinsons et de bruants, poussent des cris qui attirent les oiseaux de passage, mais aussi parfois des prédateurs comme l'Epervier d'Europe (Accipiter nisus) (lire Prédation de l'Épervier d'Europe sur les oiseaux des jardins : que peut-on faire ?).

Une situation qui peut évoluer rapidement

Mais attention, ce n'est pas parce que les oiseaux sont peu nombreux à un moment donné que les choses ne peuvent pas changer rapidement : les oiseaux peuvent soudainement affluer, et ils se dirigeront en priorité vers les jardins accueillants : des individus isolés (qui jouent en quelque sorte le rôle "d'éclaireurs") parcourent régulièrement certains secteurs pour détecter les emplacements des mangeoires proposant de la nourriture. Même si le nombre de mésanges, de pinsons, de verdiers ou de bruants est faible à un moment donné, soyez prêts à les aider en cas de coup dur : vos mangeoires et vos distributeurs doivent en attendant être tenus propres et être régulièrement approvisionnés avec de petites quantités pour éviter le gaspillage. Placez aussi sur le sol des miettes et un ou deux fruits pour nourrir les rougegorges et les merles locaux.

À lire aussi sur Ornithomedia.com

Ouvrages recommandés

Sources

  • Exeter (2013). Westcountry wildlife lovers: Where have all the garden birds gone? Express & Echo. Date : 13/12. www.exeterexpressandecho.co.uk/Westcountry-wildlife-lovers-garden-birds-gone/story-20316311-detail/story.html
  • Richard A. Fuller, Philip H. Warren, Paul R. Armsworth, Olga Barbosa et Kevin J. Gaston (2008). Garden bird feeding predicts the structure of urban avian assemblages. Diversity and Distributions. Volume 14, numéro 1, pages 131–137. Onlinelibrary.wiley.com
  • Dan E. Chamberlain, Andrew G. Gosler et David E. Glue(2007). Effects of the winter beechmast crop on bird occurrence in British gardens: Capsule Woodland birds were significantly less likely to occur in gardens in years of high beechmast crop. Bird Study. Volume 54, numéro 1. www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/00063650709461463#.Urbz66yXLXR
  • C. J. Barnard (1980). Factors Affecting Flock Size Mean and Variance in a Winter Population of House Sparrows (Passer domesticus L.). Behaviour. Volume 74, numéro 1/2, pages : 114-127. www.jstor.org
  • Gavin M. Siriwardena,Neil A. Calbrade, Juliet A. Vicker (2008). Farmland birds and late winter food: does seed supply fail to meet demand? Ibis. Volume 150, numéro 3, pages 585–595.  onlinelibrary.wiley.com
  • Benjamin Zuckerberg,David N. Bonter, Wesley M. Hochachka, Walter D. Koenig, Arthur T. DeGaetano, Janis L. Dickinson (2011). Climatic constraints on wintering bird distributions are modified by urbanization and weather. Journal of Animal Ecology. Volume 80, numéro 2, pages 403–413. Mars. onlinelibrary.wiley.com
  • Jukka Jokimäki, Philippe Clergeau, Marja-Liisa Kaisanlahti-Jokimäki (2002). Winter bird communities in urban habitats: a comparative study between central and northern Europe. Journal of Biogeography. Volume 29, numéro 1, pages 69–79. Janvier. onlinelibrary.wiley.com
  • Jukka Suhonen, Jukka Jokimäki, Marja-Liisa Kaisanlahti-Jokimäki, Harri Hakkarainen, Esa Huhta, Kimmo Inki, Petri Suorsa (2009). Urbanization and Stability of a Bird Community in Winter. Ecoscience 16(4). Pages : 502-507. www.bioone.org/doi/abs/10.2980/16-4-3280?journalCode=ecos

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