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Sélection d'actualités ornithologiques à travers le monde. Vous pouvez nous proposer vos informations par e-mail (david.bismuth@ornithomedia.com).
Cette rubrique est publiée en partenariat avec www.scricciolo.com, le site web de référence sur la taxonomie des oiseaux du monde.

    France - Février 2010.
Changements de noms scientifiques de mouettes et de mésanges, et nouvelles espèces reconnues.
Mouette rieuse (Chroicocephalus ridibundus)
Selon le 12ème rapport de la CAF, le nom scientifique de la Mouette rieuse, autrefois Larus ridibundus, devient Chroicocephalus ridibundus
Photo: Arthur Grosset / www.arthurgrosset.com
La systématique est la discipline scientifique qui a pour objectif la classification, la description, la dénomination de l'ensemble des êtres vivants.
La Commission de l’Avifaune Française (CAF), créée en 1987, tient à jour la liste des oiseaux de France, en considérant les changements de statut spécifique des taxons, les modifications de noms scientifiques ou d’organisation phylogénétique des taxons, et en inscrivant sur la liste les espèces nouvelles décrites pour la France.
La CAF propose également une liste des oiseaux du Paléarctique occidental, qui suit les recommandations d’un comité européen consultatif, l’AERC TAC, auquel la CAF participe.
Le 12ème rapport de la CAF présente les décisions prises en 2008 et dans la première moitié de l’année 2009. Il concerne notamment des modifications de noms scientifiques chez plusieurs espèces de goélands, de mouettes et de mésanges.
Chez les goélands et mouettes, deux programmes de recherches morphologiques et génétiques ont étudié les relations phylogénétiques des taxa du genre Larus, et ils ont conclu qu'il n’était pas monophylétique (= dont les membres descendent du même ancêtre) et que ses limites devaient être redéfinies. Ainsi, ce groupe qui inclut notamment le Goéland railleur, les Mouettes de Bonaparte et rieuse (groupe Chroicocephalus) est séparé de la lignée qui a donné les grands goélands "à tête blanche" (apparentés au Goéland argenté) et les autres espèces "à capuchon" (apparentées à la Mouette mélanocéphale et à la Mouette atricille).
Les deux études montrent aussi que la Mouette de Ross et la Mouette pygmée sont deux espèces proches (plus apparentées entre elles qu’elles ne le sont aux autres laridés), et la Mouette pygmée est désormais rangée dans le groupe Hydrocoloeus.
Voici donc les nouveaux noms scientifiques proposés pour certaines espèces observables en France:
- le Goéland railleur, autrefois Larus genei, devient Chroicocephalus genei
- la Mouette de Bonaparte, autrefois Larus philadelphia, devient Chroicocephalus philadelphia
- la Mouette rieuse, autrefois Larus ridibundus, devient Chroicocephalus ridibundus
- la Mouette pygmée, autrefois Larus minutus devient Hydrocoloeus minutus
Mésange bleue (Cyanistes caeruleus)
Selon le 12ème rapport de la CAF, le nom scientifique de la Mésange bleue, autrefois Parus caeruleus, devient Cyanistes caeruleus
Photo: Arthur Grosset / www.arthurgrosset.com
De même, une analyse phylogénétique des mésanges (famille des Paridés), fondée sur des séquences d’ADN mitochondrial, suggère que le genre Parus (qui comprend la plupart des mésanges qui nichent en France) n’est pas monophylétique et doit donc être subdivisé en de nouveaux clades (= branches contenant deux éléments plus proches entre eux qu'avec n'importe quel autre élément).
Voici donc les nouveaux noms scientifiques proposés pour des espèces observables en France:
- la Mésange bleue, autrefois Parus caeruleus, devient Cyanistes caeruleus
- la Mésange azurée, autrefois Parus cyanus, devient Cyanistes cyanus
- la Mésange huppée, autrefois Parus cristatus, devient Lophophanes cristatus
- la Mésange noire, autrefois Parus ater, devient Periparus ater
-
la Mésange boréale, autrefois Parus montanus, devient Poecile montanus - la Mésange nonnette, autrefois Parus palustris, devient Poecile palustris
Nous essaierons d'appliquer progressivement ces nouveaux changements sur Ornithomedia.com...
D'autre part, les experts de la CAF se sont prononcés sur des changements taxonomiques applicables dès à présent à la liste des oiseaux de France. Des taxa, autrefois regroupés au sein d'une même espèce, sont ainsi reconnus désormais comme des espèces à part entière:
- La Grive à gorge rousse (Turdus ruficollis) et la Grive à gorge noire (Turdus atrogularis)
- La Grive de Naumann (Turdus naumanni) et la Grive à ailes rousses (Turdus eunomus)
- Le Pouillot verdâtre (Phylloscopus trochiloides), le Pouillot du Caucase (Phylloscopus nitidus) et le Pouillot à pattes sombres (Phylloscopus plumbeitarsus)
D'autres changements proposés par l'AERC ne sont pas encore applicables en France faute d'une majorité au sein de la CAF:
- Océanite de Castro (Oceanodroma castro) et Océanite de Monteiro (Oceanodroma monteiroi), une espèce nouvelle décrite récemment aux Açores (lire Description d'une nouvelle espèce, l'Océanite de Monteiro)
- Le Cochevis huppé (Galerida cristata) et le Cochevis à long bec (Galerida macrorhyncha) des plaines désertiques au sud de l’Atlas et à l’ouest de Marrakech (Maroc)
- La Fauvette passerinette (Sylvia cantillans) et la Fauvette de Moltoni (Sylvia moltonii), qui niche en Corse et en Sardaigne
Source:
- Frédéric Jiguet, Pierre-André Crochet, Philippe J. Dubois, Jean-Marc Pons, Pierre Yésou et Pierre Le Maréchal (2009). Décisions prises par la Commission de l’Avifaune Française en 2008-2009. Ornithos 16-6. Pages 382-393. www2.mnhn.fr/crbpo/IMG/pdf/12e_rapport_CAF_Ornithos.pdf
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    Chine - Février 2010.
Les couleurs spectaculaires retrouvées d'un dinosaure à plumes.
Fossile bien conservé d'Anchiornis huxleyi
Fossile bien conservé d'Anchiornis huxleyi: on note autour des ossements les traces de plumes. Des restes de mélanosomes ont été trouvées dans celles-ci après une analyse au microscope éléctronique par balayage
Crédit: Science
Nous avions déjà évoqué en 2009 dans notre brève Découverte de traces de pigments sur des plumes fossilisées les travaux de Jakob Vinther, étudiant à l'Université de Yale (Connecticut).
Cet étudiant avait révélé que des marques organiques trouvées dans des plumes fossilisées, que l'on croyait être auparavant des traces de carbone de bactéries, étaient en fait des mélanosomes fossilisés.
Un mélanosome est un membre de la famille des organelles intracellulaires, parent des lysosomes et des granules des plaquettes sanguines, à l'intérieur duquel sont fabriquées les mélanines.
Jakob Vinther a depuis continué ses travaux; il a en particulier travaillé avec une équipe sino-américaine sur des plumes très bien conservées d'un fossile d'Anchiornis huxleyi, un dinosaure du Jurassique (-155 millions d'années) proche des oiseaux, de la taille d'un poulet, récemment mis à jour dans la province de Liaoning en Chine.
Ces plumes contenaient aussi des mélanosomes. L'équipe les a analysé afin de reconstituer les couleurs initiales du plumage de ce dinosaure. Les chercheurs ont utilisé un microscope électronique à balayage (Scanning Electron Micrograph) pour examiner 29 plumes réparties sur tout le fossile. Ils ont noté deux types de mélanosomes: les eumélanosomes, de forme allongée, qui contenaient des pigments gris ou noirs, et les phaeomélanosomes, de forme arrondie, qui contenaient des pigments roux (rougeâtre ou brun).
Pic à bec d'ivoire et  Anchiornis huxleyi
Le plumage reconstitué d'Anchiornis huxleyi ressemble à celui d'un mâle de Pic à bec d'ivoire (Campephilus principalis)
Schéma: Ornithomedia.com d'après Michael DiGiorgio/Yale University
En collaboration avec Matthew Shawkey, biologiste à l'Université d'Akron et expert en coloration des plumages, les scientifiques ont lancé une étude statistique pour associer la distribution, la morphologie et la densité des mélanosomes et les différentes couleurs des plumages d'oiseaux existants. Ils ont pu expliquer 90% des couleurs des plumes de ces espèces et ainsi, par l'extrapolation, reconstituer le plumage d'Anchiornis huxleyi.
Il faut toutefois préciser que cette reconstitution est imparfaite, certains pigments comme les caroténoïdes et les porphyrines n'étant pas conservés. Anchiornis huxleyi avait à priori un plumage spectaculaire, roux, blanc et noir, qui ressemblait à celui d'un mâle de pic des genres Campephilus (comme le Pic à bec d'ivoire) ou Dryocopus (comme le Grand Pic). Il évoquait aussi le plumage de la variété de poule Silver Spangled Hamburgs.
Ces couleurs étaient si frappantes que les scientifiques pensent quelles assuraient surtout une fonction visuelle, par exemple lors de la parade nuptiale (avec sa crête rouge en particulier).
Ces résultats soutiennent l'hypothèse selon laquelle les plumes des dinosaures sont apparues premièrement non pas pour voler mais pour jouer un rôle dans la sélection sexuelle ou dans la communication entre individus. L'apparition des couleurs des plumes est aussi plus ancienne que prévue.
Sources:
- Quanguo Li, Ke-Qin Gao,2 Jakob Vinther, Matthew D. Shawkey, Julia A. Clarke, Liliana D'Alba,5 Qingjin Meng, Derek E. G. Briggs, Long Miao, Richard O. Prum (2010). Plumage Color Patterns of an Extinct Dinosaur. Science. http://www.sciencemag.org/cgi/content/abstract/science.1186290v1
- Scienceblogs (2010). Fossil Feather Colors Really ARE Written In Stone. Date de mise à jour: 5 février. scienceblogs.com
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