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Synthèse ornithologique du séjour
La station d'Echira
| Situation
de la station d'Echira, dans le complexe de Gamba (limites en pointillés
rouges), Gabon |
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Le texte qui suit vous présente
la synthèse d'un peu plus de 2 mois d'observations dans la région
d'exploitation pétrolière de Rabi, observations concentrées
autour de la station d'Echira. Les coordonnées exactes ne sont pas fournies
car il s'agit de concessions pétrolières dont l'accès est
réglementé.
Cette zone de 20x20 km² inclut surtout de la forêt secondaire ayant
été exploitée pour l'Okoumé avec quelques grands arbres
et un sous bois très dense, mais aussi de vastes zones de forêt primaire
avec une canopée à 40 mètres de hauteur et quasiment pas
de sous bois, ainsi que des marécages inondés toute l'année
et des cours d'eau, dont le principal, la Rembo Echira, draine toute la zone et
se jette dans la lagune d'Iguela. Vous avez peut-être déjà
entendu parler du Parc National de Petit Loango qui se situe à une bonne
centaine de km à vol d'oiseau de la zone en question.
Les observations sont
classées par milieu.
Les espèces le long des rivières
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Le long de
la Rembo Echira, station d'Echira
Photo : Guillaume Péron |
Commençons par les
espèces inféodées aux rivières. Quatre espèces
de martins-pêcheurs, du Martin-pêcheur azuré (Alcedo quadribrachys),
magnifique fluo, au bizarre Martin-pêcheur géant (Megaceryle maxima),
très commun sur l'Echira, avec pas moins de 1 oiseau pour 10 mètres
de linéaire !
Viennent ensuite les passereaux, le Gobemouche de Cassin (Muscicapa cassini) étant
le plus facilement observé, mais le furtif Gobemouche à sourcils
blancs (Fraseria cinerascens) restant présent dans les buissons semi-immergés
et la végétation riveraine, et l'Hirondelle à bavette (Hirundo
nigrita) s'observant un peu partout au-dessus de l'eau.
Les grandes espèces sont superbes : Ombrette africaine (Scopus umbretta),
Ibis hagedash (Bostrychia hagedash) en petits groupes, Cigogne épiscopale
(Ciconia episcopus) dont un couple au nid a été observé et
dont les bandes survolent régulièrement la forêt à
la recherche de sites de nourrissage, et enfin le Pygargue vocifère (Haliaeetus
vocifer), relativement rare en zone forestière, mais qui remonte souvent
le cours de l'Echira seul ou par petit groupe, pour profiter des énormes
cichlidés. Mention spéciale pour le Canard de Hartlaub (Pteronetta
hartlaubii), qui se repose par couples sur les branches surplombant les cours
d'eau et qui est, avec environ un couple pour 500 mètres de linéaire,
plutôt répandu dans la zone considérée.
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Pseudolangrayens
d'Afrique (Pseudochelidon eurystomina)
Photo : Simon Colenutt |
Qu'ils soient naturels où
liés à la rétention d'eau par les pistes, les marécages
abritent des espèces qu'on ne voit pas ailleurs : le Jacana à poitrine
dorée (Actophilornis africana), " l'oiseau qui marche sur l'eau ",
le Grèbe castagneux (Tachybaptus ruficollis), l'Onoré à huppe
blanche (Tigriornis leucolophus), un butor très furtif qu'on observe si
rarement que son aire de répartition est très approximativement
connue, le Héron vert (Butorides virescens) en provenance des lagunes de
la côte, le Grébifoulque d'Afrique (Podica senegalensis), le Gobemouche
enfumé (Muscicapa infuscata) dans les arbres morts, la Prinia rayée
(Prinia bairdii) dans les cycas, mais aussi une rareté, le Pseudolangrayen
d'Afrique (Pseudochelidon eurystomina), une hirondelle se prenant pour un étourneau,
l'un des seuls oiseaux à migrer d'est en ouest, largement erratique dans
son aire de répartition.
Dans les zones inondées suite à la construction de pistes, les arbres
morts constituent un biotope apprécié par de nombreux insectivores,
comme les souimangas ou les Guêpiers gris-rose (Merops malimbicus).
Dans la forêt secondaire
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Le Touraco
géant (Corythaeola cristata), une espèce de la forêt secondaire
Source : bird.incoming.jp |
Dans la forêt secondaire,
les espèces se déplacent beaucoup, et elles n'ont été
observées qu'une fois ou deux; l'étonnante diversité des
espèces s'explique par une forte spécialisation, en termes de régime
alimentaire, de sites de nidification, de hauteur des zones de nourrissage, etc.
L'exemple le plus flagrant est la famille des bulbuls, dont huit espèces
ont été identifiées avec certitude, mais dont plus d'une
dizaine sont suspectées se partager les différents niveaux de la
forêt. On peut aussi s'émerveiller des "rondes" d'oiseaux,
comparables aux rondes de mésanges des hivers français, et qui incluent
parfois plus de douze espèces, majoritairement insectivores, aucune n'empiétant
sur les plates-bandes de l'autre grâce à une forte spécialisation.
Un exemple de vague d'oiseaux que j'ai pu admirer : 25 Pririts châtains
(Diaphorophyia castanea), un Tchitrec à ventre roux (Terpsiphone rufiventer),
quelques Souimangas olivâtres (Nectarinia olivacea), un Gladiateur ensanglanté
(Malaconotus cruentus) - chapeau à celui qui a donné le nom français
! - , un Sporophile à ventre noir (Sporophila melanogaster), cinq ou six
Bulbuls dorés (Calyptocichla serina), deux Coucals verts (Centropus viridis),
quelques Bulbuls nicators (Nicator chloris), une Nigrette à front jaune
(Nigrita luteifrons) et un Barbican hérissé (Tricholaema hirsuta).
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Perroquet
jaco (Psittacus erithacus)
Photo : Martim P. Melo / Institute of African Ornithology, University of Cape
Town |
La forêt secondaire
abrite aussi les oiseaux les plus colorés, qui profitent de la densité
du sous-bois et de la canopée : Touraco géant (Corythaeola cristata),
Touraco à gros bec (Tauraco macrorhynchus), Colombar à front nu
(Treron calva) en bandes de 10 à 50 dans les arbres fruitiers, Malimbe
de Cassin (Malimbus cassini) en bandes de 10 à 20 comprenant parfois un
Malimbe de Rachel (Malimbus racheliae), Souimangas de Johanna (Nectarinia johannae)
et à ventre olive (Nectarinia chloropygia) qui se nourrissent de nectar,
Echenilleur bleu (Coracina azurea), et dans les zones de lisière, Rolle
à gorge bleue (Eurystomus gularis), Perroquet jaco (Psittacus erithacus),
dont les conversations rythment la matinée, et Guêpier noir (Merops
gularis), une petite espèce de guêpier sédentaire adaptée
à la forêt avec ses ailes courtes.
Les calaos y sont aussi très répandus, avec six espèces,
du petit Calao à huppe blanche (Tockus albocristatus) au géant Calao
à casque noir (Ceratogymna atrata), à l'allure préhistorique
et au vol bruyant.
C'est aussi le terrain de chasse de nombreux rapaces, tels l'Autour tachiro (Accipiter
tachiro) qui est commun, le Gymnogène d'Afrique (Polyboroides typus), l'Aigle
d'Ayres (Hieraaetus ayresii) qui est rare et le Palmiste africain (Gypohierax
angolensis) qui se nourrit presque uniquement de noix de palme.
Cependant, le milieu a été gravement endommagé par endroits,
comme le prouve la présence d'espèces de savane : Cisticole babillarde
(Cisticola anonymus), Capucin nonnette (Lonchura cucullata), Piquebuf à
bec jaune (Buphagus africanus) ou encore le rare Vautour africain (Gyps africanus).
Dans la forêt primaire
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Aigle couronné
(Stephanoaetus coronatus)
Photo : Staffan Sundin / www.cornix.se |
Les forêts primaires
sont un milieu rare et abritent les espèces les plus recherchées,
parmi lesquelles l'impressionnant Aigle couronné (Stephanoaetus coronatus),
dont la plus grosse serre est épaisse comme mon pouce et longue de 8 cm
et lui permet de se nourrir de singes (et de chats ! ), le superbe Autour à
longue queue (Urotriorchis macrourus), qui effectue de rares descentes depuis
la canopée à la poursuite de ses proies, le rare Ibis olive (Bostrychia
olivacea), qui apprécie les clairières naturelles ou anthropiques
aux haures herbes, le bizarre Grand-duc à aigrettes (Bubo poensis) que
l'on réveille en plein jour, le Francolin de Latham (Francolinus lathami)
typique des forêts intouchées, l'Engoulevent à deux taches
(Caprimulgus binotatus) qui passe sa vie dans la canopée mais qui descend
nicher à terre, l'Indicateur à queue-de-lyre (Melichneutes robustus)
dont le vol nuptial est accompagné des sons produits par les plumes de
sa queue, les Barbicans chauve (Gymnobucco calvus) et à narines emplumées
(Gymnobucco peli), deux espèces proches qui partagent les mêmes arbres
pour nicher et dont la tête déplumée leur permet de plonger
dans les fruits mûrs sans se sâlir.
Les mammifères
Pour finir, un mot sur les
nombreux et spectaculaires mammifères qui peuplent aussi la zone, connue
pour ses primates.
Je n'oublie pas la famille de Gorilles de plaine croisée à pied
au bord d'une piste, dont le mâle au dos argenté (silverback) m'a
gentiment fait comprendre, par une jolie grimace et un cri qui provoque une terreur
instinctive, qu'il valait mieux passer mon chemin, ni la vieille femelle Chimpanzé
à l'aspect très humain, qui, malgré le statut de l'espèce
et la protection de la zone, a appris à se méfier des Hommes.
Une dédicace spéciale aux Moustacs lanceurs d'olives, aux Hocheurs,
aux Cercocèbes agiles et à joues grises et enfin aux rares Colobes
noirs, croisés une fois avec un groupe de 50 individus, qui ont presque
effeuillé l'arbre qu'ils visitaient ce jour.
Les autres mammifères qui contribuaient à donner un côté
"safari" à la vie quotidienne étaient : les Céphalophes
à dos jaune, à ventre blanc et à front noir, l'antilope Sitatunga,
le Potamochère à pinceaux, le Buffle de forêt, le Léopard
d'Afrique, le Chat doré (jamais observé), et enfin le très
"bruta"l Eléphant de forêt, avec son orteil en moins, ses
oreilles rondes, sa couleur sombre et ses défenses jaunes, mais surtout
son caractère de cochon ...
Autour de Port-Gentil
Pour finir, quelques mots
sur l'ornithologie à Port-Gentil, le principal centre pétrolier
du Gabon, situé sur le cap Lopez, dans une mosaïque de mangroves,
de marécages et de savanes sur sol sablonneux. A
Sur la plage, on oeut facilement observer des Sternes naine (Sterna albifrons),
pierregarin (S. hirundo) et royale (S. maxima), des Goélands bruns (Larus
fuscus), et des limicoles comme le Pluvier argenté (Pluvialis squatarola)
et le Courlis corlieu (Numenius phaeopus).
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Râle
à bec jaune (Amaurornis flavirostra)
Photo : Jim Rose / Brding
trips |
Dans les marais
d'arrière-plage, partout autour de la ville et dans les mangroves, on voit
entre autres espèces le Coucou didric (Chrysococcyx caprius), le Guêpier
à gorge bleue (Merops viridis), le Tchitrec du Congo (Terpsiphone rufocinerea),
le Gravelot pâtre (Charadrius pecuarius), des Chevaliers dont le stagnatile
(Tringa stagnatilis), le Martin-chasseur du Sénégal (Halcyon senegalensis),
le Râle à bec jaune (Amaurornis flavirostra), le Canard à
bosse (Sarkidiornis melanotos), le Souimanga améthyste (Nectarinia amethystina),
le Souimanga à tête verte (Nectarinia verticalis), l'Hirondelle striée
(Hirundo abyssinica), la Bergeronnette pie (Motacilla aguimp), la Sentinelle à
gorge jaune (Sentinelle à gorge jaune), la Cisticole striée (Cisticola
natalensis), l'Euplecte doré (Euplectes aureus) et le Tisserin à
lunettes (Ploceus ocularis) plus rare.
Les parcs et jardins accueillent d'autres tisserins : Tisserin gendarme (Ploceus
cucullatus) dès l'arrivée sur le parking de l'aéroport, Tisserin
de Pelzeln (Ploceus pelzelni), Tisserin noir (Ploceus nigerrimus), et les tourterelles
: Tourterelle à collier (Streptopelia semitorquata), améthystine
(Turtur afer) et masquée (Columba capensis).
D'autres passereaux seront visibles, comme le Camaroptère à tête
grise (Camaroptera brachyura), le Barbion à croupion jaune (Pogoniulus
bilineatus) et le Moineau gris (Passer griseus).
Enfin à noter les nombreuses Baleines à bosse que l'on croise lors
des sorties en mer à cette période de l'année ! !
Une zone à visiter !
Si ce texte vous a donné
envie de visiter le Gabon pour sa faune, sachez tout d'abord que cela vous éloignera
des sentiers battus (NDLR : moins de 10 000 personnes visitent les réserves
forestières du pays chaque année !).
Malgré la difficulté d'observation liée la densité
de la végétation et à l'inconfort du voyage, un séjour
pourra être très fructueux.
La région que j'ai décrite ici n'est pas accessible au voyageur,
mais je vous conseille de vous diriger vers la Réserve de la Lopé,
l'un des hauts-lieux de la biodiversité en Afrique, ou encore vers le Parc
national de Petit Loango, où vous pourrez observer des scènes incroyables
de grands mammifères sur la plage.
Des tours opérator commencent à y emmener des gens ... moyennant
finances pour l'instant ; à mon avis, c'est une destination écotouristique
qui va "exploser " !
Sites à visiter
- World Bird Gallery : http://bird.incoming.jp/index.html
- Birdquest : www.birdquest.co.uk
- FitzPatrick Institute of African Ornithology, University of Cape Town : http://www.ggcg.st/birds/pr_parrot.htm
- Le site de voyages ornithos de Mike Collard : http://mysite.wanadoo-members.co.uk/birdingtrips/
- Les safaris Cornix : www.cornix.se/safari/
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Voyage / Observations ou par e-mail à david.bismuth@ornithomedia.com.
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