Recherche sur Ornithomedia.com

  Voyages ornitho
   Livre recommandé

Birds of Africa South of the Sahara: A Comprehensive Illustrated Field Guide
de Peter Ryan, Ian Sinclair, Norman Arlott (Illustrations)
46,19 €
Commander
sur Amazon

  Dans la forêt tropicale du Gabon | Synthèse ornithologique du séjour


Synthèse ornithologique du séjour

La station d'Echira

Situation de la station d'Echira, dans le complexe de Gamba (limites en pointillés rouges), Gabon
Situation de la station d'Echira

Le texte qui suit vous présente la synthèse d'un peu plus de 2 mois d'observations dans la région d'exploitation pétrolière de Rabi, observations concentrées autour de la station d'Echira. Les coordonnées exactes ne sont pas fournies car il s'agit de concessions pétrolières dont l'accès est réglementé.
Cette zone de 20x20 km² inclut surtout de la forêt secondaire ayant été exploitée pour l'Okoumé avec quelques grands arbres et un sous bois très dense, mais aussi de vastes zones de forêt primaire avec une canopée à 40 mètres de hauteur et quasiment pas de sous bois, ainsi que des marécages inondés toute l'année et des cours d'eau, dont le principal, la Rembo Echira, draine toute la zone et se jette dans la lagune d'Iguela. Vous avez peut-être déjà entendu parler du Parc National de Petit Loango qui se situe à une bonne centaine de km à vol d'oiseau de la zone en question.
Les observations sont classées par milieu.

Les espèces le long des rivières

Le long de la Rembo Echira, station d'Echira
Le long de la Rembo Echira, station d'Echira
Photo : Guillaume Péron

Commençons par les espèces inféodées aux rivières. Quatre espèces de martins-pêcheurs, du Martin-pêcheur azuré (Alcedo quadribrachys), magnifique fluo, au bizarre Martin-pêcheur géant (Megaceryle maxima), très commun sur l'Echira, avec pas moins de 1 oiseau pour 10 mètres de linéaire !
Viennent ensuite les passereaux, le Gobemouche de Cassin (Muscicapa cassini) étant le plus facilement observé, mais le furtif Gobemouche à sourcils blancs (Fraseria cinerascens) restant présent dans les buissons semi-immergés et la végétation riveraine, et l'Hirondelle à bavette (Hirundo nigrita) s'observant un peu partout au-dessus de l'eau.
Les grandes espèces sont superbes : Ombrette africaine (Scopus umbretta), Ibis hagedash (Bostrychia hagedash) en petits groupes, Cigogne épiscopale (Ciconia episcopus) dont un couple au nid a été observé et dont les bandes survolent régulièrement la forêt à la recherche de sites de nourrissage, et enfin le Pygargue vocifère (Haliaeetus vocifer), relativement rare en zone forestière, mais qui remonte souvent le cours de l'Echira seul ou par petit groupe, pour profiter des énormes cichlidés. Mention spéciale pour le Canard de Hartlaub (Pteronetta hartlaubii), qui se repose par couples sur les branches surplombant les cours d'eau et qui est, avec environ un couple pour 500 mètres de linéaire, plutôt répandu dans la zone considérée.

Pseudolangrayens d'Afrique (Pseudochelidon eurystomina)
Pseudolangrayens d'Afrique (Pseudochelidon eurystomina)
Photo : Simon Colenutt

Qu'ils soient naturels où liés à la rétention d'eau par les pistes, les marécages abritent des espèces qu'on ne voit pas ailleurs : le Jacana à poitrine dorée (Actophilornis africana), " l'oiseau qui marche sur l'eau ", le Grèbe castagneux (Tachybaptus ruficollis), l'Onoré à huppe blanche (Tigriornis leucolophus), un butor très furtif qu'on observe si rarement que son aire de répartition est très approximativement connue, le Héron vert (Butorides virescens) en provenance des lagunes de la côte, le Grébifoulque d'Afrique (Podica senegalensis), le Gobemouche enfumé (Muscicapa infuscata) dans les arbres morts, la Prinia rayée (Prinia bairdii) dans les cycas, mais aussi une rareté, le Pseudolangrayen d'Afrique (Pseudochelidon eurystomina), une hirondelle se prenant pour un étourneau, l'un des seuls oiseaux à migrer d'est en ouest, largement erratique dans son aire de répartition.
Dans les zones inondées suite à la construction de pistes, les arbres morts constituent un biotope apprécié par de nombreux insectivores, comme les souimangas ou les Guêpiers gris-rose (Merops malimbicus).

Dans la forêt secondaire

Touraco géant (Corythaeola cristata)
Le Touraco géant (Corythaeola cristata), une espèce de la forêt secondaire
Source : bird.incoming.jp

Dans la forêt secondaire, les espèces se déplacent beaucoup, et elles n'ont été observées qu'une fois ou deux; l'étonnante diversité des espèces s'explique par une forte spécialisation, en termes de régime alimentaire, de sites de nidification, de hauteur des zones de nourrissage, etc.
L'exemple le plus flagrant est la famille des bulbuls, dont huit espèces ont été identifiées avec certitude, mais dont plus d'une dizaine sont suspectées se partager les différents niveaux de la forêt. On peut aussi s'émerveiller des "rondes" d'oiseaux, comparables aux rondes de mésanges des hivers français, et qui incluent parfois plus de douze espèces, majoritairement insectivores, aucune n'empiétant sur les plates-bandes de l'autre grâce à une forte spécialisation. Un exemple de vague d'oiseaux que j'ai pu admirer : 25 Pririts châtains (Diaphorophyia castanea), un Tchitrec à ventre roux (Terpsiphone rufiventer), quelques Souimangas olivâtres (Nectarinia olivacea), un Gladiateur ensanglanté (Malaconotus cruentus) - chapeau à celui qui a donné le nom français ! - , un Sporophile à ventre noir (Sporophila melanogaster), cinq ou six Bulbuls dorés (Calyptocichla serina), deux Coucals verts (Centropus viridis), quelques Bulbuls nicators (Nicator chloris), une Nigrette à front jaune (Nigrita luteifrons) et un Barbican hérissé (Tricholaema hirsuta).

Perroquet jaco (Psittacus erithacus)
Perroquet jaco (Psittacus erithacus)
Photo : Martim P. Melo / Institute of African Ornithology, University of Cape Town

La forêt secondaire abrite aussi les oiseaux les plus colorés, qui profitent de la densité du sous-bois et de la canopée : Touraco géant (Corythaeola cristata), Touraco à gros bec (Tauraco macrorhynchus), Colombar à front nu (Treron calva) en bandes de 10 à 50 dans les arbres fruitiers, Malimbe de Cassin (Malimbus cassini) en bandes de 10 à 20 comprenant parfois un Malimbe de Rachel (Malimbus racheliae), Souimangas de Johanna (Nectarinia johannae) et à ventre olive (Nectarinia chloropygia) qui se nourrissent de nectar, Echenilleur bleu (Coracina azurea), et dans les zones de lisière, Rolle à gorge bleue (Eurystomus gularis), Perroquet jaco (Psittacus erithacus), dont les conversations rythment la matinée, et Guêpier noir (Merops gularis), une petite espèce de guêpier sédentaire adaptée à la forêt avec ses ailes courtes.
Les calaos y sont aussi très répandus, avec six espèces, du petit Calao à huppe blanche (Tockus albocristatus) au géant Calao à casque noir (Ceratogymna atrata), à l'allure préhistorique et au vol bruyant.
C'est aussi le terrain de chasse de nombreux rapaces, tels l'Autour tachiro (Accipiter tachiro) qui est commun, le Gymnogène d'Afrique (Polyboroides typus), l'Aigle d'Ayres (Hieraaetus ayresii) qui est rare et le Palmiste africain (Gypohierax angolensis) qui se nourrit presque uniquement de noix de palme.
Cependant, le milieu a été gravement endommagé par endroits, comme le prouve la présence d'espèces de savane : Cisticole babillarde (Cisticola anonymus), Capucin nonnette (Lonchura cucullata), Piquebœuf à bec jaune (Buphagus africanus) ou encore le rare Vautour africain (Gyps africanus).

Dans la forêt primaire

Aigle couronné (Stephanoaetus coronatus)
Aigle couronné (Stephanoaetus coronatus)
Photo : Staffan Sundin / www.cornix.se

Les forêts primaires sont un milieu rare et abritent les espèces les plus recherchées, parmi lesquelles l'impressionnant Aigle couronné (Stephanoaetus coronatus), dont la plus grosse serre est épaisse comme mon pouce et longue de 8 cm et lui permet de se nourrir de singes (et de chats ! ), le superbe Autour à longue queue (Urotriorchis macrourus), qui effectue de rares descentes depuis la canopée à la poursuite de ses proies, le rare Ibis olive (Bostrychia olivacea), qui apprécie les clairières naturelles ou anthropiques aux haures herbes, le bizarre Grand-duc à aigrettes (Bubo poensis) que l'on réveille en plein jour, le Francolin de Latham (Francolinus lathami) typique des forêts intouchées, l'Engoulevent à deux taches (Caprimulgus binotatus) qui passe sa vie dans la canopée mais qui descend nicher à terre, l'Indicateur à queue-de-lyre (Melichneutes robustus) dont le vol nuptial est accompagné des sons produits par les plumes de sa queue, les Barbicans chauve (Gymnobucco calvus) et à narines emplumées (Gymnobucco peli), deux espèces proches qui partagent les mêmes arbres pour nicher et dont la tête déplumée leur permet de plonger dans les fruits mûrs sans se sâlir.

Les mammifères

Pour finir, un mot sur les nombreux et spectaculaires mammifères qui peuplent aussi la zone, connue pour ses primates.
Je n'oublie pas la famille de Gorilles de plaine croisée à pied au bord d'une piste, dont le mâle au dos argenté (silverback) m'a gentiment fait comprendre, par une jolie grimace et un cri qui provoque une terreur instinctive, qu'il valait mieux passer mon chemin, ni la vieille femelle Chimpanzé à l'aspect très humain, qui, malgré le statut de l'espèce et la protection de la zone, a appris à se méfier des Hommes.
Une dédicace spéciale aux Moustacs lanceurs d'olives, aux Hocheurs, aux Cercocèbes agiles et à joues grises et enfin aux rares Colobes noirs, croisés une fois avec un groupe de 50 individus, qui ont presque effeuillé l'arbre qu'ils visitaient ce jour.
Les autres mammifères qui contribuaient à donner un côté "safari" à la vie quotidienne étaient : les Céphalophes à dos jaune, à ventre blanc et à front noir, l'antilope Sitatunga, le Potamochère à pinceaux, le Buffle de forêt, le Léopard d'Afrique, le Chat doré (jamais observé), et enfin le très "bruta"l Eléphant de forêt, avec son orteil en moins, ses oreilles rondes, sa couleur sombre et ses défenses jaunes, mais surtout son caractère de cochon ...

Autour de Port-Gentil

Pour finir, quelques mots sur l'ornithologie à Port-Gentil, le principal centre pétrolier du Gabon, situé sur le cap Lopez, dans une mosaïque de mangroves, de marécages et de savanes sur sol sablonneux. A
Sur la plage, on oeut facilement observer des Sternes naine (Sterna albifrons), pierregarin (S. hirundo) et royale (S. maxima), des Goélands bruns (Larus fuscus), et des limicoles comme le Pluvier argenté (Pluvialis squatarola) et le Courlis corlieu (Numenius phaeopus).

Râle à bec jaune (Amaurornis flavirostra)
Râle à bec jaune (Amaurornis flavirostra)
Photo : Jim Rose / Brding trips
Dans les marais d'arrière-plage, partout autour de la ville et dans les mangroves, on voit entre autres espèces le Coucou didric (Chrysococcyx caprius), le Guêpier à gorge bleue (Merops viridis), le Tchitrec du Congo (Terpsiphone rufocinerea), le Gravelot pâtre (Charadrius pecuarius), des Chevaliers dont le stagnatile (Tringa stagnatilis), le Martin-chasseur du Sénégal (Halcyon senegalensis), le Râle à bec jaune (Amaurornis flavirostra), le Canard à bosse (Sarkidiornis melanotos), le Souimanga améthyste (Nectarinia amethystina), le Souimanga à tête verte (Nectarinia verticalis), l'Hirondelle striée (Hirundo abyssinica), la Bergeronnette pie (Motacilla aguimp), la Sentinelle à gorge jaune (Sentinelle à gorge jaune), la Cisticole striée (Cisticola natalensis), l'Euplecte doré (Euplectes aureus) et le Tisserin à lunettes (Ploceus ocularis) plus rare.
Les parcs et jardins accueillent d'autres tisserins : Tisserin gendarme (Ploceus cucullatus) dès l'arrivée sur le parking de l'aéroport, Tisserin de Pelzeln (Ploceus pelzelni), Tisserin noir (Ploceus nigerrimus), et les tourterelles : Tourterelle à collier (Streptopelia semitorquata), améthystine (Turtur afer) et masquée (Columba capensis).
D'autres passereaux seront visibles, comme le Camaroptère à tête grise (Camaroptera brachyura), le Barbion à croupion jaune (Pogoniulus bilineatus) et le Moineau gris (Passer griseus).
Enfin à noter les nombreuses Baleines à bosse que l'on croise lors des sorties en mer à cette période de l'année ! !

Une zone à visiter !

Si ce texte vous a donné envie de visiter le Gabon pour sa faune, sachez tout d'abord que cela vous éloignera des sentiers battus (NDLR : moins de 10 000 personnes visitent les réserves forestières du pays chaque année !).
Malgré la difficulté d'observation liée la densité de la végétation et à l'inconfort du voyage, un séjour pourra être très fructueux.
La région que j'ai décrite ici n'est pas accessible au voyageur, mais je vous conseille de vous diriger vers la Réserve de la Lopé, l'un des hauts-lieux de la biodiversité en Afrique, ou encore vers le Parc national de Petit Loango, où vous pourrez observer des scènes incroyables de grands mammifères sur la plage.
Des tours opérator commencent à y emmener des gens ... moyennant finances pour l'instant ; à mon avis, c'est une destination écotouristique qui va "exploser " !

Sites à visiter

- World Bird Gallery : http://bird.incoming.jp/index.html
- Birdquest : www.birdquest.co.uk
- FitzPatrick Institute of African Ornithology, University of Cape Town : http://www.ggcg.st/birds/pr_parrot.htm
- Le site de voyages ornithos de Mike Collard : http://mysite.wanadoo-members.co.uk/birdingtrips/
- Les safaris Cornix : www.cornix.se/safari/



Réagissez à cet article sur notre forum Voyage / Observations ou par e-mail à david.bismuth@ornithomedia.com.


  Suite de l'article
 
Introduction : le Gabon
La forêt tropicale, un écosystème complexe
Synthèse ornithologique du séjour
  Pratique


   Débuter
   Identification
   Conseils
   Equipement
   Voyages ornitho
   Enfants
   Téléchargement
   Handi-spots

   Livre recommandé
 
Birds of East Africa
de Terry Stevenson, John Fanshawe
38,48 €

   Voyages nature aux Antilles et en Amérique Centrale
  
  
  
    Livre recommandé


La forêt tropicale humide
de Henri Puig
39,43 €
Commander
sur Amazon

 
 
   Newsletter

   Recevez chaque mois
   notre lettre d'infos
   gratuite.
    Inscription
   
Desinscription
        
         

Livre recommandé

Handbook of the Birds of the World: Barn Owls to Hummingbirds
de Josep Delhoyo (Sous la direction de), Andrew Elliott (Sous la direction de), Hordi Sargatal (Sous la direction de)
257,04 €

Commander
sur Amazon
ORNITHOMEDIA (c) 2000 Tous droits réservés