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La forêt tropicale, un écosystème complexe
Un milieu riche et diversifié
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Un arbre émergeant
au-dessus de la canopée, station d'Echira, Gabon
Photo : Guillaume Péron |
La forêt tropicale
gabonaise est un milieu très riche, avec près de 100 espèces
d'arbres par hectare (contre 12 par ha au maximum en Europe), et ce nombre ne
se stabilise pas et augmente même avec la surface prise en compte.
Ainsi, cinq ou dix hectares ne suffisent pas à rendre compte de la totalité
du bloc forestier du fait de son hétérogénéité.
De plus, aucune espèce n'est réellement dominante en nombre d'individus.
La forêt primaire, un biotope sombre
La forêt primaire
se caractérise par un sous-bois peu dense, du fait de l'obscurité
qui y règne : quelques % seulement de la lumière y parviennent.
La voûte y jouerait le rôle de serre vis à vis du sous-bis
qu'elle protège des rayons solaires desséchants, entretenant un
micro-climat saturé en humidité très favorable au développement
de végétaux exigeants : fougères, champignons, mousses, lichens.
Ainsi, même un piquet, oublié en forêt, a émis des racines
et quelques feuilles en l'espace d'un mois !
La vie animale est plutôt discrète, et seules beaucoup de patience
et de techniques de suivie à distance (radio-télémétrie)
permettent d'acquérir des connaissances sur les espèces. L'observateur
sera attentif aux indices laissés ici et là, comme des plumes ou
des fruits tombés au sol.
Les couleurs sont estompées en sous-bois : les formes des feuilles s'estompent,
elles paraissent d'un même vert foncé. Seuls les troncs présentent
une certaine diversité. Les lichens permettent de camoufler ces troncs
dans l'ensemble du paysage végétal. Hormis les chablis (clairières),
il n'y a pas d'ouverture sur le ciel, et les arbres sont sempervirens, c'est à
dire qu'il n'y a pas de saison comparable à l'automne. Chaque arbre à
son propre rythme de défoliation, et parfois seule une branche à
la fois se dénude; mieux, un roulement s'établit dans la couronne,
et le phénomène peut passer inaperçu.
Des plantes curieuses
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Lianes torsadées,
station d'Echira, Gabon
Photo : Guillaume Péron |
Les arbres sont ici atteints
de gigantisme, pouvant atteindre de 45 à 70 m de haut, ou portent des échasses.
On y note aussi des plantes épiphytes, des lianes et des arbres-étrangleurs,
qui profitent de l'arbre pour se hisser le plus haut possible vers la lumière;
Les épiphytes sont des plantes de taille réduite non lignifiées
(Broméliacées, Bégoniacées, orchidées, fougères,
lichens, ...) implantées sur les hautes branches, leurs racines exploitant
l'eau dans l'humus accumulé dans le creux des troncs et des branches. Elles
sont arrivées grâce au vent qui a transporté des graines capables
de germer et de se développer sans vrai sol. Parfois, alourdies par la
pluie, elles peuvent faire céder sous leur poids une branche âgée.
Les lianes se développent à partir d'une plantule, qui a l'aptitude
à s'accrocher aux arbres par des vrilles, des griffes, des poils,... L'arbre
sert de support, et le tronc de la liane est de petit dimètre, flexible,
atteignant la voûte assez vite. Une fois l'étage supérieur
atteint, elle épanouit ses fleurs pour se reproduire.
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Arbre-étrangleur,
station d'Echira, Gabon
Photo : Guillaume Péron |
Les arbres -étrangleurs
(Ficus, Moracées, Guttifères) ressemblent au départ à
un épiphyte classique qui émet de longs filaments vers le sol. Les
racines vont s'épaissir et étrangler l'arbre-porteur, développant
à sa surface un réseau de mailles (anastomoses).
Le parasite développe aussi une couronne de feuilles qui va surplomber
l'hôte. A un moment donné, il peut étouffer l'arbre jusqu'à
la faire mourir. Ses racines suffiront ensuite à assurer sa stabilité.
Différentes strates de végétation
Structure
de la végétation de la forêt tropicale gabonaise et oiseaux
typiques dans leurs strates préférentielles :
1) Touraco vert (Tauraco persa), 2) Tchitrec à ventre roux (Terpsiphone
rufiventer), 3) Perroquet jaco (Psittacus erithacus), 4) Aigle couronné
(Stephanoaetus coronatus)
A) forêt primaire, B) forêt secondaire, C) défrichements
D) strate herbacée, E) strate arbustive, F) strate arborée inférieure,
G) strate arborée supérieure, H) arbres émergeants
Dessin : Ornithomedia.com, d'après Fabienne Beurel et Christophe Lehoucq |
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Il existe différentes
strates de feuillages, chacune accaparant l'énergie lumineuse disponibles
aux dépens de la strate inférieure. Les arbres d'un même étage
sont en compétition pour présenter une surface de feuillage maximale.
La forêt est en fait constituée d'une mosaïque de forêts
à différents états, car elle se renouvelle naturellement
sans intervention humaine.
Quand un arbre âgé tombe, il en entraîne d'autres reliés
à lui par les lianes; il se crée alors de petites clairières,
où croissent des graines en attente. Des arbres pionniers se développent
d'abord, créant une ombre qui gène le développement des herbacées
et plantules d'espèces
arborescentes; les épiphytes qui avaient pu survivre meurent privées
de lumière.
10 à 30 ans plus tard, les arbres pionniers ont atteint leur taille maximale
: c'est la forêt secondaire. A ce stade, les troncs morts se dégradent
sous l'effet des termites et des champignons. Cette forêt est moins riche
que la forêt primaire.
Les espèces pionnières meurent spontanément toutes ensemble
(entre 30 et 50 ans), leur disparition procurant de la lumière aux arbres
de deuxième génération qui attendaient de meilleurs conditions
pour grandir. A 100 ans, ces post-pionniers ont comblé le chablis, dépassant
la hauteur moyenne de la voûte alentour. C'est seulement après la
mort de ces post-pionniers que les espèces de la forêt d'origine
vont se développer. La forêt en équilibre, ou "climax"
ou "primaire" a au moins 500 ans en certains endroits.
Associations interspécifiques
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Le Bulbul à
moustaches jaunes (Andropadus latirostris) peut exploiter différents biotopes
forestiers
Source : bird.incoming.jp |
La climat est marquée
par l'alternance saison sèche / saison humide, qui pourrait être
l'un des facteurs déclenchant le déclenchement de la reproduction
chez plus espèces d'oiseaux. Même s'il existe une période
de moindre fructification, les oiseaux ne semblent pas être trop affectés
par cette réduction.
S'il n'existe pas d'espèces végétales dominantes, certains
oiseaux peuvent être majoritaires dans le milieu, sans doute car ils sont
moins exigeants et peuvent exploiter différentes biotopes forestiers. Ce
peut être le cas des bulbuls, comme le Bulbul à moustaches jaunes
(Andropadus latirostris) ou le Bulbul verdâtre (A. virens).
Pour exploiter une même ressource alimentaire, divers types d'associations
poly-spécifiques se mettent en place. Certains comportements particuliers
permettent la détection d'insectes cryptiques : le Malcoha à bec
jaune (Ceuthmochares aereus) ou le Tchitrec noir (Terpsiphone nitens) balaient
par exemple le feuillage à l'aide de leurs longues queues étagées.
Le déplacement de fourmis légionnaires par exemple peut entraîner
le regroupement d'oiseaux insectivores suivant une espèce "leader".
Ces associations ponctuelles et quotidiennes sous connues sous le terme de "rondes"
et peuvent regrouper plusieurs dizaines d'espèces qui exploitent une gamme
variée d'espèces.
Le Calao à huppe blanche (Tockus albocristatus) s'associe souvent aux bandes
de cercopithèques afin de chasser les insectes dérangés par
les mouvements des singes; en contrepartie, il joue le rôle des sentinelle
alertant le groupe quand il aperçoit un rapace ou un chasseur.
Communiquer par le plumage ou le chant
On a noté chez plusieurs bulbuls un phénomène de communication
basée sur le plumage : ils partagent une teinte générale
commune servant de camouflage, associée à une grande variété
de taches sur la nuque, la tête, sous le bec ou les yeux. Elles servent
de moyens de reconnaissance entre congénères, et préviennent
les croisements interspécfiques; d'ailleurs, ces marques n'apparaissent
qu'à la maturité sexuelle.
Les oiseaux présentent aussi souvent des taches alaires vives, servant
de signal pour les espèces territoriales, comme le Touraco vert (Tauraco
persa). Les oiseaux forestiers ont des formes de la tête et du corps qui
facilitent la circulation parmi les branches. Leur taille est souvent plus réduite
que pour les les individus de la même espèce vivant en savane.
Les oiseaux communiquent surtout pas des appels et des chants, étant donné
l'obscurité et la fermeture du biotope. En forêt humide, les espèces
émettent des chants assez peu comparables à ceux des forêts
tempérées. Cela tient au fait que plusieurs familles sont peu ou
pas représentées dans nos régions, mais aussi à ce
que les caractères acoustiques généraux de ces chants (tonalité,
structures harmoniques et mélodiques) présentent des particularités
remarquables : les mélodies sont composées de notes simples, plutôt
graves, consistant souvent en longs sifflements isolés ou en sons sifflés
qui se succèdent à un rythme régulier, souvent lent. Cela
s'explique par le fait que les sons peu ou pas modulés et graves (moins
de 1 850 Hz) se propagent mieux dans un milieu fermé comme une forêt
primaire. Il semble également que pour une même famille, les espèces
forestières chantent souvent dans un registre plus grave que celles de
savanes.
Un exemple : une journée
d'affût
Lors d'une journée
d'affût dans une forêt du Gabon en 1987, des scientifiques (Fabienne
Beurel, Christophe Lehoucq et leur équipe) installés dans une cache
à 2 m du sol placée dans un arbre de 30 m à la vaste ramure
portant des fruits bien repérables, ont pu observer ou entendre successivement
entre le lever du soleil et son coucher les oiseaux suivants (outre les cercopithèques
et différentes espèces de rongeurs et de céphalophes).
- Le matin : Touraco vert (Tauraco persa), Calao à casque noir (Ceratogymna
atrata), Touraco à gros bec (Tauraco macrorhynchus), Touraco géant
(Corythaeola cristata), Calao siffleur (Ceratogymna fistulator).
- Durant les heures chaudes (12-15 heures), seuls le chant du Loriot à
tête noire (Oriolus brachyrhynchus) et le passage d'une troupe de Choucadors
splendides (Lamprotornis splendidus) ont été notés.
- A la tombée de la nuit, le Coucal à nuque bleue (Centropus monachus)
et les Touracos géants émettent leurs chants et cris typiques.
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