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A la recherche du loup et de l'ours
Pierre Boutonnet,
responsable de l'association Yuhina,
nous présente sa passion pour le parc des Abruzzes et nous donne quelques
conseils pour voir les deux grands prédateurs du parc, l'Ours brun et le
loup.
Voir notre carte
du parc national des Abruzzes.
Les trois grands carnivores
européens
Composées d'un milieu
forestier au relief modérément escarpé, les vallées
sont ouvertes et bien accessibles. L'enneigement relativement important à
cette latitude, révèle le caractère montagnard du climat
avec un hiver assez doux et un été sec et chaud. Dans le parc des
Abruzzes (qui n'est qu'une fraction du massif des Abruzzes), le hêtre domine
dans tous les secteurs forestiers. La flore est marquée par un fort endémisme.
La faune en plus des mammifères forestiers habituels de montagnes, regroupe
chose assez exceptionnelle, trois des grands carnivores européens : le
loup, l'ours et le lynx.
Une gestion exemplaire
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Loup
(Canis lupus) dans les Abruzzes
Photo : Gilles Trochard |
Ayant parcouru ces paysages
à maintes reprises, je suis littéralement tombé amoureux
de cette ambiance italienne loin des clichés traditionnels. J'ai eu l'occasion
d'essayer de comprendre le pourquoi de la gestion relativement réussie
d'un tel parc national. Car si des problèmes demeurent naturellement, il
n'en reste pas moins un espace ou cohabitent encore des activités humaines
assez développées (tourisme, pastoralisme, exploitation forestière)
et une faune exceptionnelle et remarquable. Il est intéressant de se poser
une nouvelle fois la question pour nous en France au vu de la triste actualité
fin 2004 de nos grands prédateurs (abattage de loups, mort de l'ours Cannelle).
La région des Abruzzes était déjà au 19éme
siècle une réserve royale de chasse située à 150 kilomètres
seulement de Rome. Avec la naissance de l'état italien, la protection a
perduré pour aboutir à la création de la première
réserve privée du pays puis du parc national des Abruzzes.
Au cours de ces différentes périodes, le savoir-faire pastoral n'a
jamais disparu, cohabitant sans problème avec les prédateurs naturels.
De ce fait, et contrairement à la France, il se dégage de la part
des habitants plus de tolérance et de compréhension et moins de
passion autour du rapport activités humaines - faune sauvage. Le débat
existe, et est certes parfois difficile, mais sans commune mesure avec ce que
nous vivons en France. D'un point de vue social, il y aurait beaucoup à
dire, on peut simplement évoquer dans la culture italienne l'image favorable
du loup (histoire de Romulus et Remus, fondateurs de Rome et nourris par la louve).
Le loup est ainsi en expansion en Italie, tant du point de vue des effectifs que
de l'aire de répartition. Bref, vous l'aurez compris, ce territoire vaut
la peine qu'on s'y intéresse si l'on est naturaliste, à la fois
pour comprendre les rapports de l'homme avec les grands carnivores, et pour se
régaler de randonnées dans ces forêts, en quête de rencontres
inoubliables
La passion de l'Ours brun
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| Accompagné
d'un spécialiste, vous aurez une chance de voir l'Ours brun dans les Abruzzes,
comme sur cette photo prise par Gilles Trochard |
Toutes les saisons sont
belles pour visiter le parc. Selon les motivations naturalistes, on choisira une
période plutôt qu'une autre, tant les ambiances sont différentes
et les chances d'observer tel ou tel animal sont changeantes au fil de l'année.
Ma passion irrésistible pour l'Ours brun, symbole fort des lieux, m'a poussé,
après de longues errances sur les chemins du parc, à préférer
la fin de l'été. En effet, à partir du mois d'août,
et jusqu'à la mi-septembre, la grande majorité de la population
d'ours du parc se "regroupe" dans les zones riches en arbres et arbustes
à baies. Ce "piège trophique" (expression de Claude Dendaletche)
m'a permis de très nombreuses fois de faire des observations exceptionnelles,
toujours à distance (Je précise ici qu'il n'est pas question de
déranger les ours en voulant les observer. Il vaut toujours mieux une observation
prolongée à bonne distance plutôt qu'un dérangement
en voulant s'approcher). A cette période de l'année, faste pour
eux car en général abondante en nourriture, les ours font déjà
leurs réserves pour l'hiver qui s'annonce et sont donc (comme toujours)
très sensibles aux dérangements, l'une des principales causes de
leur déclin dans le parc.
Tôt le matin ou en fin d'après-midi, il est possible d'assister à
de magnifiques scènes de vie, comme ce jour-là, où, à
l'aube, nous avons observé (nous étions un groupe de 10) pas moins
de 7 ours dans le même vallon !!
Malheureusement, le déclin de la population ursine annoncé depuis
des décennies par les spécialistes se confirme et selon les plus
pessimistes le nombre total ne dépasserait pas 40 animaux. Le braconnage
et le stress lié aux dérangements trop fréquents sont des
facteurs très négatifs.
Mon expérience des biotopes à ours que j'ai pu explorer lors de
mes différents voyages en Europe (Pyrénées, Roumanie, Slovénie,
Espagne, Turquie) me font penser que les faibles ressources alimentaires du milieu
naturel du parc (jeunes hêtraies à aspérule odorante, les
vieux peuplements étant limités à quelques vallons très
sauvage et escarpés) est un caractère aggravant pour la survie du
plantigrade.
Il m'est pourtant arrivé d'observer en une semaine, pas moins de 9 individus
différents, soit près du cinquième de la population totale.
C'est dire le rôle "fixateur" des zones de nourrissage à
certaine période de l'année qui explique ce phénomène.
Une étude est en cours utilisant le matériel génétique
(crottes, poils) pour essayer d'en savoir plus sur la population exacte et sa
dynamique de reproduction.
Nul doute que le défi des prochaines années pour les autorités
est la sauvegarde de l'ours brun " marsicano " (sous-espèce locale),
mais les orientations politiques catastrophiques du gouvernement italien en matière
de protection de la nature n'incitent guère à l'optimisme
Un loup en expansion
Plus réjouissantes sont les nouvelles concernant le loup : en effet, ses
effectifs ont augmenté en Italie en général et au sein du
parc une population stable avec sans doute 5 ou 6 meutes se partagent le territoire,
soit une quarantaine d'individus si l'on tient compte des solitaires erratiques.
Difficile à surprendre, il n'en reste pas moins possible à rencontrer.
Et les observations de ce canidé mystérieux sont régulières.S'il
n'y a pas de "recettes" comme pour l'ours, la fin de l'hiver m'a permis
de réaliser mes meilleures observations. Le repérage de l'activité
des loups est facilité par les traces qu'ils laissent dans la neige. De
plus, l'absence de feuilles facilite la recherche. En oute, leur activité
diurne est sûrement plus importante en hiver qu'en été (le
loup n'aime pas la chaleur, ceci étant également vrai pour l'ours).
Les cervidés (cerf et chevreuils) abondants sont ses proies principales;
ces herbivores se laissent quant à eux assez bien observer tout au long
de l'année, parfois même du bord de la route. La population de sangliers,
très abondants (hélas suite aux lâchers d'animaux de souches
douteuses par les chasseurs de la région), est aussi bien visible.
Le Chamois des Abruzzes
Une autre espèce d'ongulé, proie plus occasionnelle du loup, est
le chamois des Abruzzes. Il s'agît en l'occurrence de la sous-espèce
locale qui est proche de l'Isard pyrénéen et qui possède
des cornes remarquables très spectaculaires qui le distingue des autres
populations d'Europe. Pour les italiens, c'est "il piu bello camoscio del
mundo !". La quasi-totalité de la population du parc (600 animaux
environ) se cantonne sur les plus hautes crêtes rocheuses du secteur (entre
2000 et 2200 mètres d'altitude), dans un domaine assez limité. Peu
farouches, ils se laissent approcher à quelques mètres et régalent
les observateurs.
Un espace à découvrir
À l'image des monts
Cantabriques en Espagne (et notamment le parc de Somiedo qui me fascine également
et que je parcours régulièrement), il existe à nos portes
des espaces où vit encore une nature sauvage riche et variée.
Formidable espoir pour l'homme de demain et source d'inspiration pour la France
qui s'enlise actuellement dans une gestion catastrophique de ces espaces naturels
et de sa grande faune.
Voyages dans les Abruzzes
Vous pouvez participer à deux voyages naturalistes dans les Abruzzes guidés
par Pierre Boutonnet
: du 21 au 28 août et
du 4 au 11 septembre 2005. plus d'infos dans le programme
2005 de voyages de Yuhina.
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